LE POISSON & LE BANANIER : UNE FABULEUSE HISTOIRE DE LA TRADUCTION – David Bellos

bellos Que lit-on, quand on lit une traduction ? Il y a-t-il des textes intraduisibles ? Traduire, est-ce forcément trahir ? Faut-il se méfier des traducteurs ? David Bellos, romancier et traducteur lui-même (de Georges Pérec, entre autres) répond à ces questions et à bien d’autres dans cet essai érudit et plein d’humour, riche d’exemples et d’anecdotes, qui se lit avec délectation.

On y apprend des tas de choses, à commencer par se méfier des idées reçues. Non, les inuits ne disposent pas de cent mots différents pour qualifier la neige, et oui, une traduction peut-être fidèle sans être pesante. A lire sans tarder pour en savoir un peu plus sur le monde fascinant de la traduction… et des traducteurs.
Traduit de l’anglais par Daniel Loayza

Flammarion – 22.90 euros

UNE NOUVELLE COLLECTION DE LIVRES-JEUX

Voici une nouvelle collection de livres-jeux parue chez Actes Sud Junior. Après le succès des énigmes, les enfants vont pouvoir se familiariser avec les labyrinthes et les circuits automobiles. Ce sont de grands formats tout en couleurs, joliment illustrés avec des décors variés, et pour compliquer un peu les choses, les auteurs se sont amusés à rajouter quelques pièges et contraintes…

labyGrands labyrinthes
Un trésor caché dans une grotte, la visite d’un chateau hanté, un parcours dans une ville à la recherche d’une pharmacie, une évasion dans un souterrain malfamé… L’auteur a imaginé des labyrinthes avec des mises en scène très variées, avec pour chacun un petit texte de présentation accompagné d’indications à suivre.
Idéal dès 7 ans

gds prixGrands prix
Les auteurs ont imaginé des circuits de voitures dessinés sur du papier millimétré, un peu à la manière des batailles navales où deux adversaires peuvent faire la course munis d’un crayon et d’une règle. Avec plusieurs niveaux de difficultés et différents décors (le repaire des pirates, le village perché, space race, la terre sauvage…), les enfants devront choisir leur stratégie pour avancer le plus vite possible sur la grille de jeu, tout en respectant la règle du jeu.
Idéal dès 9 ans

Editions Actes Sud Junior – 9,80 €

LA PAGE BLANCHE – Boulet / Bagieu

page blancheEt oui, une nouvelle BD de Pénélope Bagieu ! Fini Joséphine ou les extraits du blog Ma vie est tout à fait fascinante (un blog à découvrir ici), elle signe une BD à quatre mains avec Boulet (Notes chez Delcourt) et c’est très réussi !

L’héroïne se retrouve sur un banc, la nuit, surprise. Pourquoi est-elle assise là ? Dans ce quartier ? Un blanc. Elle ne se souvient de rien, ni de son nom, de son adresse, de son métier… Après analyse de son portable suivie de quelques déductions, elle se retrouve dans un appartement qui ne lui évoque rien, pense être libraire, découvre qu’elle a un chat. Les médecins ne la croient pas, ce type d’amnésie n’existe pas et le psy ne peut rien pour elle… Qui est-elle vraiment ? Que va-t-elle découvrir ?

Boulet à l’écriture, Pénélope Bagieu à l’image : un duo qui fonctionne à merveille. Le scénario original et bien construit débute comme un polar et se transforme peu à peu en un texte plus profond et psychologique, les illustrations très girly égaient un texte juste et sensible, sans oublier la chute qui clôture parfaitement l’intrigue. La page blanche, une belle réflexion sur la quête de soi et notre place par rapport aux autres.

Editions Delcourt – 22,95 €

LES ENQUETES DE SCARLETT ET WATSON (TOME 1) – Jean-Michel Payet

enquete LE TRESOR DE M. ZIANE

Scarlett est une petite fille très vive. Elle adore cuisiner pour sa maman et sa soeur. Mais, ce qu’elle préfère par dessus tout c’est enquêter.
Alors quand elle apprend que M. Ziane le gérant du Soleil Levant, s’est fait voler son Manuel du parfait épicier, elle n’hésite pas. Scarlett va interroger les commerçants, ses amis et même son chat Watson. Grâce aux indices récoltés au fur et à mesure, le lecteur va pouvoir résoudre cette mystérieuse affaire avec Scarlett.
Une histoire pleine de surprises où le lecteur pourra se prendre pour un parfait détective grâce à un plan du quartier, des photos, une recette… que l’on retrouve à chaque début de chapitre.

