LES QUATRE SOEURS – Malika Ferdjoukh et Lucie Durbiano

4 soeursOn espérait la suite chez Glénat, et une nouvelle version paraît en BD Kids… L’association Ferdjoukh/Durbiano est une vraie réussite ! Les fans de la série des Quatre soeurs seront ravies et celles qui ne les connaissent pas encore seront conquises.

En réalité, elles sont 5 : Enid (8 ans et demi), Hortense (11 ans et demi), Bettina (14 ans), Geneviève (16 ans) et enfin Charlie, l’aînée. Elles sont orphelines, et vivent à la Vill’Hervé, une grande maison isolée et délabrée en Bretagne, une maison avec des courants d’air et une chaudière capricieuse. Mais elles ne sont pas si seules, des fantômes et deux chats veillent sur elles et Basile, le fiancé de Charlie y a aussi élu résidence et se charge de leur mitonner des bons petits plats !

Réparties sur quatre saisons, sous forme de chroniques où chacune prend la parole à tour de rôle, ces histoires d’une double page racontent leurs anecdotes, leurs sorties, les arrivées stressantes de leur Tante Lucrèce et surtout leur vie au jour le jour, riche en péripéties et toujours mouvementée.

Ces histoires sont drôles, justes, magiques, émouvantes et traitent de leurs rêves, de leurs peurs, de leurs envies… bref une BD indispensable pour toutes les ados. Tout est réussi : une maquette aérée et colorée, l’harmonie texte/image, le format, le concept…

Editions BD Kids – 16 €

THE CAPE – Joe Hill & AMERICAN VAMPIRE – Scott Snyder, Stephen King & Rafael Albuquerque

the capeThe Cape est l’histoire d’un mec un peu paumé, qui vient de se faire larguer par sa copine et qui se retrouve à vivre chez sa mère. Dépité, aigri, il supporte diffcilement la réussite de son frère, médecin diplômé d’Harvard. Un souvenir le hante, un accident qu’il a eu enfant : alors qu’il jouait aux superhéros avec son frère, il chute d’un arbre, et est méchamment blessé. Mais avant de tomber il a eu l’impression de voler un instant. De retour dans la maison familiale, il va retrouver la cape qu’il portait ce jour-là.
Joe Hill compose un scenario des plus original autour d’un banal loser, et de sa réaction face à ce qui est la chance de sa vie. Un conte cruel extrêmement réussi!

american vampireAmerican Vampire reprend le mythe si utilisé du vampire. Mais malgré ce stéréotype littéraire et cinamétographique, voilà une bande dessinée singulière, et bien agréable à lire. Une partie de l’histoire se déroule en 1926, autour d’une candide provinciale débarquée à Hollywood, qui va croiser la route de vampires reconvertis dans la nouvelle industrie du cinéma. L’autre partie de l’album se passe dans les années 1880, autour d »un hors-la-loi qui va devenir vampire, un nouveau type de vampire, qui contrarie les plans de ses pairs venus d’Europe.
De vilains personnages, une bonne dose d’hémoglobine et des retournements de situations savamment amenés : American Vampire est un bon comics, sanglant, nerveux.

The Cape de Joe Hill, Milady Graphic – 19,90€

American Vampire de Scott Snyder, Stephen King & Rafael Albuquerque, Urban comics – 10€

3 nouveaux mangas pour les collégiens

NIJIKANIJIKA
Ce manga parle de Nijika une jeune fille de 12 ans qui est en sixième, issue d’une famille du monde du spectacle et de la télé, elle va découvrir qu’elle aime le métier d’actrice tout comme sa mère. Celle-ci avait un rêve, remporter le Prisme de diamant, un prix réservé à la meilleure actrice de plus de 16 ans. Puisqu’elle a abandonné sa carrière quand elle est tombée enceinte, Nijika va tout faire pour réaliser le rêve de sa mère.

J’ai bien aimé le fait que Nijika découvre que le métier d’actrice est passionnant, c’est un manga amusant, surtout les dialogues entre Nijika et Toya.

Editions Glénat – 6,90 €

GAMARANGAMARAN

Le fief Unabara rassemble les maîtres d’arts martiaux ne vivant que pour le combat. Cette terre est surnommée « l’Antre des démons ». Ce manga parle d’un garçon de 14 ans appelé Gama qui décide de représenter l’école Ôgame lors du grand tournoi d’Unabara.

