LA FILLE QUI BRULE – Claire Messud
Claire Messud souffle sur les braises de la fin de l'enfance.

LA FILLE QUI BRULE – Claire Messud

Julia connaît Cassie depuis le premier jour de maternelle, et leur amitié est évidente, jusqu'à leur arrivée au collège. Julia revisite cette relation, dont le point culminant a été cet été avant de devenir collégiennes, et la découverte d'un bâtiment abandonné, ancienne demeure cossue devenu pavillon psychiatrique. L'atmosphère brûlante du mois d'août précède un lent délitement de leur complicité, que Julia sonde pour mieux comprendre. La distance qui se crée entre elles à l'adolescence est évoquée par touches, sans heurts, jusqu'au retour dans ce bâtiment désaffecté. Claire Messud excelle à dépeindre cette histoire d'amitié et à le nimber d'un climat d'étrangeté. La sortie de l'enfance est une déception, une perte irrécupérable : le monde des adultes, avec ses rivalités, l'arrivée d'un beau-père, la difficulté du jeu social et de ses inégalités est décrit sur un ton mélancolique, avec une lente et obsédante montée narrative. Traduit de l'anglais (E.-U.) par France Camus-Pichon. Gallimard - 20€

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QUI MENT? – KAREN MCMANUS

Dans un lycée aux Etats Unis, cinq élèves très différents se retrouvent en colle pour une histoire de téléphone portable. Tous se défendent d'avoir utilisé leur smartphone en classe mais leur surveillant reste de marbre. Alors qu'un accident de voiture anodin se produit sur le parking, le surveillant laisse les élèves seuls et l'un d'entre eux meurt subitement de ce qui semble être une allergie aux arachides. Tous les élèves du lycée sont choqués mais rapidement, une question revient sur toutes les lèvres: Qui a tué Simon? Le jeune homme prenait trop de précautions avec ses allergies alimentaires: son décès ne peut être un accident. D'autant qu'avec son blog diffusant régulièrement des informations humiliantes et des petits secrets des élèves, il n'avait pas que des amis! Très vite l'enquête se concentre sur les quatre lycéens présents avec lui en salle de colle. Quels sont leurs secrets? Quels sont leurs liens avec Simon? "Qui ment?" est un roman qui vous immerge dans l'univers impitoyable des lycées américains. Chacun juge les autres et le paraître est d'une importance capitale. Suivez le quotidien de ces quatre élèves enfermés dans leur supposée identité et étouffés par les étiquettes. Dans ce roman, le monde cruel de l'adolescence est retranscrit avec beaucoup de réalisme. Vous découvrirez des personnages plus complexes qu'il n'y paraît et une intrigue bien ficelée qui vous tiendra en haleine. Un roman à lire d'une traite dès 14 ans. Traduit de l'américain par Anne Delcourt Chez Nathan - 17.95€

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UNE SOEUR – Bastien Vivès

Comme chaque été, Antoine, 13 ans, son petit frère et ses parents se rendent dans leur maison de vacances au bord de la mer : pendant le trajet en voiture, les parents évoquent une amie qui vient de faire une fausse couche. Elle va passer quelques jours avec eux, accompagnée sa fille de 16 ans, Hélène. Celle-ci va troubler les habitudes des garçons, et surtout Antoine. Le récit est à hauteur de ses personnages, qui naviguent entre enfance et adolescence, entre dessins, puzzles, baignade, et soirées en bande, alcool et jeux de séduction. Le ton trouvé par Bastien Vivès est juste, et ses personnages délicats : ni vulgarité, ni naïveté, mais bien une forme de vérité, et de grâce. Hélène et Antoine échappent aux clichés de l'adolescence et du premier amour, et portent un récit tout en subtilité. Casterman - 20 €  

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LE JOURNAL D’AURORE – Agnès Maupré & Marie Desplechin

Aurore est une adolescente comme les autres. Ou presque. Ou pire. Elle tient un journal où s'exprime son désarroi immense en matière d'amitié, d'amour, de famille : sa meilleure amie Lola se retrouve avec un demi-frère Marceau du même âge qu'elles, sa grande soeur Jessica se fait percer la langue, les réunions de famille sont autant d'occasions de faire des déclarations fracassantes... Aurore est exaspérante, avec ses grands airs tragiques et son affalement pathologique, mais sa sincérité n'a d'égal que son humour. Son sens de la répartie fait immanquablement pouffer, les ados comme leurs parents : "Je me demande quel genre de film on peut faire avec une vie où il ne passe rien. Genre la mienne. Une sorte de documentaire animalier, j'imagine. La vie du rat-taupe sur les plateaux d'Abyssinie. En moins passionnant." Agnès Maupré a fait un très beau travail d'adaptation graphique du roman de Marie Desplechin : le personnage d'Aurore est une très belle asperge boudeuse. Et les ouvertures de chapitre (un par mois) sont de coquettes compositions en pleine page. A mettre entre toutes les mains, ados, pré-ados, et post-ados, parents ! Rue de Sèvres - 15€

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MEMOIRE DE FILLE – Annie Ernaux

Pendant l'été 1958, Annie Ernaux a 18 ans, et quitte pour quelques semaines son petit univers, scolaire et familial, où elle est sagement préservée, et étouffée. Elle va travailler dans une colonie de vacances dans l'Orne, fréquenter des hommes, et s'essayer au monde des adultes. Cette période aura des répercutions profondes dans les années qui suivent. Elle fait l'expérience de l'humiliation, de l'attente amoureuse et de la violence sexuelle. Annie Ernaux regarde, raconte et dialogue avec l'adolescente qu'elle a été, et met en lumière ce pan sombre de son parcours. Avec cette écriture limpide, précise qui la caractérise, cette grande auteure évoque sa propre expérience, et son époque, mais touche à l'essentiel. Son histoire est celle de nombreuses filles, du XXe, du XXIe ou du XIXe siècle. La perte de l'innocence et la découverte du jeu social pervers sont dépeintes et scrutées en profondeur, avec des détails et des images qui donnent vie, mouvements, musiques, couleurs à ce décor et à ce personnage. Tout est simple, évident, et pourtant cette écriture a une ampleur inédite : elle se développe, gonfle, prend de la hauteur. Et en racontant l'intime, Annie Ernaux trouve l'universel. Gallimard - 15€

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