NOS COUPS DE COEUR

Voici une liste non exhaustive et totalement subjective de ce qui nous a plu, remué, intéressé ce mois-ci, au fil et au gré de nos lectures. Pour voir ce qui nous a secoué les mois d’avant, c’est pas compliqué, il vous suffit d’aller farfouiller dans les archives…

MERCY MARY PATTY – LOLA LAFON

En 1974, Patricia Hearst, petit-fille d’une grande personnalité de la presse, est enlevée contre une rançon par un groupe de révolutionnaires marxistes. Contre toute attente, la jeune fille se rallie à leur cause de manière radicale. L’Amérique entière est émue par cet événement et tous pensent que la jeune femme est une victime manipulée.
Gene Neveva, une femme au caractère fort, est chargée d’étudier l’épais dossier de Patricia pour sa défense lors de son procès. Elle dispose pour cela d’une courte période qu’elle décide de passer dans un cabinet d’avocat du Sud-Ouest de la France. Elle y recrute une assistante, Violaine, une jeune femme timide de l’âge de Patricia . Ensemble elles vont éplucher le dossier truffé de témoignages écrits, de photos publiées dans les journaux et de messages enregistrés par Patricia Hearst. Elles y plongent à corps perdu pendant deux semaines afin de déterminer la véritable volonté et la personnalité de Patty.

Ce roman à multiples points de vue déroute le lecteur par sa forme. La narratrice nous interpelle et nous implique directement. Lola Lafon y questionne la possibilité de faire des choix radicaux, à l’encontre d’un destin lisse et tout tracé.
Les trois personnages de Patricia, Gene et Violaine se rencontrent, se mêlent, et chacune verra sa vie bouleversée par cette actualité brûlante.
Politique, résolument féministe, Mercy Mary Patty est un livre profond dont on ne ressort pas indemne.

Editions Actes Sud – 19.80€

DENALI – patrice gain

A cette période de l’été où les libraires sont plongés dans la lecture de la rentrée  littéraire qui bientôt pointe son nez et où tout livre de plus de deux mois fait figure d’incunable, je me suis attardé sur le roman de Patrice Gain dont la superbe couverture (une mouche mais perso cela évoque plutôt la coiffe de chef indien) me faisait de l’œil depuis quelques temps.

La couverture et la curiosité aussi, car ce roman qui convoque les images les plus emblématiques du nature writing est écrit par un Français. Or un auteur français  qui nous parle de l’Amérique, cela donne souvent des résultats intéressants : il suffit de penser à Frédéric Roux, Tanguy Viel sans remonter aux plus  anciens.

La langue, la construction du récit et l’épaisseur du personnage principal m’ont plu de bout en bout dans cette histoire de délitement familial où un ado, Matt, voit son univers s’écrouler à la suite de la disparition de son père en montagne. Denali est un récit sombre, qui mêle avec un bonheur certain des genres différents : nature writing mais aussi roman noir, drame social et roman d’apprentissage. Denali nous rappelle, avec sa personnalité propre, Sukkwan Island, l’ inoubliable premier roman de David Vann et c’est un sacré compliment.

Le mot et le reste – 21 euros

DANS LES EAUX DU GRAND NORD – IAN MCGUIRE

Patrick Sumner est un ancien chirurgien militaire, rongé par son passé. Avec la volonté de fuir son ancienne vie en Inde, il décide de se faire médecin à bord du baleinier anglais, le « Volunteer ». Il espère trouver à bord une vie rude mais éloignée de tous ses soucis.
A bord de ce navire se trouve également Henry Drax: harponneur brutal mais respecté par ses pairs. Alcoolique, Drax est un homme cruel dirigé par ses pulsions qui n’est capable d’aucune empathie.

Appâté par le gain, avec une volonté féroce de tuer le peu de baleines qu’il reste alors en Arctique, l’équipage du baleinier doit remonter toujours plus au nord, dans les eaux glaciales et imprévisibles.
Des rumeurs circulent, le capitaine porterait la poisse et on se demande qui a bien pu s’en prendre à un jeune mousse. Les catastrophes se succèdent et Sumner doit se rendre à l’évidence: ce n’est pas sur le « Volunteer » qu’il trouvera la paix tant espérée.

A mi-chemin entre le roman noir et l’épopée maritime, « Dans les eaux du Grand Nord » nous plonge dans un récit sombre et brutal. Chaque personnage est animé par la haine, la cruauté ou un passé douloureux et l’environnement glacial renforce l’aspect cauchemardesque de ce voyage. Cette ambiance polaire et sordide est décrite à merveille par Ian McGuire qui réussit le pari de nous faire frissonner en plein mois de Juillet.

