LE DERNIER SONGE DE LORD SCRIVEN – Eric Senabre

Un mystérieux détective privé indien solutionne les problèmes grâce à ses songes !
Un mystérieux détective privé indien solutionne les problèmes grâce à ses songes !

Christopher Carandini est un intrépide journaliste anglais, mais son dernier reportage lui est fatal : il s’est attaqué à une trop gros poisson, un industriel qui va se venger. Il perd tout, son travail, son domicile et ses relations. Le voilà réduit à dormir dehors… et à lire une annonce dans un journal abandonné sur un banc : « Gentleman cherche secrétaire  particulier pour veiller sur son sommeil ».  Christopher se rend à l’adresse indiquée et faire la connaissance d’Arjuna Banerjee, un détective privé qui résout les énigmes en rêvant…

Eric Senabre revisite avec beaucoup de talent le roman à énigme anglais : vous sillonnez l’Angleterre de 1909, avec un mystérieux détective indien, et vous allez devoir résoudre un meurtre en chambre close. Qui a tué Lord Scriven, le riche armateur, alors qu’il était enfermé dans son bureau ? Les personnages de ce Cluedo sont particulièrement réussis et la petite dose de magie est savamment distillée. Elémentaire, mon cher Carandini…

Dès 12 ans.

Didier Jeunesse – 14,20€

Eileen – Ottessa Moshfegh

eileenNew Hampshire, années 60 : Eileen est une jeune femme profondément perturbée qui partage son temps entre la prison pour mineurs où elle travaille comme secrétaire et le taudis où elle vit avec son père, un ancien flic alcoolique et un père assurément toxique. Toxique, c’est d’ailleurs le mot qui caractérise le mieux l’ambiance de ce premier roman qui révèle un véritable talent.

Le tour de force d’Ottesa Moshfegh, c’est d’arriver à construire un récit haletant en s’appuyant sur un personnage au caractère extrêmement médiocre, et de faire de cette banalité même le moteur de l’intrigue.  Instable et complexée,  Eileen ne supporte son existence sinistre qu’en cultivant avec ses collègues une attitude qu’elle voudrait hautaine et supérieure. Ce qui ne l’empêche d’ailleurs pas de bovaryser à tout va sur la personne d’un jeune gardien de prison à peine conscient de son existence.  L’arrivée de Rebecca, jeune et élégante psychologue diplômée d’une grande université, va bouleverser la vie d’Eileen en lui donnant un nouveau point de focalisation et une nouvelle source de fantasme. D’autant que Rebecca semble donner des signes d’amitié à Eileen, qui voit en elle un modèle, une âme sœur et –pourquoi pas- la possibilité de fuir sa petite vie étriquée. Mais Rebecca est-elle vraiment le modèle d’assurance et de réussite qu’Eileen voit en elle ?

On l’a compris, Eileen est un roman extrêmement noir avec une vraie dimension de thriller, qui se situerait à la croisée des textes de Joyce Carol Oates et Stephen King.  Références peut-être un peu écrasantes pour ce premier roman à l’atmosphère poisseuse qui n’est pas sans défauts mais dont on ne peut que recommander la lecture.

Traduit de l’anglais (E.U.A) par Françoise du Sorbier

Fayard – 20 euros

LA FIN DES EMPIRES – OUVRAGE COLLECTIF

Ouvrage collectif sous la direction de Patrice Gueniffey & Thierry Lenz.

EMPIREL’histoire, un éternel recommencement ? Certainement pas, si on considère la manière contrastée dont s’effondrèrent les plus grands empires créés par l’Homme à travers les continents et les siècles.

Dans cet ouvrage conçu pour intéresser le plus large public, le lecteur curieux apprendra aussi que sous la dénomination « Empire » on trouve des organisations politiques bien différentes. De l’empire d’Alexandre aux géants soviétiques et américains du 20è siècle, La fin des empires nous propose une vingtaine de voyages à travers autant d’articles signés par des historiens spécialistes de chacune de ces périodes.

