BD

Voici une liste non exhaustive et totalement subjective de ce qui nous a plu, remué, intéressé ce mois-ci, au fil et au gré de nos lectures. Pour voir ce qui nous a secoué les mois d’avant, c’est pas compliqué, il vous suffit d’aller farfouiller dans les archives…

LES COWBOYS ATTAQUENT !

Ce mois-ci, vous lirez du western, et du bon !

Génial. Jouissif.

Gus tome 4 Happy Clem – Christophe Blain (Dargaud, 16,95€)

Le tant annoncé et tant attendu nouveau tome de Gus est arrivé : quelle joie de retrouver Gus, Bratt et Clement, mais aussi sa femme Ava, devenue écrivain à succès, et sa fille Jamie, digne héritière de son paternel. Les beaux bandits ont du mal à raccrocher leurs colts et à se ranger, alors ils continuent à braquer des banques autant pour l’argent que pour le frisson… mais ils vieillissent, alors les coups sont plus difficiles à réaliser. Et Clement croise la route d’un redoutable spécialiste en explosifs, et d’un colonel prêt à tout pour le coffrer.

Le dessin de Blain est toujours aussi magique, avec des visages empruntés aux stars du cinéma qui se fondent dans son décor et ses personnages, des scènes d’action drôlement bien rythmées, des personnages féminins aussi séduisants qu’inquiétants. Quel plaisir de lecture…

Le western comme opéra gore.

Scalp – Hugues Micol (Futuropolis, 28€)

Sous-titré « La funèbre chevauchée de John Glanton et de ses compagnons de carnage », Scalp annonce la couleur : vous allez plonger dans la face sombre de la conquête de l’Ouest. John Glanton est soldat lors de la guerre contre le Mexique, Texas Ranger, puis mercenaire auprès d’autorités qui veulent se débarrasser des Indiens, payé au nombre de scalps rapportés, ce qui incite son gang à toutes les exactions.

Cette odyssée violente est mise en scène dans de grandioses compositions, des scènes monstrueuses où la puissance du trait d’Hugues Micol éclate. Son pinceau et son encre noire décrivent une toute autre facette du mythe américain et de sa « destinée manifeste » : un somptueux décor peuplé de charniers.

Le retour du croque-mort outlaw : classique et très efficace.

Undertaker tome 3 L’ogre de Sutter camp – Xavier Dorrison & Ralph Meyer (Dargaud – 13,99€)

Après un premier diptyque très réussi, voici une nouvelle histoire du croque-mort Jonas Crow, et son équipage inattendu, la gouvernante anglaise Rose et la domestique chinoise Lin. Appelés pour l’enterrement d’une femme, Jonas est pris à parti par le veuf,  le colonel Warwick, une de ses vieilles connaissances militaires de la Guerre de Sécession, qui crée un beau désordre lors de la veillée funèbre en hurlant que « l’ogre de Sutter camp est vivant ». Jonas, le colonel Warwick, Rose et Lin vont partir sur les traces de ce sinistre personnage, un médecin itinérant qu’ils retrouvent en Oregon.

Cette série classique, dans la lignée de Blueberry, est un vrai plaisir : le passé de Jonas Crow se dévoile au fur et à mesure des albums, les rapports entre les personnages s’étoffent et les intrigues mettent en scène de bons gros méchants, qu’on aimerait châtier nous-mêmes…

L’album le plus drôle de l’Ouest.

Jolly Jumper ne répond plus – Guillaume Bouzard (Dargaud, 13,99 €)

Guillaume Bouzard est un auteur précieux, dont le travail me fait immanquablement hurler de rire… avec son sens de l’absurde et du décalage, il s’attaque au cowboy qui tire plus vite que son ombre (mais pourquoi tirer sur son ombre ?), Lucky Luke. Sauf que Jolly Jumper ne lui parle plus ce qui déstabilise grandement le lonesome cowboy. Mais pourquoi son cheval ne lui cause plus ? Vous retrouverez aussi les Dalton en grève de la faim, une discussion sur l’addiction aux brindilles, et l’épineuse question du renouvellement de la garde-robe de Lucky Luke. C’est hilarant : pour glousser sans modération !

 

 

UN MILLION D’ELEPHANTS – Vanyda & Jean-Luc Cornette

Destins laotiens dans la bouillonnante histoire du XXe siècle.

