ARTS ET ESSAIS

Voici une liste non exhaustive et totalement subjective de ce qui nous a plu, remué, intéressé ce mois-ci, au fil et au gré de nos lectures. Pour voir ce qui nous a secoué les mois d’avant, c’est pas compliqué, il vous suffit d’aller farfouiller dans les archives…

Forms of Japan – Michael Kenna / Inde – Steve McCurry

indeForms of Japan Michael Kenna engl von Yvonne Meyer-Lohr

 

Les amoureux de l’Asie et de la photographie ne manqueront pas la sortie quasi simultanée de deux ouvrages magnifiques, que l’on doit à deux artistes de grand talent aux styles très différents.

Michael Kenna, dont la spécialité est la photographie de paysages en noir et blanc, nous offre un somptueux album sur le Japon. La technique de Kenna, l’attention qu’il porte au moindre détail, conviennent particulièrement bien au sujet et font de cet album un objet superbe, résolument zen.

Steve McCurry est photo reporter, peut-être le plus fameux de sa profession. Ses photographies en couleurs, dans la tradition du reportage documentaire, sont connues dans le monde entier : la fameuse photo de la jeune afghane aux yeux verts, c’est lui. Inde propose une sélection d’une centaine de photographies de ce grand pays, essentiellement prises dans le Rajasthan, mais également au Bengale et dans d’autres Etats. Vous y trouverez des portraits et également des scènes de rue d’une rare beauté.

Forms of Japan (en anglais) – éditions Prestel – 68 euros

Inde – éditions Phaïdon – 49.95 euros

 

Encaisser ! – Marlène Benquet / Un séjour en france – Bérengère Lepetit

ENCAISSERDeux livres très intéressants viennent de paraître, qui nous parlent chacun à leur manière de l’entreprise et des conditions de travail.

Le premier, Encaisser !  est le passage en poche de l’essai que consacre Marlène Benquet au monde de la grande distribution à travers l’étude qu’elle a menée pendant plusieurs années au sein de l’un des principaux acteurs du secteur. Encaisser est un ouvrage de sociologie  qui se nourrit d’une expérience personnelle. Marlène Benquet a travaillé plusieurs mois incognito comme caissière. Plus tard, sans dissimuler son identité, elle a également effectué des stages au siège du distributeur et au sein de la section du principal syndicat représenté dans l’enseigne.

L’objectif de la chercheuse était d’étudier l’impact des modifications de la structure capitalistique de l’enseigne (passage d’un entrepreneuriat familial à un capitalisme financier) et des changements induits dans l’identité et les valeurs du groupe sur les modes de management, les relations entre les différentes strates de l’entreprise et à l’intérieur de chacune de ces strates. C’est une enquête extrêmement fouillée et passionnante qui pousse loin l’analyse, et à ce titre bien plus intéressante qu’un énième coup de gueule sur le monde impitoyable de la grande distribution. On en recommandera en particulier la lecture aux étudiants d’écoles de commerce ou de management.

SEJOURLe deuxième livre, Un séjour en France, prend la forme d’un témoignage. L’auteur, journaliste au Parisien s’est faite embaucher début 2015 chez un industriel breton de l’agro-alimentaire.  Quinze jours passés à emballer des poulets dans des caisses et à partager le quotidien de femmes travaillant ici depuis un an, dix ans, sans réelles perspectives que de parvenir au bout d’une journée de travail aliénante pour enfin commencer à vivre. Un témoignage plein d’empathie et sans aucune condescendance.

Encaisser ! enquête en immersion dans la grande distribution – La Découverte – 11.50 euros (édition poche)

Un séjour en France chronique d’une immersion – Plein Jour – 17 euros

 

DES GUIDES HORS DES SENTIERS BATTUS

shekhawatiAvec ce beau soleil qui nous incite à aller voir ailleurs, nous attirons votre attention sur une collection de guides aussi originale qu’intéressante. Les cartes des architectures discrètes, c’est le nom de cette collection, abordent les lieux à travers les particularités architecturales qui font l’intérêt d’un endroit. Ouvrages collectifs conçus par des architectes, ces guides ne s’adressent pas à des spécialistes mais visent un large public curieux.

