ROMANS

Voici une liste non exhaustive et totalement subjective de ce qui nous a plu, remué, intéressé ce mois-ci, au fil et au gré de nos lectures. Pour voir ce qui nous a secoué les mois d’avant, c’est pas compliqué, il vous suffit d’aller farfouiller dans les archives…

L’ENFANT DE POUSSIÈRE_ PATRICK K. DEWDNEY

Syffe est un jeune orphelin de 8 ans, un peu casse-cou et secrètement amoureux de Brindille.  A force de vouloir impressionner cette dernière il finit par se mettre dans de beaux draps et doit servir un seigneur impitoyable pour réparer sa faute. Sans qu’il s’en rende vraiment compte, sa vie bascule alors de manière définitive. Le temps de l’innocence est terminé pour le jeune garçon qui endosse les rôles d’apprenti-chirurgien et d’espion avant que son destin prenne à nouveau un tournant radical.

Récit initiatique prenant place dans un monde imaginaire, L’enfant de poussière n’est pas un roman de fantasy comme les autres. Servi par une écriture fine et précise, il offre un univers fascinant de richesse. Dans un monde en pleine mutation suite à la mort du roi, les personnages imaginés par Patrick K.Dewdney sont d’une grande justesse et nous guident dans les méandres des conflits politiques et luttes de pouvoir. S’il peut parfois être dur, ce roman regorge également de poésie dans ses descriptions de nature et dans ses portraits.

Ce premier tome d’une série qui en comptera sept est très prometteur et on se languit déjà du deuxième.

Au Diable Vauvert – 23€

Tu as 20 ans, et tu ne sais pas quoi lire ?

… écoute les conseils avisés d’Angélique, stagiaire-libraire :

Habibi – Craig Thompson 

Vendue à un scribe alors qu’elle vient tout juste de quitter l’enfance, puis éduquée par celui-ci, une très jeune femme voit son mari assassiné sous ses yeux par des voleurs. Elle parvient pourtant à leur échapper et trouve refuge sur une improbable épave de bateau échoué en plein désert, en compagnie d’un enfant nommé Habibi. Ensemble, dans des décors souvent nimbés de magie, ils vont grandir et vivre leur vie au sein de cet étrange endroit, en s’efforçant autant que possible de se protéger de la violence et de la dureté du monde, au rythme des contes, histoires, mythes et légendes racontés par la jeune femme…

Roman graphique sans contexte historique précis, Craig Thompson livre un ouvrage au graphisme envoûtant. Il aborde le thème de la calligraphie arabe, de sa poésie et de sa symbolique omniprésente. Avec des personnages attachants et une histoire très bien menée.

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Anne-Julia & Walter Appel, Paul Pichaureau et al. 

 Casterman – 29 € 

Chromatopsies – Mr. Q

Un jeune auteur LGBT se lance sur papier, après un premier titre paru à très peu d’exemplaires, Sous le lit. Il a pendant de nombreuses années utilisé son blog (Les Petits Mensonges de Mr Q) comme support de diffusion. Ici, il met en images des nouvelles qui racontent chacune un aspect important de la vie des jeunes adultes : découverte et acceptation du corps, affirmation de soi, sexualité, orientation sexuelle, relations aux autres, dépression… Le tout dans un style graphique magnifique mêlant stylo et aquarelle pour un rendu onirique et parfois fantastique.

Editions Lapin – 24 €

La Formule de Dieu – José Rodrigues dos Santos

Tomas Noronha, expert en cryptologie, est appelé au Caire par une mystérieuse jeune femme. Sa mission: déchiffrer un cryptogramme caché dans un document détenu par le gouvernement de Téhéran. Un manuscrit écrit de la main d’Albert Einstein dont le contenu pourrait bousculer l’ordre mondial. Au cours de son enquête, il découvre que le fameux manuscrit fait tout simplement la preuve scientifique de l’existence de Dieu.

Roman policier mêlant recherche scientifique et aventures épiques, ce livre permet également d’aborder facilement les grands thèmes de la relativité générale et de la physique quantique, via le point de vue de Noronha, débutant en la matière.

