W comme… WATERPROOF

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Mais bien sûr.

Il y a des panneaux dans lesquels on tombe malgré nos ambitions juvéniles et révolutionnaires, comme revêtir un jean slim, ou dans le cas du libraire, finir par causer de la météo à ses clients. Sûr qu’on a pas forcément le cerveau disponible pour une bonne analyse du dernier prix Nobel (avouons-le, inconnue au bataillon cette dame-là), et qu’on en vient à glisser vers des sentiers battus et rebattus, voire carrément des autoroutes, où l’on roule en toute tranquillité à coups de « bah oui, là c’est l’hiver c’est sûr », ou de « quel temps tout de même », et de « vivement l’été ». C’est comme un penchant naturel, une inclination qui vous pousse à regarder le ciel et à échanger avec vos semblables votre impuissance, traduite par des mots d’une banalité confondante mais irrépressible. Pas moyen d’y échapper, c’est une composante de l’âme humaine, un jour ou l’autre vous commenterez la météo. Mais prenons le débat (mais oui Michel Polac, je sens bien monter la polémique, tout à fait) d’un point de vue professionnel; qu’est-ce qui est préférable au libraire, la pluie ou le soleil ? quelle température, quel degré d’humidité, quelle quantité de précipitations augmentent la fréquentation en librairie ? Doit-il faire la danse de la pluie ou brûler de l’encens pour Phébus et Apollon ?

Hypothèse (basée sur une observation absolument pas scientifique de la chose, mais bon je ne désespère pas qu’un thésard inspiré nous ponde une étude comportementale du consommateur en fonction de l’hydrométrie, qui appuiera mon instinct) : quand il fait beau, le parisien (on va prendre le cas des Buveurs d’encre, librairie parisienne, ce qu’on connaît) a une franche tendance à partir en goguette. Résultat, on a moins de clients au printemps et en été. N’empêche qu’après s’être ruiné toute l’année dans un club de sport, il ne va tout de même pas jouer gratuitement au volant sur la plage, il est prié de lire sa petite pile de romans durement acquise pendant l’hiver.

Alors donc le libraire devrait maudire le beau temps comme son ennemi juré, qui vide son territoire de ses proies préférées ? d’une part, on a tous un instinct végétal, même le libraire, qui se verrait bien mettre un transat dans sa vitrine et cuire comme un rôti. Oubliez la légende du rat de bibliothèque et du bookworm photoallergiques. Oui je veux du soleil, c’est d’ailleurs pour cela que je maugrée en ce moment même à propos de la météo. Mais admettons que la pluie a certaines qualités indéniables : elle invite les gens à rester au sec, comme par exemple dans une librairie bien chauffée tout confort avec même un zeste de musique. Le temps de latence du client en magasin augmente sensiblement. On va espérer que ce n’est pas contre son gré, et qu’il profitera de ce rab pour faire la causette avec l’ami libraire, de livres ou de météo par exemple. Un taux élevé de précipitations a aussi pour conséquence d’améliorer la collection de parapluies de la librairie. Maintenant c’est formidable, on peut se choisir la taille, la couleur, le mécanisme qu’on préfère. Si les temps deviennent trop durs, on se lancera dans le recel.

Alors malgré l’instinct végétal, moi libraire je vénèrerai la pluie ? bah non, même pas. En partie parce que le livre, et la librairie ne sont pas waterproof. C’est toujours un crève-cœur de voir la librairie un lundi pluvieux tout juste lavée et toute belle être sale en 2s 30. A la fin d’un bon samedi de novembre bien trempé, on se demande toujours si un troupeau de Saint-Bernard sortant d’une avalanche n’aurait pas fait une halte dans le coin. Et le détail qui tue, c’est lorsqu’une averse violente a noyé le moteur du rideau de fer de la vitrine. Un concept plein d’avenir, le moteur de rideau extérieur pas imperméabilisé, surtout à Paris. Ah l’inégalable plaisir de remonter à la force des bras cette masse de ferraille défaillante. Un bon quart d’heure, voire plus, à maudire les cieux en espérant qu’il ne vont pas vous retomber sous la tête.

Et si vous y tenez, je vous parlerai une prochaine fois de la clim.

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