LES LARMES DU SEIGNEUR AFGHAN – Campi, Zabus & Pascale Bourgaux

larmes du seigneur afghanPascale Bourgaux est grand reporter et connaît bien l’Afghanistan pour y être allée plusieurs fois. Elle y a noué des amitiés, en particulier avec Mamour Hassan, un seigneur de guerre du Nord du pays ; en 2010, elle part une nouvelle fois là-bas pour un reportage centré sur cette figure. Mamour Hassan a incarné la résistance afghane, d’abord contre les Soviétiques, puis contre les talibans. Quand les Occidentaux débarquent, il les accueille les bras ouverts. Mais depuis dix ans, la démocratie afghane a déçu la population, écoeurée par la corruption endémique. Les nouveaux talibans prennent donc à leur tour des allures de résistants à l’occupant. Dans son fief du Nord, Mamour Hassan voit dans son clan, qui a vivement combattu les talibans, apparaître des dissensions.
Pascale Bourgaux décrit avec réalisme la situation afghane mais aussi son métier de journaliste : ce reportage sur le reportage suit les recherches, les doutes, les erreurs de la reporter et de son cameraman. Les sujets sont fouillés et le résultat est une peinture remarquable de l’Afghanistan et de ces complexes facettes. Une bande dessinée qui doit absolument rejoindre Le Photographe d’Emmanuel Guibert & Didier Lefevre et Kaboul disco de Nicolas Wild sur votre étagère!

Dupuis – 16,50 €

TYPOS – Pierdominico Baccalario

typosTome 1 : Fragments de vérité

Voici un roman d’anticipation totalement différent des précédents romans de cet auteur (Ulysse Moore, Century) : le rythme est beaucoup plus rapide, l’intrigue plus réaliste, voire plausible, et il s’adresse aux plus grands…
Le roman démarre sur les « chapeaux de roue » avec une vraie scène d’action un peu à la manière d’un film américain, avec le sauvetage in extremis d’une employée d’une imprimerie clandestine par des hommes. On apprend très vite qu’ils font partie d’une organisation secrète, Typos, dont l’objectif principal est de lutter contre le pouvoir absolu des médias, et surtout de combattre la domination exclusive de K-lab, une agence de communication qui a le monopole. En publiant un journal secret qui essaie de dénoncer les agissements de K-Lab et de rétablir la vérité dans les mensonges publiés, les journalistes de Typos luttent pour une vraie liberté d’expression. Un chef d’état africain est l’invité d’une grande fête de charité à Maximum City, il espère ainsi récolter des fonds pour les habitants de son pays. Un docteur d’une ONG a besoin de Typos pour alerter la population : cet homme politique en apparence honnête est en fait un puissant dictateur à l’origine de la famine et de la guerre civile dans son pays…
Un roman qui plaira sans aucun doute à tous les lecteurs de Cherub ou aux ados qui aiment les séries conçues comme des feuilletons.

Editions Flammarion – 13 €
(traduit de l’italien par Faustina Faure)
dès 13/14 ans

HOMESMAN – Glendon Swarthout

homesmanLa Frontière désigne la région des Grandes Plaines, qui au XIXe est peu à peu colonisée par l’homme blanc. Après un hiver rude dans ces fermes isolées, quatre femmes s’effondrent, deviennent mutiques, violentes, folles. Le révérend Dowd organise alors, comme l’an passé, un retour vers l’est, dans des contrées civilisées, auprès de bonnes oeuvres accueillantes. Mais le voyage nécessite une escorte : Mary Bee Cuddy décide d’y aller, et trouve au dernier moment Briggs, un personnage peu recommandable (un voleur de terres, que des propriétaires terriens avaient laissé pour mort) comme convoyeur supplémentaire. L’aberrante caravane prend la route.
Homesman décrit l’envers de la conquête de l’ouest : à rebours de l’héroïsme et des mythes de la ruée vers l’or, le lecteur découvre un récit au féminin, qui traite de la souffrance et de la violence dans ces paysages spectaculaires mais ingrats. La ruée se fait dans l’autre sens, c’est un retour douloureux vers l’est. Glendon Swarthout explore diverses facettes féminines, peint leurs aspirations, leurs échecs, comment ce voyage les affecte, et tout particulièrement Mary Bee, Sisyphe moderne inoubliable. Homesman est un roman qui vous vrille dans le sillon de cet équipage insensé, un roman qui vous prend aux tripes et se lit en apnée. C’est prodigieux.

Traduit de l’anglais par Laura Derajinski.

Gallmeister – 23,10€

DIABLES AU PARADIS – Franco Di Mare

franco Carmine Cacciapuoti gagne sa vie en « faisant des livraisons » pour la mafia. En d’autres termes, il est tueur à gages. Ce léger détail mis à part, il mène une vie normale. A tel point que la jeune femme avec laquelle il vit le croit technico-commercial en informatique et ignore tout de sa réelle activité. Une histoire de mafieux à Naples, cela n’aurait rien de très original… si Carmine Cacciapuoti n’avait pas un profil très atypique. Gamin grandi dans la rue, il a échappé à la prison contrairement à Nicola, son copain et chef de bande de l’époque. L’arrestation de Nicola a d’ailleurs fait l’effet d’un électrochoc pour Carmine, qui a retrouvé le chemin de l’école. Ses facilités naturelles en ont fait un étudiant brillant dans le domaine qu’il a choisi : la linguistique. C’est certainement l’unique représentant de sa profession a avoir écrit une thèse. Sauf que son travail qu’il lui a été « volé » par son directeur de thèse qui l’a attribué à son fils. Profondément dépité, Carmine va retrouver Nicola sorti de prison, et travailler pour lui.

