LA TRAHISON DES EDITEURS – Thierry Discepolo

Partager sur facebook
Facebook

TRAHISON Editeur chez Agone, maison de sciences humaines indépendante et solidement ancrée à gauche pour la situer en deux mots, Thierry Discepolo livre sa vision de l’édition en France aujourd’hui. Ce point de vue intéressera ceux et celles qui se sentent concerné(e)s par la question des idées et de leur diffusion, même si l’auteur suppose chez son lecteur un certain nombre de connaissances sur la diffusion et la distribution qui sont quand même assez pointues. Ce bémol mis à part, la lecture du bouquin se révèle instructive et intéressante, parce qu’elle offre un éclairage différent du tableau de famille attendrissant que peint la presse généraliste chaque fois qu’elle s’intéresse à l’édition. Pour simplifier, les “gentils” indépendants (artisans qui travaillent à l’ancienne, mus par l’amour du métier) contre les “méchants” (groupes internationaux qui ne pensent qu’à faire du pognon).

De fait, l’analyse de Thierry Discepolo est assez sévère pour une certaine édition prompte à brandir le drapeau de l’indépendance quand cela l’arrange, (Gallimard et Actes Sud en particulier en prennent pour leur grade) mais qui applique avec zèle exactement les même règles que les “méchants” de l’histoire : Hachette et Editis (un temps propriété du sympathique baron Sellières, avant d’être revendu avec un max de profit) pour ne pas les nommer. L’auteur pointe aussi la capacité des éditeurs “mainstream” toutes tendances confondues à “récupérer le marché” des livres “contestataires”, dès que ceux-ci révèlent un potentiel commercial. Si Thierry Discepolo prend la plupart de ses exemples dans le monde des sciences humaines, il n’est pas très compliqué d’en trouver d’autres : dans le monde de la BD “d’auteur”, ou “BD indépendante” par exemple, c’est exactement la même chanson.
Ceci dit, on n’est pas obligé de suivre Discepolo jusqu’au bout. Du point de vue du libraire, du mien en tout cas, on ne peut pas mettre Gallimard et Actes Sud dans le même panier que les deux “gros”. Sans dire que tout soit toujours rose, on peut trouver chez les uns une prise en compte des contraintes et de la situation des libraires indépendants, qu’on cherche en vain chez les autres. Cela n’ôte rien, sans doute, à la pertinence du bouquin de Thierry Discepolo, mais cela mérite quand même d’être rappelé.

Agone – 15 euros

Pour poursuivre la lecture