J comme… JEDI

Chevalier servant, de 10h à 19h30, du mardi au samedi, le lundi à partir de 14h. Youpala c’est le printemps, et ses vertus requinquantes ; on se recharge les batteries, on respire à pleins poumons, on bombe le torse et on avance d’un pas assuré vers un destin grandiose. Au boulot. Les plus téméraires enfourchent leur monture mécanique et la croisade commence. Vous ne pensiez tout de même pas que le bigleux libraire se satisfait du simple horizon de son tiroir caisse, qu’il se cache au monde derrière ses montagnes de cartons de livres craignant l’intrusion d’un hostile client dans sa grotte. Non mais vous me prenez pour Gollum ? non le libraire a des rêves de grandeur, une âme de chevalier, de conquérant, de croisé. Ok, ça ressemble plus à Don Quichotte et au Chevalier à la Charrette qu’à la Guerre des Etoiles. Celui qui suggère que la ressemblance est plus à chercher du côté de Sancho se prend les deux volumes de Cervantès sur le crâne. C’est susceptible un chevalier. Cependant, le chevalier a besoin d’un palefrenier. D’ailleurs, les candidats se bousculent au portillon pour rentrer dans la confrérie de la table bien rangée. Toutes ces légendes d’héroïsme et de romantisme propres au monde affriolant de la librairie attirent les foules. Chaque semaine apporte son lot de CV et de lettres de motivation. « Quel beau métier vous faites », « Comme j’aimerais travailler entouré de livres moi aussi » disent-ils, ignorant des vicissitudes propres au sacerdoce… car n’est pas chevalier Jedi qui veut, hein, il faut la foi, la force, certes, mais aussi une formation, ou une initiation. Devenir petit scarabée avant d’être adoubé, donc. Mais pas d’orthodoxie…

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J comme… JOYEUX NOEL

La magie de Noël Quand vient l’hibernation du libraire parisien, c’est-à-dire l’été, on se prend à songer à nos hivers besogneux. l'esprit de contradiction donc. Evidemment, au mois de janvier, on est en plein syndrome post traumatique voire en dépression post partum, et formuler ne serait-ce que la première syllabe de « Joyeux Noël » provoque l'apparition de tics ou de convulsions. En même temps ce n’est jamais arrivé que quelqu’un me souhaite un « Joyeux Noël » au mois de janvier, les gens ont un calendrier. Ou ils savent ce qu’ils risquent. Ah mais franchement, ces libraires qui se plaignent d’avoir des clients. La prochaine fois ils se plaindront de ne pas en avoir assez. Pour sûr, ça viendra. Pour faire dans la litote, à Noël, on ne s’ennuie pas. Les réserves débordent comme les chutes du Niagara, littéralement : on a failli perdre l’une des nôtres lors d’un glissement de cartons dans la réserve. Les piles sont si hautes et si astucieusement établies qu’on se croirait à New York. Et la vitrine tente d’allier réjouissances et bon goût. On a aussi fait des provisions de scotch, de pochettes et papiers cadeau comme si c’était comestible ou en voie d’extinction, et on s’échauffe les poignets pour emballer au plus vite, et les cordes vocales, en espérant tenir sur la longueur les enthousiastes discours prescripteurs qui nous caractérisent. Et la suite, vous connaissez : une densité humaine dans les zones commerciales qui va crescendo, des biceps qui sont sollicités plus que de raison pour porter des sacs de courses obèses, et une tension de plus en plus palpable à mesure que la deadline approche. Le libraire relève vaillamment les défis, trouve…

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