VENEZ NOMBREUX – David Gauthier et Marie Caudry

venez nombreuxLe plus vivant des fantômes s’ennuie. Bouh ! Quel triste sort ! Pour organiser une grande surprise-partie et vivre enfin un moment extraordinaire, il va parcourir de drôles de mondes et inviter de curieux amis : le plus moche des beaux, le plus maigre des sumos, la plus tendre des brutes, le plus dur à cuire des oeufs… Ils le suivent tous et montent à bord de son train fantôme… Et ils ne seront pas déçus !
Ce très bel album tout en rimes porte sur des thèmes tels que la différence, la tolérence, le respect. Charmant, coloré, riche en détails, il est à conseiller à tous les enfants dès 6 ans.
N’oubliez pas de consulter les pages de garde pour vous repérer dans ce grand voyage.
Albin Michel Jeunesse – 12,90 €

SOUVENEZ-VOUS DE MOI – Richard Price

souvenez vousNew York, un quartier, un bar, des employés, une agression, des flics. L’action est resserrée dans le temps et les lieux : on suit les protagonistes depuis le matin précédent l’agression jusqu’au jour de la résolution de l’affaire, soit une douzaine de jours après. C’est vif et dialogué comme un bon film ou une de ces excellentes séries policières américaines : oui, Richard Price est scénariste, et pas l’un des moindres, et il sait mettre ce don au service de ses romans. Les séquences d’interrogatoires au commissariat sont tout bonnement grandioses. Au-delà de la description mécanique policière, les personnages ont une vraie densité, chacun réagissant à l’explosion de violence à sa manière. Richard Price juxtapose les situations des familles de la victime et du coupable, les réactions opposées des deux témoins, les intuitions différentes des flics. Pas d’universalisme donc, mais un kaléidoscope nerveux qui réussit à rendre compte des nombreuses dimensions d’un fait divers, dans ce quartier de New York en pleine mutation qu’est le Lower East Side. De l’excellent polar newyorkais, de ceux qui vous imprègnent longtemps.

Traduit de l’anglais par (Etats-Unis) Jacques Martinache

Presses de la cité – 21,50€

A lire aussi, parce que cet auteur mérite bien qu’on s’y attarde, Le Samaritain (10/18, 10 €), l’histoire d’un raconteur d’histoires, un scénariste, à qui il arrive une triste histoire, une agression. Le sujet ressemble à Souvenez-vous de moi, l’irruption de la violence, et l’on retrouve son sens consommé du dialogue et de la construction, et comme d’habitude, Richard Price saisit le lecteur et ne lui laisse pas la possibilité de refermer le livre. Et quel génie des anecdotes, ces petites digressions qui approfondissent la psychologie d’un personnage ou le décor.

RITA ET MACHIN A PARIS – J.-P. Arrou-Vignod et O. Tallec

RITA PARISVous connaissez peut-être déjà la série ? Un petit format carré blanc ? Voici pour la première fois un « Rita et Machin » en grand format ! Les deux amis se rendent ici à la capitale et nous entraînent dans une grande visite des principaux monuments : la Tour Eiffel, Montmartre, le Louvre, etc. Machin laissera quelques traces et certains se souviendront longtemps de son passage… Pour ne pas vous perdre, ils vous offrent leur plan avec les sites visités, leurs souvenirs…
Un bel album à partir de 4 ans

Editions Gallimard Jeunesse – 13 €

LA POUDRE A PROUT DU PROFESSEUR SERAPHIN – Jo Nesbo

prout-1Bulle vient d’emménager Rue des canons, à Oslo. Ce petit personnage haut comme trois pommes, aux cheveux rouges adore deux choses : sa trompette et son livre Les animaux qu’on aurait préféré qu’ils n’existent pas. Il sympathise de suite avec Lise, sa petite voisine du même âge et avec le Professeur Séraphin, un savant fou. Le professeur vient de faire une petite révolution dans sa cave : il a mis au point une poudre à prout ! Les deux enfants vont réfléchir à son utilité et espèrent ainsi gagner une petite fortune. Mais la famille Morue n’est pas de cet avis et va tout faire pour leur voler cette trouvaille… Autre problème : deux créatures monstreuses se promènent dans les égouts de la ville…

C’est le premier roman jeunesse de Jo Nesbo, un auteur norvégien à succès, connu entre autres pour L’homme chauve-souris. Ce roman est drôle, joliment illustré, écrit à la manière d’un conte dont les ingrédients sont les suivants : des prouts, des jumeaux turbulents et insupportables, un anaconda, un rattus norvegicus, une cellule de la mort, une fête nationale…

