#4 carnets de campagne d’une libraire confinée

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Bon on ne va pas se mentir, hein ? Les premiers jours ont été chaotiques, un vrai beau bordel ! Mais ça y’est, nous nous sommes organisés. Les enfants ont accepté l’idée qu’ils n’étaient pas en vacances et qu’ils devaient faire des devoirs 2x2h par jour, que leur père partait pour le travail en survet et en chaussons à l’étage et que maman avait elle aussi droit à un bonbon lorsque la série d’exercices était réussie. Nous avons également tenu un conseil de famille pour définir quelles courses étaient prioritaires et avons établi qu’une fois par semaine il faudrait aller au supermarché où nous ajouterons quelques bd kids, quelques bouteilles et de la glace au chocolat aux denrées de première nécessité. Pour l’instant nous n’avons pas croisé de représentants des forces de l’ordre mais la légende rurale colporte qu’il faille acheter à manger avec son vin pour éviter de se prendre une amende…
Incroyable mais vrai, peu à peu une routine de confiné s’installe. Comme lire les mails de la librairie au petit déjeuner. Vos messages de soutien et d’amitié sont nombreux et appréciés ; ils m’aident à rester de bonne humeur. A 9h, France 4 lance les hostilités et me voilà maîtresse d’école pour 2h… tout en revêtant mon tablier de cantinière (parce que je n’ai pas encore le titre honorifique de cuisinière…)  Après les enfants profitent du jardin et moi je passe quelques coups de fil depuis la terrasse. Je ne divulgue aucun secret en vous disant qu’à la librairie c’est Juliette qui est en régie. Je me suis mise à Facebook quand il fallait passer sur Instagram et j’ai dompté Skype quand il a fallu passer à WhatsApp. Bref je ne suis pas une geek et je découvre cette semaine des trucs comme… Zoom ? Ceci étant, mes parents sont confinés dans un chalet d’alpage sans tv et sans internet qu’aucune route ne dessert l’hiver. Pour les joindre pas d’autre alternative que le portable, qu’ils captent depuis leur balcon. Donc chaque jour je téléphone à mes proches et à des amis que je ne prends pas le temps d’appeler habituellement.
Après le déjeuner, c’est l’heure de la sieste pour la petite. Je m’allonge à ses côtés ; depuis l’épisode du tapis du salon j’essaie de la rassurer. J’en profite pour lire à la lueur de la lampe frontale. Dans notre famille chacun a la sienne. Comme ça on peut lire sans déranger son coturne ! Cet après-midi j’ai aussi écouté un podcast du lac des cygnes sur Radio classique avec ma grande puis nous avons appris une poésie printanière de Lucie Delarue-Mardrus, une poétesse dont je n’avais jamais entendu le nom mais dont je crois pouvoir dire qu’elle n’est pas publiée en Poésie Gallimard ! Sa fiche Wikipedia me sidère. Comment ai-je pu passer à côté d’elle ?
À l’heure du gouter je reçois la suite des conseils d’Ulysse et souris en pensant aux haltères qui vivent le même sort que ma table de ping-pong qui n’a pas quitté le garage. Une partie de croquet peut-elle raisonnablement être considérée comme du sport ? Et 10 jumping jack ?
En tisonnant mon feu ce soir je me dis que nous vivons vraiment une époque à peine croyable. Je viens de finir un roman ado qui traite du réchauffement climatique, repense à un autre qui se déroulait dans le Paris des après-attentats et je me demande de quoi la littérature de demain sera faite.

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