J’ai bien aimé le style de combat avec les armes traditionnelles mais aussi le fait que Gama ne se laisse pas faire.

Edition Kana – 6,85 €

woodstockWOODSTOCK

Gaku est un livreur mais il est passionné de musique rock et a créé un groupe sur internet appelé Charlie qui a beaucoup de succès. Gaku rencontre Michida le nouvel employé de la livraison Maruhachi, ils ont la même passion pour la musique rock. Gaku garde l’anonymat sur internet en se faisant appelé Gim, mais Shiina la responsable du club Boot Boy va s’apercevoir que c’est une seule et même personne. Ils deviennent amis et Gaku lui propose de devenir la batteuse de son groupe.

J’ai bien aimé le fait que ce soit un passionné de musique et l’idée qu’il ait fondé un groupe fictif.

Edition Glénat – 7,60 €

Notices rédigées par Donia lors de son stage

L’ANNEE DU LIEVRE – Tian

lievre L’année du lièvre, trilogie dont le 2ème tome vient de sortir, nous plonge au coeur de l’une des plus grandes tragédies de l’Histoire contemporaine, celle que subit le peuple cambodgien lors du règne sanguinaire des Khmers rouges.

Nous sommes le 17 avril 1975, jour du nouvel an cambodgien, jour que choisissent les Khmers rouges pour entrer dans Phnom Penh. Tian nous fait vivre ces journées très particulières à travers la destinée d’une famille bourgeoise de la capitale, qui va être emportée dans le maelstrom de la révolution. Contraints de quitter la ville comme l’ensemble des habitants, Khim et les siens s’efforcent de rejoindre Battambang, un village du nord du pays où ils ont des attaches.

C’est cette odyssée que nous conte Au revoir Phnom Penh, premier volume de cette histoire. Le terme Odyssée n’est pas trop fort tant les épreuves s’accumulent sur Khim et les siens. Les routes sont coupées, les informations parcellaires et contradictoires. On manque de tout, c’est le règne du troc. Cette atmosphère de chaos et d’incertitude est parfaitement rendue par l’album. Atmosphère de peur aussi, car la classe sociale de cette famille bourgeoise l’expose particulièrement à la vindicte des patrouilles khmères rouges, composées souvent d’adolescents, d’enfants presque. Personne, en fait, n’atteindra Battambang. La famille est arrêtée à un poste de contrôle. Fin du premier album.

Six mois plus tard, nous retrouvons la famille de Khim qui a été déportée à la campagne afin d’être « rééduquée » par le « peuple ancien » (les villageois, dans la rhétorique Khmer Rouge). Mauvais traitements, suspicion permanente, travaux harassants, exécutions arbitraires… on bascule alors dans l’horreur totalitaire. L’endoctrinement atteint des sommets : les enfants sont retirés des familles, pris en main par des « éducateurs » pour devenir de parfaits petits espions. Ce quotidien est au coeur du deuxième tome, ironiquement intitulé Ne vous inquiétez pas.

L’année du lièvre est un travail remarquable, aussi émouvant qu’il est documenté. L’auteur, Tian, y a sans doute mis beaucoup de lui-même. Il est né trois jours après l’arrivée des Khmers Rouges à Phnom Penh, comme le fils de Khim. Hommage à un peuple qui a beaucoup souffert et une tentative de comprendre comment des hommes ont cherché à effacer leur propre peuple. Mais pourra-t-on jamais comprendre ?

Editions Bayou – chaque tome 17,25 €

LA VIE EST UN TANGO – Lorenzo Lunar

LUNAR Lorenzo Lunar est cubain, il habite Santa Clara, une ville située à 200 kilomètres au sud-est de La Havane. C’est là qu’il ancre son histoire. Lecteur de polars habitué aux trafics internationaux et autres casses du siècle, tu découvriras ici des malversations de moindre ampleur puisque l’enquête tourne autour d’une contrebande de lunettes de soleil, enrichie il est vrai d’un meurtre ou deux.

