Nos coups de cœur - BD
Voici une liste non exhaustive et totalement subjective de ce qui nous a plu, remué, intéressé ce mois-ci, au fil et au gré de nos lectures. Pour voir ce qui nous a secoué les mois d’avant, c’est pas compliqué, il vous suffit d’aller farfouiller dans les archives…
Sélectionné Par Yves -- 03 février 2012
Voici un premier album magnifique, qu'on doit à une jeune coréenne établie en France depuis quelques années. Keum Suk Gendry-Kim, qui est née au début des années 70 dans une grande ville du sud du pays, nous livre un récit autobiographique bouleversant et nous plonge au sein d'une famille de coréens ordinaires : la sienne.
On suit l'enfance de Gusoon en province, puis son adolescence à Séoul où elle débarque avec sa famille dans des conditions difficiles. L'auteur met en scène son quotidien, son entourage familial, le dévouement de sa mère, le destin triste de la grande soeur, les oncles maternels plus odieux les uns que les autres. Le père, amateur de de pansori -l'opéra coréen- qui est mentionné dans le titre est un peu occulté. En nous parlant de sa famille, Gusoon nous éclaire également sur l'histoire récente de son pays, où la marche forcée vers le "progrès" économique s'est accompagnée de violences politiques constantes.
D'un point de vue graphique aussi, le chant de mon père mérite de retenir l'attention. Les paysages, en particlier, qui semble travaillés selon la technique du lavis, sont somptueux.
Editions Sarbacane - 19,50 euros
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Sélectionné Par Stephanie -- 24 janvier 2012
Et oui, une nouvelle BD de Pénélope Bagieu ! Fini Joséphine ou les extraits du blog Ma vie est tout à fait fascinante (un blog à découvrir ici), elle signe une BD à quatre mains avec Boulet (Notes chez Delcourt) et c'est très réussi !
L'héroïne se retrouve sur un banc, la nuit, surprise. Pourquoi est-elle assise là ? Dans ce quartier ? Un blanc. Elle ne se souvient de rien, ni de son nom, de son adresse, de son métier... Après analyse de son portable suivie de quelques déductions, elle se retrouve dans un appartement qui ne lui évoque rien, pense être libraire, découvre qu'elle a un chat. Les médecins ne la croient pas, ce type d'amnésie n'existe pas et le psy ne peut rien pour elle... Qui est-elle vraiment ? Que va-t-elle découvrir ?
Boulet à l'écriture, Pénélope Bagieu à l'image : un duo qui fonctionne à merveille. Le scénario original et bien construit débute comme un polar et se transforme peu à peu en un texte plus profond et psychologique, les illustrations très girly égaient un texte juste et sensible, sans oublier la chute qui clôture parfaitement l'intrigue. La page blanche, une belle réflexion sur la quête de soi et notre place par rapport aux autres.
Editions Delcourt - 22,95 €
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Sélectionné Par Juliette -- 11 janvier 2012
Dans les années 80, Paris devint le terrain de jeux du gang des postiches, une bande de braqueurs qui se grimaient et se déguisaient lors de leurs hold-up. Rien de plus fascinant que ces histoires de mauvais garçons à moustaches : leur rencontre, leur passé, leurs lubies, leurs succès et leur chute sont une matière exemplaire. En face de ces voyous inventifs, les flics patinent, ou deviennent ripoux. Et le décor, le Paris de Belleville et des troquets, est un parfait labyrinthe pour jouer aux gendarmes et aux voleurs. Le dessin, en noir et bleu, réaliste, donne à l'ensemble l'allure des films de Melville.