Ce volume et la suite des aventures du cryptologue interprètent les découvertes scientifiques majeures du XXème siècle pour répondre aux questions existentielles de l’humanité.

Traduit du portugais par Carlos Batista

Pocket – 9,40 €

L’Histoire des 3 Adolf – Osamu Tezuka

Berlin 1936. Hitler est au pouvoir. Les Jeux Olympiques d’été sont pour lui l’occasion de conforter une dictature funeste. Sohei Togué, un journaliste sportif venu couvrir les JO retrouve son frère Isao. Mais Isao est angoissé. Il détient, dit-il, un terrible secret qui pourrait ébranler jusqu’à Hitler lui-même. Or, quand Sohei se rend chez son frère, il le retrouve assassiné.

Une perspective nouvelle sur la seconde guerre mondiale et le nazisme. En abordant la guerre du point de vue japonais, Osamu Tezuka met en lumière les motivations de chacun et permet de relativiser les opinions. Il insiste également sur le quotidien, la surveillance politique, la place des femmes dans les conflits impliquant bien trop souvent leur bien-aimé.

Traduit du japonais par Jacques Lalloz

Delcourt – intégrale en 2 volumes, 29,99 €

LA FILLE QUI BRULE – Claire Messud

La fille qui brule claire messud
Claire Messud souffle sur les braises de l’adolescence.

Julia connaît Cassie depuis le premier jour de maternelle, et leur amitié est évidente, jusqu’à leur arrivée au collège. Julia revisite cette relation, dont le point culminant a été cet été avant de devenir collégiennes, et la découverte d’un bâtiment abandonné, ancienne demeure cossue devenu pavillon psychiatrique. L’atmosphère brûlante du mois d’août précède un lent délitement de leur complicité, que Julia sonde pour mieux comprendre. La distance qui se crée entre elles à l’adolescence est évoquée par touches, sans heurts, jusqu’au retour dans ce bâtiment désaffecté.

Claire Messud excelle à dépeindre cette histoire d’amitié et à le nimber d’un climat d’étrangeté. La sortie de l’enfance est une déception, une perte irrécupérable : le monde des adultes, avec ses rivalités, l’arrivée d’un beau-père, la difficulté du jeu social et de ses inégalités est décrit sur un ton mélancolique, avec une lente et obsédante montée narrative.

Traduit de l’anglais (E.-U.) par France Camus-Pichon.

Gallimard – 20€

POUR SERVICES RENDUS – IAIN LEVISON

Cela fait plaisir de retrouver Iain Levison en si bonne forme. Ce fin observateur des moeurs de la société américaine nous revient avec l’un de ses meilleurs romans. Un livre qui s’inscrit dans la veine d’Arrêtez-moi là, son roman le plus « politique ».  Comme toujours chez Levison, les héros ne sont ni des anges ni des démons, mais des individus conduits à commettre des actes que la loi et/ou leur propre morale réprouve(nt).

Si l’humour est moins présent que dans les tout premiers romans de l’auteur, on retrouve toute l’empathie de Levison pour ses personnages, qui rend ses romans si plaisants et si singuliers. Et comme Levison sait aussi trousser une histoire et ménager le suspense, on dévore d’une seule traite cette histoire où un politicien en quête de réélection se laisse aller à enjoliver un peu trop la réalité de sa conduite durant la guerre du Vietnam.

Traduit de l’anglais (E.U.A) par Fanchita Gonzalz Batlle

Editions Liana Levi – 18 euros

LE LABYRINTHE DES ESPRITS _ CARLOS RUIZ ZAFON

Fin des années 50, Barcelone, la famille Sempere semble couler des jours heureux dans leur petite librairie malgré quelques difficultés financières. Daniel Sempere est encore marqué par les événements de la fin de son adolescence et les révélations sur sa mère. En nouveau père, il a d’autres priorités que d’aller fouiller dans le passé malgré son envie furieuse d’écrire un jour l’histoire de sa famille.
Mais des temps sombres traversent l’Espagne sous le joug de Franco: tous les moyens sont bons pour se faire une place au sommet de ce panier de crabes qu’est le gouvernement espagnol. Les Sempere vont se retrouver à nouveau confrontés malgré eux à une affaire de lutte de pouvoir. Cette fois-ci des personnages bien plus avides et bien plus dangereux vont mettre cette famille en péril.