On est ici à cent lieux du roman policier exotique, car sous couvert de polar, l’auteur nous propose un livre éminemment politique qui nous plonge au coeur d’une certaine réalité quotidienne, celles que connaissent les citoyens cubains lambda. Restrictions permanentes conduisant à divers trafics, tentation du dollar facile pour les jineteras qui gagnent en une semaine l’équivalent de plusieurs années de salaires d’un commissaire ou d’un toubib, petits arrangements généralisés avec la loi ce qui fait dire à l’un des protagonistes que si les règles édictées par le Parti s’appliquaient dans toute leur rigueur 90% de la population cubaine serait en prison…

La vie est un tango évite heureusement l’écueil de la dénonciation frontale et pataude. Plutôt qu’un long descriptif sur l’état de déliquescence du pays, le roman dépeint des situations qui sont plus qu’explicites . Quand la police ne peut pouvoir envoyer de voiture sur une scène de crime faute d’essence, c’est que le mal est profond.

Un excellent roman dont on recommande chaudement la lecture et l’occasion de faire connaissance avec les éditions Asphalte, si vous ne connaissez pas encore la maison.

Traduiit de l’espagnol (Cuba) par Morgane Le Roy

Asphalte – 18 euros

DERIVE ORIENTALE – Younn Locard

derive orientaleUn journal anglais commande un reportage à Simon (pour le texte) et Aillil (pour l’illustration) sur la modernité d’Istanbul. Ce voyage se déroule en 1937, Atatürk est au pouvoir depuis 1923 et s’est lancé dans un ambitieux programme de réformes pour mettre la nouvelle Turquie au rang des nations modernes. Mais la ville n’est pas du tout au goût de Simon, qui préfèrerait être en Espagne, sur les traces d’Hemingway ; quant à Aillil, il se laisse séduire par les tentations de la ville. L’un et l’autre vont cependant se perdre dans cette ville vénéneuse.
Dérive orientale est une belle réflexion sur le voyage, incarnée par deux personnages opposés ; Simon est rétif à l’étrange et l’étranger, tandis qu’Aillil cède à la tentation de l’exotisme : c’est un livre sur les attentes, les déceptions, les dangers ou simplement l’impossibilité d’appréhender une ville dans toute sa profondeur. Le récit, en forme d’énigme, laisse les personnages et le lecteur en pleine confusion, déstabilisés, ce qui est peut-être une des vertus du voyage, briser l’horizon d’attente.
Younn Locard est un jeune dessinateur qui a lui-même beaucoup voyagé, crayon et carnet en poche, ce qui a sûrement forgé son très joli coup de crayon. C’est vif, dense, avec des digressions fort réussies. Une belle découverte.

L’employé du moi – 16,50€

C COMME CADEAU



Plaisir d’offrir, joie de recevoir un livre. Ou pire.

Un nombre non négligeable d’entre vous rentre à la librairie avec la ferme intention de ressortir avec un livre dûment empaqueté dans un papier coloré ; Noël, anniversaires, fêtes des mères et des pères, un livre reste une excellente idée de cadeau, je suis bien d’accord avec vous, c’est chic et rarement bouchonné. Et pour saluer cette louable initiative, nous n’hésitons pas, lorsque vous passez à la caisse, à vous offrir à vous aussi un petit cadeau, puisque vraiment, vous l’avez mérité.

Ce n’est pas que je suis pingre, mais ces petits cadeaux ne me coûtent pas grand-chose ; d’ailleurs on s’en attribue l’initiative, mais il faut bien reconnaître que derrière tout cela, ce sont les éditeurs. Qui d’ailleurs font des pieds et des mains pour se faire remarquer ; et comme toute bonne idée, quand on finit par en faire trop, c’est le grand n’importe quoi. L’idée de base, c’est de mettre en valeur le fond d’un catalogue, proposer aux libraires de commander un certain nombre de titres du dit catalogue et de proposer une prime au client. Mais j’ai une dent, presque un dentier même, contre les marketteux du livre qui pondent opérations commerciales sur opérations commerciales avec cadeau bonux en prime. La bonne idée classique, c’est le 3 pour le prix de 2 ; si vous achetez deux livres, on vous en offre un gratuit. Vous êtes censé faire mouche, surtout quand c’est une nouvelle inédite, ou un classique qui fait toujours plaisir. Par contre, les lots de gratuits contiennent toujours un vilain petit canard, un bouquin qu’on a honte de proposer au client. Du coup il me reste dans un coin de la caisse bon nombre d’obscurs titres de pédopsy ou d’un roman mineur d’un auteur qu’on classerait déjà bien en seconde zone…