Editions Bayard jeunesse – 12.90 €
(traduit du norvégien par Hélène Hervieu)

Idéal pour les 9-11 ans

X comme… X-SMALL

Is small beautiful ? Faut voir…

« Bon alors, quand est-ce que vous vous agrandissez ? ». Judicieuse question, qu’on s’est plus d’une fois posée, avant de conclure que l’urgence était de ne pas se précipiter. Pas question de déménager à Pétaouchnok pour gagner 35 mètres carrés, dans lesquels on se sentirait tout perdus, vu qu’on égarerait une bonne partie d’entre vous en route. Ne dites pas le contraire, je sais ce que c’est, j’ai personnellement rompu une relation fusionnelle avec un marchand de vin à la suite d’un bête déménagement. Bouger, oui, mais dans la bonne direction. C’est beau comme un slogan de l’UMP, non ?

Pas si simple, cependant. La prochaine fois que vous ferez vos courses avenue Secrétan, levez les yeux du caddie et vous constaterez que les locaux à louer ne sont pas légion, les commerçants qui les exploitent présents depuis de nombreuses années et jusqu’à preuve du contraire bien décidés à y rester. En plus, les locaux de grande taille sont la propriété d’enseignes nationales dont quelque chose me dit qu’elles sont à l’abri de l’OPA que pourrait lancer contre elles une librairie de quartier. Ajoutez à cela ma phobie des déménagements et une sainte horreur des travaux (la simple vue d’un pot de peinture et d’un pinceau me rend malade), et vous comprendrez que l’agrandissement n’est pas forcément pour demain.

Bien sûr que je ne cracherai pas sur 20 mètres carrés de plus, surtout si je pouvais les obtenir d’un claquement de doigts, ce qui est assez peu probable. Et puis, le grand et beau local pas cher et bien situé (la variante commerçant du CDI intéressant et bien payé avec plein d’avantages), cela ne se trouve pas sous les pieds d’un éditeur. Mais bon, imaginons qu’un plan pas trop éloigné de cette vision idyllique vienne à se dessiner… Et bien, la décision de bouger me semblerait moins évidente qu‘il y a, disons, trois ans. Pourquoi tant de pusillanimité ? vous entends-je objecter… D’autant que plus on est grand, plus on est rentable, non ?

Parce que les temps changent, chers amis, et m’est avis qu’on assiste aux prémices d’un bouleversement majeur en matière de consommation de biens culturels. Sans vouloir faire mon Alain Minc ou mon intéressant, je me vois contraint de vous infliger un brin de stratégie de comptoir, histoire de vous prouver que ma non-décision de bouger n’est pas motivée par une prédisposition regrettable à la procrastination (en tout cas pas seulement) mais consécutive à une réflexion longuement mûrie. Plusieurs facteurs conjugués font que demain, les librairies de petite taille (*) risquent d’être avantagées, par cette même taille qui aujourd’hui les pénalise :

1. La fameuse « dématérialisation du livre ». Même si dans un premier temps, cela va surtout intéresser quelques technophiles (les mêmes qui font la queue à minuit pour avoir le dernier modèle de portable) et les très gros lecteurs, il semble que les premiers e-books soient maintenant véritablement opérationnels. Si je peux éviter de partir en vacances d’été avec 18 bouquins comme en juillet dernier, c’est évident que je suis preneur. Mais bon, les nerds + les libraires, cela fait 1% de la population, maxi. L’offre limitée, s’étoffera, et ce n’est pas tant le roman qui est menacé que d’autres secteurs, en particulier le pratique, le tourisme, les bouquins de cuisine. Pour une raison super simple : le livre électronique apporte ici un vrai plus. Imaginez : vous partez en week-end à Budapest. Vous préférez quoi ? Un service accessible par votre mobile qui vous donne les bonnes adresses, vous guide pour y aller, vous donne les réactions des derniers visiteurs ou, pour le même prix voire plus cher, un guide du routard estampillé 2010 mais dont les infos datent de 3 ans ? il n’y a pas photo. Le guide de tourisme sous sa forme traditionnelle a du plomb dans l’aile, si vous voulez mon avis. Problème : si vous avez une grosse librairie, vous êtes obligé de « faire » du guide, du pratique, de la cuisine qui drainent chez vous des personnes qui fréquentent peu par ailleurs les librairies. Et qui vous achèteront en plus le best-seller qu’elles liront dans l’avion pour Budapest. Je schématise, mais c’est en gros l’idée. L’avantage, sur 40 ou 50 mètres carrés, c’est que vous pouvez ne faire que de la littérature, de la jeunesse, de la BD, genres a priori moins touchés par cette dématérialisation.