Si Le labyrinthe des esprits est le quatrième volet de la tétralogie du Cimetière des livres oubliés, il n’en reste pas moins un des romans les plus riches de Carlos Ruiz Zafon. Avec ses personnages toujours plus profonds et intrigants, avec chacun son passif et ses casseroles; avec son ambiance pleine de mystères, de ruelles et de recoins à explorer, ce nouvel opus séduira les lecteurs curieux et assoiffés de lectures immersives. L’auteur joue à merveille avec ses différents personnages et intrigues pour créer un puzzle original et surprenant tout en révélant un des côtés les plus noirs de l’Histoire de l’Espagne.
Les amateurs de L’ombre du vent ne seront pas déçus par ce nouveau roman.

Bonne nouvelle, la série se lit dans n’importe quel ordre! Vous pouvez donc commencer par lire Le labyrinthe des esprits avant de vous jeter sur les autres tomes de la saga!

Traduit de l’espagnol par Marie Vila Casas

Chez Actes Sud – 27€

LE LAMBEAU – Philippe Lançon

Le Lambeau Philippe Lançon
Comment survivre ?

Philippe Lançon est journaliste, à Libération et à Charlie Hebdo. Le 7 janvier 2015, il est dans la salle de rédaction quand deux hommes armés canardent les journalistes et dessinateurs présents, et est blessé aux bras et au visage. Avant et après l’implosion, Philippe Lançon raconte. Son métier de journaliste, cette pièce de théâtre qu’il voit le 6 janvier au soir, la sortie de Soumission de Houellebecq qu’il vient de chroniquer dans Libé et sur laquelle on polémique à Charlie ; puis le quotidien se grippe, Franck, le garde du corps de Charb n’a pas le temps de dégainer, tous tombent à terre. Tout se ralentit alors, et le journaliste va flotter entre deux mondes, ou plutôt se retrouver en retrait du monde, dans le service des soins intensifs puis en chirurgie stomatologique. La reconstruction de son visage et le silence imposé influent profondément sur l’écrivain, de même que la complicité et le soutien des soignants et des policiers. Son expérience de la fragilité et de la faiblesse est racontée et analysée, et répond à cette question fondamentale : comment survivre ? Loin des abstractions, au plus proche de l’intime et du corps, Philippe Lançon nous offre sa réponse, lucide et lumineuse.

Gallimard – 21€

LA VÉRITÉ ATTENDRA L’AURORE – AKLI TADJER

Mohamed est un ébéniste de talent mais c’est surtout un homme mélancolique et seul. Dans l’atelier parisien du passage du Grand-Cerf qui est aussi son antre, cela fait plus de vingt ans qu’il occupe ses jours sans les vivre véritablement. Car sa vie a volé en éclats un jour d’été 1993 lorque, en vacances en Kabylie avec son frère Lyes, les deux jeunes hommes furent enlevés par un commando des GIA. Seul Mohamed parvint à s’enfuir, et il n’arrive pas à se consoler de la perte du frère adoré, si brillant, promis à un si bel avenir. Par sentiment de culpabilité peut-être, parce qu’il lui est de mettre les mots sur la douleur qui l’assaille, il quitte Nelly, son amoureuse, sans lui donner d’explications. Ce sont les retrouvailles tout à fait fortuites avec Nelly, bien des années après, qui vont replonger Mohamed dans une histoire qu’il pensait définitivement écrite.

Livre plein de nostalgie et de poésie, vibrant hommage aux cinémas de quartier,  La vérité attendra l’aurore est aussi un roman à l’intrigue très habilement ficelée qui happe le lecteur dès les premières lignes et le tient en haleine jusqu’à la toute fin. C’est également un très beau roman familial où sont explorés les thèmes de la double culture, de la difficulté parfois à trouver sa place. Le portrait du père, plein de pudeur et d’émotion, est tout simplement superbe. Une très belle lecture, hautement recommandée.

