LA SAISON DES FEUX – Celeste Ng

La Saison des feux celeste ng
La banlieue de rêve a des allures de trompe-l’oeil…

Pourquoi Izzy, la petite dernière d’une famille tout ce qu’il y a de plus comme il faut, a incendié son foyer dans cette banlieue toute proprette ? Les Shaker Heights, avec ses pelouses bien taillées et ses demeures cossues, situés à une distance raisonnable de Cleveland, sont le décor d’une rencontre entre deux familles, les Richardson, implantés depuis quatre générations, une mère journaliste locale et un père avocat, quatre enfants beaux et talentueux (Izzy, la dernière, a tout de même un caractère trempé) et les Warren, Mia, artiste photographe, et sa fille Pearl, qui s’installent pour de bon après des années d’errance. Entre les enfants, des liens se tissent, mais aussi entre Mia et Izzy, et Pearl et Mme Richardson.

Celest Ng joue avec le feu et les relations incandescentes entre mères (choisies, subies, détestées, adorées…) et filles (rebelles, cachées, adoptées, inquiétantes…) : les combinaisons changent et les personnages tendent aux autres des miroirs révélateurs. En filigrane, le secret des origines de Pearl, mais aussi le destin de la petite May Ling, tiennent en haleine un lecteur fasciné par ces personnages très bien dessinés.

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Fabrice Pointeau.

Sonatine – 21€

LE NUAGE POURPRE _ M.P. SHIEL

Après une expédition plus que mouvementée dans le froid du Pôle Nord, dont il reviendra seul, Adam se rend rapidement compte que l’humanité entière a succombé aux vapeurs d’un nuage toxique. Seul survivant de la planète bleue, il erre d’un point à l’autre du globe détruisant de grandes cités d’une part, construisant des palais de l’autre, tentant de trouver un sens à sa vie solitaire. Un comble de s’appeler Adam lorsqu’on est le dernier homme sur Terre.

M. P. Shiel s’amuse à torturer son personnage, un être social, par cette solitude immense et irrévocable. Cet isolement pousse Adam dans ses derniers retranchements et à beaucoup d’introspection: quelle peut être notre place dans le monde lorsqu’on y est seul pour le restant de nos jour?
Evidemment c’est la folie qui l’emporte, une mégalomanie qui le pousse à détruire les trésors de l’humanité pour construire de vains châteaux à la gloire de personne.

Le nuage pourpre est un livre intense, d’une écriture précise et sans détour. C’ est un roman ambitieux qui tient ses promesses de chef d’oeuvre post-apocalyptique. On a peine a croire que ce roman fut écrit au début du vingtième siècle!

Traduit de l’anglais par Jean Gibet

Chez L’Arbre vengeur – 18€

Mercredi 16 mai, contes africains de Souleymane Mbodj

Mercredi 16 mai à 14h30, Souleymane Mbodj règle ses contes avec les animaux…

Souleymane Mbodj est un incroyable conteur que nous avons eu le plaisir de recevoir à plusieurs reprises : sa nouvelle parution chez Milan Contes d’Afrique : les animaux nous donne l’occasion de le faire venir une nouvelle fois. Et cette fois-ci, pour accueillir un maximum de monde, la séance de contes se déroulera à 14h30 à l’EspaceLudo, dans la Halle Sécrétan.

Venez donc  nombreux écouter ces histoires malicieuses, peuplées de lions, de hyènes et d’antilopes, qui incarnent si bien les travers humains : rusés, gloutons ou vaniteux, ils se chamaillent et se jouent des tours bien tordus… La morale de l’histoire est souvent bien facétieuse !

 

VOYAGE EN RÉPUBLIQUE DE CRABE – TARMASZ

Connaissez-vous la République de Crabe?

Cette île marécageuse et pleine de moustiques voraces est perdue au milieu de nulle part et surtout fermée aux étrangers. Ses habitants vivent en complète autarcie grâce à la culture de l’oignon d’eau qui leur sert de nourriture mais aussi de médicament et de textile pour s’habiller entre autres.