Moins connue que celle du Vietnam ou Cambodge, l’histoire récente du Laos méritait bien qu’on s’y attarde : c’est chose faite avec ce bel album de Vanyda et Jean-Luc Cornette. « Le royaume du million d’éléphants » est donc ce pays enclavé d’Asie du Sud-Est, voisin de la Thaïlande, du Vietnam, du Cambodge, de la Birmanie et de la Chine : le récit commence dans les années 50, au moment de la guerre d’Indochine, et se poursuit jusque dans les années 2000. L’indépendance, les répercussions de la guerre du Vietnam, la violence faite à l’ethnie hmong sont racontées par le prisme de trois familles et le destin de trois garçons, amis, mais d’extraction différente. Soulivanh est fils d’un musicien de la garde royale et part en 1973 en France pour faire Saint-Cyr ; il restera en France et se mariera. Ly Xia est hmong , il va connaître la répression après l’indépendance et devra fuir en Thaïlande puis en France. Boun fera quelques années d’études en France puis reviendra au Laos, confiant dans les idéaux communistes. Ceux qui partent, ceux qui restent, ceux qui reviennent : le chassé-croisé de cette poignée de personnages raconte les remous du XXe siècle et les difficultés de l’émigration.

Futuropolis – 23€

UNE SÉLECTION DE MANGAS POUR LA NOUVELLE ANNÉE

MY HERO ACADEMIA / KOHEI HORIKOSHI

Izuku Midoriya vit dans un monde où la majeure partie de la population possède un superpouvoir. Izuku est une des rares personnes qui n’en possède pas. Cependant, il a un rêve : devenir un super héros et intègrer Yuei, la « hero academia ». Le jour où il croise la route de son héros favori, All Might, le destin d’Izuku va prendre un tournant décisif ! Et s’il pouvait enfin réaliser son rêve ?

Amitié, combats et dépassement de soi, tous les éléments sont réunis pour vous faire vivre des aventures exaltantes. Dès 9 ans

Ki-oon – 6.60€

A L’ASSAUT DU ROI / MINORI KIGUCHI ET TAKAHIRO WAKAMASTU

Ippei rêve de vivre de grandes aventures et de devenir un héros plus tard. Pourtant tous ses camarades se moquent de lui. Quand Hime, une nouvelle élève, lui fait découvrir les échecs, c’est un monde fantastique qui s’offre à Ippei, rempli de batailles qui n’existent que sur ce plateau, où les pièces prennent vie et s’affrontent fièrement. Ippei a pris sa décision, il va devenir le plus grand joueur d’échecs du Japon !

Découvrez les échecs sous un nouveau jour à travers les fabuleux combats  d’Ippei. Dès 8 ans

Kana – 6.85€

LILLI, LA FILLETTE QUI MURMURE A L’OREILLE DES ANIMAUX / YATOYANIWA ET KOMAGATA

Lilli a un don, elle peut parler aux animaux et faire éclore les fleurs. A cause de cela, elle a dû déménager plusieurs fois. Arrivant dans sa nouvelle école, elle va tout faire pour cacher son pouvoir. Malgré ses efforts, les élèves la trouvent étrange et la mettent à l’écart. Cependant, elle va se lier d’amitié avec son voisin, Isaïah, qui cache lui aussi un grand secret. Un jour tout bascule, le professeur leur annonce que la sortie de classe se fera au zoo !

Suivez la parcours de Lilli, une jeune fille très courageuse et attachante, qui va tout faire pour se faire accepter des autres. Dès 8 ans.

Nobi Nobi – 6.95€

MARTHA & ALAN – Emmanuel Guibert

Alan revient, et il vous raconte sa première histoire d'amour. Et il a 5 ans.
Alan revient, et il vous raconte sa première histoire d’amour. Et il a 5 ans.