Futuropolis - 22 €
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Sélectionné Par Yves -- 15 décembre 2011
Attention, voici un super comics, qui devrait passionner les fans de super-héros, bien sûr, mais également les amateurs de bd policières, voire de romans noirs. Le scénario est bien chiadé mais l'histoire reste compréhensible, ce qui n'est pas toujours le cas avec les comics (ou alors, je suis vraiment bas de plafond, ce qui est une autre possibilité). En gros, deux bandes de super-héros s'affrontent, l'une au service du Bien, l'autre devinez de qui... Jusque là, rien de très original, mais c'est un peu les figures imposées du genre. Si cette BD sort de l'ordinaire, c'est grâce au soin particulier apporté au profil des personnages, qui confère à l'histoire un climat très particulier. Quant au scénario, il se dévoile petit à petit au fil des deux tomes déja parus. On sent que les auteurs ont été élevés au moins autant aux séries télé qu'à la BD. Et comme dans les meilleures séries américaines, on attend la suite en piaffant d'impatience.
Editions Delcourt - 14,95 euros chaque tome
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Sélectionné Par Juliette -- 09 décembre 2011
La suite des aventures d'Arthur Vlaminck, conseiller chargé des langages (sic) du ministre des affaires étrangères, c'est-à-dire de ses discours ; en pleine crise diplomatique avec les Etats-Unis qui veulent à tout prix attaquer le "Lousdem", un bras de fer s'engage à l'ONU. La situation vous rappelle quelque chose ? Sauf que maintenant, vous êtes dans les coulisses. Des petits rivalités de personnes (la responsable Afrique en prend pour son matricule) aux alliances improbables (ministres russe et français passionnés d'espagnol), on suit cet étrange manège comme un vaudeville. Les envolées lyriques du ministre tout comme les saillies du chef de cabinet sont drôlissimes, et l'on continue, dans le tome 2, à s'esclaffer. Le dessin vif et expressif de Blain fait des merveilles, comme d'habitude... à mettre entre toutes les mains.
Dargaud - 16,95 €
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Sélectionné Par Juliette -- 31 octobre 2011
Si vous aviez trouvé que Blankets, le touchant roman graphique qui avait fait connaître Craig Thompson, était un pavé, vous ne serez pas déçu par son nouvel opus, Habibi. 700 pages, messieurs dames. Mais le fait est que ce récit au très long court est une vraie réussite. C'est l'histoire de Dodola et d'Habibi, esclaves enfuis et instruits, qui grandissent dans un bateau perdu dans le désert, puis sont séparés. Elle se retrouve dans un harem tandis que lui atterrit dans le bidonville. Voilà pour le début...
La fable orientale a des accents de conte cruel, et de chronique d'un monde moderne : le mélange des genres fonctionne, les digressions sur la calligraphie arabe et les histoires tirées du Coran s'imbriquent dans ce récit très romanesque aux multiples, et inattendues, péripéties. Loin des clichés, Craig Thompson raconte un récit âpre et passionnant, qui bouscule son lecteur.
Casterman - 24,95 €
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Sélectionné Par Juliette -- 29 octobre 2011
Blutch veut en finir avec le cinéma... C'est sans compter son amour immodéré pour la chose. Acteurs, réalisateurs, critiques peuplent ce recueil d'histoires, dont certaines prennent la forme de cadavre exquis dessinés, d'autres de conversations entre Blutch et son amante, où le cinéma intervient (Michel Piccoli qui participe au débat, des bribes de dialogues & d'images de films qui se glissent dans l'échange). Parfois énigmatique, Blutch vous conduit dans son imaginaire de cinéphile, où il disserte sur Burt Lancaster et les singes. Son dessin dense et expressif est une merveille. Et on attend la prochaine séance du cinéma de Blutch avec impatience.
Dupuis - 19,95 €
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Sélectionné Par Juliette -- 22 octobre 2011
Du haut de ses 17 ans, Aline fait le grand plongeon, une tentative de suicide qui la conduit à Sainte Anne, au service psychiatrique. Elle y passe un mois éprouvant, au contact d'autres patients, effrayants, touchants ou fuyants. Ce récit de l'intérieur de l'hôpital, du point de vue d'une patiente, tout en fragilité, vous entraine et vous empoigne sur 135 pages : de courts chapitres qui décrivent les usages du lieu, l'importance des cigarettes, les effets secondaires des médiacements, les relations avec le médecin, et les événements qui bousculent la routine (une sortie, un dialogue inattendu, un colis de l'extérieur). La narratrice raconte cette expérience sur le fil avec intelligence, et le trait de Natacha Sicaud, souple et délié, est particulièrement expressif. Une livre soufflant.
