ECLATS DE VOIX – Yves Hugues

eclatsLa Maison de la Radio est sous le choc : la fameuse « Rosalie de nuit » est retrouvée sans vie près du studio d’enregistrement.. Les suspects sont nombreux, ses collègues, les spectateurs des émissions de la journée, sans oublier les milliers d’auditeurs qui l’écoutaient chaque soir. Le tueur a pu passer à l’antenne lors de la dernière émission, a pu juste appeler et ne pas être selectionné pour discuter avec Rosalie ou encore juste écouter chaque soir l’emission dans l’anonymat.
Yann Gray, l’inspecteur chargé de l’enquête, a bien du mal à comprendre et élucider ce meurtre. Il découvre alors peu à peu le fonctionnement de la Maison de la radio, la vie professionnelle et intime de la victime. Et il va inévitablement s’intéresser au pouvoir que peut avoir une voix… Il rencontre alors des spécialistes de la diction, des cordes vocales, les mêmes que Rosalie avait consultés d’ailleurs. Ses pistes sont extrêmement minces, les suspects se font rares et le mobile du crime inexistant : une affaire délicate et surprenante puisque ce n’est pas une personne qui était visée, mais juste le timbre de sa voix…

L’enquête avance lentement, et pourtant les pages se tournent très vite. Les personnages nous sont d’emblée proches, et la construction du récit efficace. Entre un policier au flair puissant et une femme étranglée sans qu’aucune corde vocale ne soit effleurée, voici un polar parisien autour des sens fort réussi.

Editions Les Escales – 20,50 €

FUZZ & PLUCK – Ted Stearn

fuzz Fuzz, un ours en peluche maltraité et anxieux, a rencontré dans une poubelle Pluck, un poulet revêche et déplumé qui a échappé à l’abattoir : les voilà partis pour survivre dans un monde cruel, et leur itinéraire sinueux sera ponctué de rencontres détonnantes.
L’univers de Ted Stearn est un joyeux mélange d’imaginaire enfantin (les jouets sont doués de vie, les animaux parlent, Fuzz se déplace en tricycle) et de roman d’errance typiquement américain (on taille la route à coups de rencontres et de bagarres). Le ton et la trame de ce cartoon détourné vous entraîne, de rebondissements en rebondissements, dans un univers inattendu : il est impossible de deviner ce qui se passera à la page d’après… Du roman graphique picaresque pour amateur de comics underground!

Version orale, réalisée pour Fréquence plurielle : A’H 27 FEVRIER.mp3 – 6.6 MB

Cornélius (tome 1 20,50€ & tome 2 25,50€)

ALIAS ALI – frédéric Roux

ALI A personnage hors norme, il fallait un roman hors norme. Mais est-ce vraiment un roman que nous propose Frédéric Roux ? Oui, si on en croit l’information portée sur la couverture. En fait, c’est un véritable Ovni littéraire que cet Alias Ali, bouquin poids lourd de 898 grammes, sans un poil de graisse, qui par son style très particulier pique forcément la curiosité du lecteur. Imaginez un collage littéraire de 600 pages, fruit de centaines de témoignages d’individus (rarement plus de quelques lignes à chaque fois) qui a un moment ou à un autre ont cotoyé Clay/Ali.

De mon point de vue de lecteur, les bouquins expérimentaux ont souvent comme caractéristique d’être extrêmement chiants à lire. On admire le concept, on applaudit l’originalité de l’artiste, on lit 30 pages jusqu’au moment où ça coince (et ça finit toujours par coincer ) et on retourne au bouquin qu’on était en train de lire, moins original peut-être, mais dont on meurt de savoir la fin. Sauf que justement, pas cette fois.

Alias Ali se dévoré de bout en bout, pas comme la grande fresque dans laquelle on se plonge huit heures durant, plutôt dans une succession de courts rounds de lecture. Super bouquin de métro ou de pause-déjeuner ! Même si la succession des combats rythme le livre et en constitue l’ossature, pas la peine d’être un fanatique de boxe pour plonger, car l’aura d’Ali dépasse les limites du ring. Ali est l’icône d’une époque, l’Amérique des années 60 et le vecteur des conflits qui la traversent : guerre du Vietnam, lutte pour les droits civiques, montée du radicalisme noir…

Une fois le bouquin achevé, une question titille le lecteur : ces témoignages sont-ils tous réels, ou l’auteur a-t-il pris quelques libertés pour huiler la mécanique ? Finalement, quelle importance. Vous ne lirez jamais quelque chose qui ressemble à cela et vous le lirez avec plaisir. Faites l’effort d’être agréablement surpris, achetez Alias Ali.

Fayard – 22 euros.

