C comme… COMPTE D’AUTEUR

Pour éditer ses trépidants récits de pêche à la crevette et son incroyable recette de l’omelette aux champignons, Le Floch a trouvé un éditeur. C’est toute la différence entre un « people » et vous ou moi, qui devrons recourir au compte d’auteur pour publier la même daube. Il se passe rarement plus d’un mois sans que la chose se produise, et comme la dernière fois, c’était avant-hier, normalement je suis tranquille pour un moment. Ce qui me donne le recul nécessaire pour disserter sur le cauchemar récurrent commun à tous les libraires, j’ai nommé la visite de l’écrivain à compte d’auteur (ou pire, la visite de la grand-mère de l’auteur, et non hélas, je ne blague pas). Commençons par un brin de pédagogie : Qu’est-ce que le compte d’auteur ? Eh bien, c’est pour dire les choses clairement, une escroquerie qui peut rapporter pas mal d’argent sans faire courir trop de risques. Le principe est simple : vous montez avec trois francs six sous une boîte que vous appelez « Editions Tartempion », et vous appâtez le chaland en vous payant des encadrés dans la presse, faisant savoir que les Editions Tartempion recherchent, selon la formule consacrée, « de nouveaux talents ». Sachez qu’un éditeur peut manquer d’argent, de temps, de discernement voire d’inspiration mais que JAMAIS, au grand jamais, il ne manquera de manuscrits. Bien au contraire, l’éditeur attire les manuscrits comme la vache attire les mouches. L’un d’eux m’a même avoué qu’il fuyait systématiquement toute personne faisant mine de l’aborder avec une enveloppe kraft sous le bras. C’est dire si un éditeur digne de ce nom est prêt à claquer de l’argent pour recevoir des manuscrits qui de toute manière atterriront sur son…

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B comme… BRICOLAGE

Quel bonheur d'avoir un libraire bricoleur ! La librairie est un petit théâtre, vous diront les libraires lyriques et satisfaits. De fait, le quotidien peut avoir des allures de vaudeville (le samedi en septembre), un air de grosse production de Broadway (le 24 décembre) ou des relents beckettiens (un lundi au mois d’août). Mais loin de diriger l’ensemble, le libraire, même lyrique, n’est que le régisseur. Les mains qui tournent frénétiquement les pages de romans, de bandes dessinées, d’albums jeunesse, d’essais ne sont pas de délicates menottes mais bien des pognes calleuses et habiles, qui se précipitent sur la trousse à outils dès qu’elles le peuvent, qui changent une ampoule plus vite qu’Edison, et rafistolent en sifflotant. On reconnaît un libraire dans l’œuf à son nombre de médailles scout, ou à sa collection de vidéos de MacGyver. Donc on bricole en librairie, et comme des chefs ; les éditeurs l’ont bien compris et n’hésitent donc plus à expédier des PLV. Ce poétique acronyme désigne les publicités sur le lieu de vente, à savoir tous les présentoirs et autres mobiles ou paravents que les plantureux départements marketing des maisons d’édition inventent pour mettre en valeur une énième collection. Elles arrivent en kit et avec un mode d’emploi, quand il est vraiment nécessaire, digne d’un haïku : bref, hermétique et à double sens. Livré à lui-même, le libraire laisse son instinct bricoleur le guider et réaliser ce merveilleux présentoir en carton à l’aide de 18 morceaux de carton strictement identiques, mais qui se plient aussi ingénieusement qu’un origami niveau expert olympique. Peut-être vous souvenez-vous aussi de cette charmante tour pour mettre en valeur une collection pour enfant, d’un mètre cinquante de haut et agrémentée en…

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A comme… AVENIR NUMERIQUE

Devant l’ampleur de la tâche à accomplir, le libraire - même informatisé – est parfois saisi d’une immense fatigue Ce n’est pas pour me vanter, mais je trouve que l’Histoire accélère de plus en plus vite ces temps-ci, et même qu’elle pousse un peu. Hé, vous sauvez pas ! Vous vous doutez bien que je n’abuserais pas de votre temps avec des considérations oiseuses du style « Noël-est-à-peine-passé-que-c’est-déjà-Pâques-mon-Dieu-c’est-fou-Raymond ». Je sais que vous êtes des gens occupés et que si prenez sur vos précieuses heures de travail pour lire ce texte, c’est dans le but d’être mieux informés donc plus performants. Je vous ai compris… Aussi ne parlerai-je pas de mon histoire (encore qu’elle soit passionnante) ni même de la vôtre (franchement, quel intérêt ?) mais de l’Histoire telle qu’elle s’écrit sous nos yeux ébahis à l’instant même où nous la vivons. Vous l’avez compris (ou pas, mais là vous m’inquiétez) on va parler de choses sérieuses, puisqu’on va parler de MUTATIONS TECHNOLOGIQUES. J’aime bien le terme mutations technologiques, c’est suffisamment vague pour vouloir dire n’importe quoi, ça fait le mec qui sait de quoi il cause et puis cela fout la trouille. Surtout, ça fout la trouille… A moi en tout cas. Parce qu’à vous qui passez vos journées devant plein d’écrans à taper des trucs importants, cela a pu échapper, mais nous, libraires de quartier, pauvres gueux assis sur les marches de l’empire numérique, on vient de passer un cap. Si, si, je vous assure, même nous. Pour la première fois depuis l’ouverture de la librairie, on a envoyé cette semaine plus d’e-mails que de fax. Je sais, l’info est énorme, mais elle est véridique. Plus rien ne sera…

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