Delcourt - 17,50 €
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Sélectionné Par Yves -- 10 septembre 2011
Si vous aimez les super-héros et la poilade, vous devez absolument jeter un oeil à La trainée jaune de ComicSwood, comique comics, qui est un peu l'équivalent BD du Guide du routard intergalactique. Vous y suivrez les super-aventures pas banales de Filippu Angroca qui acquit ses superpouvoirs dans des conditions un tantinet triviales, qu'on vous laisse la joie de découvrir. (le titre est un indice). L'histoire tient la route sur les 70 pages de l'album, un exploit compte-tenu du haut niveau de déconnade de l'entreprise.
Scutella editions - 20 euros
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Sélectionné Par Juliette -- 03 septembre 2011
Davis B., dessinateur, et Jean-Pierre Filiu, historien et grand connaisseur de l'Orient et de l'Islam, signent un album atypique : une histoire dessinée des relations diplomatiques entre les Etats-Unis et le Moyen Orient (vous connaîtrez au passage l'origine de l'expression), en commençant par le début et le XVIIIe siècle, et on en apprend de belles ; de quoi mettre en perspective l'actualité. Sérieux, mais recelant d'anecdotes inattendues (les ruses du pacha libyen Yusuf Karaman, le pyjama de Mossadegh), le texte offre à David B. de multiples possibilités de mises en scène, comme le récit de pirates, les batailles navales, ou le roman d'espionnage, qui s'épanouissent en riches compositions en noir et blanc.
Futuropolis - 20 €
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Sélectionné Par Juliette -- 21 juillet 2011
Golo et Dibou dressent le portrait du village égyptien de Gournah, proche de la Vallée des Rois. Golo le fréquente depuis longtemps, Dibou y est introduite en 1995, et tombe à son tour sous le charme. Les personnalités fantasques de certains villageois, les décors naturels et archéologiques, mais aussi les enfants des rues, le tourisme à outrance, la corruption : cette invitation au voyage est saisissante, tout en restant réaliste. Le trait de Golo, et son sens de la caricature, les passages photographiés, donnent une grande vivacité à ce récit au long cours.
Futuropolis - 22 €
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Sélectionné Par les buveurs d'encre -- 23 juin 2011
Il y a quinze ans de cela, le comte Eulpêtre de Scaramanda envoya son fils Fausto au domaine du Coq Vert, loin de la guerre et de ses ravages. Aidé de son précepteur Biryani, Fausto en fit un havre de paix et de savoir. Petit à petit la communauté s'agrandit avec Polpette, cuistot solitaire, la belle Alméria et ses inséparables (et détestés) furets, le petit Andrew, roi des cocktails en tout genre et bien d'autres encore... Tous vivent en paisible harmonie jusqu'au jour où, première fois depuis quinze ans, le père de Fausto est annoncé. Il vient chasser le légendaire ours Bellafonte, accompagné des trois cousins détestés de Fausto. Ceux-ci n'en veulent effectivement qu'au pouvoir et à l'héritage du comte et sont prêts à tout. Complots et intrigues se montent et s'enchaînent.
Le viandier de Polpette est une ode à l'amitié dont on ressort sourire aux lèvres. 0n retrouve le style sympathique et plein de couleurs de Lou, dont J. Neel est l'auteur. Les personnages, loufoques pour certains et tous charmants et attachants, participent de la pétillante bonne humeur qui ressort à la lecture de cette bande dessinée. De plus, les appétissantes recettes de cuisine dont est accompagnée cette BD vous incitent à les tester sans tarder ! À lire sans hésitation !