Roman habilement conçu, efficace et sans esbrouffe, Diables au paradis est aussi un très beau portrait de Naples, ville tour à tour superbe et crapuleuse. Un excellent roman noir à découvrir.

Traduit de l’italien par Marianne Faurobert

Editions Liana Levi – 19 euros

LOLA BENSKY – Lily Brett

lily A 20 ans à peine, Lola Bensky, jeune journaliste australienne est catapultée correspondante permanente à Londres par un canard rock des antipodes, avec pour mission d’interviewer tout ce que la capitale compte de stars et de futures vedettes du rock. Elle compte rapidement Jimy Hendrix, Mick Jagger, Jim Morisson et bien d’autres à son tableau de chasse journalistique. D’autres en tireraient une légitime fierté, mais pas Lola Benski, qui n’arrive pas à se défaire du sentiment de ne pas être à sa place. Ce qui lui fait souvent perdre les pédales et le fil des interviews et c’est ainsi qu’elle se retrouve à parler bigoudis avec Hendrix ou complimenter Mick Jagger sur sa cuisine équipée.

Car Lola Benski manque cruellement de confiance en elle, la faute à des kilos en trop qu’elle assume mal et à une histoire familiale qui lui interdit une légèreté qu’elle envie à ses collègues et amies. Comment profiter du Swingin’London et prendre la vie du bon côté quand ses parents sont des survivants des camps de la mort, seuls rescapés de leur famille respective, et qu’on a été élevée dans un foyer où le rappel de cette tragédie était permanent ?

Lola Bensky, livre largement autobiographique, mêle donc des thèmes qu’on a pas l’habitude de voir cohabiter, et il le fait avec beaucoup de finesse. Si l’héroïne a un petit côté Bridget Jones et que le livre fourmille d’anecdotes vraiment très drôles, la relation avec les parents, en particulier avec cette mère qu’elle aime mais avec qui elle a bien du mal à communiquer est très touchante. Un roman profondément original à la fois distrayant et plus profond qu’il y paraît.

Traduit de l’anglais par Bernard Cohen

Editions La Grande Ourse – 20 euros.

LA DERNIERE DANSE – Victoria Hislop

derniere danseAu cours d’une escapade à Grenade, Sonia, entraînée par sa meilleure amie, s’inscrit à des cours de danse. Elles apprennent au début la salsa, puis certains insistent pour découvrir une danse plus complexe, le flamenco. Entre les cours de danse et ses discussions animées avec Miguel, le cafetier du Barril, le week-end passe très vite. De retour à Londres, deux nouvelles accélèrent sa décision de repartir : une lettre amicale de Miguel et l’installation définitive de son amie à Grenade. Sonia retrouve alors avec joie ses rendez-vous quotidiens hors du temps avec le cafetier, qui ne cesse d’évoquer le passé de la ville. Une photo encadrée dans le café attire son attention, Miguel lui raconte alors l’histoire de Mercedes, une belle danseuse de flamenco.

Après la Crète dans L’Ile des oubliés et Thessalonique dans Le fil des souvenirs, Victoria Hislop choisit l’Espagne. Une dernière danse raconte la sombre histoire de la famille Ramirez pendant la guerre civile. Quatre enfants, quatre destins incroyables : Ignacio un jeune torrero qui démarre une carrière prometteuse ; Mercedes qui danse le flamenco depuis son plus jeune âge et qui séduit son public par sa technique et l’intensité de ses mouvements ; Emilio un guitariste poète fasciné par Garcia Lorca et enfin Antonio, un professeur idéaliste très pédagogue. L’auteur réussit une fois de plus à imaginer une histoire de famille passionnante avec un contexte historique fort, elle accorde d’ailleurs encore plus de place à l’Histoire, en détaillant la montée au pouvoir de Franco. Un roman qu’on lit pratiquement d’une traite, comme les précédents.

Editions Les escales – 21,50 €

L’HOMME DU VERGER – Amanda Coplin

homme du vergerL’homme du verger s’appelle Talmadge. Il est arrivé dans le verger avec sa mère, une femme qui fuyait les autres et qui trouva dans la vallée un refuge pour elle, son fils et sa fille. A peine sorti de l’enfance, Talmadge perdra sa mère et sa soeur ; seul, il exploite sa terre, et se contente de deux amitiés : Clee, un indien muet et Caroline Middley, la sage-femme de la région. Lorsque deux jeunes sauvageonnes, Jane et Della, viennent lui voler des fruits, il les laisse entrer dans son domaine. Mais elles portent un lourd fardeau.
Amanda Coplin parvient à peindre un paysage et un caractère avec simplicité et profondeur. L’itinéraire de ce personnage taiseux est une route sinueuse mais belle et l’on suit son sillon avec beaucoup d’émotion. L’écriture et le récit sont tendus, dépouillés, sans analyse psychologique, comme pour mieux décrire le mystère des êtres. Le destin de Jane et Della est implacable, mais au milieu de ce naufrage, Talmadge incarne un bel exemple d’humanité. Un premier roman comme un coup de maître, avec des personnages qui restent longtemps à vos côtés.