On vous distribue aussi allègrement carnets et stylos estampillés par l’un ou l’autre des éditeurs, qui encouragent ainsi les vocations d’écrivain. Et puis en début d’année on vous arrose de calendriers et autres agendas, qui permettent aux éditeurs de se rappeler à votre bon souvenir toute l’année. On a aussi eu des bougies, pour ceux qui aiment lire à l’ancienne, des badges à message (j’attends avec impatience le retour du pin’s). D’autres éditeurs visent leur lectorat féminin à coup de cabas, de trousses, de pochettes et autres sacs ; la fashion week de l’édition ne devrait pas tarder à pouvoir être organisée. A noter qu’un représentant s’est durablement attiré les foudres des filles de l’équipe en refusant de nous envoyer des pochettes trop mignonnes parce que nous ne faisions pas l’opération correspondante. Rappelons qu’à de nombreuses occasions nous recevons sans avoir rien demandé toutes ces merveilles venues d’Asie…

En été on s’est souvent retrouvé avec d’improbables objets promotionnels cherchant à attirer le chaland impatient de se jeter sur le sable chaud : nous avons pu lui offrir des tongs, des nattes de plage, des paréos, des pare-soleil. Il y avait même eu, il y a des années, le string léopard. Mais si ; c’était du second degré, hein, pour le Chat. Quelques suggestions pour étendre l’éventail : l’huile de monoï, la bouée canard, le bob (Gallimard, au lieu de Ricard ou Cochonou, ce serait follement classe) ou alors la paire de moufles ou le cache-oreille pour les vacances au ski. Et la grosse tendance de l’année, c’était le mug ; à quand la théière ? Rappelons aussi quelques réalisations de créatifs débridés : les opérations polars avec comme cadeau le tablier de cuisine/boucher/serial killer, ou le bac à glaçons avec glaçons en forme de tête de mort.

Notre malle aux trésors recèle aussi d’affiches ; une excellente idée, lorsqu’il s’agit d’auteurs de bandes dessinées ou d’albums jeunesse, mais néanmoins plus difficile à caser lorsqu’il s’agit de littérature. Difficile de trouver un mur prêt à revêtir le trombinoscope de la rentrée littéraire par exemple…

Pour les marmots, on peut se targuer de leur offrir des tas de broutilles extrêmement stimulantes : des barrettes, des bracelets, des autocollants, des magnets, des décalcomanies, des carnets d’énigmes, des porte-clés-lampe-torche… de quoi faire pâlir d’envie les créatifs de Pif Gadget donc.

Saluons aussi le phénomène de réciprocité ; on vous offre des cadeaux, mais vous nous en faites aussi, bande de généreux clients. Et vous penchez pour votre part pour les nourritures terrestres. Nous recevons régulièrement des chocolats et autres friandises, rapport à notre âme d’enfant ; je pense à une cliente qui doit nous soupçonner d’être hypoglycémiques et qui nous offre Rocher Suchard sur Bounty. Certains nous apporte des gâteaux (hum… la tarte aux fraises d’Océane), ou le goûter. Et, pour le moins original, on nous a aussi offert du pâté maison. Dur de garder la ligne dans ce métier.

Dernière offrande en date : un savon. Vous pourrez me serrer la main en toute sérénité désormais.

7è ETAGE – Asa Grennvall

etage A 17/18 ans, Ava est une adolescente mal dans sa peau. Elle se cherche, ses relations avec ses parents semblent délicates, et à l’école son look gothique lui valait le rôle du vilain petit canard. Mais à cette rentrée scolaire, joie ! Dans l’école d’enseignement artistique qu’elle vient d’intégrer, elle trouve enfin l’école, l’ambiance qu’il lui faut. Les cours l’intéressent, les gens lui ressemblent, elle se fait de nouveaux amis et puis surtout… un nouveau copain. Nils, est un garçon séduisant et plein de charme. Bien vu par les profs, populaire auprès de ses camarades, idole des filles. Et figurez-vous que c’est Ava qu’il choisit. Tout est trop beau pour être vrai…

En fait, Ava vient de s’engager dans une relation infernale avec un pervers narcissique, relation dont cet album décortique parfaitement les mécanismes. 7è étage est une bd témoignage, un récit poignant et très bien mené, pour parler d’un sujet qui reste un sujet de préoccupation majeur. Il existe beaucoup de Nils, et ils n’habitent pas qu’en Suède. L’album bénéficie du soutien d’Amnesty International.

éditions L’agrume – 16 euros