Bayou - 18 euros
note rédigée par Jeanne
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Sélectionné Par Juliette -- 18 juin 2011
Oscar Moulinet mène l'enquête sur la piste de boîtes à musique en forme de canard : celles-ci portent malheur à leur propriétaire. Les accidents s'accumulent et Oscar se retrouve sur les traces d'un mystérieux marchand d'art. Le feuilleton (à l'origine radiophonique) vous balladera vite et bien, en Bretagne, à Paris, au couvent, et dans les couloirs de Radio France ; en effet, Oscar est preneur de son et son amie, Edith Lamantin*, est présentatrice de la météo marine.
Le Perroquet des Batignolles est un feuilleton policier joliment alambiqué (merci Tardi et Boujut), qui rebondit de façon surprenante ; on ne devine pas bien où l'on va, et c'est tant mieux. L'ensemble a un parfum particulier, un genre de policier à la française des années 60 ; le dessin de Stanislas y est pour beaucoup. Sa gracieuse ligne claire est intemporelle, chic et pimpante. Et dans ses planches, il glisse souvent au coin d'une case un petit détail, un clin d'oeil (une lampe grotesque, un discret hommage à Hergé...). Ce singulier mariage, feuilleton policier radio et bande dessinée, est une jolie réussite.
(*) Je ne vous vais pas vous nommer tous les personnages, je me retiens, car l'onomastique du Perroquet des Batignolles est un régal...
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Sélectionné Par Juliette -- 18 mai 2011
Jeanine est la voisine de Matthias, un jeune dessinateur de Strasbourg ; de rencontres en rencontres, Jeanine va lui raconter sa vie, et lui la dessinera. Mais si elle a presque 70 ans et un petit caniche, elle n'est pas l'archétype de la mamie de quartier : madame est prostituée. Alors elle a bien des choses à raconter à Matthias, cette Jeanine : son enfance, ses premiers jobs, les rencontres, les mouvements féministes des années 70. A mille lieues du mélodrame, ce récit de vie est aussi touchant que captivant. Les entretiens entre les deux personnages, la femme qui en a tant vu, et le jeune homme timide, donnent une belle dynamique au récit. Ce premier livre évite de nombreux écueils : ni complaisance, ni voyeurisme, mais plutôt une franche honnêteté. Un auteur à suivre de près.
L'association - 18 €
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Sélectionné Par Noémi -- 23 avril 2011
Sarah et Adrian sont fiancés depuis peu et s'apprêtent à se lancer aussi naïvement que joyeusement dans les préparatifs de leur mariage, sans savoir qu'ils ne sont pas au bout de leurs peines. Du DJ aux goûts musicaux douteux à l'élaboration du faire-part qui touche à la fierté du futur mari, en passant par la difficulté de concilier les cultures très différentes de leurs familles respectives (japonaise et irlandaise), chaque détail prend des allures d'incident diplomatique et les pousse lentement vers la crise de nerfs... mais toujours avec beaucoup d'humour ! On prend plaisir à suivre ce couple attachant dans leurs péripéties prénuptiales plus vraies que nature ! De quoi rappeler de bons souvenirs à ceux qui sont déjà passés par là, et donner un bon aperçu à ceux qui s'apprêtent à le faire... Et que tout le monde se rassure, tout est bien qui finit bien!
Traduit de l'anglais par Vincent Bernière.
Editions Delcourt - 9,40 €
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Sélectionné Par Yves -- 18 avril 2011
Le père d'Antonio Altarriba se suicide à l'âge de 90 ans, en se défenestrant, du dernier étage de l'hospice où il a vécu ses 15 dernières années. Par cet acte, il "libère" la parole de son fils qui décide alors de retracer son histoire; un parcours riche et qui épouse l'Histoire de l'Espagne et celle de notre siècle.
