CE QU’ON PEUT LIRE DANS L’AIR – Dinaw Mengestu

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mengestu Jonas, la petite trentaine, enseigne la littérature dans un lycée new-yorkais plutôt huppé. Américain d’ascendance éthiopienne, il est marié à Angela, jeune et brillante avocate d’extraction modeste. Ce jeune couple afro-américain pourrait apparaître comme un exemple emblématique d’intégration dans l’Amérique d’aujourd’hui. Il est en fait au bord de l’implosion, chacun s’enfermant dans sa propre bulle, incapable d’échanger avec l’autre. Lors de cette crise, Jonas va prendre la route, sur les traces qu’empruntèrent ses parents trente ans plus tôt à l’occasion du seul véritable voyage qu’ils firent ensemble au coeur de l’Amérique.

Dans cet ambitieux roman, parfois dur mais souvent empreint de poésie, Dinaw Mengestu aborde la question du déracinement et de ses conséquences sur le plan affectif à travers les histoires croisées de deux couples, celui de Jonas et d’Angela, et celui des parents de Jonas. Ce sont les aléas de l’histoire et de la politique qui ont poussés le père puis la mère de Jonas à fuir leur pays d’origine pour s’établir en Amérique. Deux êtres qui n’avaient rien en commun et n’ont pas pu, pas su ou pas voulu bâtir une histoire commune pour la léguer à leur fils. Cette absence de racines, ce lien rompu avec le passé, expliquent sans doute en partie le problème que connaissent Jonas et Angela, elle même héritière d’une histoire familiale compliquée écrite en pointillés, qu’elle réinvente constamment. Un récit imaginaire auquel Jonas aussi aura recours, inventant à son père des passés possibles, et tentant, à travers cette vie rêvée du père, d’ancrer les bases qui lui permettront de tracer sa propre voie dans l’existence.

Deuxième roman de Dinaw Mengestu Ce qu’on peut lire dans l’air est plus sombre, plus âpre que Les belles choses que porte le ciel, qui fit connaître l’auteur en 2007. Mais la similitude entre les deux romans ne se limite pas au titre. Les deux romans creusent le même sillon, tout en se renouvelant complètement. C’est souvent la marque des grands auteurs, et Dinaw Mengestu appartient clairement à cette catégorie.

Traduit de l’anglais (Etats-Unis d’Amérique) par Michèle Albaret-Maatsch

Albin Michel – collection Terres d’Amérique – 22 euros

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