RETOUR INDESIRABLE – Charles Lewinsky

gerron Qui se souvient de Kurt Gerron ? Acteur vedette de l’avant-guerre (il joua dans l’Ange Bleu avec Marlène Dietrich), réalisateur, il fut interné au camp de concentration de Theresienstadt, un camp où il retrouva un nombre important de personnalités du spectacle, des écrivains, des savants, des médecins de premier plan, tous déportés parce que juifs. Une vie culturelle intense existait, autorisée et contrôlée par les nazis qui voulaient travestir la réalité et faire du camp de Theresienstadt une vitrine « acceptable » du sort qu’ils réservaient à la population juive. La réalité était bien sûr toute autre : la faim, la surpopulation, les mauvais traitements et les humiliations étaient la norme, les conditions de vie étaient terribles.

A l’occasion d’une visite de la Croix-Rouge, les nazis entreprirent la construction d’équipements fantômes, firent soudain apparaître sur les tables de « restaurants » construits pour l’occasion des plats dont les déportés de Theresienstadt avaient oublié depuis longtemps le goût. La fable fonctionna si bien que le commandant du camp entreprit de faire tourner un film de propagande qui devait être projeté dans les pays neutres. Le Fürher offre un ville aux Juifs en était le titre. Kurt Gerron fut forcé d’en assurer la réalisation. Il fut déporté à Auschwitz avec sa femme dès les derniers plans bouclés et gazé dès son arrivée. Voici pour les faits historiques.

Charles Le insky s’inscrit dans ce cadre historique, dans un récit écrit à la première personne, dont Kurt Gerron est le narrateur. Peut-on s’emparer d’un personnage historique pour en faire un personnage de fiction ? Quelle part de liberté prendre avec la vérité historique ? Le vieux débat reste ouvert. Il faut reconnaître que le récit fonctionne ici admirablement. Lewinsky nous retrace la vie de Gerron, depuis l’enfance, avec l’épisode décisif de la première guerre mondial où il fut blessé et qui décida en bonne partie de la suite de sa vie. On sent chez l’auteur une vraie empathie pour le personnage, rendu il est vrai extrêmement attachant. C’est un récit poignant, une grande fresque humaine que signe l’auteur de Melnitz, avec la figure singulière de Kurt Gerron, éternel cabotin, comédien né, aussi fragile intérieurement qu’il pouvait être physiquement imposant.

Traduit de l’allemand par Léa Marcou

Grasset – 22.90 euros.

LE MASSACRE – Simon Hureau

LIMUL Voici une histoire qui conjugue aventure et mystère et qui nous entraîne dans les années 30, au cœur de la jungle cambodgienne ! Tout commence pourtant près de chez nous, à Tours, dans une petite salle des ventes. La vente du jour est consacrée à des souvenirs coloniaux : trophées de chasse, bestioles empaillées. Une vente planplan, rien qui sorte vraiment de l’ordinaire. Jusqu’au moment où, pour une paire de cornes de bovin bien poussiéreuse, deux enchérisseurs jusque là silencieux vont se déchaîner. Celui qui emporte le morceau au terme d’enchères folles est le mystérieux LIMUL GOMA, un collectionneur aussi richissime que farfelu, qui s’intéresse avant tout à la valeur historique des objets qu’il convoite. Qu’est ce que ces cornes ont de si spécial pour déchaîner de telles passions ? Pourquoi le très vieil homme qui abattit l’animal s’accuse-t-il de la mort de plus d’un million de personnes ? Impossible d’en dire plus sans déflorer l’intrigue de ce très chouette album, dont l’intrigue mêle faits historiques et pure invention. Les personnages, tous bien campés, ont beaucoup de caractère tandis que le dessin , riche et plein de couleurs rappelle un peu celui d’Adèle Blanc-Sec. Bref, un pur bonheur de lecture.

La boîte à bulles – 14 euros

A QUOI REVE CRUSOE ? – Florence Delaporte

crusoéMia et Thor vivent en Australie. Chaque jour, ils sont témoins de scènes racistes envers les aborigènes. Alors quand Mia sympathise avec Crusoé, et l’aide après les cours à la bibliothèque pour lui faire rattraper son retard, elle n’en parle à personne, même pas à son frère jumeau. Thor ne pourrait pas comprendre cette amitié, surtout qu’il traîne avec une bande peu recommandable qui oblige chaque nouveau à une sorte de bizutage contre les aborigènes; et pour se faire accepter, il serait prêt à tout…
Depuis peu, les jumeaux font des rêves prémonitoires étranges autour de leur maison. Pourquoi voient-ils leur maison inondée ou détruite ? Pourquoi les deux frères et soeurs s’ignorent-ils la journée et affrontent-ils la nuit les catastrophes ensemble ? Et surtout comment expliquer l’absence de Crusoé depuis une semaine… Mia est vraiment inquiète !

Entre quête initiatique, premier amour, phénomène paranormal, énigme…, voici un roman passionnant, d’une grande richesse puiqu’en une centaine de pages, l’auteur réussit de manière remarquable à aborder de grands thèmes et à faire réfléchir le lecteur.

Editions du Rouergue – 8,10 €
collection DacOdac – dès 11-12 ans