Archives pour l'étiquette adolescence

UNE SOEUR – Bastien Vivès

Une subtile évocation de l’adolescence.

Comme chaque été, Antoine, 13 ans, son petit frère et ses parents se rendent dans leur maison de vacances au bord de la mer : pendant le trajet en voiture, les parents évoquent une amie qui vient de faire une fausse couche. Elle va passer quelques jours avec eux, accompagnée sa fille de 16 ans, Hélène. Celle-ci va troubler les habitudes des garçons, et surtout Antoine.

Le récit est à hauteur de ses personnages, qui naviguent entre enfance et adolescence, entre dessins, puzzles, baignade, et soirées en bande, alcool et jeux de séduction. Le ton trouvé par Bastien Vivès est juste, et ses personnages délicats : ni vulgarité, ni naïveté, mais bien une forme de vérité, et de grâce. Hélène et Antoine échappent aux clichés de l’adolescence et du premier amour, et portent un récit tout en subtilité.

Casterman – 20 €

 

LE JOURNAL D’AURORE – Agnès Maupré & Marie Desplechin

La Nausée, revue et corrigée.
Réinterprétation du complexe du homard…

Aurore est une adolescente comme les autres. Ou presque. Ou pire. Elle tient un journal où s’exprime son désarroi immense en matière d’amitié, d’amour, de famille : sa meilleure amie Lola se retrouve avec un demi-frère Marceau du même âge qu’elles, sa grande soeur Jessica se fait percer la langue, les réunions de famille sont autant d’occasions de faire des déclarations fracassantes… Aurore est exaspérante, avec ses grands airs tragiques et son affalement pathologique, mais sa sincérité n’a d’égal que son humour. Son sens de la répartie fait immanquablement pouffer, les ados comme leurs parents : « Je me demande quel genre de film on peut faire avec une vie où il ne passe rien. Genre la mienne. Une sorte de documentaire animalier, j’imagine. La vie du rat-taupe sur les plateaux d’Abyssinie. En moins passionnant. » Agnès Maupré a fait un très beau travail d’adaptation graphique du roman de Marie Desplechin : le personnage d’Aurore est une très belle asperge boudeuse. Et les ouvertures de chapitre (un par mois) sont de  coquettes compositions en pleine page. A mettre entre toutes les mains, ados, pré-ados, et post-ados, parents !

Rue de Sèvres – 15€

MEMOIRE DE FILLE – Annie Ernaux

L'écriture comme un couteau, encore.
L’écriture comme un couteau, encore.

Pendant l’été 1958, Annie Ernaux a 18 ans, et quitte pour quelques semaines son petit univers, scolaire et familial, où elle est sagement préservée, et étouffée. Elle va travailler dans une colonie de vacances dans l’Orne, fréquenter des hommes, et s’essayer au monde des adultes. Cette période aura des répercutions profondes dans les années qui suivent. Elle fait l’expérience de l’humiliation, de l’attente amoureuse et de la violence sexuelle.  Annie Ernaux regarde, raconte et dialogue avec l’adolescente qu’elle a été, et met en lumière ce pan sombre de son parcours.

Avec cette écriture limpide, précise qui la caractérise, cette grande auteure évoque sa propre expérience, et son époque, mais touche à l’essentiel. Son histoire est celle de nombreuses filles, du XXe, du XXIe ou du XIXe siècle. La perte de l’innocence et la découverte du jeu social pervers sont dépeintes et scrutées en profondeur, avec des détails et des images qui donnent vie, mouvements, musiques, couleurs à ce décor et à ce personnage. Tout est simple, évident, et pourtant cette écriture a une ampleur inédite : elle se développe, gonfle, prend de la hauteur. Et en racontant l’intime, Annie Ernaux trouve l’universel.

Gallimard – 15€