NOS COUPS DE COEUR

Voici une liste non exhaustive et totalement subjective de ce qui nous a plu, remué, intéressé ce mois-ci, au fil et au gré de nos lectures. Pour voir ce qui nous a secoué les mois d’avant, c’est pas compliqué, il vous suffit d’aller farfouiller dans les archives…

EMMA ET LE LIVRE OUBLIE – MECHTHILD GLÄSER

Pour cette nouvelle année scolaire, Emma 16 ans, décide de créer un club de lecture dans la petite bibliothèque abandonnée de son pensionnat en Bavière.
Avec Charlotte et Hannah, elles ont la ferme intention de remettre cette pièce en ordre pour en faire leur petit cocon.
Pendant le grand ménage, Emma découvre dans la trappe secrète d’une commode, un vieux livre mystérieux qui semble raconter des épisodes historiques de l’internat. Décidant de le conserver et d’y écrire à son tour l’histoire quotidienne de son école, elle découvrira très vite que ce livre renferme un pouvoir immense et peut être dangereux.

Emma et le livre oublié est un roman fantastique à l’ambiance très travaillée. Vous adorerez vous balader avec Emma dans ce vieux pensionnat au parquet qui craque, aux portes qui grincent et dont les livres sont recouverts de poussière. Cet internat, construit sur le site d’une ancienne chapelle en ruine regorge sans doute de mystères et de légendes qui sauront intriguer les lecteurs et lectrices les plus curieux.

Les personnages sont également très attachants: Emma et ses amies sont pleines de caractère et de malice et Darcy, jeune noble renfermé à la recherche de sa sœur disparue, est aussi un personnage qui ne manque pas de relief.

Avec son intrigue bien ficelée, ce roman plaira sans doute aux amateurs et amatrices d’histoires fantastiques et de fantômes.

A lire avec la lumière allumée dès 12 ans!

Traduit de l’allemand par Mathilde Ray
Chez Fleurus – 16.90€

HORS PISTE – SOPHIE ADRIANSEN

Marion a 14 ans. Ses parents l’ont inscrite, comme tous les ans, à une colo de ski. Mais en bonne adolescente, elle rechigne à y aller. Parce qu’elle préférerait rester avec ses copines, préparer la fête qui aura lieu à son retour et où elle reverra Grégory et où elle pourra peut-être le reconquérir. Et surtout parce que pendant cette semaine de colonie-punition, les téléphones portables sont interdits et qu’en plus d’être tenue à distance de ses copines du collège, elle sera également tenue à distance des derniers potins.
Premier jour : elle observe ses co-détenus, ignorant ce que cette semaine va lui apporter. Les jours suivants, allant de surprise en surprise, Marion finit par arrêter de bouder et par apprécier ses vacances. Et même se dire que la semaine est trop vite passée !

Quel bonheur de retrouver le personnage de Marion ! Nous l’avions laissée amoureuse à la fin des Grandes Jambes, on la retrouve à l’âge des premières fois, toujours aussi drôle et maladroite. Touchante et juste, grâce aux mots de Sophie Adriansen.

Cerise sur le gâteau : dans ce roman, il est aussi question de la folie meurtrière des extrémistes et des attentats et pour en parler, l’auteur passe par les chansons. Je vous invite à aller faire un tour sur la Play list du livre !  Un autre roman de Sophie Adriansen est sorti chez Nathan ce mois-ci aussi. Beaucoup moins léger, il s’intitule Lise et les hirondelles et met en scène une jeune fille juive dont la famille va être déportée en 1942 lors de la rafle du Vél d’Hiv.

Éditions Slalom – 10.90 euros

TIME RIDERS – Alex Scarrow

Article rédigé par Samuel, super stagiaire.

Time Riders est un livre écrit par Alex Scarrow. Il nous raconte l’histoire de Liam O’Conor, Maddy Carter et Sal Vikram. Leur particularité ? Le premier aurait du mourir en mer en 1912, la seconde en avion en 2010 et la troisième dans un incendie en 2026. Mais à la dernière seconde ils furent tous les trois sauvés par un même homme. Celui-ci les recruta dans une mystérieuse organisation dont l’objectif est d’empêcher que des voyageurs venus du futur modifient le passé.

Leur nom ? Les Time Riders.

Time Riders un livre très intéressant qui ravira tous les fans de science fiction ou ceux qui veulent découvrir ce genre. Avec des personnages attachants et une histoire faisant voyager à travers les différentes époques vous ne vous ennuierez pas en le lisant. Même si ses 500 pages peuvent faire peur, Time Riders se lit facilement et est accessible à tous ceux qui aiment lire. Bref, un excellent livre qui vous donnera envie de lire la suite.

Pocket Jeunesse – 8,20€ (9 tomes parus).