2. Le changement des habitudes de lecture et d’achat. Les jeunes lisent moins, en tout cas pas de la même manière. Ils préfèrent passer leur temps devant des consoles vidéos ou s’acheter de la drogue. On apprend plein de choses intéressantes sur leurs sales manies, dans le tout récent rapport sur les pratiques culturelles des français, édité à La Découverte. J’y reviendrai dès le prochain article posté sur ce blog (Y comme…) mais bon, je peux déjà vous dire que le résultat ne donne pas nécessairement envie de sabrer le champagne.

3. Un rejet des grosses machines. Les hypermarchés, les grands centres commerciaux, c’est terriblement 20ème siècle. Le moindre projet municipal aujourd’hui ne jure que par la proximité, l’échange. On est tous frères et on a terriblement envie d’échanger et de communiquer, sur le papier en tout cas. C’est particulièrement vrai à Paris, où on a quand même pas mal le fantasme de la vie de quartier (que je suis d’ailleurs le premier à partager). Les différents projets présentés dans le cadre de la prochaine réhabilitation du marché couvert Secrétan constituent une excellente illustration de cette tendance lourde.

Dématérialisation + nouvelles habitudes de lecture + envie de contact et de reconnaissance = devinez qui va morfler en premier ? Réponse : les GSS, Fnac et Virgin en tête, qui se trouvent en gros le cul entre deux chaises. Si j’avais des sous dans l’affaire, je me ferais aujourd’hui du souci :

1/ Ces GSS proposent une offre moins importante que celle d’Amazon; C’est ainsi du moins qu’elle est perçue par le public. Amazon propose en fait un catalogue. Si vous commandez un bouquin sur les meilleurs spots de ball-trap en Australie ou un truc du genre, Amazon le commande à l’éditeur, avant de vous le réexpédier. C’est le sens du fameux message « 1 à 3 semaines de livraison » pour ce qui sort de l’ordinaire.

2/ Ces mêmes GSS sont tellement sous-staffées que c’en est risible. Un(e) repré dont je tairai le nom m’a dit avoir vu, personnellement, une GSS de 130 à 150 m2 avec en tout une et une seule personne présente laissée seule pour affronter les clients (c’était à l’heure du déjeuner, pour rester honnête). La compétence des gens n’est même pas en cause, vous pouvez avoir Bernard Pivot ou Umberto Eco derrière le comptoir de vente, il aura du mal à dégager le temps nécessaire à un conseil personnalisé.

Au bout du bout, on en revient toujours à la théorie de ce bon vieux Charlie Darwin. Survivront les modes de distribution qui apporteront une valeur ajoutée à l’utilisateur. Amazon croîtra et sera demain le mode dominant de distribution, car le service offert répond à un besoin, plein de gens habitent loin de la première librairie, ont des horaires zarbis ou semblent décidés à ne plus bouger de chez eux (ce sont les même qui utilisent le service take-away des restos, pour moi des sortes d’extra-terrestres). Entre parenthèses, je trouve sympathiques les efforts faits par les libraires pour se doter d’un « portail internet commun de vente à distance » (vieux serpent de mer), mais il faut voir les choses en face.

Quand vous allez défier sur son terrain une société qui :

A) est arrivée la première sur le marché

B) dispose d’une très forte notoriété

C) maîtrise parfaitement le cœur de métier (ici, l’informatique, la statistique et la logistique pour Amazon. Ce n’est pas leur faire injure de dire qu’ils pourraient vendre avec la même efficacité des préservatifs ou des boites de petits pois

D) dispose d’une surface financière supérieure

… la conclusion est que vous allez vous faire rétamer sans que cela fasse un pli. Conseil : si un jour vous prend l’envie d’aller défier Mike Tyson, choisissez les petits chevaux plutôt que les gants de boxe. En d’autres termes, plutôt que s’épuiser dans une course perdue d’avance, les librairies de quartier ont davantage intérêt à développer leurs points forts (ou supposés tels) : conseil, proximité et réactivité. Ce qui n’exclut d’ailleurs pas l’usage de l’internet, mais un site marchand, permettez-moi de rigoler. Cela dit, il est tout à fait possible que je me plante complètement et que l’avenir appartienne aux GSS. Comme il n’est pas impossible qu’on redécouvre un jour les joies du minitel (qui coulera Amazon), du 78 tours et du mashed potatoes. Oui, je suis peut-être complètement à côté de la plaque, mais cette incertitude elle-même est source d’excitation. C’est quand même stimuilant de se dire que la seule chose dont on est sûrs, c’est que dans 5 ans, dans 10 ans, on n’exercera pas notre métier de la même manière.