L'art de voler est le témoignage d'amour, simple et émouvant, d'un fils pour son père en même temps qu'un document historique passionnant, retraçant les pérégrinations d'un homme ordinaire dans des circonstances exceptionnelles. On y retrace, entre autre, les conditions pas franchement glorieuses de l'accueil des réfugiés espagnols en France, en 37/38 (un épisode totalement absent de nos livres d'Histoire, à moins que ça ait beaucoup changé récemment).
On dit que l'Histoire est écrite par les vainqueurs, et ce n'est pas la moindre des qualités de cet album que de donner la parole à un perdant, un vrai, un beau, sur toute la ligne, et qui pourtant n'a jamais renié ses idéaux. Ce qui n'est pas le cas de tous ses anciens camarades, les plus rouges et les plus révolutionnaires devenant parfois les serviteurs les plus zélés du nouveau pouvoir et du Dieu Pognon. C'est vrai qu'on a connu cela de l'autre côté des Pyrénées aussi, et dans pas mal d'autres endroits. Raison de plus pour rendre hommage à Altarriba senior, ado révolté, adulte courageux, viellard qui refuse d'abdiquer sa dignité.
Un très bel album, sacré meilleur roman graphique de l'année en Espagne. On lui souhaite le même succès chez nous.
Traduit de l'espagnol par Alexandra Carrasco
Denoël Graphic - 23,50 euros
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Sélectionné Par Yves -- 13 avril 2011
Malgré son pseudonyme et le masque qu'il portait sur scène, le chanteur sans nom n'était ni un catcheur ni un super-héros, mais un vrai chanteur de charme qui connut son heure de gloire dans l'immédiate avant-guerre, avant de devenir le secrétaire et confident d'Edith Piaf.
Vous ignoriez l'existence du personnage ? Arnaud Le Gouëllec aussi, jusqu'au jour où il tombe par hasard sur une anthologie dans laquelle figure le chanteur sans nom, Roland Avellis pour l'état-civil. Intrigué par ce drôle d'oiseau et vite fasciné par le caractère extrêmement romanesque du personnage, il entreprend de le faire revivre en partant à la recherche de ceux qui l'ont connu et, malgré tous ses défauts, qui l'ont aimé. Menteur, affabulateur, buveur et même voleur à l'occasion le chanteur sans nom n'était sans doute pas un parangon de vertu, mais c'était un fameux boute-en-train ainsi qu'un ami fidèle. Ce qui fait dire à Charles Aznavour, "Il nous a tellement donné en échange de ce qu'il nous a pris". Phrase qui résume assez bien l'image laissée par Roland Avellis
En attendant de découvrir cet album très bien ficelé et souvent très émouvant, faites un tour sur myspace, histoire d'entendre la voix du chanteur sans nom.
Glénat -20 euros
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Sélectionné Par Juliette -- 04 avril 2011
Encore une référence de la bande dessinée japonaise traduite par Cornélius, à l'instar de Mizuki ou de Tezuka : Yoshihiro Tatsumi, et son autofiction Une vie dans les marges. Le récit commence en 1945, avec la reddition du Japon ; le narrateur est un jeune garçon, qui dévore, avec la complicité de son grand frère, tous les illustrés qui lui tombent sous les yeux. De lectures en lectures, il en vient à dessiner, à être publié, puis à rencontrer d'autres dessinateurs. Ce roman d'initiation d'un dessinateur est un chef d'oeuvre d'intelligence et de délicatesse : de l'enthousiasme juvénile aux premiers choix d'artiste adulte, on se passionne pour ce personnage. Tatsumi replace aussi cet art naissant dans la perspective de l'époque, qu'elle soit artistique (les films qu'il voit au cinéma, les romans de l'époque), ou historique. Il n'oublie pas non plus tous ces faits divers qui marquent les esprits et donnent naissance à tant d'histoires...
Une vie dans les marges est un grand livre, très gros, et très beau (merci, oncle Cornélius, pour cet exquis objet), et donc, essentiel.
Traduit du japonais par Victoria Tomoko Okada et Nathalie Bougon.
