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CE QUE NOUS AVONS PERDU DANS LE FEU – MARIANA ENRIQUEZ

Elégante, chatoyante et vénéneuse, rarement couverture d’un livre aura été aussi en adéquation avec son contenu…

Voici douze nouvelles sans lien entre elles mais qui présentent toutes un -terrible !- air de famille…  Alors qu’elles semblent ancrées dans un quotidien trivial et donnent tous les gages de la normalité, les histoires de Mariana Enriquez basculent dans un univers bizarre, fantastique et/ou carrément angoissant. Basculer est d’ailleurs un terme impropre, et souvent on se surprend à guetter en vain le moment exact ou s’opère ce glissement vers le fantastique.  Cela donne une mesure du talent de Mariana Enriquez et lui fait un point commun avec Julio Cortazar, le grand auteur argentin auquel certains critiques élogieux comparent cette nouvelle auteure. Une chose est certaine, il s’agit là d’un des recueils de nouvelles les plus marquants que j’ai pu lire ces dernières années. Si elle s’inscrit dans une « tradition latino-américaine » du récit fantastique, l’auteur y donne aussi la preuve d’une vraie originalité, bien servie par une écriture percutante et une vraie touche d’humour. Hautement recommandable, donc.

Traduit de l’espagnol (Argentine) par Anne Plantagenet

Editions du sous-sol – 19 euros

 

UN MEMBRE PERMANENT DE LA FAMILLE – Russel Banks

membre permanent familleRussel Banks fait partie des rares auteurs qui se révèlent aussi à l’aise dans le roman que sur le format plus court de la nouvelle même si, en définitive, je crois que je préfère encore Banks nouvelliste. Le recueil qui vient tout juste de paraître chez Actes Sud ne peut que me renforcer dans cette opinion car une fois encore Russell Banks révèle un talent sans pareil (Simenon peut-être, Carver ?) pour créer et faire exister un personnage en quelques phrases à peine. Les douze nouvelles qui composent le recueil saisissent ces moments impalpables où la vision de la vie des personnages, leurs relations à leurs proches et à leur environnement se redéfinit sous l’effet d’un « presque rien ». La très belle nouvelle « Perdu, trouvé » est un modèle du genre. En treize pages d’une force exceptionnelle, Banks évoque la force d’un amour qui aurait pu être, les regrets qu’il laisse dans la vie d’un homme de cinquante ans. Magnifique.

Traduit de l’anglais (E.U.A) par Pierre Furlan

Actes Sud – 22 euros