Deux guides sont d’ores et déjà disponibles sur Shanghai et le Shekhawati. Le guide sur Shanghai est consacré aux maisons traditionnelles, qui comme ailleurs en Chine, sont menacées par une modernisation galopante. Il nous dévoile 20 sites traditionnels de la cité chinoise.

Le guide sur le Shekhawati est d’autant plus intéressant qu’il n’existe pas énormément de littérature touristique sur cette très belle partie du Rajasthan, située à l’écart des principaux itinéraires touristiques. Une région particulièrement aride où la maîtrise de la conservation et de la distribution de l’eau revêtent une importance fondamentale. Les habitants ont ainsi développé un savoir-faire particulier que cet ouvrage nous permet d’apprécier en nous guidant à travers 20 sites particulièrement remarquables.

Un troisième guide devrait être publié prochainement, qui sera consacré à Barcelone et ses marchés. Chaque guide est en vente au prix de 15 euros.

 

LE MEILLEUR POUR MON ENFANT – Guillemette Faure

meilleur pour mon enfantJe suis honnête, les seuls ouvrages de psychologie et d’éducation pour enfants que j’ai lus sont J’ai tout essayé et Il me cherche d’Isabelle Filliozat. C’étaient les premiers livres que je trouvais à la fois intéressants, non culpabilisants et apportant de précieux conseils concrets.

Les Arènes viennent de publier un livre qui m’a interpellé : le titre « Le meilleur pour mon enfant », le sous-titre « la méthode des parents qui ne lisent pas de livres d’éducation », une couverture jaune assez flash et un dessin signé Marc Boutavant !

Première réaction : pourquoi pas ! Conclusion : j’ai même lu des chapitres qui ne m’intéressaient pas de prime abord ! Instructif sans être donneur de leçons, intéressant dans la démarche car l’auteur mêle des expériences de parents à des analyses de spécialistes, facile d’accès grâce à une maquette aérée et surtout au côté synthétique et clair des réflexions de l’auteur.

Bref, 14 problématiques abordées bien sélectionnées (les repas, les punitions, l’autonomie, les écrans…) qui répondent aux principales interrogations des parents.

Editions Les Arènes – 19,90 €

 

TRAITE DE MIAMOLOGIE – Stephan Lagorce, Eric Fénot, Delphine Brunet & Rémi Wyart

Un livre de cuisine original, pour les novices, les curieux, les perfectionnistes et ceux qui veulent avoir réponse à tout...
Un livre de cuisine original, pour les novices, les curieux, les perfectionnistes et ceux qui veulent avoir réponse à tout…

La revue culinaire 180°C, qui sort son 5ème numéro en avril, se lance dans l’édition. Une excellente idée, vu le ton décalé, le graphisme léché et l’approche originale de la cuisine. Mais comment se démarquer dans un rayon qui décline à l’infini les mêmes recettes ? Ils ont décidé non pas de vous donner le mode d’emploi d’une préparation, mais de vous expliquer pourquoi on fait ainsi. Si vous êtes comme moi, une piètre cuisinière qui en plus estime qu’elle peut prendre quelques libertés avec ces modes d’emploi totalitaires que sont les recettes de cuisine, voilà le graal. Enfin je vais comprendre pourquoi on me demande de couper les carottes en brunoise (et accessoirement découvrir ce qu’est la brunoise), pourquoi le risotto se cuit en versant louche par louche le bouillon. Et effectivement, ce principe pédagogique de base, expliquer un geste, c’est en comprendre le sens et donc l’assimiler, fait des merveilles sur les têtes de mule et autres esprits hermétiques à l’impératif catégorique (encore moi).