 »(*) librairie naine est aujourd’hui perçu comme péjoratif »

LA FEMME INSECTE – Osamu Tezuka

femmeinsecte Osamu Tezuka est un formidable raconteur d’histoires et ce manga écrit au début des 70’s en apporte une nouvelle fois la preuve. Tezuka nous propose cette fois-ci un récit qui mêle les genres policier et fantastique et accommode à sa sauce le mythe de la mante religieuse. Pour les amateurs de littérature japonaise, dites-vous que c’est typiquement le genre d’histoire qu’on s’attendrait à trouver sous la plume d’Edogawa Ranpo ou de Matsumoto. L’héroïne du récit est la vénéneuse Toshiko Tomura, tour à tour comédienne reconnue, talentueuse designer, puis jeune romancière prodige lauréate à 23 ans du prix Akutagawa, le Goncourt japonais. Belle et particulièrement attirante, elle fait tomber dans ses rêts les pauvres créateurs, vole leurs créations, puis les rejette comme autant d’enveloppes vides avant de se chercher une nouvelle victime.
Le manga fait presque 400 pages et, comme toujours avec Tezuka, il est difficile de s’en extirper avant la fin. Alors, même si du point de vue formel de la construction, (composition des pages, enchaînement des cases, j’allais écrire « mouvements de caméra » tellement les bd de Tezuka peuvent s’apparenter à des story-boards ») ce n’est sans doute pas le Tezuka le plus extraordinaire (lire et/ou relire les 3 Adolf), c’est une très bonne occasion de découvrir le maître japonais pour qui ne l’a encore jamais lu. Et de grâce, faites l’effort d’aller au-delà de la première impression que peut causer le trait (j’aime/j’aime pas, en général j’aime pas). Parce que vraiment, cela vaut le coup.

Castrerman – 15 euros

ESTEBAN – Matthieu Bonhomme

estebanEnfin la suite! Nous avions laissé Esteban, ce jeune indien orphelin, engagé volontaire sur un baleinier du début du XXème, aux prises avec les glaces antarctiques. Dans les premiers tomes, Matthieu Bonhomme décrivait la vie à bord du baleinier, puis il nous embarquait dans une course poursuite en mer. Dans le troisièmen volet, Esteban et le reste de l’équipage vont devoir abandonner leur navire prisonnier dans les glaces et lutter contre le froid et la mer.

De l’aventure, de la mer et un très joli dessin : voilà de quoi ravir les jeunes amateurs de bandes dessinées. L’hommage à Melville, l’aspect documentaire (la pêche à la baleine, la fin de la marine à voile, la violente confrontation entre les blancs et les indiens de la Terre de feu), et l’impeccable scenario convaincront les parents d’embarquer… à partir de 8 ans.

Milan, 2 premiers tomes – 10 € & Dupuis 3ème tome 10,40 €

W comme… WATERPROOF

Mais bien sûr.

Il y a des panneaux dans lesquels on tombe malgré nos ambitions juvéniles et révolutionnaires, comme revêtir un jean slim, ou dans le cas du libraire, finir par causer de la météo à ses clients. Sûr qu’on a pas forcément le cerveau disponible pour une bonne analyse du dernier prix Nobel (avouons-le, inconnue au bataillon cette dame-là), et qu’on en vient à glisser vers des sentiers battus et rebattus, voire carrément des autoroutes, où l’on roule en toute tranquillité à coups de « bah oui, là c’est l’hiver c’est sûr », ou de « quel temps tout de même », et de « vivement l’été ». C’est comme un penchant naturel, une inclination qui vous pousse à regarder le ciel et à échanger avec vos semblables votre impuissance, traduite par des mots d’une banalité confondante mais irrépressible. Pas moyen d’y échapper, c’est une composante de l’âme humaine, un jour ou l’autre vous commenterez la météo. Mais prenons le débat (mais oui Michel Polac, je sens bien monter la polémique, tout à fait) d’un point de vue professionnel; qu’est-ce qui est préférable au libraire, la pluie ou le soleil ? quelle température, quel degré d’humidité, quelle quantité de précipitations augmentent la fréquentation en librairie ? Doit-il faire la danse de la pluie ou brûler de l’encens pour Phébus et Apollon ?