Editions Jean-Claude Lattès – 18 euros

L’URUGAYENNE – PEDRO MAIRAL

Cela va moyen moyen dans la vie de Lucas Pereyra, écrivain argentin d’une petite quarantaine d’années. Sa vie est un enfer domestique entre son gamin qui accapare tout son temps et sa femme qui s’éloigne peu à peu. Financièrement il tire le diable par la queue et professionnellement ce n’est pas tellement plus brillant puisqu’il n’arrive pas à écrire le roman qu’il doit à son éditeur. Seul rayon de soleil, le voyage express que Pereyra doit faire à Montevideo, la toute proche capitale de l’Uruguay pour récupérer en personne l’argent des droits des ventes uruguayennes de ses bouquins et échapper ainsi à un taux de change argentin trop défavorable. La femme de Pereyra compte beaucoup sur cet argent mais ce qu’elle ignore c’est que son mari compte bien mettre à profit cette escapade pour revoir la pétillante Guerra, jeune uruguayenne qu’il a vaguement baisouillé à l’occasion d’une convention littéraire que tous deux ont fréquenté l’année d’avant. Aussi riche de promesses qu’elle paraisse, l’équipée uruguayenne de Pereyra ne va pas s’avérer de tout repos…

Un récit désopilant sur la vie de couple et les petites compromissions… et d’une certaine manière un hymne à la liberté et une leçon d’optimisme!

Traduit de l’espagnol (Argentine) par Delphine Valentin

Editions Buchet Chastel – 14 euros

LA SAISON DES FEUX – Celeste Ng

La Saison des feux celeste ng
La banlieue de rêve a des allures de trompe-l’oeil…

Pourquoi Izzy, la petite dernière d’une famille tout ce qu’il y a de plus comme il faut, a incendié son foyer dans cette banlieue toute proprette ? Les Shaker Heights, avec ses pelouses bien taillées et ses demeures cossues, situés à une distance raisonnable de Cleveland, sont le décor d’une rencontre entre deux familles, les Richardson, implantés depuis quatre générations, une mère journaliste locale et un père avocat, quatre enfants beaux et talentueux (Izzy, la dernière, a tout de même un caractère trempé) et les Warren, Mia, artiste photographe, et sa fille Pearl, qui s’installent pour de bon après des années d’errance. Entre les enfants, des liens se tissent, mais aussi entre Mia et Izzy, et Pearl et Mme Richardson.

Celest Ng joue avec le feu et les relations incandescentes entre mères (choisies, subies, détestées, adorées…) et filles (rebelles, cachées, adoptées, inquiétantes…) : les combinaisons changent et les personnages tendent aux autres des miroirs révélateurs. En filigrane, le secret des origines de Pearl, mais aussi le destin de la petite May Ling, tiennent en haleine un lecteur fasciné par ces personnages très bien dessinés.

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Fabrice Pointeau.

Sonatine – 21€

LE NUAGE POURPRE _ M.P. SHIEL

Après une expédition plus que mouvementée dans le froid du Pôle Nord, dont il reviendra seul, Adam se rend rapidement compte que l’humanité entière a succombé aux vapeurs d’un nuage toxique. Seul survivant de la planète bleue, il erre d’un point à l’autre du globe détruisant de grandes cités d’une part, construisant des palais de l’autre, tentant de trouver un sens à sa vie solitaire. Un comble de s’appeler Adam lorsqu’on est le dernier homme sur Terre.

M. P. Shiel s’amuse à torturer son personnage, un être social, par cette solitude immense et irrévocable. Cet isolement pousse Adam dans ses derniers retranchements et à beaucoup d’introspection: quelle peut être notre place dans le monde lorsqu’on y est seul pour le restant de nos jour?
Evidemment c’est la folie qui l’emporte, une mégalomanie qui le pousse à détruire les trésors de l’humanité pour construire de vains châteaux à la gloire de personne.

Le nuage pourpre est un livre intense, d’une écriture précise et sans détour. C’ est un roman ambitieux qui tient ses promesses de chef d’oeuvre post-apocalyptique. On a peine a croire que ce roman fut écrit au début du vingtième siècle!

Traduit de l’anglais par Jean Gibet

Chez L’Arbre vengeur – 18€