APRES L’ORAGE – Selva Almada & BANZAI – Carlos Bernatek

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Avec l’Argentine comme pays invité du prochain salon du livre, nous assistons en ce moment à une déferlante de parutions en provenance de ce pays qui s’enorgueillit de la plus riche littérature d’Amérique Latine, à l’exception possible du Mexique. Dans le flot des nouveautés, voici deux premières traductions qui valent qu’on s’y intéressent de près.

ALMADAAprès l’orage, de Selva Amada est un “huis clos de plein air” situé dans une petite station service au milieu de nulle part, au coeur du désert qui s’étend au nord du pays. Pearson, un prédicateur itinérant et Leni sa fille adolescente de 16 ans sont contraints de s’arrêter quelques heures à cause d’un ennui mécanique. El Gringo Brauer, le proprio du lieu et mécanicien, va se pencher sur la question. El Gringo vit seul en compagnie d’une douzaine de chiens et de Tapioca, un gamin de 16 ans à la fois apprenti, compagnon et sans doute son fils. C’est en tout cas ce que la femme qui lui remit le gamin de huit ans un beau matin avant de reprendre la route et de disparaître définitivement lui assura. Difficile de trouver caractères plus dissemblables que ceux du révérend Pearson et du mécanicien El Gringo. Le premier n’a que le Seigneur à la bouche, l’autre est un taiseux qui ne s’anime qu’à l’occasion des -rares- cuites qu’il prend.

La relation entre les deux hommes prend vite la forme d’un affrontement larvé dont Tapioca est l’enjeu, car l’intérêt que Pearson manifeste pour lui n’est pas du goût du mécanicien. Aux yeux du révérend, Tapioca est un diamant brut destiné à devenir un véritable “homme de Dieu” un prédicateur qui lui, Pearson, pourra révéler, guider, former à son image. Cette lutte de quelques heures, qui s’intensifie à mesure que l’orage se rapproche et gronde est au coeur du drame que nous dépeint ce texte à l’écriture sobre et puissante.

Traduit de l’espagnol (Argentine) par Laura Alcoba
Métailié – 16 euros

BANZAI Plus proche du climat fantastique et onirique qu’on associe traditionnellement à la littérature argentine, voici Banzaï, de Carlos Bernatek. Le héros et narrateur se trouve le 31 décembre dans l’équivalent local de la Grand-Motte, où il apprend que la femme qu’il attend ne viendra pas. Une rupture de plus pour un homme qui en a déjà connues beaucoup, et de radicales, puisqu’il a abandonné femme et enfants, famille et travail, simulé sa mort pour reprendre ailleurs le cours de son existence. Mais reprendre quoi, au juste ? Et que faire dans cette station laide et insipide ou personne ne le connaît et il ne connaît personne ? En suspens, le personnage s’interroge sur le sens de l’attente et de son existence, revient sur des événements de son enfance, des amitiés évanouies, des secrets partagés, des disparitions restées inexpliquées. Roman aussi étrange qu’envoûtant, Banzaï nous met dans la peau d’un homme qui se confronte aux démons de son passé pour tenter peut-être de s’inventer un avenir.

Traduit de l’espagnol (Argentine) par Delphine Valentin
L’olivier – 19.50 euros

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