COMBAT DE L'AMOUR ET DE LA FAIM - Stéphanie Hochet
Sélectionné Par Juliette -- 26 février 2009
Un homme recherché par les autorités raconte comment il en est arrivé à ce point. Son enfance, dans le Sud des Etats-Unis, au début du XXème siècle, suit les dérives de sa mère, de la ronde des amants à l'austère mariage de raison. A l'âge adulte, il croise la route de trois femmes, May, April et June, qu'il épouse, vole ou trompe, avec l'aplomb d'un missionnaire.
Ce court roman évoque un Sud poisseux et étouffant : les honnêtes gens ne sont guère plus aimables que les arnaqueurs et l'on ne peut pas plus respirer dans les salons cossus que dans les lieux interlopes. Mais le protagoniste n'est ni désespéré ni cynique : l'écriture lucide, à la première personne, décrit un mauvais garçon ordinaire qui se laisse glisser. Une belle efficacité narrative, qui va à l'essentiel.
Fayard - 16 €
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Julius, la cinquantaine, habite seul au coeur d'une forêt, dans la maison où son père et son grand-père ont vécu avant lui. Pas un misanthrope, non, mais un homme tranquille qui trouve son équilibre entre la bibliothèque que lui a léguée son père et son chien, Hobbes. Un jour, par pure malveillance, quelqu'un tue Hobbes d'un coup de fusil tiré à bout portant. Ceci va conduire Julius à décrocher le vieux fusil de guerre qui n'a plus servi depuis des décennies et à tenter de surmonter ce deuil d'une manière violente, mais parfaitement logique et argumentée. On suit Julius pas à pas dans la traque qu'il mène avec calme et détermination. Il ne s'agit pas là du récit d'un basculement dans la folie, ce malgré la disproportion entre l'acte (la mise à mort d'un chien) et ses conséquences (la mort de trois hommes). On n'est jamais mis en position de juger Julius, grâce au choix très habile d'un récit conduit à la première personne. Un beau roman, donc, qui traite aussi de la nature et de la fragilité de l'homme aux prises avec celle-ci. Julius Winsome est le premier roman traduit de Gérard Donovan, dont on attendra les futurs romans avec un réel intérêt.
Pierre Senges au texte et Nicolas de Crécy au dessin ont composé un étrange livre illustré, sur un énigmatique personnage, Gordon McGuffin, réalisateur, scénariste, acteur, homme à tout faire en quelque sorte, à Hollywood, pendant l'âge d'or des studios. Sous forme d'anecdotes, cet oublié des encyclopédies du cinéma raconte les coulisses du cinéma, comme tant d'autres avant, apportant sa pierre à la légende hollywoodienne.
La famille Töt vit une existence tranquille dans un petit village de montagne au doux nom de Màtraszentanna. En accueillant dignement le commandant Varro, supérieur hiérarchique de leur fils parti au front, la famille Töt espère améliorer le sort de ce dernier. Malheureusement leur invité a une personnalité bien particulière qui transformera la vie de cette famille en véritable enfer !
Charlie Schlingo, bédéiste des années 80 tendance portinhouac, était un drôle de loustic. Ses potes de l'époque, Cestac et Teulé, lui ont consacré cette biographie sous forme de BD. On y découvre un type adorable mais totalement incontrôlable et capable des pires trucs : se jeter volontairement sous les roues d'un camion, uriner sur l'étalage du maraîcher depuis sa fenêtre (!), vomir dans un képi de policier... Il faut dire que le jeune Charlie (Jean-Charles pour l'état-civil et "vilain" pour ses parents) n'avait pas tous les atouts pour connaître la stabilité : atteint de polio, il était contraint de se cacher sous la table quand ses parents recevaient des invités... Auteur culte mais relativement méconnu, Charlie Schlingo devra peut-être à cet album la reconnaissance posthume qu'il mérite. En effet, l'Association réédite bientôt (sortie prévue le 21 mars) Gaspation ! et Josette de rechange, deux albums commis par l'auteur à ses débuts. Pour ceux d'entre vous qui voudraient découvrir avant cette date l'univers gagesque de Schingo, je tiens à disposition, pour consultation, un album exhumé des profondeurs de ma bibliothèque.


Mitch, Doug et Kevin sont trois chouettes copains experts en plans foireux, des rois de la lose. L'un bosse dans le wal-mart du coin et ne va pas tarder à se faire virer, le second est défoncé 24/24 h, le troisième sort de prison et vient de monter une microentreprise de promenades pour chiens. Après avoir entrepris et réussi l'escroquerie du siècle (le vol d'un téléviseur écran plat dans le walmart qui employait Mitch), nos trois héros se sentent pousser des ailes et tentent de décrocher la timbale qui leur permettra de quitter la riante banlieue de Pittsburgh. Autant le dire tout de suite, ce roman, le quatrième livre de Levison, est proprement hilarant. Si vous avez aimé Un petit boulot et Une canaille et demi, jetez-vous sur celui-ci. Et si vous ne connaissez pas encore Levison, sachez que Liana Levi vient de publier en poche dans sa collection piccolo tribulations d'un précaire, témoignage corrosif et plein d'humour dans lequel Levison parle des 42 emplois qu'il a successivement tenus à sa sortie de l'université. Un récit antérieur à l'écriture de ses 3 romans, et qui apporte un éclairage singulièrement intéressant.
