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LES HUIT MONTAGNES – PAOLO COGNETTI

Prenons de la hauteur et partons vers sommets enneigés avec le nouveau roman de Paolo Cognetti, « Les Huit montagnes » aux Editions Stock.

Souvenez-vous, P. Cognetti, c’est le « Garçon sauvage », roman sorti en 2016 qui nous emmène au milieu des arbres et des montagnes. Récit poétique sur la nature et le processus d’écriture, ce texte vient d’ailleurs de sortir en poche (aux Editions 10-18).

Dans « Les Huit Montagnes », l’auteur démontre à nouveau qu’il sait mieux que personne raconter ses Alpes italiennes mais aussi les autres sommets terrestres. Alors qu’une solitude volontaire imprégnait son premier roman, Cognetti ouvre cette fois-ci son récit à d’autres personnages. Pietro, le narrateur, jeune garçon de la ville, découvre les pentes alpines au côté d’un camarade de jeux, Bruno, qui, lui, y est né et ne les a jamais quittées. On retrouve aussi un père, homme central du roman, partagé entre son amour pour la montagne et ses obligations citadines. Tiraillement qui rejaillit sur les relations familiales. Ces relations sont d’ailleurs à l’image du lieu qui les entourent : généreuses mais aussi froides et silencieuses. 

Cognetti signe un roman où l’intime (sûrement autobiographique) se mêle à l’universel, où la Nature est grande et l’homme petit. Ce texte est une véritable invitation poétique à une longue méditation et réflexion sur la montagne et la place que l’homme doit y prendre.

A lire et relire !

traduit de l’italien par Anita Rochedy

Stock – 21.50 euros

 

 

LE FLEUVE DES BRUMES – VALERIO VARESI

VARESIAgullo est une toute nouvelle maison d’édition qui  à travers la fiction  a pour ambition d’emmener le lecteur curieux à la découverte d’autres pays, de leur histoire et de leur  culture. Le fleuve des brumes de Valerio Varesi, l’un des 3 premiers romans proposés par Agullo, est un roman noir italien.

L’Italie dans laquelle Valerio Varesi inscrit son histoire ne répond à aucune des images auxquelles on associe le pays spontanément. Nous sommes dans la plaine du Pô, au nord du pays, dans une vallée brumeuse. Cette nuit là, comme depuis des jours, la pluie tombe interminablement. Le fleuve va sortir de son lit. Depuis la maison des mariniers qui jouxte le Pô, les bateliers commentent la situation, font des pronostics quand survient un événement des plus étranges. Défiant le danger, une péniche largue les amarres. C’est d’autant plus étonnant que le propriétaire, Tonna, est un vieux de la vieille pour qui le fleuve n’a pas de secrets. Il ne peut ignorer que le Pô n’est plus navigable. Tonna est-il à la barre ? Qu’est-il arrivé ? A la lecture du très beau premier chapitre, on pense immédiatement à certains romans de Simenon. Pour l’ambiance, mais aussi pour cette  capacité de l’auteur à camper les personnages en quelques détails, en un dialogue.

La crue puis la décrue vont tenir une place centrale dans cette histoire. Et au fur et à mesure que l’eau va se retirer, apparaîtront des pans d’histoire locale vieille d’un demi-siècle, dans cette région où les luttes furent intenses entre chemises noires et militants communistes et où les ressentiments restent très vivaces.

Le commissaire Soneri va tenter de démêler l’écheveau complexe né de ces haines rancies. Il le fait à son rythme, indifférent aux pressions locales et ne se fiant qu’à son intuition. Un commissaire sans arme, avec un intérêt certain pour la gastronomie qui n’hésite pas à échanger avec les témoins  autour d’une spécialité régionale (j’ai ainsi appris qu’il existait une spécialité à base d’âne, dans cette région de l’Italie). Cela ne vous rappelle personne ? Sauf que Soneri a une vie sentimentale un peu plus active que notre commissaire national, et s’il n’y a pas (plus, en fait) de Madame Soneri , il existe une certaine Angela dotée de pas mal d’imagination.

Pour un premier essai, c’est donc un coup de maître. On espère maintenant découvrir les autres aventures du commissaire Soneri. Il semble qu’il en existe une dizaine !

