Archives par mot-clé : famille

LA FILLE QUI BRULE – Claire Messud

La fille qui brule claire messud
Claire Messud souffle sur les braises de l’adolescence.

Julia connaît Cassie depuis le premier jour de maternelle, et leur amitié est évidente, jusqu’à leur arrivée au collège. Julia revisite cette relation, dont le point culminant a été cet été avant de devenir collégiennes, et la découverte d’un bâtiment abandonné, ancienne demeure cossue devenu pavillon psychiatrique. L’atmosphère brûlante du mois d’août précède un lent délitement de leur complicité, que Julia sonde pour mieux comprendre. La distance qui se crée entre elles à l’adolescence est évoquée par touches, sans heurts, jusqu’au retour dans ce bâtiment désaffecté.

Claire Messud excelle à dépeindre cette histoire d’amitié et à le nimber d’un climat d’étrangeté. La sortie de l’enfance est une déception, une perte irrécupérable : le monde des adultes, avec ses rivalités, l’arrivée d’un beau-père, la difficulté du jeu social et de ses inégalités est décrit sur un ton mélancolique, avec une lente et obsédante montée narrative.

Traduit de l’anglais (E.-U.) par France Camus-Pichon.

Gallimard – 20€

LA VÉRITÉ ATTENDRA L’AURORE – AKLI TADJER

Mohamed est un ébéniste de talent mais c’est surtout un homme mélancolique et seul. Dans l’atelier parisien du passage du Grand-Cerf qui est aussi son antre, cela fait plus de vingt ans qu’il occupe ses jours sans les vivre véritablement. Car sa vie a volé en éclats un jour d’été 1993 lorque, en vacances en Kabylie avec son frère Lyes, les deux jeunes hommes furent enlevés par un commando des GIA. Seul Mohamed parvint à s’enfuir, et il n’arrive pas à se consoler de la perte du frère adoré, si brillant, promis à un si bel avenir. Par sentiment de culpabilité peut-être, parce qu’il lui est de mettre les mots sur la douleur qui l’assaille, il quitte Nelly, son amoureuse, sans lui donner d’explications. Ce sont les retrouvailles tout à fait fortuites avec Nelly, bien des années après, qui vont replonger Mohamed dans une histoire qu’il pensait définitivement écrite.

Livre plein de nostalgie et de poésie, vibrant hommage aux cinémas de quartier,  La vérité attendra l’aurore est aussi un roman à l’intrigue très habilement ficelée qui happe le lecteur dès les premières lignes et le tient en haleine jusqu’à la toute fin. C’est également un très beau roman familial où sont explorés les thèmes de la double culture, de la difficulté parfois à trouver sa place. Le portrait du père, plein de pudeur et d’émotion, est tout simplement superbe. Une très belle lecture, hautement recommandée.

Editions Jean-Claude Lattès – 18 euros

PATRIA – FERNANDO ARAMBURU

Le Txato, patron d’une petite entreprise de transport du pays basque a refusé de payer l’impôt révolutionnaire exigé par l’ETA et il en est mort. Parmi les terroristes qui l’ont exécuté pourrait bien se trouver Joxe Mari, le fils de Miren et Joxian, les meilleurs amis du Txato et de son épouse Bittori.

Patria, la superbe fresque politique et familiale que signe Fernando Aramburu, s’articule autour de cette scène fondatrice et se structure en une succession d’allers et retours qui s’inscrivent sur une période d’une trentaine d’années (bien avant l’assassinat) jusqu’en 2011, année où l’ETA dépose les armes. C’est à cette époque que Bittori revient au village où elle vécut  avec son mari et ses enfants, un geste considéré comme un défi par la communauté villageoise qui a ostracisé sa famille à partir du moment où il devint évident que le Txato était une cible de l’ETA. Histoire de famille, Patria relate un pan douloureux de l’histoire du Pays Basque où, en dépit de la fin du conflit armé, les rancoeurs restent vives et les plaies toujours ouvertes. A travers les deux figures centrales de Miren et Bittori, deux femmes « fortes » et de leurs proches Patria pose la question du pardon et une interrogation essentielle : comment continuer à vivre aux côtés de ceux et celles qui firent notre malheur ?

Roman phénomène en Espagne, Patria a conquis plus de 500 000 lecteurs. On souhaite à ce texte en tous points superbe de connaître succès comparable en France. Mon gros coup de cœur de ce début 2018.

Traduit de l’espagnol par Claude Bleton

Actes Sud – 25 euros

 

FACE AU VENT – JIM LYNCH

Une famille haute en couleurs, des situations cocasses, des personnages attachants : pas de doute, il y a du John Irving dans ce roman de Jim Lynch (on pense en particulier à L’hôtel New Hampshire). L’auteur s’y entend à ficeler une histoire qui nous embarque immédiatement : normal, pour un roman situé dans le  milieu de la voile (et plus précisément dans celui de la construction nautique). Pas besoin cependant d’être un navigateur aguerri pour suivre la famille Johannssen dans ses tribulations et plonger dans la lecture de ce roman tour à tour drôle et émouvant. Face au vent offre à tous un vrai plaisir de lecture et d’évasion.