Editions Milan – collection Cadet polar – 5,50 €

Dès 8-9 ans

MEMOIRE MORTE – Donald Westlake

memoire mortePaul Edwin Cole s’est pris un vilain coup sur la tête, dans une situation embarrassante : comédien en tournée dans une petite ville, il est surpris en pleine action avec une femme mariée par l’époux légitime. Quelques jours de coma plus tard, il se réveille, mais souffre d’amnésie. A peine sorti de l’hôpital, le sheriff local l’invite à quitter la ville vite fait. Nous sommes dans les années 60, et Paul, avec quelques dollars en poche, échoue dans une autre petite ville, où il espère rassembler assez d’argent pour gagner New York, car les quelques indices qu’il recueille sur son histoire indiquent cette direction. Sauf que la mémoire de Paul qui a perdu le souvenir de son passé lointain ne retient plus son passé proche : il est piégé dans un présent nébuleux, et angoissant.

Cet inédit de Donald Westlake est surprenant à plus d’un titre : loin d’être dans la veine humouritique de la géniale série Dortmunder, il est plus proche de ses romans noirs, comme Le Couperet. Roman noir, ou plutôt mélancolique : Paul s’est perdu, se perd chaque jour. Sa mémoire-passoire est une blessure terrible, qui le transforme en automate, incapable de renouer avec son passé ou de se lier dans le présent. Lorsqu’il parviendra à retrouver des gens qu’il a connus par le passé, le malaise du personnage s’accentuera devant son impuissance à reprendre son existence d’autrefois ; mais libéré du passé il ne peut s’inscrire dans le présent, ou devenir quelqu’un d’autre. Un roman existentiel désenchanté et déroutant.

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Gérard de Chergé.

Rivages – 22 €

LE RETOUR DE SILAS JONES – Tom Franklin

silas On devait déjà à Tom Franklin un « western social » époustouflant : La culasse de l’enfer. Il revient aujourd’hui avec un roman noir plus classique mais tout aussi réussi. Le retour de Silas Jones, c’est l’histoire croisée de deux hommes sur une vingtaine d’années. Nous sommes dans le Mississippi des années 70. Silas et Larry sont tous deux adolescents et c’est semble-t-il leur seul point commun. Silas est noir, Larry est blanc. Silas vit seul avec sa mère, dans des conditions matérielles très difficiles. Larry a ses deux parents, mais les relations avec son père sont difficiles. Ce dernier a du mal à se reconnaître dans le garçon timoré et empoté, qui est souvent pris comme bouc émissaire à l’école. Malgré leurs différences, une relation s’instaure entre les deux garçons, qui ressemble à de l’amitié. Jusqu’au jour où une adolescente disparaît. Tout accuse Larry, mais on ne peut trouver aucune preuve contre lui. Il restera donc en liberté, mais ostracisé. Plus personne ne lui adresse la parole; seuls les ados en virée font parfois le détour jusqu’à chez lui pour balancer des immondices ou l’insulter.

Les années passent. Silas, après des études assez vite avortées est revenu dans sa ville natale, où il occupe le poste d’adjoint du shériff. Lui aussi a coupé tous les ponts avec Larry. Jusqu’au jour où un meurtre va à nouveau braquer les projecteurs sur celui-ci et conduire Silas à enquêter et reprendre contact.

Le retour de Silas Jones nous plonge dans une société violente, étouffante car extrêmement codifiée. Un superbe roman à lire en priorité dans cette rentrée de janvier.

Traduit de l’anglais (E.U.A) par Michel Lederer

Albin Michel – collection Terres d’Amérique – 22,90 euros

B comme… BANDEAU


Mon petit préféré.

Pas de grande résolution pour cette année, mais une volonté farouche de continuer à aborder les problèmes de fond qui agitent le bocal de votre humble libraire. Je commence donc par un point absolument essentiel, les bandeaux. Vous savez, ces bandelettes de papier qui ornent la couverture d’un livre et dont l’inflation m’inquiète. A l’origine, j’imagine que l’objet du délit servait surtout à indiquer un prix littéraire, et la couleur choisie, le rouge sang, célébrait, après l’âpre lutte, cette glorieuse et stratégique victoire. Mais je ne peux pas m’empêcher de penser inévitablement au label rouge du boucher d’à côté ; label qualité supérieure, élevé au grain et en plein air. La faute à la proximité de dates entre le salon du livre et le salon de l’agriculture ?

Notons que la chose a une évidente efficacité commerciale ; parfois un peu trop. Certains clients veulent impérativement le prix Goncourt, sans se préoccuper le moins du monde de la teneur de l’ouvrage, mais en exigeant un bandeau impeccable. La tentation est grande pour le vil commerçant de coller sur toutes les piles de la table littérature un bandeau Prix Goncourt.