Maya, jeune femme dynamique et un peu tête brûlée, est envoyée en mission sur Crabe pour livrer un colis important. Elle a une semaine pour accomplir sa tâche, franchir les obstacles naturels et administratifs qui se dresseront devant elle. Durant son voyage épique elle a eu la bonne idée de tenir un journal avec pléthore de petits détails et d’informations sur les locaux de cette île infernale.

Ce carnet très graphique retranscrit avec beaucoup d’humour le parcours du combattant de Maya: elle se retrouve confrontée à une culture très différente de la sienne où le cours du temps n’a que peu d’importance. Les habitants de l’île de Crabe ont un certain flegme difficile à comprendre pour nous autres occidentaux pressés.

Le dépaysement est total!

Chez Delcourt – 19.99€

CLAUDINE À L’ÉCOLE – Lucie Durbiano

Claudine à l’école par Durbiano : les adolescentes prennent le pouvoir.

Claudine est l’une des grandes de sa classe de jeunes filles et prépare cette année son examen du brevet secondaire. Dans cette France de la Belle époque et de la tranquille Troisième République, Claudine ballade librement son impertinence, à l’école, sur les bancs de la classe de Mlle Sargent, à la maison, où son père s’occupe plus de ses travaux scientifiques que de l’éducation de sa fille, dans la forêt avec Claire, sa soeur de lait devenue gardienne de troupeaux. Avec l’arrivée d’Aimée, la si bien nommée nouvelle institutrice, le petit monde de Montigny va drôlement s’agiter.

Lucie Durbiano illustre et interprète la Claudine de Colette avec une fraîcheur et un plaisir évident. Son dessin faussement naïf dit toujours* bien cette éducation sentimentale : les jeunes filles sont en fleur et charmantes mais affirment leur désir là où on les attend pas. Le gynécée de l’école de jeunes filles est l’objet de toutes les attentions, plus ou moins romantiques. Claudine évolue avec une liberté de ton et de parole incroyable, qui donne à cette comédie du badinage une saveur incomparable.

Gallimard BD – 20 €

*Lisez donc Lo, Orage et désespoir, Le Rouge vous va si bien, Trésor. La ligne claire de Lucie Durbiano est une merveille…

L’ÂME D’UNE PIEUVRE – SY MONTGOMERY

Elle est au cœur de nombreux mythes et légendes, souvent représentée sous forme de monstre gigantesque responsable de nombreux naufrages. Alors qu’elle hante nos cauchemars, la pieuvre se révèle être un animal intelligent, délicat et surprenant. Ces céphalopodes si éloignés de nous en apparence, nous ressemblent bien plus que nous le pensons: elles savent se servir d’outils, sont très curieuses et ont leurs humeurs et leur personnalité.

Sy Montgomery est autrice, journaliste et surtout passionnée par la nature et les animaux. Dans L’âme d’une pieuvre, elle nous raconte comment elle a fait connaissance avec une des plus étranges créatures du globe.
A mille lieues des clichés habituels sur les octopodes, Sy Montgomery nous fait découvrir les pieuvres sous un angle nouveau. Entourée de nombreux soigneurs expérimentés, elle a pu rencontrer quelques spécimens exceptionnels dans le Grand Aquarium de Boston et partager avec eux des moments inoubliables. Toujours en quête de savoir sur ce fantastique animal elle est allée les trouver à l’état sauvage, après un entraînement de plongée intensif.

Bien plus qu’un simple reportage animalier, L’âme d’une pieuvre se dévore comme un roman avec des moments émouvants et des découvertes à chaque page.

Traduit de l’anglais (US) par Gabriella Zimmermann.

Calmann-Lévy – 20.90€

DANS LES ANGLES MORTS – Elizabeth Brundage

Qui a tué Catherine, avec une hache, dans la chambre à coucher ?

Durant l’hiver 1979, une charmante mère de famille est assassinée à la hache. Catherine Clare et son mari, professeur d’histoire de l’art à l’université locale, étaient arrivés avec leur fillette quelques mois plutôt dans cette petite ville de l’état de New York. Peu à peu, l’histoire de ce couple, puis celle de la maison qu’ils ont achetée et de la famille qui l’occupa auparavant nous sont dévoilées.

