PRÉSUMÉE DISPARUE – Susie Steiner

Manon Bradshaw est une flic anglaise, qui dort avec sa radio professionnelle, à défaut de trouver un amant potable et prêt à rester auprès d’elle. Elle se retrouve sur une grosse affaire, la disparition d’Edith Hind, jolie et brillante étudiante de Cambridge, fille d’un chirurgien qui a d’excellentes relations avec certains ministres. Les tabloïds sont aussi de la partie et se régalent de cette affaire où tous les bons ingrédients sont présents (des acteurs photogéniques et du sexe...), et n’hésitent pas à mettre des bâtons dans les roues des policiers. L’enquête avance comme elle peut, avec une brigade d’inspecteurs attachants que l’on suit à la trace, pour une plongée dans la société anglaise, des milieux les plus huppés aux laissés-pour-compte. L’intrigue est efficace et pleine d’humour, et on se laisserait bien tenter par un petit verre avec Manon, dont les déboires sentimentaux et les coups de génie d’enquêtrice donnent matière à rire et à réfléchir. Traduit de l'anglais par Yoko Lacour. Les Arènes - 20€

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LA FEMME À PART – Vivian Gornick

Vivian Gornick est spectatrice et amoureuse de sa ville, New York : elle est née et a grandi dans le Bronx dans les années 30 et 40, puis a muri à Manhattan et à Greenwich village dans les années 60. Elle arpente la ville et cueille des scènes cocasses ou troublantes, caractéristiques de la faconde newyorkaise. Accompagnée de sa mère dans Attachement féroce (qui sort en poche, chouette), elle marche maintenant avec son meilleur ami, Leonard. Ces marches sont d’autant plus précieuses qu’elle doit donner des cours en Arizona la moitié de l’année : les beautés naturelles ne nourrissent pas assez son esprit bouillonnant… Au fil des pas, elle évoque ses expériences et réflexion sur le couple, l’amitié, ses lectures : Vivian Gornick est un esprit libre et caustique dont le compagnonnage dans les rues de New York est une délectation. Traduit de l'anglais (États-Unis) par Laëtitia Devaux Rivages – 17,80€

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WILD SIDE – Michael Imperioli

Si nous connaissions Michael Imperioli pour ses performances à l’écran (Les Affranchis, Les Soprano), le gangster change désormais  son fusil d’épaule et embrasse l’écriture. L’auteur publie son premier ouvrage chez la maison d’édition Autrement. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, Wild Side n’est pas un roman autour du grand banditisme et de la mafia italo-américaine. Il s’agit plutôt un récit d’apprentissage touchant et pimenté d’une pointe de nostalgie d’un New-York des années 70.  Un premier ouvrage fort, qui nous conduit au cœur de la côte Est des Etats-Unis. Matthew, jeune adolescent de seize ans, quitte le quartier du Queens avec sa mère dépressive et s’installe à Manhattan. En perte de repères, le héros tâtonne dans cette immense fourmilière. Sous les conseils de sa mère Matt dégotte un job en tant que livreur, job qui va lui faire découvrir la ville mais surtout le conduire à la porte de l’appartement de la rock star Lou Reed (inventeur du fameux « Rock On The Wild Side », d’où le titre du roman), avec lequel il va se lier d’amitié. Figure de substitution paternelle, cette amitié forte va enfin donner un sens à l’existence de l’adolescent. Imperioli met en scène un Lou Reed parano, violent, et imprévisible. Entre rencontres extravagantes, excursions déjantées, et  soirées alcoolisées, Matthew est loin de la vie monotone du Queens. Notre anti-héros rencontre également Veronica, une camarade de lycée, avec laquelle il va d’abord se lier d’amitié puis découvrir le sentiment amoureux. La jeune fille tient une place très importante dans le récit, puisque les deux rencontres de Matthew se recoupent et forment le cœur du roman. Proche de Just Kids de Patti Smith, Wild Side est un bon roman d’apprentissage teinté…

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EN EUX BEAUCOUP D’HOMMES RESPIRENT – Marie-Aude Murail