Hypothèse (basée sur une observation absolument pas scientifique de la chose, mais bon je ne désespère pas qu’un thésard inspiré nous ponde une étude comportementale du consommateur en fonction de l’hydrométrie, qui appuiera mon instinct) : quand il fait beau, le parisien (on va prendre le cas des Buveurs d’encre, librairie parisienne, ce qu’on connaît) a une franche tendance à partir en goguette. Résultat, on a moins de clients au printemps et en été. N’empêche qu’après s’être ruiné toute l’année dans un club de sport, il ne va tout de même pas jouer gratuitement au volant sur la plage, il est prié de lire sa petite pile de romans durement acquise pendant l’hiver.

Alors donc le libraire devrait maudire le beau temps comme son ennemi juré, qui vide son territoire de ses proies préférées ? d’une part, on a tous un instinct végétal, même le libraire, qui se verrait bien mettre un transat dans sa vitrine et cuire comme un rôti. Oubliez la légende du rat de bibliothèque et du bookworm photoallergiques. Oui je veux du soleil, c’est d’ailleurs pour cela que je maugrée en ce moment même à propos de la météo. Mais admettons que la pluie a certaines qualités indéniables : elle invite les gens à rester au sec, comme par exemple dans une librairie bien chauffée tout confort avec même un zeste de musique. Le temps de latence du client en magasin augmente sensiblement. On va espérer que ce n’est pas contre son gré, et qu’il profitera de ce rab pour faire la causette avec l’ami libraire, de livres ou de météo par exemple. Un taux élevé de précipitations a aussi pour conséquence d’améliorer la collection de parapluies de la librairie. Maintenant c’est formidable, on peut se choisir la taille, la couleur, le mécanisme qu’on préfère. Si les temps deviennent trop durs, on se lancera dans le recel.

Alors malgré l’instinct végétal, moi libraire je vénèrerai la pluie ? bah non, même pas. En partie parce que le livre, et la librairie ne sont pas waterproof. C’est toujours un crève-cœur de voir la librairie un lundi pluvieux tout juste lavée et toute belle être sale en 2s 30. A la fin d’un bon samedi de novembre bien trempé, on se demande toujours si un troupeau de Saint-Bernard sortant d’une avalanche n’aurait pas fait une halte dans le coin. Et le détail qui tue, c’est lorsqu’une averse violente a noyé le moteur du rideau de fer de la vitrine. Un concept plein d’avenir, le moteur de rideau extérieur pas imperméabilisé, surtout à Paris. Ah l’inégalable plaisir de remonter à la force des bras cette masse de ferraille défaillante. Un bon quart d’heure, voire plus, à maudire les cieux en espérant qu’il ne vont pas vous retomber sous la tête.

Et si vous y tenez, je vous parlerai une prochaine fois de la clim.

LA VIERGE FROIDE ET AUTRES RACONTARS – Tanquerelle & Bonneval, d’après Jorn Riel

vierge froideSi vous n’avez pas eu encore la chance de lire les nouvelles de Riel, voici une bonne occasion de pénétrer son étrange univers de trappeurs groenlandais. Et si vous êtes déjà familier, n’hésitez pas à redécouvrir ces nouvelles sous la forme dessinée : le travail d’adaptation et d’interprétation est très réussi. Chacun de ces chasseurs a une trogne, une silhouette et une démarche, et tout ce qu’il faut pour animer le grand Nord. Car on se ballade au Groenland, on rend visite aux copains, on taille une bavette, et on se raconte des histoires, desquelles se dégage une fantaisie et un humour tout danois, et donc exotique. De quoi se réchauffer pour le rude hiver qui nous attend.

Sarbacane – 23€

AUCUNE PHOTO NE PEUT RENDRE LA BEAUTE DE CE DECOR – Taroop & Glabel

aucune photo Reprenant totalement l’esprit du cultissime « Le Perche à l’aube du troisième millénaire » (Vincent Malone, éditions Tagaro !, 45 euros – 2003 *), ce petit livre carré vert pomme et assez laid est une source intarissable de gloussements et de ricanements. Le principe : passer la presse régionale au peigne fin et sélectionner de purs morceaux d’humour involontaire. Photos à l’intérêt contestable légendées à côté de la plaque, le résultat est hilarant, et appelle les professionnels de l’humour à une grande modestie, car les correspondants de presse placent parfois la barre assez haut. Les meilleures des quelques 200 extraits recensés ont quelque chose de non-sensique qui réjouira les aficionados de Glen Baxter.

Editions Semiose – 18 euros

(*) à moins que ce soit l’inverse, car il y a semble-t-il eu une première édition de ce petit livre; je n’ai pas retrouvé la date.