Traduit de l’anglais par Laurent Bury.

Editions 10-18 – 17.90€

 

INDIAN PSYCHO – arun krishnan

Faites connaissance avec Arjun Clarkson, le serial killer le plus sympa depuis Dexter ! Mis à part son accent indubitablement indien et qu’il n’assume pas (un petit complexe qui sera lourd de conséquences ), Arjun est parfaitement intégré à la société étatsunienne : une véritable incarnation du rêve américain à lui tout seul! Médiaplanneur pour une agence spécialisée dans la communication numérique avec un salaire à six chiffres, « l’indien préféré du patron » est un employé modèle. Ce qui ne l’empêche pas de supprimer une ex-collègue et de  se lancer sans trop de remords dans une vaste entreprise de dégommage pour couvrir les traces de ce premier homicide commis à l’occasion d’un léger cafouillage. Le résultat inattendu de ces meurtres à répétition dont les victimes semblent sélectionnées sur la base de leur profil MyFace est de faire vaciller sur ses bases le tout puissant numéro 1 des réseaux sociaux.

Thriller très marrant et franchement original, Indian Psycho est aussi une critique en règle des réseaux sociaux et de ceux/celles (nous tous ?) qui s’affichent plus beaux que nature dans ce miroir aux alouettes. Pour les amateurs de thriller, mais pas que.

Traduit de l’anglais (Inde) par Marthe Picard

Editions Asphalte – 22 euros

BELLE MAISON – Anaïs Brunet

Une évocation de la douceur estivale : vive les vacances !

Comme chaque année, Noufou et Lise viennent dans leur maison de vacances, au bord de la mer : ils reprennent leurs habitudes estivales dans cette belle demeure, sous le regard bienveillant de la narratrice. Mais qui raconte l’histoire ?

Belle maison est un album à l’atmosphère délicate et ensoleillée qui a le parfum des vacances, des siestes à l’ombre et des serviettes de plage pleines de sable… Il évoque ce temps suspendu de l’enfance et des vacances avec d’éblouissantes illustrations à la gouache peuplées de poissons, d’oiseaux, de fleurs, qui font écho aux motifs géométriques décoratifs de la maison. Au milieu, ces deux enfants, laissés à eux-mêmes dans cette demeure, ce royaume rempli de poésie et de douceur. Un avant-goût des vacances bienvenu !

Sarbacane – 15,50 €

CALPURNIA, suivie de CALPURNIA & TRAVIS – Jacqueline Kelly

Calpurnia commence par se passionner pour le monde végétal…
…puis s’intéresse au monde animal !

Calpurnia, qui déteste son prénom, appelez-la Callie, grandit au Texas, entourée de sa famille, une tribu de frères où elle est la seule fille, le tout mené à la baguette par leur mère. Leur père possède une plantation de coton. De son laboratoire, Bon-Papa, grand-père passionné de sciences naturelles, mais assez étranger aux intrigues familiales, émerge parfois. Nous sommes en 1900, et bien qu’elle soit une fille, destinée aux leçons de piano et à la couture, Callie n’a rien d’une petite fille modèle, et encore moins docile. Curieuse et vive, elle prend goût à l’étude scientifique avec Bon-Papa, lit Darwin et s’épanouit loin des sentiers battus… Dans le deuxième volume qui vient de paraître, Calpurnia & Travis, le feuilleton continue : Travis, le benjamin de la famille au coeur tendre, tente d’apprivoiser bon nombre d’animaux sauvages (ce qui est l’occasion pour Callie de faire de l’observation scientifique ), une tempête frappe le Texas et une cousine vient s’installer chez eux, tandis que Callie réfléchit sérieusement à son avenir.

Avec ses faux airs de Petite maison dans la prairie (on imagine sans peine le petit village et les personnages vêtus de cotonnades…), cette série est un délicieux feuilleton avec un personnage fort, intelligent, et curieux. Jacqueline Kelly décrit avec autant de vivacité l’éveil intellectuel de Callie que les multiples rebondissements de cette chronique d’une famille nombreuse. Une série prometteuse et addictive !

Calpurnia, traduit de l’anglais (U.S.A.) par Diane Ménard – 8,80 €

Calpurnia & Travis, traduit de l’anglais (U.S.A.) par Dominique Kugler – 18,50 €

L’école des Loisirs

SILENCE RADIO – ALICE OSEMAN

Frances est une jeune fille solitaire et discrète, qui ne vit presque que pour ses études :  elle est dans les premiers de sa classe et aussi représentante des élèves. Depuis son plus jeune âge, elle rêve d’intégrer la prestigieuse faculté de Cambridge. Derrière la façade de fille sérieuse et parfaite, Frances est aussi une jeune fille passionnée par le dessin, qui apprécie les tenues excentriques,  et qui suit avec avidité, Universe City, une web série diffusée sur Youtube. Mais Frances n’a jamais osé se montrer telle qu’elle est, de peur de se faire rejeter.