Traduit de l’italien par Sarah Amrani

Editions Agullo – 21.50 euros

LE GARCON SAUVAGE – PAOLO COGNETTI

cognettiPaolo Cognetti, écrivain, la trentaine, tourne en rond dans la grande ville de Milan où il vient de passer un hiver déprimant. Pour retrouver l’envie de vivre et d’écrire il décide de partir pour le Val d’Aoste, une région montagneuse qu’il connaît pour y avoir passé des vacances avec son père quand il était enfant. A 2000 mètres d’altitude, il s’installe dans la petite maison abandonnée d’un vieux hameau encore fréquenté l’été par les gardiens des troupeaux de vaches et traversé de loin en loin par quelques touristes.  Amoureux de la solitude, Paolo Cognetti va mettre à profit le séjour dans sa thébaïde pour reprendre lien avec la nature, cultiver son jardin (ou du moins tenter de le faire), lire bien sûr : Thoreau, Elisée Reclus, Rigoni Stern qui vont l’accompagner dans ces quelques mois de retrait volontaire. Il fera aussi de belles rencontres, celles d’autres taiseux, si différents de lui mais qui partagent peut-être un même désir de solitude et d’absolu.

Ces carnets de montagne forment un très beau texte, poétique et pas dénué d’humour, et j’étais un peu triste de devoir redescendre trop vite de la montagne à mon goût – le texte est court – bien que je ne sois pas habituellement un fan absolu du « nature writing ». Très chouette lecture.

Traduit de l’italien par Anita Rochedy

Editions Zoé – 15 euros

SUBURRA – G. de cataldo – C. bonini

suburraAprès les excellents Romanzo Criminale et La saison des massacres (suivis de trois ou quatre opus que je n’ai pas lus)  le magistrat Giancarlo de Cataldo –ici accompagné du journaliste d’investigation Carlo Bonini- poursuit son exploration des plus noirs versants de la société italienne contemporaine.

La lecture du roman – 470 pages avalées en un lundi pluvieux, autant dire que la lecture vous happe- laisse une drôle d’impression et  l’envie d’en savoir davantage. Qu’est-ce qui est vrai, qu’est ce qui relève de la fiction ? Dans cette interview, De Cataldo nous donne quelques clés.

Après un rapide prélude qui nous raconte un casse des années 90, l’histoire débute dans la chambre d’un palace romain, où l’ambiance est clairement au bunga bunga. Car nous voici à la toute fin de l’ère berluscolienne, un moment où comme dit l’autre,  « il faut que tout change pour que rien ne change ».  Dans la Rome pervertie décrite par les auteurs, la collusion entre mafia, milieux politiques, affairistes et cléricaux semble totale. Tous cherchent à s’entendre afin de réaliser le gigantesque projet immobilier (bétonnage d’ une côte des environs de la capitale) qui va les rendre richissimes.

Face à cette puissance politique, criminelle et financière, Le lieutenant-colonel Marco Malatesta apparaît bien seul . Aidé d’un procureur intègre et d’Alice, une militante altermondialiste pour laquelle il ressent une certaine inclinaison, il entreprend de  lutter contre l’hydre mafieuse et en particulier contre la tête pensante du projet, le Samouraï , personnage charismatique passé du néo fascisme au banditisme pur et simple, dont il fut autrefois le disciple. Un polar politique aussi addictif qu’il est effrayant.

Traduit de l’italien par Serge Quadruppani

Editions Métailié –  23 euros

LE NOUVEAU NOM (l’amie prodigieuse 2) – Elena Ferrante

ferranteOn avait quitté nos deux héroïnes Lila et Elena  le jour du mariage de Lila avec Stéphano, le fils de l’épicerie Carracci et on attendait de les retrouver avec beaucoup d’impatience et un peu d’appréhension. Le deuxième tome de la tétralogie signée par Elena Ferrante, la mystérieuse auteure dont on ignore tout, véritable Pynchon transalpin, allait-il être aussi réussi que L’amie prodigieuse dont la lecture nous avait tellement enthousiasmé ? Eh bien oui, cette fois encore c’est un chef-d’oeuvre qui s’offre à nous. On retrouve la même maîtrise de la narration, les portraits psychologiques sont toujours aussi fins et la relation ambigüe qu’entretiennent Lila et Elana, la narratrice, gagne encore en complexité. Même si leurs destins diffèrent de plus en plus et même si les deux jeunes filles s’éloignent et se perdent de vue parfois pendant de longs mois au gré des fâcheries et du déménagement d’Elena, maintenant étudiante à Pise, elles continuent à exister et à se construire en grande partie à travers le regard et l’opinion de l’autre.

Ceux qui comme moi viennent de terminer la lecture de ce second tome n’auront qu’une envie, c’est que Gallimard avance la traduction française du troisième qui n’est pas prévue avant 2017 !

Si vous ne connaissez pas encore Ferrante et que la presse unanimement élogieuse vous a convaincu d’en faire la lecture, réjouissez-vous, le tome 1, l’amie prodigieuse vient tout juste de sortir en folio.

Traduit de l’italien par Elsa Damien

Gallimard – 23.50 euros