Dans les angles morts visite les recoins cachés des existences d’une petite communauté : tout le monde a ses secrets, même un mari pour sa femme, ou une mère pour son fils. La famille Hale et la famille Clare, qui occupent successivement la même demeure, sont patiemment effeuillées et scrutées, de même que les décors dans lesquelles elles évoluent (l’université, la ville de Chosen, la ferme des Hale, New York). Elizabeth Brundage a un vrai talent pour le suspense et les personnages, qui ont une belle épaisseur : je vais haïr pendant encore longtemps le personnage de George…

Traduit de l’anglais ( Etats-Unis) par Cécile Arnaud.

La Table Ronde Quai Voltaire – 22,50 €

QUI MENT? – KAREN MCMANUS

Couverture: Qui ment? Karen McManusDans un lycée aux Etats Unis, cinq élèves très différents se retrouvent en colle pour une histoire de téléphone portable. Tous se défendent d’avoir utilisé leur smartphone en classe mais leur surveillant reste de marbre. Alors qu’un accident de voiture anodin se produit sur le parking, le surveillant laisse les élèves seuls et l’un d’entre eux meurt subitement de ce qui semble être une allergie aux arachides.

Tous les élèves du lycée sont choqués mais rapidement, une question revient sur toutes les lèvres: Qui a tué Simon? Le jeune homme prenait trop de précautions avec ses allergies alimentaires: son décès ne peut être un accident. D’autant qu’avec son blog diffusant régulièrement des informations humiliantes et des petits secrets des élèves, il n’avait pas que des amis!

Très vite l’enquête se concentre sur les quatre lycéens présents avec lui en salle de colle. Quels sont leurs secrets? Quels sont leurs liens avec Simon?

« Qui ment? » est un roman qui vous immerge dans l’univers impitoyable des lycées américains. Chacun juge les autres et le paraître est d’une importance capitale. Suivez le quotidien de ces quatre élèves enfermés dans leur supposée identité et étouffés par les étiquettes.
Dans ce roman, le monde cruel de l’adolescence est retranscrit avec beaucoup de réalisme. Vous découvrirez des personnages plus complexes qu’il n’y paraît et une intrigue bien ficelée qui vous tiendra en haleine.

Un roman à lire d’une traite dès 14 ans.

Traduit de l’américain par Anne Delcourt

Chez Nathan –  17.95€

AMATKA _ KARIN TIDBECK

Couverture: Amatka de Karin TidbeckVanja, jeune assistante d’information est envoyée à Amatka pour faire une enquête de satisfaction sur les produits d’hygiène utilisés par les habitants. Ce qui devait être au départ un bref voyage professionnel prend une tournure inattendue. Cette colonie isolée est rongée par les tabous et les règles de vie strictes: surveiller le moindre de ses effets personnels et l’avancée de leur décomposition est capital pour éviter la contamination de la colonie par une étrange matière donc chaque objet est composé.
Vanja va tenter de s’adapter à ce nouveau mode de vie mais se laissera rattraper par ses propres démons. Elle fera aussi connaissance avec une forme de résistance au pouvoir en place qui mettra à mal toutes ses certitudes.

« Amatka » est une dystopie dans la droite lignée du « 1984 » de Georges Orwell ou de « La servante écarlate » de Margaret Atwood. L’écriture directe et sans fioritures de Karin Tidbeck vous plonge dans une ambiance glaciale et confinée. Elle a su retranscrire les sensations de malaise et de doute des personnages avec beaucoup de finesse et de réalisme. Laissant toujours le lecteur dans une sorte de flou, ne faisant que très peu de révélations sur les mystères d’Amatka, ce roman est une véritable expérience immersive dans une société de la peur et du contrôle.

« Amatka » a su se démarquer des autres romans (très nombreux!) du genre et nous offre un très beau moment de lecture.

Traduit du suédois par Luvan

Chez La Volte – 20€