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LES HUIT MONTAGNES – PAOLO COGNETTI

Prenons de la hauteur et partons vers sommets enneigés avec le nouveau roman de Paolo Cognetti, « Les Huit montagnes » aux Editions Stock.

Souvenez-vous, P. Cognetti, c’est le « Garçon sauvage », roman sorti en 2016 qui nous emmène au milieu des arbres et des montagnes. Récit poétique sur la nature et le processus d’écriture, ce texte vient d’ailleurs de sortir en poche (aux Editions 10-18).

Dans « Les Huit Montagnes », l’auteur démontre à nouveau qu’il sait mieux que personne raconter ses Alpes italiennes mais aussi les autres sommets terrestres. Alors qu’une solitude volontaire imprégnait son premier roman, Cognetti ouvre cette fois-ci son récit à d’autres personnages. Pietro, le narrateur, jeune garçon de la ville, découvre les pentes alpines au côté d’un camarade de jeux, Bruno, qui, lui, y est né et ne les a jamais quittées. On retrouve aussi un père, homme central du roman, partagé entre son amour pour la montagne et ses obligations citadines. Tiraillement qui rejaillit sur les relations familiales. Ces relations sont d’ailleurs à l’image du lieu qui les entourent : généreuses mais aussi froides et silencieuses. 

Cognetti signe un roman où l’intime (sûrement autobiographique) se mêle à l’universel, où la Nature est grande et l’homme petit. Ce texte est une véritable invitation poétique à une longue méditation et réflexion sur la montagne et la place que l’homme doit y prendre.

A lire et relire !

traduit de l’italien par Anita Rochedy

Stock – 21.50 euros

 

 

traversée en eau claire dans une piscine peinte en noir – cookie mueller

« On aurait tant aimé la connaître« . C’est ce que dit la quatrième de couverture du bouquin et c’est aussi la conclusion qu’on tire, une fois refermé ce récit autobiographique qu’on aura dévoré d’une traite.

Actrice du réalisateur John Waters, photographiée à maintes reprises par Nan Goldin, voisine de palier de Janis Joplin, Cookie Mueller fut une figure du New-York underground des années 70 et 80, bien oubliée aujourd’hui.   Une personne très attachante -cela transparaît à chaque page- et une très bonne raconteuse d’histoires. Jeune femme pleine d’énergie, de finesse, de drôlerie et pas mal trash aussi, Cookie Mueller fait dans ce bouquin le récit d’une quinzaine d’expériences personnelles trop dingues pour avoir été totalement inventées ou s’être réellement déroulées telles quelles ! Rencontres improbables, voyages catastrophes, tournages déjantés… Elle garde la tête haute dans l’adversité, et toujours une sorte de détachement amusé même quand la situation part en vrille, c’est à dire souvent.

Traversée en eau claire…  c’est le témoignage irrésistiblement drôle d’une jeune femme hors normes, qui a vécu intensément et a parfois payé cette liberté au prix fort.

Traduit de l’anglais (E.U.A) par Romaric Vinnet-Kammerer

Finitude – 17 euros

YELLOW CAB – BENOIT COHEN

Dans le but de  se documenter pour un projet de film, le réalisateur français Benoît Cohen, New-Yorkais d’adoption passe et obtient sa licence de taxi.

Gros étonnement de la part du personnel de l’école de taxis, car cela fait quelques décennies que l’école n’avait pas accueilli un candidat français. Il faut préciser que taximan est considéré comme l’un des pires jobs que puisse offrir la Grosse Pomme ! Une première étape obligée dans le rêve américain pour de nombreux émigrants de fraîche date, pauvres et qui parfois parlent à peine l’anglais.

Cela donne un récit entre work in progress (on voit le projet de film évoluer, se préciser de page en page et c’est franchement intéressant) et journal de bord qui déborde de vie et fourmille d’anecdotes. Je ne sais pas si le projet de film de Benoît Cohen se concrétisera prochainement, mais il nous offre dans l’attente un récit en tous points passionnant dont je vous conseille très vivement la lecture.

Flammarion – 18 euros

LE LIVRE DE LA MER – MORTEN A. STROKSNES

Le narrateur et son ami Hugo, peintre installé dans l’archipel des Lofoten au nord de la Norvège et navigateur aguerri, partagent un projet pour le moins original : capturer depuis leur bateau pneumatique  un requin du Groenland, une grosse bêbête qui fait facilement ses 4 ou 5 mètres et peut vivre jusqu’à quatre siècles !

Si on fait fi de l’intérêt écologique discutable qu’il y a à aller chatouiller une bestiole assez âgée pour avoir pu grignoter les fesses de nos arrière-arrière-arrière-grands-parents (à supposer qu’ils fussent marins ou assez aventuriers pour s’aventurer si loin), on se trouve face à un récit passionnant, souvent érudit et jamais dépourvu d’humour. Histoire des Lofoten, récits de pêche et de navigation, légendes maritimes, biologie maritime, promenade dans les abysses, anecdotes sur quotidien des pêcheurs…  le récit de Morten A. Stroksnes nous emmène dans toutes les directions pour notre plus grand plaisir. Un seul petit reproche : l’absence de carte et de carnet photos qui auraient rendu cette balade aux Lofoten encore plus attrayante !

Traduit du norvégien par Alain Gnaedig

Gallimard – 21.50 euros

VAGABONDS DE LA VIE – JIM TULLY

tullyNous avons reçu en mai dernier Ted Conover à l’occasion de la parution en français du récit qu’il consacra dans les années 1980 aux « derniers hobos ». (voir les détails ici). Avec « Vagabonds de la vie », l’autobiographie de Jim Tully, nous faisons un bond de huit décennies dans le passé, et nous voici en 1901. Jim a une quinzaine d’années et il vient de quitter l’orphelinat pour l’usine où une vie pas tellement folichonne l’attend. Le gamin en a tout à fait conscience et il a  la ferme intention de quitter ce « maudit patelin ». La rencontre avec un jeune vagabond du rail va lui donner l’impulsion nécessaire… et le voilà parti « brûler le dur ». Une vie dure et intense pour un gamin d’à peine 15 ans qui doit très vite apprendre l’art de la débrouille.

L’ aventure  durera six ans et Jim la racontera une vingtaine d’années plus tard, dans ce récit considéré à juste titre comme un classique du genre. Galères, rencontres et anecdotes de la vie du rail sont rapportées en une trentaine de courts chapitres qui se dévorent littéralement. Et ce qui est assez bluffant, c’est que la narration n’a pas pris une ride ! A lire de toute urgence…

traduit de l’anglais (E.U.A) par Thierry Beauchamp

Les éditions du Sonneur – 18 euros