P comme… PARA

Comment ça? la dame elle a pas le cahier de vacances de CE2?

Le quotidien du libraire est parfois sans surprise : décembre on fait des paquets cadeaux, mars on vend du Goncourt, juin on vend des cahiers de vacances. N’empêche, voir les foules prendre d’assaut les bacs à parascolaire, ça surprend toujours. Le collégien déboussolé qui cherche le salut et le bepc dans des annales corrigées, les parents prêts à tout pour que le fiston rentre à Centrale, à commencer par le cahier de vacances pour maternelle (comme il est très éveillé, Junior aura droit directement au cahier Moyenne section, il est très doué avec les gommettes). Les éditeurs ne s’y trompent pas et trouvent toujours de nouveaux produits pour ces petits cœurs qui battent au rythme scolaire. Soutien, corrigés, entraînement, cahier du jour, du soir, de vacances, de la crèche à la prépa. Mais pourquoi s’arrêter là ? visons le cas de ceux qui sont sortis du cadre scolaire, et qui ont nécessairement besoin de réviser ou d’apprendre tout court : les adultes. Derniers nés dans la famille nombreuse du parascolaire, qu’on pourrait appeler le postscolaire, les cahiers de vacances pour adultes, du truc érotico-coquin (il n’y a pas que les maths dans la vie active) au truc cérébral et sérieux édité par le CNRS qui vous permettra de briller à l’apéro du camping encore plus que d’habitude grâce à vos fines analyses géopolitiques.

Vous l’avez peut-être compris à demi-mots, mais le parascolaire, c’est presque aussi intéressant pour le libraire que le scolaire ou le rayon juridique-informatique : le degré zéro du glamour. Pas des paillettes, pas de conseils, pas de surprises, juste de la gestion de stock ; et les éditeurs vous obligent à prendre en avril des lots de 150 cahiers de vacances… et celui que tout le monde va vouloir cette année ce sera pour le passage du CE2 au CM1, et il sera bien évidemment en rupture… et ces regards accablés (des parents) quand le cahier de vacances a un retard de livraison et que le petit ne pourra pas l’emmener en colo… on se console en glissant un regard au minois ravi du bambin libéré de la corvée… et au mois de septembre, on reçoit les notés (les titres en rupture qu’on avait commandés au mois de juin et qui déboulent trois mois après la bataille)…

Dans la famille para, nous trouvons aussi le paranormal et le paramédical, soit ce qui se ballade autour et au-delà du normal et du médical : autant dire que les potentialités sont nombreuses, et bien plus imaginatives. Si on voulait faire bien plus d’argent, en s’appuyant sur le flux des mystiques babas cools qui vont au Naturalia voisin et sur l’angoisse contemporaine du développement personnel, on lancerait un rayon Spiritualités. Mais comme on est très sous-développé intérieurement, genre cartésien cynique, on en reste à la demande ponctuelle et à la commande clients, qui cependant ne manque pas de vous ouvrir des horizons. Je viens de découvrir aussi qu’Electre avait une catégorie « Vie future » et je ne résiste pas à l’envie de vous présenter mon chouchou, Le Voyage vers les sphères célestes : les étapes vers le paradis et la découverte des SPPA (sous-personnalités psycho-actives), où « L’auteure, chamane, psychothérapeute, médium et guérisseuse, décrit le passage du bas astral, ou enfer, vers les sphères célestes où règnent la paix, la béatitude et l’amour et où résident des êtres magiques resplendissants de beauté et de conscience. » Si c’est pas mignon, ça. Nous avons aussi eu droit à L’osthéopathie intrapelvienne et son concept d’arbre gynécologique. Enfin ce ne sont que quelques arbres, qui cachent une forêt éditoriale qui se porte bien mieux que l’Amazonie ; si vous avez l’occasion, rentrez dans une librairie ésotérique, avec ses rayons Réincarnations et vie après la mort, et ses bracelets en verroterie aux vertus propitiatoires. Ils ont souvent un rayon cd avec des enregistrements d’oiseaux et de la mer. De quoi rester matérialiste et sceptique pour au moins huit ou neuf vies.