Après La guerre d’Alan et L’enfance d’Alan, Emmanuel Guibert continue sa traversée au long cours dans les souvenirs d’Alan Ingram Cope, cet ami américain qui sait si bien se raconter. Comme toujours avec lui, le récit n’a rien de spectaculaire, mais tout est dans la qualité du détail, un élément de décor, un petit mot. Martha & Alan raconte l’histoire d’amitié de deux enfants, de leurs 5 ans jusqu’à leurs 13 ans : grimper aux arbres, jouer avec une balançoire, chanter  avec les enfants de choeur. L’évocation de l’enfance est très juste : on prend une bribe de souvenir, très précis, on le décrit et on le contemple comme une pierre précieuse, tandis que d’autres éléments restent complètement flous. Emmanuel Guibert donne une texture et une couleur très belles à ce passé : de grandes illustrations qui courent sur deux pages, un bleu et un ocre très chaud, avec un grain de technicolor, que j’imagine bien être les couleurs de la Californie de l’époque. Le contraste est très réussi entre ces splendides panoramiques, ces agrandissements, et les instants fugaces de l’enfance qu’ils décrivent.

Et un homme comme Alan, qui inspire si merveilleusement Emmanuel Guibert (cheminer avec eux deux est un grand plaisir), et qui est capable une fois retraité de retrouver la trace de son amoureuse d’enfance et de reprendre le fil d’une amitié, c’est un type follement attachant, et un type qui sait joliment raconter les gens.

et la version audio, c’est ici.

L’association – 23 €

NOTRE UNIVERS EN EXPANSION – ALEX ROBINSON

UNIVERSAlex Robinson nous avait fait le coup il y a quelques années avec De mal en pis : arriver à nous passionner pour le quotidien tout ce qu’il y a de plus banal d’une bande de copains/copines new yorkais âgés d’une grosse vingtaine d’années : leurs amitiés, leurs amours et les premiers boulots. Le voici qui récidive avec un trio d’amis sensiblement plus âgés, confrontés à l’étape suivante : l’arrivée de l’enfant.

Scotty a déjà franchi le pas et s’apprête à doubler la mise puisque  sa compagne Ritu attend leur deuxième enfant. Il sert un peu d’éclaireur à Billy qui flippe depuis que le compte à rebours s’est déclenché. Plus que quelques mois et il sera lui aussi papa, pour la première fois. Contrairement à ses deux copains, Brownie voit cela d’un peu plus loin. Geek et célibataire, la paternité est pour lui avant tout un sujet de sarcasmes. En ce qui le concerne, cela signifie voir ses potes moins souvent et subir des conversations aux sujets moyennement passionnants : siestes, couches, areuh areuh… Tout ce bonheur tranquille cache cependant de nombreuses failles. Aucun des copains n’est tout à fait conforme à l’image qu’il souhaite donner. La découverte de l’adultère que commet Scottie va déclencher un nombre d’événements et de réactions qui vont remettre en cause les liens du petit groupe d’amis.

Des personnages extrêmement touchants, des dialogues qui tombent au poil et une dose d’humour, cette bande dessinée « générationnelle » au ton tendre amer est une belle réussite que nous vous conseillons avec enthousiasme !

traduit de l’anglais (E.U.A) par Sidonie Van Den Dries

Futuropolis – 28 euros

 

Ô VOUS, FRèRES HUMAINS – Luz

Une émotion graphique totale.
Une émotion graphique totale.

Luz, après sa puissante Catharsis, a relu un texte qui l’a marqué adolescent, Ô vous, frères humains d’Albert Cohen, et en propose une interprétation en bande dessinée. Cohen évoquait dans ce livre le jour de ses 10 ans : un camelot à qui il veut acheter un cadeau pour sa mère l’humilie et l’abreuve d’insultes antisémites, lui qui ne se savait même pas juif.

L’adaptation est un exercice difficile : prendre un texte, une histoire, trouver un moyen de le traduire en image, de le recomposer, de l’interpréter… quel en est l’intérêt si l’on offre qu’une illustration ? Luz se sort brillamment de cette problématique en effectuant un vrai travail d’interprétation graphique : son dessin joue avec le texte de Cohen, propose de multiples trouvailles graphiques, enchaîne les séquences. Les propositions graphiques entre lettrage et dessin sont très belles, et très expressives. Et il décrit la détresse de cet enfant avec une acuité et une force incroyables : Luz a une plume impressionnante, et offre au texte de Cohen une formidable caisse de résonance.