Cornélius - 33 €
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Sélectionné Par Juliette -- 02 avril 2011
Lucky mesure 1m60, et vit à New York ; il a 15 ans en 1942, et attend avec impatience de perdre son pucelage. Entre les combines de son pote Babe et les westerns, il grandit dans le quartier populaire de Little Italy, avant le grand saut : il s'engage dans l'aviation (quoique les filles préfèrent les uniformes des marins) et devient mécanicien. On suit le cheminement amoureux, amical, professionnel de ce petit personnage : de la base aérienne au retour à New York après la démobilisation, il quitte le monde de l'adolescence.
Le trait délicieusement rétro, qui rappelle les comics des années 40, a une énergie et un pep's des plus plaisants, mais ne masque cependant pas les inquiétudes et les angoisses de Lucky. Personnage de cartoon au physique risible, et à la gouaille populaire, il appartient à un monde de gens simples, qui souffrent de la guerre. En introduisant par exemple le personnage de père de soldat mort à la guerre (qui se régale des mensonges à la gloire de son fils que Lucky lui raconte) puis celui du vétéran terriblement blessé, les auteurs troublent l'image de cette Amérique triomphante, et donnent une belle profondeur au récit.
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Fanny Soubiran
Cà & Là - 14 €
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Sélectionné Par Juliette -- 21 février 2011
Puisque la librairie s'est ouverte aux horizons anglo-saxons, autant en profiter pour vous mettre sous le nez de la bande dessinée américaine en V.O., et dont la traduction n'est pas prévue (ami éditeur, réveille-toi). En premier lieu donc, Chris Ware et son impressionnant volume 20 d'Acme Novelty(*). Lint est une histoire à part entière, que vous pouvez lire sans avoir lu les précédents Acme : de sa naissance à sa mort, on suit ce personnage, qui perd sa mère quand il est enfant, se rebelle à l'adolescence, essaie de devenir musicien, tombe amoureux et se marie, avant de laisser choir sa famille pour une autre. Un homme simple, ni attachant ni repoussant, qui se trompe autant qu'il trompe les autres, et qui souffre autant qu'il fait souffrir. La mise en image sophistiquée de Chris Ware recherche la subjectivité, en explorant les possibilités de la typographie, du découpage pour mieux raconter le vécu et exprimer le ressenti de son personnage. Sous des dehors très structurés, une mise en page extrêmement complexe, très graphique, avec peu de dialogues, Chris Ware parvient à une peinture de l'âme délicate et sagace. Un auteur prodigieux dont on ne dira jamais assez de bien.
Drawn & Quaterly - 25,80 €
(*)Il s'agit de la parution périodique de Chris Ware : de plus en plus étoffée, elle était à l'origine sous forme de "comics", en petit format souple, avec un chapitre. Elle fonctionne par cycles (Jimmy Corrigan, Rusty Brown).
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Sélectionné Par Juliette -- 17 février 2011
Il y a quelques années, Futuropolis publiait Lucille, un énorme roman graphique, en noir et blanc, d'un jeune auteur qui avait déjà fait ses preuves chez Cornélius, Ludovic Debeurme. Il mettait en scène des adolescents, Lucille et Vladimir, dont les jeunes existences étaient déjà bien cabossées. On retrouve donc ces personnages dans Renée, ainsi que la nouvelle protagoniste éponyme, une jeune femme aux histoires d'amour douloureuses.
L'incroyable réussite de ces deux livres réside dans le traitement délicat de sujets complexes et difficiles (anorexie, inceste, deuil) : les propos et les personnages sont forts, sans tomber dans le mélo. Le trait épuré de Debeurme dit parfaitement les failles et les beautés de cet âge, et oscille entre réalisme psychologique et apnées oniriques. Du grandiose, en un mot.
Futuropolis - 29,50 et 29 €
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Sélectionné Par Juliette -- 02 février 2011
Ding dong : on sonne à la porte de Petula Peet : c'est le contrôleur des impôts, qui vient saisir les biens de la demoiselle. Et paf! un coup de poële sur la tête et le voilà calmé. Et dring! on réclame pour un entretien d'embauche Pétula, qui se dépêche donc de prendre le bus. Et bam! elle tombe amoureuse du conducteur. Et ce n'est que le début de ce farfelu vaudeville.