LE DOSSIER HANDLE – DAVID MOITET

Chapitre 1 : Thomas Handle, 15 ans, se cache dans le jardin de ses parents. Il est aux abois.
Quelques heures plus tôt, alors qu’il dînait avec ses parents dans le silence épais qui témoigne des relations que l’adolescent entretient avec eux, deux hommes en costume-cravate genre Men in Black ont frappé à leur porte. Dans ce bled paumé du Montana, les visites impromptues sont rares. Les visiteurs, soit-disant policiers, sont là pour Thomas. Ils lui ont demandé de décliner son identité, sa mère a répondu pour lui « et c’est là  que tout s’est mis à partir en vrille. »  L’un des hommes a sorti une arme et a tiré à bout portant sur la mère, a assassiné froidement le père et s’adressant à Thomas, a décrété : « Toi, tu viens avec nous ».
Voilà pour la scène d’ouverture de ce roman policier magistral. Thomas a réussi à fausser compagnie à ses ravisseurs. Il n’a aucune idée de ce que ces hommes lui veulent mais sait qu’ils sont dangereux. On comprendra aisément que dans ce contexte, le jeune Handle hésite avant d’aller voir la police. On ne s’étonnera pas non plus qu’il obtienne de l’aide de personnages plus inattendus les uns que les autres : une pensionnaire de maison de retraite, un policier gras, bedonnant, dépressif et placardisé et son ancien partenaire devenu tétraplégique.

Les chapitres sont courts, les phrases hâchées, allant à l’essentiel, droit au but. Le lecteur se retrouve malgré lui otage du narrateur, face à son désarroi et à l’urgence de sa situation. Dans un style incisif et percutant, David Moitet prend un malin plaisir à distiller les informations. Il abat ses cartes une à une et les bat à nouveau, brouillant les pistes. 250 pages de suspense à dévorer, des heures de lecture tenu en haleine et autant d’heures à « refaire le match ».

Avant de se consacrer à l’écriture, David Moitet était professeur d’EPS. Nul doute qu’il était bon en endurance, sans pour autant faillir lors du sprint final.

Éditions Didier Jeunesse  – 15 euros

L’été circulaire – Marion Brunet

Il y a le Midi, le soleil et  les cigales mais on ne trouvera aucune image d’Epinal et bien peu de douceur dans le beau et sombre roman de Marion Brunet.

Roman social, roman noir, l’été circulaire c’est l’histoire de deux frangines, Céline et Jo, qui traînent leur adolescence dans le lotissement d’une petite ville du Midi. Deux frangines qui aimeraient bien que leur vie commence enfin, qui voudraient y croire mais craignent de passer à côté à l’instar de leurs parents qui à 40 ans ont déjà lâché l’affaire. Des parents qui sans doute les aiment, mais les aiment mal.

Quand est révélée  la grossesse de Céline , dès les premières pages du roman, la violence de père, Manuel,  se déchaîne. La « trahison » de Céline, sa fille magnifique, son unique objet de fierté, le renvoie à un sentiment d’échec insupportable. D’autant que malgré les coups, Céline refuse de divulguer le nom du père de l’enfant.

Par l’histoire, celle de deux gamines trop vite grandies,  L été circulaire fait penser  à D’acier de l’italienne Sylvia Avallone et est tout aussi réussi. Par son écriture précise et efficace, sa description sans artifices psychologiques et sans condescendance  du désarroi des petits blancs du sud, le roman m’apparaît un peu comme le cousin européen de cette famille  de grands écrivains américains qui ont su décrire le quotidien des laissés pour compte : Woodrell, Offutt, D. R Pollock ou Frank Bill. Le roman de Marion Brunet ne souffre  pas de cette comparaison. C’est dire tout le bien que j’en pense.

Albin Michel – 18 euros

L’HOMME GRIBOUILLE – Serge Lehman & Frederik Peeters

homme gribouillé serge lehman frederik peeters
Il pleut, il mouille, c’est la fête à la gribouille…

Betty Couvreur est éditrice ; à 40 ans, elle vit dans l’ombre de sa mère, Maud, autrice de livres d’enfant à succès. La troisième génération s’appelle Clara, et partage avec son aïeule un goût et un talent pour les histoires. Betty souffre au contraire de crises d’aphasie, qui lui coupent totalement la parole. Tandis que des pluies diluviennes inondent Paris, Maud fait un AVC, et sombre dans le coma. Un homme hirsute et menaçant s’introduit chez elle et tombe sur Clara : il lui réclame une enveloppe. Betty et Clara vont chercher à découvrir qui est cet homme et que cache le passé mystérieux de Maud.

Avec cet excellent récit fantastique, Serge Lehman (dont la bibliographie riche et variée est à explorer de toute urgence : La Brigade chimérique, L’homme truqué, L’oeil de la nuit, entre autres…) vous emmène vite et loin. Avec des images fortes, des dérapages inattendus, des ralentis qui s’attardent sur les caractères des personnages, la narration est particulièrement surprenante. On glisse dans le fantastique, sans s’en rendre compte… Le dessin de Peeters est quant à lui toujours aussi charnu et vivant. En voilà une excellente lecture pour commencer la rentrée BD.