De vive voix, pour vous convaincre encore plus de le lire :

Futuropolis – 19 €

L’aile brisée – Antonio Altarriba & Kim

aile briséeIl y a cinq ans, Antonio Altarriba signait l’art de voler, un très bel album où il retraçait l’itinéraire personnel et politique de son père dans l’Espagne de la guerre civile puis des années franquistes. Un album dont sa mère était totalement absente.  Avec L’aile brisée, il nous offre aujourd’hui, toujours avec Kim au dessin, ce qui constitue en quelque sorte l’autre face d’une même histoire, celle de la famille Altarriba mais également celle de l’Espagne.

Appelé au chevet de sa mère qui vit ses derniers instants, Altarriba apprend tout à fait incidemment de la bouche des docteurs que celle-ci souffre d’un handicap important, puisqu’elle ne peut tendre l’un de ses bras ni même le décoller du corps. Interrogée par son fils,  Petra lui confirme qu’elle a souffert dans cet handicap « toute sa vie ». Fortement perturbé par cette découverte (comment a-t-il pu ne jamais remarquer quelque chose d’aussi évident ?) Altarriba va apprendre quel drame est à l’origine de cette « aile brisée » et écrire l’histoire de celle qui, toute sa vie, a existé d’abord pour les autres.. et traversera bien d’autres drames dans ces années difficiles. A travers ce portrait, Altarriba rend aussi hommage à une génération de femmes dont la vie fut corsetée par les hommes, l’Eglise et à qui le droit à l’éducation fut bien souvent dénié.

Si, contrairement à son mari, Petra ne remet pas en question l’ordre social de l’Espagne et ne s’engage dans aucun combat politique, si elle conserve jusqu’au bout foi et fidélité dans l’Eglise, elle n’est pourtant pas dénuée de convictions et elle saura ne jamais perdre son sens moral dans les moments importants, quand d’autres chercheront d’où vient le vent.

Un album magnifique et touchant pour ceux et celles qui ont aimé « L’art de voler ». On souhaite qu’il connaisse un pareil succès.

Et la version radio, c’est ici.

Traduit de l’espagnol par Alexandra Carrasco

Denoël grafic – 23,50 euros

L’ODEUR DES GARCONS AFFAMES – Loo Hui Phang & Fréderik Peeters

Un western qui se joue du genre...
Un western qui se joue du genre…

Une petite virée dans l’Ouest américain ? Au lendemain de la Guerre de Sécession, Oscar, photographe, fuit New York et accompagne Wringley, représentant d’une mystérieuse compagnie pour fixer sur plaques les paysages et les indigènes de l’Ouest, voués à disparaître selon l’inquiétant Wringley. Le troisième comparse est Milton, un jeune homme de 17 ans qui s’occupe du campement et des chevaux. A mesure que le voyage se déroule, les secrets de chacun se dévoilent.

Cette variation sur le western, genre qui est l’objet en ce moment d’un joli renouveau (en bande dessinée, mais aussi en littérature, étrangère et française d’ailleurs, et au cinéma), propose les éléments traditionnels, les décors spectaculaires, l’équipée virile, les indiens mystérieux, les chevaux omniprésents, et rajoute des dimensions plus inattendues : une dimension surnaturelle et une dimension homosexuelle. De quoi déboussoler le lecteur, tout comme ces ouvertures de chapitres avec des images sens dessus-dessous, à l’image de ce que voit Oscar dans son appareil photographique. On retrouve avec beaucoup de plaisir le dessin de Peeters, l’auteur des indispensables Pilules Bleues, avec ses personnages aux silhouettes et aux visages saisissants. Le travail de la couleur, tout en brun et bleu, est soigné. Pas d’attaque de banque ou de train donc, mais un huis-clos dans les grands espaces où l’on parle de désir, de sexe et de fantômes : un western plein d’inventivité!

Et la version live, pour le site de boulevarddelabd!

Casterman – 18,95€

MA Génération – Li Kunwu

GENERATIONDans la trilogie Une vie chinoise, Li Kunwu abordait l’histoire contemporaine de la Chine à travers son  parcours  personnel. Il revient sur ce sujet sous un angle sensiblement différent dans Ma Génération (histoire prévue en 2 volumes).