Signalons aussi que cet ouvrage souvent passionnant s’ouvre sur une très intéressante préface (Le retour) signée Patrice Gueniffey et Thierry Lenz. Les deux auteurs – qui ont dirigé cet ouvrage collectif- mettent en perspective les concepts de l’Empire et de l’Etat-nation , constatant que l’Etat-Nation, qui semblait avoir gagné la bataille de la modernité et s’imposer partout dans le monde, est aujourd’hui « challengé » par des formes politiques reprenant certaines des caractéristiques de ce que furent les empires.

Editions Perrin – 22 euros

Les coups de coeur d’Alaïs

Nous avons reçu cette semaine Alaïs, 3ème 1, dont voici les recommandations de lecture :

Un roman futuriste à couper le souffle !
Un roman futuriste à couper le souffle !

La loi du dôme – Sarah Crossan

 Dans un monde futur, les arbres ont été détruits et l’oxygène s’est raréfié à la surface de la Terre. Les quelques dizaines de milliers de personnes qui ont survécu à ce changement sont regroupées sous des dômes où il reste encore de l’oxygène, dans des bouteilles reliées à des masques, contrôlé par la société   Respirer Inc., qui fait payer chaque bouffée d’air.

Le dôme est divisé en trois parties : la zone 1 où vivent les Premiums dans de grandes maisons. Ce sont les plus riches donc ceux qui possèdent le plus d’oxygène ; la zone 2 où sont les auxiliaires dans de petits appartements et enfin la zone 3 où s’entassent les plus pauvres qui vivent sans masque avec peu d’oxygène dans de misérables taudis.

Le jour où Quinn, un jeune Premium emmène son amie Béa camper hors du Dôme, il est loin de se douter qu’il va découvrir que la vie est encore possible dehors et qu’il va intégrer la Résistance.

Ce livre m’a plu car il est à plusieurs voix : celle de Quinn, de Béa et celle d’Alina. Ensuite, le style est fluide, le livre se lit vite et facilement et il y a de l’action !

Bayard – 16,90€

A partir de 11 ans

Une lecture coup de poing...
Une lecture coup de poing…

Levius – Haruhisa Nakata

Dans un futur dystopique où les machines peuvent fusionner avec l’homme, un nouveau sport se développe : la boxe mécanique. Il s’agit d’un combat à mort entre deux adversaires où ils doivent être équipés d’un membre mécanique. Il y a cinq niveaux, le 1, le plus réputé, ne comporte que treize joueurs d’exception. C’est un sport très violent mais très populaire.

Levius, un jeune garçon dont le père est mort à la guerre et dont la mère est dans le coma, a perdu son bras qui a été remplacé par un membre mécanique. Il est recueilli par son oncle, s’initie alors à la boxe mécanique et devient un excellent joueur de niveau 2.

Il se qualifie alors pour combattre le meilleur boxeur de son niveau et accéder au niveau 1 … Mais un mystérieux boxeur vient tout bouleverser.

Ce livre m’a plus car les dessins sont très bien réalisés, l’histoire est originale et captivante.