Traduit de l’anglais par Laurence Kiéfé

Christian Bourgois – 23€

LA POESIE DU GERONDIF – Jean-Pierre Minaudier

gerondif Qui eut cru qu’un livre traitant exclusivement de la grammaire pût être si drôle, si inventif et si passionnant à la fois ? Inutile d’être un fanatique du Grévisse pour se plonger avec délectation dans l’ouvrage de Jean-Pierre Minaudier. Un peu de curiosité suffit pour accompagner l’auteur dans ce tour du monde linguistique aussi dépaysant que riche d’enseignements, qui nous en dit long sur les langues, bien sûr, mais aussi et surtout sur les hommes et les femmes qui les parlent.

Son addiction aux grammaires exotiques conduit Jean-Pierre Minaudier à traquer dans les moindres recoins de l’internet les ouvrages les plus improbables. Il est ainsi l’heureux propriétaire d’une bibliothèque comptant 1163 ouvrages à la dernière recension. Plus la grammaire est complexe et différente de la nôtre, plus Jean-Pierre Minardier est conquis, car ce qui l’intéresse avant tout, c’est la découverte de l’autre, la manière dont la construction de la langue influe influe sur la structure mentale de ceux qui les parlent… à moins que ce ne soit l’inverse. La grammaire est donc, aussi, du point de vue défendu par l’auteur, un humanisme. Excellent !

Editions Le tripode – 14,70 euros

L’ARABE DU FUTUR – Riad Sattouf

arabe du futurRiad Sattouf est connu pour son regard sardonique sur l’adolescence grâce à ses bandes dessinées La Vie secrète des jeunes, Retour au collège et son film Les Beaux gosses ; dans L’arabe du futur il s’en prend cette fois à sa famille… Ses parents se sont rencontrés dans les années 70 à Paris : une bretonne et un Syrien, étudiant en histoire, qui donnent naissance à Riad en 1978. A l’issue de sa thèse, le pater familias emmène son petit monde en Libye : adepte de panarabisme, il admire Kadhafi. La réalité libyenne est autrement folklorique. Après une étape en Bretagne, la famille, avec un petit garçon supplémentaire, gagne le pays paternel, dirigé par Hafez Al-Assad (père de Bachar).

Riad Sattouf reconstruit cet itinéraire familial, mélangeant son regard d’enfant et son recul d’adulte : des anecdotes, des impressions et des sensations à hauteur de marmot (ses cheveux blonds que tout le monde appréciait, les bananes libyennes, les jeux d’enfants) qu’il confronte aux discours de son père. Ce dernier est le coeur de l’histoire, un géant qu’on admire enfant mais dont on n’hésite pas à épingler les contradictions.
Le regard acide de Riad Sattouf nous fait rire (son don précoce pour dessiner Pompidou), mais raconte aussi la perplexité et les angoisses : la peur des cousins par exemple, la violence latente de l’enfance. Il nous raconte la Syrie, sa famille, un regard intime, mais néanmoins politique. Son travail est particulièrement réussi, nous amène par le rire à pénétrer une famille, une époque, un pays.

Allary éditions – 20,90€

OLIVER ET LES ILES VAGABONDES – Philipp Reeve

oliverOliver est ravi : ses parents ont enfin décidé de rentrer chez eux ! Ces deux grands explorateurs ont le sentiment d’avoir visité les plus beaux sites du monde, mais leur envie de voyages est toujours très forte. De retour dans leur maison, après de longs mois d’absence, ils sont surpris de voir des îles devant chez eux. Bien sûr, comme Oliver pouvait s’en douter, cette découverte leur sert de prétexte, et les voilà déja partis les explorer. Lassé d’aventures, Oliver laisse ses parents aller les visiter. Il était loin d’imaginer que ces îles étaient mobiles et qu’il ne reverrait pas ses parents de sitôt. Il n’a alors pas le choix, il part sur le champ à leur recherche. Heureusement, il ne sera pas seul, il rencontre Iris, une gentille sirène myope et Monsieur Culpeper, un vieil albatros.

Après entre autres Planète Larklight, Philipp Reeve signe ici, pour les plus jeunes lecteurs, une histoire captivante ! Joliment illustré, ce roman raconte une très belle aventure, pleine d’imagination et d’humour. Une dose de créatures incroyables (des singes guerriers et des algues bavardes), un méchant ado pirate autoritaire, un concours de beauté unique, des sirènes chanteuses… tout y est ! Un vrai petit bijou pour les 9-11 ans.

Editions du Seuil Jeunesse – 11,50 €