Un jour, elle reçoit un mail de la part du créateur de Universe City, Silence Radio. Il a vu les dessins qu’elle a faits de la série et lui demande d’en devenir l’illustratrice. La jeune fille n’en revient pas. Le soir même, Frances se retrouve en boîte de nuit avec des amis et rencontre Aled, son voisin d’en face, un garçon timide et discret. Frances découvre, par hasard, que ce dernier n’est autre que Silence Radio, l’auteur de la série qu’elle adore. Elle décide alors de le raccompagner chez lui et de lui demander quelques explications …

Un roman très touchant sur la quête identité. En apprenant à se connaître davantage, Frances va s’épanouir, grandir et assumer toutes les facettes de sa personnalité. Une histoire pleine de réflexions, sur nos choix et nos envies, qui aborde des thématiques actuelles, comme le harcèlement scolaire, la différence ou l’exclusion.

Dès 13 ans

Traduit de l’anglais par Anne Guitton

Nathan – 16.95 €

HOTEL DU GRAND CERF – Franz Bartelt

Vertigo Kulbertus est une sorte  d’Ignatius Reilly a qui on aurait eu l’idée saugrenue de refiler une carte de la Police Nationale. Comme le héros de La conjuration des imbéciles, il s’avance précédé d’un estomac  considérable, qu’expliquent un appétit et une pépie  hors du commun. A l’instar de son cousin américain, Vertigo Kulbertus a une assez haute opinion de sa « petite » personne, opinion pas forcément injustifiée car l’efficacité des méthodes qu’il déploie est à la hauteur de leur originalité. Si vous cherchez un roman noir classique, passez votre chemin. En revanche, si vous êtes ouvert à l’originalité, ce petit bijou d’humour noir est une petite pépite qui mérité toute votre attention, d’autant que l’intrigue est solide et ménage le suspense. Auteur prolifique (plus de 40 romans au compteur), Franz Bartelt peut compter sur un public fidèle. A la lecture de Hôtel du Grand Cerf, on comprend bien pourquoi.

Le seuil – 20 euros

 

UNE SOEUR – Bastien Vivès

Une subtile évocation de l’adolescence.

Comme chaque été, Antoine, 13 ans, son petit frère et ses parents se rendent dans leur maison de vacances au bord de la mer : pendant le trajet en voiture, les parents évoquent une amie qui vient de faire une fausse couche. Elle va passer quelques jours avec eux, accompagnée sa fille de 16 ans, Hélène. Celle-ci va troubler les habitudes des garçons, et surtout Antoine.

Le récit est à hauteur de ses personnages, qui naviguent entre enfance et adolescence, entre dessins, puzzles, baignade, et soirées en bande, alcool et jeux de séduction. Le ton trouvé par Bastien Vivès est juste, et ses personnages délicats : ni vulgarité, ni naïveté, mais bien une forme de vérité, et de grâce. Hélène et Antoine échappent aux clichés de l’adolescence et du premier amour, et portent un récit tout en subtilité.

Casterman – 20 €

 

JACK LE TÉMÉRAIRE / BEN HATKE

Les vacances d’été approchent à grands pas, toutefois Jack doit rester à la maison pour s’occuper de sa petite sœur Maddy. Ce n’est pas toujours facile, car Maddy ne dit pas un mot, elle est très renfermée, et leur mère travaille du matin au soir pour arriver à joindre les deux bouts. Un jour de marché, Jack et Maddy s’arrêtent au stand d’un individu étrange qui essaie de leur vendre des objets surprenants. L’homme leur fait une ultime proposition : en échange des clefs de la voiture familiale, il leur offre une mallette remplie de graines mystérieuses qui attire irrépressiblement Maddy. Elle pousse Jack à acheter ces graines et celui-ci subit la colère de sa mère. Le lendemain matin, Maddy est déjà dehors pour planter ces mystérieuses graines quand Jack se lève. Pendant plusieurs jours, ils vont aménager le jardin sous le regard intrigué de leur voisine Lilly qui ne va pas tarder à leur proposer son aide. C’est alors que le jardin se transforme en une jungle sauvage peuplée de drôles de créatures …

L’auteur de Zita, la fille de l’espace revient avec une toute nouvelle série : un univers riche, des personnages charismatiques et ce qu’il faut de rebondissements pour nous tenir en haleine jusqu’au bout.

Dès 9 ans.

Traduit de l’anglais par Fanny Soubiran

Rue de Sèvres / 12.50 €