BigKana – 12,70€

A partir de 12 ans

LA VEUVE A L’ENFANT – DANIEL MAGGETTI

maggettiDon Tommaso a fauté… Tombé en disgrâce, ce prêtre cultivé, éminemment urbain et mondain est envoyé en exil dans un petit village de la Suisse italienne, en pleine montagne. En cette deuxième moitié de 19ème siècle, la Suisse n’est pas encore le coffre-fort de l’Europe, c’est une terre rude et inhospitalière où les hommes n’ont parfois d’autre choix que de partir, en France en Italie où à l’autre bout du monde pour chercher de quoi faire vivre leur famille. C’est dans l’un de ces villages que Don Tommaso  échoue, où il va faire la connaissance d’Anna Maria, le personnage central du roman. Cette veuve taiseuse, qui élève seul son petit-fils d’une douzaine d’années devient sa domestique. Intrigué par la personnalité de sa servante qui fait l’objet d’un fort ostracisme de la part de certains habitants du village  – et, il faut bien le dire, attiré par l’adolescent dont il entreprend d’améliorer l’éducation – Don Tommaso, moitié par curiosité, moitié par désoeuvrement, va tenter de faire raconter son histoire à Anna Maria. Au fur et à mesure du récit, tandis que se noue une relation de confiance et que croît le respect entre la vieille femme et l’ecclésiastique, l’intrigue prend forme. Elle va nous plonger dans un récit où contrebandes, meurtres et haines villageoises s’entrecroisent sur plusieurs générations et où Anna Maria apparaît comme un véritable personnage tragique, victime de l’amour qu’elle porta à un homme trop beau et sans principes.

Ce court roman est un véritable petit bijou, passionnant et élégamment tissé, celui d’une improbable et belle rencontre entre deux êtres que tout pourrait séparer. Superbe.

Editions Zoé – 15 euros

SYKES – DUBOIS & ARMAND

SYKESAvis aux amateurs de westerns : en voici un de la meilleure facture qui convoque et traite de manière magistrale  les thèmes les plus classiques du genre.

Sykes est marshall, c’est-à-dire agent fédéral, quelque chose comme l’ancêtre des agents du F.B.I. Dans l’Amérique de cette fin de 19ème siècle, les marshalls sont envoyés par monts et par vaux pour faire respecter la loi, suppléer les shérifs défaillants, mettre hors d’état de nuire des hors-la-loi particulièrement coriaces…

Tireur à l’adresse surnaturelle, Sykes est une véritable légende vivante. Cela fascine Jim, un gamin d’une douzaine d’années dont Sykes fait la connaissance à l’occasion d’une halte dans une ferme. Jim y vit seul avec sa mère, une situation dangereuse car la redoutable bande des Clayton, des bandits légèrement psychopathes, rôde dans la région. Sykes n’est malheureusement pas là le  jour où les Clayton passent à l’attaque. Le gang tue la mère de Jim, qui réussit à s’enfuir jusqu’à la ville où il retrouve le marshall. Sykes part à la poursuite des assassins accompagné du marshall O’Malley et de Renard-Gris, un ancien éclaireur indien.

Voilà le point de départ de cette aventure dont le scénario concocté par Pierre Dubois est remarquable. Il donne une vraie densité à chacun des personnage sans négliger l’intrigue, qui offre son lot de rebondissements.  Au dessin, Dimitri Armand restitue merveilleusement les ambiances des villes de l’ouest, des saloons, les grandes étendues désertes. On s’y croirait. A découvrir sans tarder !

Editions Le Lombard – 16.45 euros

Et voici la version radio!

LECTURE DE DAVID DUMORTIER, JEUDI 18 FEVRIER

Un homme ne retourna jamais dans le village de ses premières années, il avait si peur de croiser l’enfant qu’il avait été. 

Vous êtes peut-être dans ce livre, page 47.

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LECTURE DE DAVID DUMORTIER

 

Jeudi 18 février à 19 heures 30, nous avons le plaisir d’accueillir le poète David Dumortier qui fera une lecture de textes extraits de son recueil Vous êtes peut-être dans ce livre paru aux éditions La rumeur libre

Une séance de dédicaces et un pot amical concluront cette soirée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’ETE DIABOLIK – Thierry Smolderen & Alexandre Clérisse

Sea, sex and spy...
Sea, sex and spy…

Antoine a 15 ans en 1967 ; il passe son été avec son père. Il fait la connaissance d’Erik lors d’un match de tennis, un match qui finit mal, puisque les pères des jeunes gens en viennent aux mains. C’est le premier incident d’une série qui s’avère bien opaque : une poursuite en voiture, un accident mortel, la rencontre avec une jeune Américaine libérée, des déconvenues amoureuses, une fusillade et la disparition pure et simple de son père.

