N comme… NOTULE

Et applique-toi, petit sagouin. Quoique le terme ressemble méchamment à du jargon médical, je ne vais pas vous faire un exposé sur la perte de souplesse du genou chez le libraire de plus de 40 ans, non, je vais vous causer des petits mots, alias coups de cœur, alias petites notes de lectures, alias notules. C'est une apprentie qui a gentiment ajouter ce mot à mon vocabulaire, je ne vais pas m'en priver ; un libraire écrit des notules, un libraire est un notulateur. C'est une pratique très répandue chez le libraire d'apposer son commentaire sur la couverture d'un ouvrage apprécié (quoique certains libraires méprisent la chose, préférant l’improvisation perpétuelle ; mais ces vieux renards ont en général des décennies d’expérience, ce qui n’est pas mon cas); la notule a dès lors plusieurs fonctions, antisèche pour libraires en mal d'inspiration pour conseiller un client, incitation à la débauche pour clients timides qui n'osent pas demander à quel saint se vouer... et cela permet au libraire de la ramener, même quand on lui a rien demandé, ou qu'il est aphone. Sur la question technique, chaque librairie développe son savoir-faire. Certains libraires apposent un bandeau standardisé « lu & approuvé », qui a l’avantage de faire de belles tables harmonieuses, d'autres se fendent d'un texte en prose, tapuscrit ou manuscrit. Les Buveurs d'encre ont opté pour l'artisanat, avec le carton orange découpé plus ou moins droit et le texte écrit à la main. A nos clients d'exercer ensuite leurs talents d'épigraphistes, parfois mis à rude épreuve. Et vous appréciez en général ce petit mot personnalisé, et nous vous en remercions, parce que l'exercice est loin d'être évident ; comment être concis et alléchant…

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N comme… NEUVIEME ART

Ces arts, toujours à se taper dessus pour être le premier.Le « neuvième art » c’est l’expression banale mais pompeuse pour désigner la bande dessinée, ou bd, pour les intimes fan d’acronymes. En général on connaît aussi le septième art, mais je vous mets au défi de retrouver les autres, sachant que ça va jusqu’à onze. Ce n’est pas très malin de faire un classement des arts, même si c’est une idée d’Hegel à l’origine ; ce qui est encore plus tartignole c’est de continuer à numéroter les nouveaux venus dans le sérail très select des beaux-arts. Alors donc par ordre d’apparition (et d’importance) : architecture, sculpture, peinture, musique et poésie pour l’époque hégélienne, sur le sixième, c’est pas bien clair, peut-être bien le théâtre ou la photo, le septième, c’est le cinéma, le huitième, la télévision (ou alors le théâtre ou encore la photo), le neuvième, c’est sûr, c’est la bande dessinée, le dixième, ça devient compliqué, les prétendants au titre étant le jeu vidéo, le jeu de rôles, et le modélisme ferroviaire. Quant au onzième, ce serait l’art numérique ou le multimédia. Encore une preuve que quand Hegel n’est pas là, ça devient n’importe quoi ; on se croirait au turf, avec les outsiders et les moutons à cinq pattes qui essaient tant bien que mal de se faire une place sur le podium. Donc la bande dessinée c’est entre la télé et le modélisme ferroviaire. En même temps, ça conforte une certaine idée de la bande dessinée, un truc de petits garçons, un divertissement sympa. Ouais ; va falloir passer par un autre bord pour la légitimation intellectuelle… Car si la bande dessinée est utilisée à toutes les…

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N comme… NOUVEAUTE

"Virgile, t'as lu le dernier Musso ?" Ce bon vieux livre, objet archaïque qui plus est, aime à se faire beau et neuf pour garder vos faveurs. Chaque semaine apporte donc son lot de nouveautés. Du neuf, du nerf, du neuf, du nerf semble être le leitmotiv des shadoks de l’édition : pour vous donner une idée, en 2007, 75 385 livres ont été publiés, dont 37 326 nouveautés, soit 717,8 par semaine. A côté, le prêt-à-porter et ses quatre collections par an, c’est petit joueur. Mais l’édition emprunte aux chiffonniers quelques éléments, comme la saisonnalité. Vous pensiez les sphères intellectuelles au-dessus du pragmatisme marchand, et la littérature loin des lois du marché ? que nenni. Il y a en édition la collection Rentrée littéraire d’automne, la collection Rentrée littéraire de janvier, au printemps le lâché de best-sellers estivaux, et bien sûr le temps fort de la saison reste le défilé des prix littéraires. Pas toujours aussi glamour que la haute - couture et ses mannequins aspergeoformes, mais le cœur y est. Le problème est donc de soutenir ce rythme, et de pomper pour pondre de nouveaux titres, puisque chaque saison chasse l’autre, et que les tables de librairie se transforment plus vite que Lynda Carter dans Wonder Woman. Le plus triste dans cette affaire de nouveauté (c’est amusant comme expression « la nouveauté », j’ai l’impression derrière un comptoir d’un magasin d’articles de Paris), c’est que ce neuf est bien bref. Au bout de six mois, c’est déjà de la vieille nouveauté (si si j’insiste sur l’oxymore). Une parenthèse donc pour rappeler que les libraires au cœur pur font des efforts pour ne pas se laisser séduire par les charges…

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