Traduit de l’anglais (E.U.A) par Jean Esch

Gallmeister – 23.20 euros

INSEPARABLES – SARAH CROSSAN

(Article rédigé par Charlotte, stagiaire)

Tippi et Grace sont deux sœurs siamoises. En-dessous de leurs torses respectifs, elles ne font littéralement plus qu’une. Depuis toujours, elles sont confrontées aux regards curieux, moqueurs ou attristés des autres. Et lorsqu’elles doivent faire leur entrée au lycée, les deux sœurs s’attendent au pire. Contre toute attente, elles vont y découvrir l’amitié, les expériences d’ados et même l’amour. Mais bientôt, les sœurs siamoises sont rattrapées par leur destin et confrontées à un choix impossible qui pourrait bien mettre en péril leur lien unique et leur existence même…

Ce récit, raconté du point de vue de Grace, nous plonge dans la vie quotidienne et le ressenti de ces deux sœurs à qui leur différence est rappelée constamment. Au fil des pages, on oublie leur condition particulière pour réaliser qu’elles sont des adolescentes comme toutes les autres, avec les mêmes envies et les mêmes craintes, et un désir de vivre incomparable. Empathique et émouvant, déchirant et drôle à la fois, ce roman nous fait prendre conscience de la valeur de nos vies.

Dès 14 ans.

 Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Clémentine Beauvais

Editions Rageot – 14.90 euros

EMMY ET OLIVER – ROBIN BENWAY

Depuis leur naissance, Emmy et Oliver sont inséparables. Un jour, alors qu’ils ont 7 ans, Oliver avoue sur un bout de papier à Caroline, la meilleure amie d’Emmy, qu’il est amoureux d’Emmy. Après les cours, celle-ci veut lui demander des explications. Mais Oliver est déjà parti avec son père pour le week-end. Malheureusement, ce dernier ne le ramènera jamais chez sa mère …

Dix ans plus tard, Emmy a grandi, elle est devenue une belle jeune fille de 17 ans. Elle n’a pourtant jamais pu oublier Oliver. Il a laissé derrière lui un vide impossible à combler. Suite à son enlèvement, les parents d’Emmy sont devenus surprotecteurs avec elle. Si bien qu’aujourd’hui la jeune fille doit leur mentir pour sortir avec ses amis ou faire le sport qu’elle aime : le surf.

La mère d’Oliver a refait sa vie. Aujourd’hui, elle a un mari et deux petites filles, des jumelles. Cependant, elle n’a jamais cessé de chercher Oliver.

Un jour, alors qu’Emmy sort d’une séance de surf, Caroline, vient lui annoncer qu’on a retrouvé Oliver à New York. Il est en chemin pour rentrer chez sa mère. Emmy est sous le choc, elle avait imaginé plusieurs fois leurs retrouvailles. Pourtant, au moment de le revoir, le doute l’étreint : que reste-t-il de leur amitié après une si longue absence ?

Une histoire touchante qui nous plonge dans le quotidien d’adolescents qui ont vécu un traumatisme. Le roman ne porte pas sur enlèvement en lui-même mais sur les suites : la façon dont Oliver va vivre son retour ,après des années d’absences chez sa mère, au milieu de cette nouvelle famille qu’il ne connait pas, le besoin qu’a Emmy de parler à ses parents et de leur faire comprendre qu’ils l’étouffent. Robin Benway aborde des sujets graves qui touchent les jeunes, comme l’homosexualité, le passage à la fac, l’amitié et l’amour. Une plume juste qui nous emporte dans un tourbillon de questions et d’émotions.

Dès 13 ans.

Traduit de l’américain par Anne Delcourt

Nathan – 15.95 €

L’enfant des marges – Franck Pavloff

enfant margesIoan vit seul dans une maison isolée dans les Cévennes. Il passe ses journées à consolider un mur, un travail manuel qui lui évite de penser à la disparition brutale de son fils. Quand sa belle-fille l’appelle pour le prévenir que son petit-fils vit dans un squat à Barcelone, il accepte de partir le chercher. Sur la route, cet ancien photographe de guerre va laisser ressurgir ses émotions. Et sur place, il aura une telle envie de retrouver Valentin qu’il va peu à peu briser sa carapace… Il va enquêter, aborder et interroger de nombreuses personnes, se lier à certaines…

Franck Pavloff signe un roman d’une grande richesse. Il jongle entre les styles, passe du roman noir à l’écriture dialoguée et directe au roman plus intimiste dans un style sensible et romanesque,  et en même temps aborde l’histoire de Barcelone sous Franco tout en nous offrant une visite insolite de cette ville touristique.

Ce road-movie familial est un roman surprenant et touchant, où l’intrigue s’installe doucement dans les Cévennes et s’accélère au fur et à mesure en Espagne. Un beau roman familial sur quatre générations d’hommes.

Editions Albin Michel – 20 €