Toujours nourri de l’expérience de l’auteur, le premier tome de Ma Génération embrasse la période qui va du grand bond en avant au début de la révolution culturelle, de la fin des années 50 au milieu des années 60. Ma génération va s’intéresser au parcours du groupe que forme le petit Li et ses copains d’enfance. Cette génération a pour caractéristique d’avoir traversé des périodes très différentes : les années de la construction socialiste, les années du chaos que fut la révolution culturelle, les années d’ouverture et celles du modèle hybride « communisto-libéral »  d’aujourd’hui.

Li Kunwu replonge (et nous avec) dans ses années de petite enfance. Petit Li et ses copains ont trois, quatre ans et vivent en permanence à la crèche. Ils ont bien des parents, mais ceux-ci sont fort occupés à construire la Chine moderne. On est en plein dans la période dite du « Grand bond en avant », quand la Chine voulait développer l’agriculture et l’industrie du pays à marche forcée. L’objectif était de dépasser la production anglaise puis américaine en deux ou trois années seulement ! Cette politique va conduire à une désorganisation totale de l’agriculture, entraînant plusieurs années de disette voire de famine. Du point de vue industriel, ce n’est pas tellement plus brillant. La qualité de l’acier produit était si mauvaise qu’il  se révélait souvent inutilisable.

Pourtant, Ma génération n’est pas un livre à charge sur la politique conduite par l’Etat  ni sur le maoïsme. (Li Kunwu travaille et vit en Chine, il est ou était représentant des auteurs chinois dans des instances officielles). C’est l’abnégation des adultes, l’insouciance des enfants qui est mise en avant, pas l’erreur politique ni ses conséquences directes.

L’autre grande période illustrée dans cette première partie de Ma Génération  est celle des débuts de la Révolution Culturelle. Les gamins ont grandi, on les retrouve au collège, à ce moment où les repères changent très rapidement, et où des professeurs adultes et jadis respectés sont mis sous tutelle de commissaires politiques d’une douzaine d’années, les « gardes rouges ». Mais même au coeur de cette période dramatique, les adolescents gardent des préoccupations de leur âge et s’ouvrent à l’amour romantique, tare bourgeoise s’il en fut.

Editions Kana – 15 euros

JULIETTE – Camille Jourdy

Une perle. Un joyau. Une rivière de diamants ... ou plutôt un collier de bonbons.
Une perle. Un joyau. Une rivière de diamants … ou plutôt un collier de bonbons.

La trentaine parisienne, pleine d’angoisses hypocondriaques et de mélancolie, Juliette rend visite à sa famille en province. Elle dormira chez son père, qui avait oublié la date de sa venue, et fait preuve de plus d’une maladresse à l’égard de sa fragile progéniture. Elle retrouve sa soeur Marylou, deux enfants, un mari, une femme pragmatique, mais avec un amant qui travaille dans un magasin de déguisement et qui lui rend visite l’après-midi dans son jardin déguisé en lapin, en loup ou en fantôme. Quant à leur mère (divorcée), elle est en pleine épanouissement artistique et développement personnel, grâce à ses nombreux amants, professeurs de yoga, vegan et/ou adepte du pendule. Juliette rend aussi visite à sa grand-mère, atteinte d’Alzheimer, qui sucre les fraises, et mange la nappe au repas de famille, avant de lui révéler un secret de famille. Elle croisera aussi la route de Georges, dit Polux, pilier de bar au Tropical, qui n’hésite pas à adopter un caneton abandonné ou à discuter avec une araignée dans ses toilettes.

Il se dégage des bandes dessinées de Camille Jourdy (souvenez-vous de Rosalie Blum) un charme et une musique qui n’appartient qu’à elle. Avec ses dialogues réjouissants, écrits et relevés juste comme il faut, on se prend tout de suite d’affection pour cette famille normale qui se prend les peids dans le tapis. Les conversations et les situations sont savoureuses (vie et mort de Norbert Magret le caneton, le vaudeville pavillonnaire, le trajet précipité pour se rendre à la gare) : on se chatouille et on se gratouille sans être cruel, et nous, lecteurs, on rit beaucoup. Le dessin, comme le ton, très coloré, est naïf sans être niais, beau sans être juste mignon. Cette auteure porte un regard, une douceur, une attention sur les petites choses, les petites gens, les petits mots qui font de Juliette un grand livre.

Et j’en remets une couche audio : une critique pour le site boulevarddelabd.com

Actes Sud – 26€