#2 La longue marche de Léa

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Après l’annonce de la fermeture des écoles il y a eu la question de l’INFL (Institut National de Formation de la Librairie) car en tant qu’apprentie je vais aussi à l’école. J’enfile ma casquette d’étudiante une semaine sur quatre donc le confinement m’offrira forcément une semaine de travail à la maison. En effet, il a fallu trouver une solution pour continuer à apprendre le métier de libraire et ne pas prendre de retard sur l’année. Le casse-tête est avant tout pour nos professeurs, pas facile de rendre un cours en PDF attractif, non ? A la manière des écoles il faudra nous donner des devoirs et faire des visioconférences ? En pyjama ? Quelle idée ! L’envie d’être sous la couette va être terriblement tentante mais pas très professionnelle … Alors je demande comment va se passer cette semaine à l’INFL hors INFL. Je me sens prête pour un 9h-17h jusqu’à vendredi, enfin plus ou moins. 

Nous sommes déjà lundi, à neuf heures tapantes nous devons être prêts. Lors d’une journée normale, c’est l’heure à laquelle nous commençons à Montreuil, la ville qui accueille notre école, mais là après une semaine de confinement avec repos presque obligatoire ça fait drôlement tôt. Je me lève à 8h, les yeux baignés de sommeil, le pyjama collé à la peau, la seule chose qui peut me réveiller est un bon café et des céréales chocolat/caramel – je reprends l’alimentation d’une enfant chez mes parents, pas de jugement. Le confinement ne me réussit pas, enfin qui est en train de vivre sa meilleure vie ? 

Enfin après avoir enfilé un jean, je ne vous raconte pas l’effort, j’allume mon ordinateur et prépare l’application qui devrait nous permettre de nous rencontrer à distance qui porte le doux nom de « Zoom ». Grâce à cette superbe invention j’ai l’immense chance de voir vingt-cinq têtes aussi fatiguées que moi à l’écran. Notre séance de tutorat d’habitude est calme et chacun à son tour raconte comment cela se passe à la librairie et présente une vitrine, le plan de la librairie ou encore son roman préféré du moment. Cette fois, tout le monde parle en même temps, c’est avec un plaid ou une tasse de thé fumant à la main qu’on revoit, avec plaisir il faut le dire, les bouilles des camarades qui après un mois nous ont manqué. Chacun raconte comment leur librairie et eux-mêmes ont vécu la fermeture des commerces « non nécessaires » et le confinement. Ceux qui sont à la campagne, comme moi, et qui ont un bout de terrain, un jardin ou une terrasse sont invités à ne surtout rien dire, parce qu’on voit vite les yeux brillants et désespérés des confinés en appartement. Après une heure de discussion nous avons fait le tour et on se quitte en priant pour que cette semaine soit à la hauteur de nos espérances. 

Finalement à dix heures ma journée de cours est terminée, nous avons parlé de notre emploi du temps et nous attendons que les cours nous parviennent par mail. Nous sommes sensés reprendre les cours à treize heures mais on assiste à des débuts difficiles car les cours nous sont envoyés à 21 heures ! Alors je ne vous raconte pas le retard que je prends et le décalage que cela crée …

 A une heure du matin, je me réveille en sursaut : je me suis littéralement endormie sur mon cours à propos du salon du livre. Non pas que le cours ne soit pas intéressant, au contraire, mais lire bien au chaud sous sa couette, eh bien la tentation de piquer un petit somme est vraiment grande. C’est avec les cheveux dans tous les sens et la joue sur la tablette tactile que je me réveille au milieu de la nuit. Pourtant les annexes sont nombreuses et complètes, c’est un premier cours à distance plutôt réussi (oublions mon sommeil).

Mardi, nous vivons notre deuxième jour de cours enfin premier techniquement [mais ne soyons pas trop exigeants]. J’ai droit à un beau diaporama sur la poésie qui, à mon humble avis, reste le meilleur cours que nous avons de toute la semaine. Le cours est une boîte aux trésors qui nous met l’eau à la bouche et nous donne l’envie irrépressible de s’emparer de toutes ses joailleries et les mettre dans nos poches, ou plutôt dans notre pile à lire.  

J’en dégote quelques-uns que je compte bien explorer : 

– toute la poésie d’Andrée Chedid que j’ai la chance de ne pas avoir encore lue et que j’ai hâte de découvrir. 