Mais inutile de se fatiguer, les éditeurs ont pourvu à ce problème, et enrobent à tour de bras leur production. A se demander même pourquoi certains n’en ont pas. Je reste sceptique devant ces appendices de papier qui sont censés rehausser la maquette d’une couvrante d’une information pertinente, genre le nom de l’auteur ; j’aime bien ceux qui présentent une photo de l’auteur. Le mignon minois de cette jolie écrivaine est-il vraiment un argument littéraire ? Il y a les bandeaux qui se veulent accrocheurs, avec à l’appui citation(s) de critique(s) enthousiaste(s) ; dans cette catégorie je citerai volontiers le bandeau qui a orné Les Hauts de Hurlevent pendant un certain temps : « le livre préféré de Bella et Edward », à savoir l’incarnation de la passion amoureuse au XXIe siècle, le vampire et la donzelle de Twilight. Vu que cela a marché, et que dans le fond tout le monde est content (Emily dans sa tombe et les lectrices de Twilight qui découvre l’incarnation de la passion amoureuse au XIXe), je ne devrais pas me moquer. En plus c’est facile, avec les bandeaux. Tiens par exemple, il y a le légendaire bandeau « nouveauté » qui décore systématiquement les sorties en poche des romans d’Harlan Coben. On a une boîte avec les titres en poches de cet auteur qui ont systématiquement le bandeau « nouveauté ». Même les titres plus si nouveaux que ça. Et vous trouverez souvent au-dessus le dernier grand format paru, c’est-à-dire la dernière nouveauté. De quoi en faire hésiter plus d’un. Je me souviens aussi du bandeau « folio n°5000 », information qui méritait effectivement qu’on l’imprime en gros. Ou encore le bandeau « le livre aux 10 prix littéraires », qui joue l’épate, mais se garde bien de faire l’inventaire. Pire, le bandeau exhaustif, qui cite tous les prix reçus par l’auteur, et qui finit par ressembler à une tranche napolitaine : le livre prend l’aspect d’un poitrail de cacique militaire soviétique grande époque.

Et puis les bandeaux c’est bien joli, quand le livre est bien à plat sur une table, mais sinon, c’est fragile. Dans les cartons de transport, ça se froisse, en rayon ça se déchire, quand le livre est debout ça glisse, et quand il s’agit d’une bande dessinée en bac, ça finit en charpie dans la minute. Nombreux sont ceux finissent lacérés sur le champ de bataille de la librairie, confetti de table ou de bac, qui terminent lamentablement à la poubelle. Tant de marketing novateur gâché, ça me fend le cœur moi. A noter donc, l’apparition du bandeau en trompe-l’oeil, absorbé dans la maquette du livre. Merci l’évolution.

DE BONS VOISINS – Ryan David Jahn

de bons voisins Kate ferme son bar de nuit et rentre chez elle. Arrivée dans la cour de son immeuble, elle se fait sauvagement agresser.
La jeune femme voit, malgré l’heure tardive, ses voisins derrière leurs fenêtres.
Mais pourquoi personne n’appelle la police?

Ryan David Jahn s’empare d’un fait divers des années 60 aux Etats-Unis. C’est la première fois que la notion « d’effets de témoins » est utilisée : plus il y a de témoins moins il y a de chance qu’ils interviennent.
L’auteur imagine alors la vie de ces voisins qui vivent égoïstement ces minutes si longues pour Kat.
Un roman noir où Ryan David Jahn nous plonge dans une atmosphère sombre, malsaine voir même dérangeante avec des intrigues qui s’entremêlent.

 

Traduit de l’américain par Simon Baril

Actes Sud – 21 €

UNE IRRESISTIBLE ET COUPABLE PASSION – Ron Hansen

HANSEN Si jamais quelqu’un mérita le qualificatif de femme fatale, c’est bien Ruth Snyder ! Nous sommes sur la côte Est des Etats-Unis, dans la banlieue de New-York, en 1927. Ruth est une très belle jeune femme, mère d’une petite fille de 8, 9 ans. Mal mariée à un homme violent et plus âgé qui la méprise, elle trompe son ennui et son époux avec des amants de passage. Jusqu’au jour où, par l’intermédiaire d’une connaissance commune, elle fait la connaissance de Judd Gray. Homme sensible et élégant, (il est représentant en lingerie fine !) Judd ne tarde pas à succomber au charme de Ruth. L’aima-t-elle vraiment ou Judd fût-il, dès le premier jour, un simple instrument au service de son dessein : se débarrasser du mari encombrant en le liquidant ? A force de caresses et de menaces, Ruth convainc son amant d’agir. Mal et précipitamment, car Judd s’y prend comme un manche et les deux amants se font arrêter presque immédiatement. En ces temps de justice expéditive, quelques mois plus tard, le procès du siècle peut commencer…

Inspiré d’un fait divers réel qui tint l’Amérique en haleine, le roman de Ron Hansen est impossible à lâcher : Une irrésistible et coupable passion se lit, littéralement, d’une traite ! Puissamment évocateur, il nous plonge dans l’Amérique de la prohibition, une société corsetée dans lequel les désirs s’exacerbent. C’est superbe, bien écrit et construit très efficacement. Voici donc un best seller en puissance, un très très bon et peut-être même un GRAND roman !

Traduit de l’anglais (E.U.A) par Vincent Hugon

Buchet Chastel – 21 euros