Dans la famille Murail, écrire une habitude, et lorsque Marie-Aude hérite d’une valise contenant la correspondance de ses grands-parents et de ses parents, quoi de plus évident que d’en faire un roman. Sur trois générations, à partir de lettres, de photos  et de journaux, elle visite l’histoire d’amour de sa grand-mère, de sa mère et les siennes. En empruntant le vers d’Apollinaire pour son titre, Marie-Aude Murail s’approprie  son panthéon familial et le fait vibrer. Avec son ton bien à elle, qui faisait déjà des merveilles en littérature jeunesse, elle évoque sa famille et les relations intimes qui se nouent, se tendent et résistent. Les couples décrits, celui de ses grands-parents, celui de ses parents, et le sien, sont complexes et ambigus. La dernière partie, où elle revisite ses journaux d’enfance et d’adolescence, est une curieuse confrontation avec son passé et son moi d’autrefois. Une belle et drôle de réflexion sur l’existence. L’iconoclaste – 20 €

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TU T’APPELAIS MARIA SCHNEIDER – Vanessa Schneider

De la notoriété à l’anonymat, voilà comment nous pourrions considérer la courte carrière de Maria Schneider. Fille de Daniel Gélin, vedette du cinéma français à la fin des années 1940, la jeune Maria est toute promue à un avenir sur grand écran. Elle commence à jouer en tant qu’actrice à la fin des années 60 pour un film de Roger Kahane ou Jean Dewever. Toutefois, ces premières apparitions ne participeront que peu à la notoriété dont elle bénéficiera par la suite. Elle est contactée en 1972 par le réalisateur Bernardo Bertolucci qui lui propose de jouer le rôle féminin principal au côté de Marlon Brando, vedette à l’époque, pour son film « Le Dernier Tango à Paris ». Maria Schneider accepte le scénario et se prend à rêver. Toutefois, la réalité est loin d’être rose. Contrainte de travailler dix heures par jour sous la brutalité du réalisateur italien, le film fut lourd de conséquences pour la carrière et la vie de Maria. Bertolucci lui imposera de tourner une scène non envisagée dans le scénario qui sera vue comme un viol par l’actrice. Propulsée en haut de l’échelle de la notoriété pour redescendre aussi vite, le rôle dégradant de Maria Schneider dans « Le Dernier Tango à Paris » lui collera à la peau toute son existence. Sombrant dans la drogue et la dépression, le film brisera la vie et l’image de la jeune femme, malgré les quelques apparitions cinématographiques au côté de Jack Nicholson, Daniel Duval ou Miou-Miou. Vanessa Schneider, à travers le récit, rend hommage à sa cousine. Elle retrace brillamment son parcours grâce à une écriture pleine de tendresse et de compassion. Outre la carrière cinématographique de l’actrice déchue, l’auteure aborde la grande…

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LÀ OÙ LES CHIENS ABOIENT PAR LA QUEUE – Estelle-Sarah Bulle

Antoine est la sœur aînée, suivie de Lucinde et Petit-Frère. Née dans les années 40 dans un village perdu de la Guadeloupe, elle raconte sa vie, et celle de ses parents, dans l’île. C’est sa nièce, née en France, qui recueille cette parole fleurie. Car elle a le verbe haut et le caractère trempé, comme en témoignent aussi son frère et sa sœur. Tous les trois ont choisi de quitter la Guadeloupe, et à travers leur itinéraire à chacun, Estelle-Sarah Bulle nous tend une peinture de la société et de l’histoire complexes de cette île. Les questions de l’exil et du métissage sont incarnées par des personnages vifs et attachants. Liana Levi – 19€

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SWING TIME – Zadie Smith

Tracey, tout comme la narratrice, est métisse, dans un quartier pauvre de Londres. Elle se rencontre à un cours de danse, où la première excelle, tandis que la seconde, malgré son amour pour les comédies musicales, ne brille guère. C’est leur parcours à toutes deux qui nous est conté, zigzagant entre les époques : elle décrit les mères, l’une blanche, permissive, prolo, et l’autre noire, activiste, autodidacte et exigeante, les pères, qu’on adore mais qui cachent bien des choses, elle raconte leur cheminement, la carrière de Tracey qui ne décolle pas malgré son génie, le travail de la narratrice auprès d’une star de la chanson, Aimee. Zadie Smith invite à une profonde réflexion sur l’identité composite de ces deux jeunes femmes et leurs rapports à leur quartier, à leur amitié, à leur lignée.  En prenant son temps, elle nous raconte  les méandres de chacune, les pièces du puzzle s’assemblent et crée un ensemble étonnant : Tracey est une créature ambigüe et fascinante, la narratrice une spectatrice et une assistante inquiétante. Zadie Smith aborde une multitude de thèmes et brosse un portrait en profondeur de l’Angleterre. Traduit de l'anglais par Philippe et Emmanuelle Aronson (23,50€) Gallimard Du monde entier – 23,50€