-Le recueil Il pleut en amour de Richard Brautigan, publié par Le Castor Astral en 1998 traduit de l’américain par Thierry Beauchamp et Romain Rabier.

Bleuets de Maggie Nelson, Edition du Sous-sol, traduit de l’anglais par Céline Leroy, qui semble être une méditation poétique et intime autour de la couleur bleue. 

– La voix féminine et contemporaine de la poétesse, dramaturge et rappeuse Kate Tempest (j’écoute son premier album «  Everybody Down » en écrivant et je vous le conseille vivement). Une traduction française de son recueil de poésie Brand New Ancients par Louise Bartlett et le rappeur D’ de Kabalparut en 2017 sous le titre Les nouveaux anciens chez l’Arche éditeur.  

Après cela nous avons un cours de communication, il s’agit de nous apprendre à proposer un écrit court et nous devons créer un coup de cœur que nous pourrions afficher dans notre librairie. Vous savez, ces petits papiers colorés que vos librairies attachent aux livres qu’ils ont aimé pour partager avec vous leurs préférences et qui j’espère vous aident à faire vos choix.

J’ai envie d’exprimer mon enthousiasme pour le livre dont j’ai déjà parlé qui s’intitule Les grandes villes n’existent pas de Cécile Coulon. C’est un excellent choix qui permet au professeur qui me corrige de me faire comprendre avec une immense délicatesse et une bienveillance subtile (est-ce l’effet du confinement ?), que je suis très mauvaise dans cet exercice, que personne ne voudra acheter mon livre et que les fêtes au village ne font rêver personne (alors que moi j’adore). Cela fait toujours très plaisir je vous assure ! Je vais vous avouer une chose pendant une journée complète je me suis bourrée de chocolats et je suis restée dans mon lit sans vouloir le quitter, le moral dans les chaussettes (alors que j’en porte même pas) comme pour une rupture amoureuse en me demandant si je ne vais pas tout arrêter. Je suis du genre à dramatiser, je sais. Enfin, après le soutien de mes collègues, même à distance et oui, je remonte la pente : le confinement a certainement des effets sur moi aussi. Pour une personne qui ne veut plus jamais écrire je décide quand même de reprendre mon coup de cœur raté pour le remettre un peu en forme, peut être le retrouveriez-vous dès l’ouverture de la librairie.

Il fallut que je me ressaisisse car le mercredi matin, nous recevons le cours sur les revues de presse, une nouveauté car nous n’en avons jamais parlé auparavant. Nous devons donc envoyer avant minuit une revue de presse sur une sélection de livres dans laquelle on trouve des romans, des polars, des mangas, des bandes dessinées et de la jeunesse. Je dois choisir une œuvre puis faire des recherches sur l’auteur, l’éditeur, retrouver tous les médias qui ont parlé ou interviewé l’auteur et les trier par genre : radios, télévision, presse écrite ou encore Internet. Une chance pour moi, je vois la magnifique couverture de Sacrées sorcières, l’adaptation du roman de Roald Dahl en bande dessinée par Pénélope Bagieu que j’ai adoré. Pas très à l’aise avec l’exercice, qui reste tout nouveau pour moi, et qui me prend 3 heures !

Pour la deuxième partie de la journée, c’est le tourisme qui est à l’honneur, c’est avec une belle ola que je l’accueille puisque je trouve qu’on oublie souvent ce rayon en librairie alors qu’il est très important et qu’on peut facilement le mettre en valeur dans une vitrine par exemple. Le cours est très bien construit, nous avons l’occasion de faire le tour des éditeurs et de leur évolution. On apprend aussi qu’avec un guide il est aussi possible de présenter un livre d’un auteur phare du pays que le client désire visiter. Comme par exemple si l’on part pour un tour de l’Amérique Latine, on peut prendre dans le sac à dos Cent ans de solitude de Gabriel García Márquez, auteur colombien. On peut aussi choisir un beau livre comme Tibet minéral animal avec un guide pour le Tibet ou un livre de voyage comme les textes de Nicolas Bouvier ou Sylvain Tesson. Cela fait partie des exercices que la professeure nous propose, celui de trouver des romans, polars, récits de voyages ou essais qui peuvent s’associer à des guides de différents pays. 

Je me couche avec des envies de voyage dans la tête … 

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