MOMENT D’UN COUPLE – Nelly Alard

Partager sur facebook
Facebook

couple Prenons un couple stable, amoureux depuis longtemps… et perturbons ce bel équilibre en introduisant un troisième personnage, la maîtresse de l’homme. Sur ce canevas très classique, Nelly Alard tient la gageure de proposer un roman résolument original qui évite les clichés. Moment d’un couple se lit à la fois comme une fine analyse de la crise du sentiment amoureux et comme un «thriller amoureux» à l’issue incertaine.

Pourquoi le roman fonctionne-t-il aussi bien et accroche-t-il tant son lecteur ? Sans doute grâce à la qualité et à la densité du personnage principal, Juliette. Une femme attachante, lucide et combative, mais pas sans failles, qui gagne en complexité au fil des pages. Et également grâce au parti-pris de l’auteur de rapporter l’histoire sans avoir recours à la première personne (ce qui permet d’éviter les pièges du pathos et de l’introspection) ni à un narrateur omniscient qui nous dévoilerait l’envers des cartes.

On suit ains Juliette à la manière d’un ami proche et invisible, d’un témoin privilégié. Comme elle, on découvre petit à petit la terrible maîtresse, celle dont on ne veut même pas dire le nom ( Qui tient à affronter une femme qui se prénomme Victoire ?). Avec elle, on s’interroge sur les demi-vérités et les revirements d’Olivier. Le récit, servi par une écriture à la fois précise et élégante, ne se départit jamais d’un humour parfois assez noir, mais qui ne verse pas dans l’auto-apitoiement.

Certains commentateurs, qui veulent voir dans Moment d’un couple un roman à clef s’interrogent sur l’identité réelle de cette jeune élue socialiste aux dents longues et un tantinet borderline (franchement cinglée, dirait Juliette). A supposer qu’elle existe, l’intérêt de la devinette est assez limité car si l’histoire s’inscrit dans un contexte social très typé (une gauche parisienne intellectuelle libérale et éduquée pour faire court), les sentiments en jeu sont universels et parleront à chacun.

Le deuxième roman de Nelly Alard qui nous avait donné Le crieur de nuit (Gallimard) il y a deux ans se place ainsi parmi les très bons romans de cette rentrée française et bénéficie déjà d’un accueil très favorable de la part des critiques.

Editions Gallimard – 20 €

Pour poursuivre la lecture