Claire Braud nous propose une très jolie variation autour de l'amour et de l'humour : on se déguise, on chante et on danse pour déclarer sa flamme, parce qu'on est trop timide pour se parler sérieusement. C'est frais et inventif, avec un dessin sans case pour mieux cavaler dans tous les sens, puisque Petula est secondée dans cette affaire par de nombreux personnages loufoques, sans oublier son fantasque bestiaire.
L'association - 15 €
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Sélectionné Par Yves -- 07 décembre 2010
1979 : suite à un phénomène inexplicable, les poulets, poules et autres coqs se réveillent, du jour au lendemain, doués de conscience et capables de parler. Ce changement perturbe légèrement, on s'en doute, les humains et l'ensemble de la société. 25 ans après ces événements, nous faisons la connaissance de Jack Gallo, jeune coq de son état. Sans boulot, sans petite amie et devant assister sa mère dans ses derniers instants, Jack traverse une période difficile. Il est assez remonté, car malgré le statut humain accordé aux poulets par un vote de l'ONU, malgré les lois de "discrimation positive", Jack fait le constat que rien n'a vraiment changé depuis l'époque où l'homme boulottait ses semblables. Jack va retrouver le journal que tenait son père, Elmer, ce qui va le plonger dans l'histoire familiale, dans cette étrange période qui vit les poulets devenir "des hommes comme les autres".
Des BD qui mettent en scène des animaux, ce n'est pas ce qui manque, de même les albums qui jouent sur l'anthropomorphisme. Mais croyez-moi, vous n'avez jamais rien lu qui ressemble à Elmer (La ferme des animaux serait ce qui s'en rapproche le plus). Ici, les poulets souffrent et aiment comme nous, partagent les mêmes interrogations, les mêmes espoirs. De fait, Elmer nous parle d'abord de nous, à travers les sujets graves qu'il aborde : haine raciale, difficulté à respecter l'autre, racisme... C'est le décalage, le changement de perspective "homme/poulets" qui donne toute son acuité au propos et nous laisse avec une étrange sensation. Une fois l'album refermé, il est probable que vous ne regardiez plus votre poulet rôti tout à fait de la même façon.
traduit de l'anglais (Philippines) par Sidonie van Dries
Edtions ça & là - 14 euros.
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Sélectionné Par Juliette -- 23 octobre 2010
Enfin de la bande dessinée utile et pratique! L'auteure, comme tout un chacun à la lecture de La Princesse de Clèves, est séduite par la délicatesse et l'élégance de cette noblesse qui a des lettres. Et par son étiquette : ni une ni deux, en route vers le raffinement, via l'Académie de Savoir-vivre de Genève, dont la directrice n'est autre que Nadine de Rotschild. Ce sera pour certains, moi la première (mais j'ai découvert que je n'étais pas la seule ignare du coin), une première approche des bonnes manières et du savoir-vivre en bonne société. Tout ce que j'ai toujours voulu savoir pour réussir mes soirées mondaines : comment on se tient, ce qu'il convient de dire, comment recevoir, et bien sûr, comment manger du fromage comme une comtesse. Le dessin nerveux de Catherine Meurisse rend ce stage de bienséance encore plus drôle qu'on ne pouvait l'imaginer, et la découverte de ce monde lointain et codifié à l'extrême a des airs de safari en pays exotique au milieu d'espèces en voie de disparition. Il existe bien une espèce hominidée qui ne croise pas les jambes (ça fait de grosses cuisses), qui ne porte pas de montre à une soirée (pendant la fête le temps s'arrête), qui a inventé la pince à moule et ne dit jamais "à vos souhaits" suite à un éternuement. Il n'y a plus qu'à mettre en pratique...
Les échappés - 13 €
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