L’ouvrage s’adresse à tous, néophytes ou spécialistes ; la première partie théorique explique les principes de découpe, de cuisson et d’assaisonnement, et la seconde vous donne des recettes (3 niveaux de compétences tout de même), avec l’explication des gestes. C’est bien écrit, drôle, et je me lance dans la recette de la page 148 dès samedi. Je vous dirai si de nets progrès ont été constatés par les convives…

Thermostat 6 – 25€

Pari tenu ! J’ai fait la blanquette !

WP_000841

 

LA POESIE DU GERONDIF – Jean-Pierre Minaudier

gerondif Qui eut cru qu’un livre traitant exclusivement de la grammaire pût être si drôle, si inventif et si passionnant à la fois ? Inutile d’être un fanatique du Grévisse pour se plonger avec délectation dans l’ouvrage de Jean-Pierre Minaudier. Un peu de curiosité suffit pour accompagner l’auteur dans ce tour du monde linguistique aussi dépaysant que riche d’enseignements, qui nous en dit long sur les langues, bien sûr, mais aussi et surtout sur les hommes et les femmes qui les parlent.

Son addiction aux grammaires exotiques conduit Jean-Pierre Minaudier à traquer dans les moindres recoins de l’internet les ouvrages les plus improbables. Il est ainsi l’heureux propriétaire d’une bibliothèque comptant 1163 ouvrages à la dernière recension. Plus la grammaire est complexe et différente de la nôtre, plus Jean-Pierre Minardier est conquis, car ce qui l’intéresse avant tout, c’est la découverte de l’autre, la manière dont la construction de la langue influe influe sur la structure mentale de ceux qui les parlent… à moins que ce ne soit l’inverse. La grammaire est donc, aussi, du point de vue défendu par l’auteur, un humanisme. Excellent !

Editions Le tripode – 14,70 euros

VIES ET MORT DE VINCE TAYLOR – Fabrice Gaignault

VINCE Trouble et charismatique, celui qui avait tout pour devenir un nouvel Elvis termina son existence dans la déchéance la plus absolue. Brian Maurice Holden alias Vince Taylor est l’archétype de ces loosers magnifiques, chanteurs météorites qui connurent une chute aussi brutale que leur ascension parut irrésistible.

Dans ce récit impeccable, Fabrice Gaignault nous fait revivre l’itinéraire de celui qu’il qualifie d' »Antonin Artaud du rock ». Un livre à recommander à ceux et celles que fascinent les destins hors norme, sans qu’ils soient nécessairement lecteurs assidus de littérature rock. Très vivant et documenté sans abreuver le lecteur de références le livre privilégie le romanesque et évite l’écueil du bouquin pour spécialistes.

Au-delà de l’interprète et de l’auteur (on doit à Vince Taylor Brand New Cadillac, reprise par le Clash sur le mythique London Calling), Fabrice Gaignault s’intéresse surtout à l’homme qui se cache derrière Vince Taylor, ce jeune anglais grandi en Californie qui choisit la France comme terre d’élection parce qu’à l’instar de César il préférait être le premier dans un village qu’un second couteau à Rome. (Niveau Rock, la France du début des années 60 n’a pas tellement changé depuis la Gaule d’Assurancetourix).

Pris en main par Eddy Barclay qui voulut un temps en faire le rival de Johnny, Vince Taylor sera ensuite vite écarté par les producteurs comme par les patrons de salle en raison de son caractère ingérable et de la tournure extrêmement violente que prenaient ses concerts. La gloire dura donc deux ans, et précéda une dégringolade inexorable, rythmée par des come-backs de plus en plus improbables et pathétiques.

Un excellent bouquin, chaudement recommandé.

éditions Fayard – 18 euros

PARADIS (AVANT LIQUIDATION) – Julien Blanc-Gras

paradisLa république des Kiribati, archipel du bout du monde (après la Nouvelle-Zélande, prendre la deuxième à gauche) s’est signalée à notre connaissance en étant le premier état du monde à fêter l’entrée dans le 21è siècle. Elle a également le triste privilège d’être le premier pays à être menacé par l’engloutissement dû au réchauffement climatique. C’est pourquoi Julien Blanc-Gras a souhaité visiter sans tarder ce confetti de l’autre bout du monde. Cela nous vaut un récit de voyage qui se joue agréablement des lois du genre, constamment drôle sans jamais être cynique. Excellente lecture à emporter sur la plage, que vous rendiez aux îles Kiribati ou ailleurs. Attention toutefois, la mer monte !