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SMILE – Roddy Doyle

Fraîchement séparé de sa femme, Victor Forde retourne vivre dans le quartier dublinois de son enfance. Décidé à se reconstruire et entreprendre une vie nouvelle, notre héros s’immerge dans le quotidien de la ville à travers la rencontre de divers personnages. De jour en jour, les habitudes s’installent (comme se rendre au pub chaque soir) et Victor se sent intégré dans le groupe d’amis dont il fait désormais partie. Toutefois, la rencontre fortuite avec un ancien camarade de classe, Ed Fitzgerald, bouleverse le quotidien de Victor et le plonge dans un état de malaise et d’angoisse. A travers la rencontre de ce personnage, Roddy Doyle fait progressivement ressurgir le passé du héros dont lui-même a tout oublié. Les souvenirs forts de sa rencontre avec Rachel, son ex femme, et les souvenirs de la rude éducation dispensée par les frères chrétiens à l’école gaélique se mêlent, violents. Peu à peu, Victor va redécouvrir sa vie passée et remettre en question son identité. Avec Smile, Roddy Doyle fait appel à nos émotions les plus fortes, et déstabilise le lecteur. Il se retrouve plongé dans une intrigue palpitante, dont chaque élément peut être remis en question jusqu’aux dernières pages… vertigineuses. L’écriture est franche et pose les mots sur une phase noire de l’Irlande catholique, sujet brûlant dans le pays. Traduit par Christophe Mercier Editions Joëlle Losfeld – 19.50€

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L’ENFANT DE POUSSIÈRE_ PATRICK K. DEWDNEY

Syffe est un jeune orphelin de 8 ans, un peu casse-cou et secrètement amoureux de Brindille. A force de vouloir impressionner cette dernière il finit par se mettre dans de beaux draps et doit servir un seigneur impitoyable pour réparer sa faute. Sans qu'il s'en rende vraiment compte, sa vie bascule alors de manière définitive. Le temps de l'innocence est terminé pour le jeune garçon qui endosse les rôles d'apprenti-chirurgien et d'espion avant que son destin prenne à nouveau un tournant radical. Récit initiatique prenant place dans un monde imaginaire, L'enfant de poussière n'est pas un roman de fantasy comme les autres. Servi par une écriture fine et précise, il offre un univers fascinant de richesse. Dans un monde en pleine mutation suite à la mort du roi, les personnages imaginés par Patrick K.Dewdney sont d'une grande justesse et nous guident dans les méandres des conflits politiques et luttes de pouvoir. S'il peut parfois être dur, ce roman regorge également de poésie dans ses descriptions de nature et dans ses portraits. Ce premier tome d'une série qui en comptera sept est très prometteur et on se languit déjà du deuxième. Au Diable Vauvert - 23€

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Tu as 20 ans, et tu ne sais pas quoi lire ?

... écoute les conseils avisés d'Angélique, stagiaire-libraire : Habibi – Craig Thompson Vendue à un scribe alors qu'elle vient tout juste de quitter l'enfance, puis éduquée par celui-ci, une très jeune femme voit son mari assassiné sous ses yeux par des voleurs. Elle parvient pourtant à leur échapper et trouve refuge sur une improbable épave de bateau échoué en plein désert, en compagnie d'un enfant nommé Habibi. Ensemble, dans des décors souvent nimbés de magie, ils vont grandir et vivre leur vie au sein de cet étrange endroit, en s'efforçant autant que possible de se protéger de la violence et de la dureté du monde, au rythme des contes, histoires, mythes et légendes racontés par la jeune femme... Roman graphique sans contexte historique précis, Craig Thompson livre un ouvrage au graphisme envoûtant. Il aborde le thème de la calligraphie arabe, de sa poésie et de sa symbolique omniprésente. Avec des personnages attachants et une histoire très bien menée. Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Anne-Julia & Walter Appel, Paul Pichaureau et al. Casterman - 29 € Chromatopsies – Mr. Q Un jeune auteur LGBT se lance sur papier, après un premier titre paru à très peu d’exemplaires, Sous le lit. Il a pendant de nombreuses années utilisé son blog (Les Petits Mensonges de Mr Q) comme support de diffusion. Ici, il met en images des nouvelles qui racontent chacune un aspect important de la vie des jeunes adultes : découverte et acceptation du corps, affirmation de soi, sexualité, orientation sexuelle, relations aux autres, dépression… Le tout dans un style graphique magnifique mêlant stylo et aquarelle pour un rendu onirique et parfois fantastique. Editions Lapin - 24 €     La Formule de…

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