On retrouve le jovial commissaire Erlendur dans ce cinquième opus, encore plus noir peut-être que les précédents. Le meurtre d'un jeune enfant, métis thaï, vient d'être découvert et l'enquête se dirige immédiatement sur la piste d'un crime raciste. C'est l'occasion pour Indridason de dresser le portrait d'une société longtemps très homogène qui rencontre aujourd'hui des difficultés à intégrer de nouveaux arrivants, asiatiques pour la plupart. Vous retrouverez dans Hiver artique les ingrédients qui vous ont fait aimer les romans précédents : la description d'une nature inhospitalière et sauvage, les relations conflictuelles qu'entretiennent Erlendur et sa fille, les démons liés au drame qu'Erlendur a connu enfant. Un critique, je crois dans Télérama, compare Indridason à Simenon, et je ne suis pas loin de partager cet avis. On retrouve la même attention accordée aux gens simples, un grand talent pour communiquer des atmosphères oppressantes. L'écriture ne peut être comparée, cependant. Est-ce la traduction ou plus sûrement le génie propre à Simenon ? Quoi qu'il en soit, le belge reste cent coudées au dessus...
"Fairy Tail" est une nouvelle série de manga écrite par Hiro Mashima (auteur de "Rave").
Marc Doinel, directeur d'agence d'une société de transport, travaille beaucoup, apprend que sa société est rachetée par des danois, doit faire face au fils du nouveau PDG, spécialiste en management et en licenciement... Nadine Doinel, institutrice en maternelle, est très bien notée, applique les directives de l'inspecteur à la lettre. Elle est débordée, gère seule la maison et les enfants... Charline, dite Charlie, élève de 3ème, préfère les mangas au collège, heureusement il y a Aubin, son nouveau voisin de "table"... Et enfin Esteban, un petit surdoué qui nous imagine entourés de "robots humanoïdes" et qui ne cesse de sa faire maltraiter à la récré.
Klas a rencontré Harry à la salle de boxe où ils sympathisent : il s'installe chez Henry et les deux vivent comme des garçons insouciants, jusqu'au retour de Leo, frère d'Henry. Klas est écrivain, et se donne pour mission d'écrire dans l'urgence l'histoire de deux frères Harry et Leo Morgan : tous deux ont disparu, et il occupe leur appartement où il s'est barricadé. Passé ce prologue paranoïaque, il dresse un double portrait des frères tout aussi fascinants que différents. Harry est pianiste, pugiliste, séduisant, lumineux, Léo est poète, maudit, mélancolique, frondeur.
Un groupe d'ouvriers est envoyé en pleine montagne, dans une vallée perdue, pour construire un barrage. Sur place, ils découvrent un hameau dont les habitants vivent en totale autarcie. Pour permettre le remplissage du lac, ils devront expulser les habitants de leur terre. Un homme, parmi les ouvriers, verra son destin transformé au contact de cette communauté condamnée à l'exil.
Une pauvre vieille Anglaise, qui vit retirée dans son cottage, est assaillie par un marchand d'art sans vergogne et ses sbires. Sauf que les tableaux qui sont convoités ont été peints dans les années 30 et 40 et représentent des dignitaires allemands nazis. La vieille demoiselle et sa soeur ont en effet fréquenté les hautes sphères du pouvoir nazi, et 50 ans après, elle raconte leur histoire.
En 1918, les Etats-Unis ont des lendemains de guerre difficiles. Les usines d'armement débauchent, les vétérans et gueules cassées rentrent, la récession s'installe. Luther Laurence est noir et en cavale. Danny Coughlin est flic et en colère. Les deux se rencontreront à Boston, ville secouée par les épidémies, l'inflation et les attentats anarchistes.
"A quoi rime la modestie, quand on se sait béni des dieux ?" s'interroge Blotch avec une poignante lucidité. Pilier de Fluide Glacial, l'illustré qui, contre vents et marées, incarne une certaine idée de l'Humour National dans une France rongée par les congés payés, Léon Blum et la franc-maçonnerie, Blotch est le phare qui éclaire l'horizon du dessin d'humour de l'entre deux guerres. C'est tout à l'honneur du modeste Blutch de se confronter à l'histoire et l'oeuvre de ce géant, une tâche immense dont il se sort fort honorablement. Qu'un peu de la gloire du Grand Homme rejaillisse sur lui...