LUCERO OU LA VIE FULGURANTE – Anibal Malvar

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Le nom de Federico Garcia Lorca résonne aujourd’hui bien au-delà du cercle des amateurs de poésie et de théâtre : la dimension historique et le destin tragique de l’homme ont pu faire passer l’œuvre au second plan. Donner envie de se plonger dans les écrits de Lorca n’est pas la moindre des qualités de Lucero ou la vie fulgurante, qui cependant  n’est pas une biographie romancée, prévient l’auteur. Des libertés ont été prises ? A vrai dire, peu importe ; plus qu’un roman sur Lorca poète et dramaturge, c’est un roman sur le cercle intime et familial de Lorca et sur l’Espagne de son temps dont il est question ici.

Les figures familiales, celle de la mère et du père en particulier, tiennent une place centrale dans ce roman qui se déroule entièrement ou presque à Grenade, ville où Lorca naquit, grandit et qui fut le théâtre de son assassinat. Les séjours à Madrid et en Argentine du poète  sont rapportés par des interviews, des coupures de presse qui permettent aussi de saisir le contexte politique et intellectuel de l’époque. Une époque rude : l’Andalousie où Lucero voit le jour à la toute fin du 19ème siècle est une société à la structure sociale quasi moyenâgeuse, où, entre la vieille aristocratie terrienne et l’immense masse des travailleurs journaliers, il n’existe rien. Né dans une famille très privilégiée mais politiquement libérale et ouverte aux arts, Lucero est profondément conscient de l’iniquité de la situation même s’il  reste un produit de sa caste. Jamais il ne se départira de son élégance distanciée de dandy, quand il parcourra l’Espagne à la tête d’une troupe de théâtre populaire à l’époque de l’Espagne républicaine.

La question de l’homosexualité de Lorca est à la fois omniprésente et tue. Indicible dans l’Espagne d’alors, on ne sait si elle est niée ou tacitement acceptée dans la famille de Lucero. Elle précipitera, c’est certain, sa chute. Rouge et homosexuel, c’est un peu trop pour la Grenade ultra conservatrice choquée par l’existence même de poète. Lorca aurait facilement pu fuir la ville, il décidera de revenir puis de rester. Un mystère de plus, le dernier dans la trajectoire de cet homme qui marqua l’histoire et la littérature espagnole et européenne. Un roman que je recommande sans réserve.

Traduit de l’espagnol par Hélène Serrano

Asphalte – 22 €

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