Delcourt – 30€

FACE AU VENT – JIM LYNCH

Une famille haute en couleurs, des situations cocasses, des personnages attachants : pas de doute, il y a du John Irving dans ce roman de Jim Lynch (on pense en particulier à L’hôtel New Hampshire). L’auteur s’y entend à ficeler une histoire qui nous embarque immédiatement : normal, pour un roman situé dans le  milieu de la voile (et plus précisément dans celui de la construction nautique). Pas besoin cependant d’être un navigateur aguerri pour suivre la famille Johannssen dans ses tribulations et plonger dans la lecture de ce roman tour à tour drôle et émouvant. Face au vent offre à tous un vrai plaisir de lecture et d’évasion.

Traduit de l’anglais (E.U.A) par Jean Esch

Gallmeister – 23.20 euros

LE MANOIR – EVELYNE BRISOU-PELLEN

Par Perrine, stagiaire aux Buveurs d’encre.

Cinq ans d’attente récompensées : la saga du Manoir est enfin en poche !

A la sortie de l’hôpital Liam se retrouve dans une maison de convalescence , un vieux manoir pour le moins étrange. Certains pensionnaires ont un comportement mystérieux, les règles de vie sont intrigantes et l’environnement plutôt inquiétant. Liam n’a plus qu’une idée en tête : s’enfuir et retourner chez lui. Lorsque Cléa arrive, il essaye de se lier d’amitié avec cette jeune fille, mais celle-ci semble traumatisée par une cause inconnue au jeune garçon. Liam décide d’aider Cléa à se libérer de ses peurs, ce qui va l’amener à découvrir les secrets de ce mystérieux manoir.

Une série (en cours de publication, avec 9 volumes à son actif!) de livres drôle, pleine de suspense sans être inquiétante pour autant. Pleine de références et de personnages historiques, des héros attachants, une histoire surprenante et originale, la saga a tout d’un grand best-seller!
Sortie du tome 2 pour la Saint Valentin.

Bayard – 7,90€

LE TRAQUET KURDE – JEAN ROLIN

Qu’y a-t’il de commun entre T. E. Lawrence, St. John Philby, W. Thesiger ou encore R. Meinertzhagen ? Plusieurs choses. Ils sont tout d’abord britanniques, ont vécu au début du XXe siècle marqué par l’impérialisme de leur pays. Ils sont aussi militaires et ont passé beaucoup de temps en Afrique et au Moyen-Orient. Mais surtout ils sont férus d’ornithologie. Fracasser des crânes et observer de petits oiseaux faisaient donc bon ménage à cette époque et il y avait même une course à l’observation et à « la cueillette » d’oiseaux rares.
Quelques décennies plus tard notre narrateur part sur les traces de ces hommes. Du musée de Tring dans le Hertfordshire où sont basées les collections ornithologiques du British Museum aux confins des montagnes irakiennes,

Mais aussi improbable et intéressant que soit ce duo militaro-aviaire, il n’est ici qu’un prétexte pour Jean Rolin et lui permet de dérouler une grande fresque du Moyen Orient. De l’installation du Royaume Ibn Saoud qui débouchera sur l’Arabie Saoudite actuelle, à la bataille rangée que se livrent kurdes, djihadistes et autres factions dans les montagnes du nord de l’Irak, il revient sur plus d’un siècle de turbulences dans cette région.

A la poursuite du Traquet kurde, espèce rare observée pour la première fois en France il y a quelques années, on se rend compte que cette migration ressemble à celle de beaucoup d’autres. Ou comment un petit oiseau devient le symbole d’un monde détraqué.

P.O.L. – 15€

L’ENVERS DE L’ÉPERON – MICHEL BERNANOS

publié chez L’arbre Vengeur, 17€

Un petit bourgeois un peu couard se fait gifler par Joaquim pour son comportement insupportable. Touché dans son orgueil, le jeune lâche rapporte les faits à son père qui demande immédiatement à son tueur attitré de réparer cet affront. Le tueur, c’est Nicontina, le frère de Joaquim. Un homme efficace et droit dans ses bottes . Bien que sa cible se trouve être son propre frère, Nicontina est déterminé à mener sa tâche jusqu’au bout. S’entame alors une course-poursuite mortelle dans la nature impitoyable du Brésil.

Cette nature, cette jungle, est un personnage à part entière du roman et plus précisément de l’oeuvre de Michel Bernanos. Elle est dure, implacable, lourde de sa présence, complètement imprévisible.
L’auteur, marqué par son adolescence au Brésil, rapporte cette ambiance avec une précision incroyable, nous plonge au cœur de cette jungle épaisse comme si nous y étions. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’il est difficile de ressortir indemne des romans de Michel Bernanos.

Paru pour la première fois  vingt ans après le suicide de l’auteur en 1964, « L’envers de l’éperon » est le deuxième volet de la tétralogie de « La montagne morte de la vie ». Il s’inscrit dans la droite lignée de l’univers sombre et envoûtant de Michel Bernanos.
Même s’il a été écrit il y a plus de 50 ans, ce roman n’a pas pris une ride!

L’arbre vengeur- 17€