Editions Au diable Vauvert – 17 euros

C’EST CHIC – Nile Rodgers

CHIC Guitariste et fondateur du groupe Chic puis producteur à succès d’artistes aussi divers que Diana Ross, Madonna ou David Bowie, Nile Rodgers a toujours vécu et continue à vivre pour la musique. Il nous livre ici une autobiographie saisissante qui se lit comme un roman, tant la vie du gars est trépidante.

Le premier tiers du bouquin est consacré à l’enfance de Nile, qui naît dans les années 50 dans un milieu familial pas spécialement équilibrant. Maman et beau-papa sont tous les deux solidement accrochés à la poudre et mènent une vie de barreau de chaise. Peu de pathos pour autant dans ces pages, Niles Rodgers n’aura jamais à subir de mauvais traitements, l’amour parental est très présent même si définitivement hors norme. Balloté d’une côte à l’autre, de New-York à la Californie, élevé tour à tour par deux grands-mères très différentes l’une de l’autre, il vit une enfance heureuse et s’ouvre tôt à la musique, pour laquelle il a de très bonnes dispositions, seul héritage laissé par un paternel qui meurt à la trentaine (toxico lui aussi) et qu’il aura très peu connu.

Suit ensuite l’aventure de Chic, narrée à grands renforts d’anecdotes, souvent très marrantes. L’ambiance festive est très bien rendue, la montée en puissance du groupe également jusqu’au moment où le disco cesse définitivement d’être cool, et où Chic n’a plus la cote. Nile Rodgers a visiblement eu du mal à avaler cette phase de « disco bashing ». Il saura rebondir dans la production, et là encore, il n’est pas avares d’histoires édifiantes. Il réussit par exemple à rester très copain avec Madonna après avoir bossé pour elle, ce qui constitue un authentique exploit. Accroché à la fois à la poudre et à l’alcool, le gars Nile tire un peu trop sur la ficelle et est à deux doigts d’y passer, subissant le même sort funeste que son complice Bernard Edwards, co-fondateur de Chic. Optant pour une vie plus saine à la suite d’une très sérieuse attaque, il continue d’oeuvre en tant que musicien et producteur.

J’avais ouvert le livre de Nile Rodgers surtout par curiosité, n’étant fan ni de Chic ni du disco en général, mais je me suis surpris à le lire avec beaucoup d’intérêt et de plaisir. Le bouquin est très habilement écrit, c’est plein d’humour et de sensibilité, bref, tout à fait recommandable.

Traduit de l’angolais (E.U.A) par Anne-Laure Paulmont et Fred Collay

Editions Rue Fromentin – 20 euros

HOLLYWOOD BABYLONE – Kenneth Anger

hollywood babyloneConnaissiez-vous les déboires sentimentaux de Charlie Chaplin ? L’affaire Arbuckle, le gros rigolo des films muets ? Les détails de l’histoire de Frances Farmer, la comédienne qu’on enferma à l’asile ? D’où sortait le code Hays ? Saviez-vous qui est Louella Parsons, l’échotière intouchable d’Hollywood ? Comment Lupe Velez, la bombe latino des années 20, rata dans les grandes largeurs son suicide ? Et les dessous des procès de Mary Astor, de Lana Turner ? A la lecture d‘Hollywood Babylone, vous en apprendrez des vertes et des pas mûres sur les coulisses de la cité du cinéma des années 10 aux années 60. Kenneth Anger porte un regard critique mais fasciné sur ce monde de monstres. Entre art de l’illusion, liberté de ton et désillusion violente, les coulisses d’Hollywood sont un puits sans fond de fictions dérangeantes.

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Gwilym Tonnerre.

Tristram – 11,95 €