La première partie est une mise en abyme réussie : un livre dans un livre, celui qu’écrit Antoine 20 ans après les événements, une belle pelote bien emberlificotée, que la deuxième partie va s’atteler à démêler. Il retrouve Michèle, qui apporte un nouvel éclairage à ce mystère.

L’été Diabolik est donc un roman d’espionnage, plein de faux-semblants et d’énigmatiques personnages, et d’initiation, raconté par un naïf au coeur tendre. Les auteurs se sont inspirés d’un pulp italien, créé en 1962 par Angela et Luciana Giussani. Clérisse et Smolderen ont recréé toute une esthétique de l’époque : voiture, architecture, vêtements, design avec un recherche toute psychédélique sur la couleur. Le dessin est  travaillé avec  les outils informatiques d’aujourd’hui, mais a bien le parfum de l’époque. Il saute au visage, franchement pop, puis de plus en plus inquiétant : du bord de mer ensoleillé on glisse vers des nuits effrayantes, décuplées par l’acide, puis quand vient la deuxième partie et la résolution, les teintes se font plus sombres. Dans l’intéressante post-face, Thierry Smolderen cite volontiers ses références, Jean-Claude Forest, Guy Peellaert.

Cet album est donc bien original, en jouant sur une évocation d’une époque, de l’esthétique pop et d’un genre populaire, le roman d’espionnage, le tout dans un livre au façonnage fort réussi!

Dargaud – 21€

Et la version radio réalisée pour Boulevard de la BD et Act’heure, à la 20ème minute! 

 

IL ETAIT UNE FOIS DANS L’EST – Julie Birmant & Clément Oubrerie

Tourbillonnante biographie dessinée d'Isadora Duncan.
Tourbillonnante biographie dessinée d’Isadora Duncan.

Nouvelle collaboration de Julie Birmant et Clément Oubrerie, après avoir évoqué Montmartre au début du XXe dans Pablo : vous allez découvrir l’histoire d’Isadora Duncan, une danseuse révolutionnaire, qui jeta les bases de la danse contemporaine en proposant des chorégraphies libérées du corset du ballet classique. Danseuse et révolutionnaire, car cette Américaine partit en 1921 à Moscou sur l’invitation de Lénine. Son histoire est à l’image de son caractère, fantasque, provocateur, passionné. Et elle rencontra son alter ego slave, Serge Essenine, poète star ; car à l’époque, avec son physique, sa légende et ses vers, Essenine est reconnu dans la rue, et acclamé. Serge et Isadora ont une flamblante histoire d’amour que nous racontent Julie Birmant & Clément Oubrerie. Le personnage, qui a tout de la tornade, est passionnant et le travail du dessinateur sur les séquences de danse est particulièrement réussi.

Dargaud – 22,90€

LA GRANDE ARCHE – LAURENCE COSSE

COSSE1983 : l’architecte qui remporte le Concours International de la Défense au nez et à la barbe des plus grandes agences mondiales est un inconnu. Van Spreckelse n’a bâti que quatre églises et sa propre maison. C’est pourtant son projet de « cube » qui s’impose, séduisant le jury (et François Mitterrand) par la pureté de ses lignes.

Le triomphe de Van Spreckelsen marque aussi le début de son chemin de croix. Les incompréhensions entre l’architecte et les multiples intervenants publics, l’intransigeance de l’architecte, la valse-hésitation sur la destination du futur bâtiment et les très nombreuses difficultés techniques vont faire de ce projet une épopée tragique au cours de laquelle Van Sprekelsen va se perdre.

Le beau roman très documenté de Laurence Cossé nous fait vivre pas à pas les étapes de ce projet hors du commun et nous replonge dans cette époque des grands travaux, époque pas si lointaine  mais qui est déjà de l’histoire.

Gallimard – 21 euros