CARL ET ELSA S’ECHAPPENT & CARL ET ELSA PRENNENT LE LARGE – Jenny Westin Verona & Jesus Verona

carl et elsa prennent le large
Les pieds dans l’eau…
Carl et elsa s'échappent
… ou la tête dans les arbres.

Carl et Elsa sont une attachante paire de héros : on les suit lors de leurs jeux, dans le jardin et à la plage, lorsqu’ils échappent à la vigilance des adultes et s’enfoncent avec délice dans leur univers imaginaire. Ils construisent une cabane dans la jungle sous le regard d’un crocodile et d’un loup dans le jardin de Carl, puis fabriquent un piège sur la plage préférée d’Elsa. Ils se disputent, prennent peur, font des rencontres inattendues  et vivent de grandes aventures avant de retrouver le chemin du réel (et du goûter…). Les textes et les dessins rendent joliment les fantaisies enfantines, et les décors sont délicatement ouvragés, peuplés d’animaux, de fleurs, de plantes colorées. Un très beau moment de lecture à partager avec les petits.

Traduit du suédois par Marie Valera.

Cambourakis – 14€

TROIS ALBUMS FONT LE PRINTEMPS

Voilà le printemps, et avec lui une jolie moisson d’albums jeunesse fleuris et parfumés pour les 5-7 ans !

arboretum
La vie secrète des arbres en couleurs !

L’arboretum, voyage au pays des arbres de Nancy Guilbert & Anna Griot (éditions Courtes et longues, 22€) : un oiseau vient chercher un enfant au petit matin pour lui présenter ses amis, des plantes toutes plus étonnantes les unes que les autres, grâce à leurs couleurs, leur taille, leurs talents d’imitation ou leur parfum. La narration est entrecoupée de doubles-pages documentaires pour présenter les essences ; on se laisse emporter avec beaucoup de plaisir et de curiosité. L’illustration à l’aquarelle, très intense, est particulièrement réussie, choisissant des couleurs franches et jouant avec les contrastes forts.

 

plantes vagabondes emilie vast
Il faut être maline pour prendre racine…

Plantes vagabondes d’Emilie Vast (Memo, 17€) : les plantes prennent la parole et exposent leurs stratégies et leurs exploits pour se reproduire. Elles s’envolent, rampent, tombent, s’agrippent, flottent ou sont mangées pour mieux pousser plus loin. Avec son trait précis, Emilie Vast dessine avec finesse et en noir les feuilles et les troncs, pour mieux faire ressortir les couleurs des fleurs et les fruits. Les explications sont claires et ludiques, comme si un herbier s’animait et nous faisait la causette. Le charme d’Emilie Vast continue à agir…

 

rosie pink lisa zordan didier lévy
Rosie Pink, et légèrement punk, préfère les mauvaises herbes aux fleurs sages.

Rosie Pink de Didier Lévy & Lisa Zordan (Sarbacane, 15,50€) : Rosie Pink est la fille d’un jardinier perfectionniste qui entretient sa roseraie avec minutie, taille les fleurs et arrache les mauvaises herbes. Rosie prend en pitié ces fleurs méprisées et réclame un morceau de jardin pour les installer. Elle a, comme son père la main verte, et les plantes s’épanouissent… La petite fille va habilement rappeler à son père que la nature sauvage est surprenante et capable de bien des beautés, et qu’il n’est pas nécessaire d’être parfait pour être beau. Cette histoire de jardiniers, père & fille, a tout pour plaire, avec une héroïne piquante et des décors soigneusement chamarrés.

LA VÉRITÉ ATTENDRA L’AURORE – AKLI TADJER

Mohamed est un ébéniste de talent mais c’est surtout un homme mélancolique et seul. Dans l’atelier parisien du passage du Grand-Cerf qui est aussi son antre, cela fait plus de vingt ans qu’il occupe ses jours sans les vivre véritablement. Car sa vie a volé en éclats un jour d’été 1993 lorque, en vacances en Kabylie avec son frère Lyes, les deux jeunes hommes furent enlevés par un commando des GIA. Seul Mohamed parvint à s’enfuir, et il n’arrive pas à se consoler de la perte du frère adoré, si brillant, promis à un si bel avenir. Par sentiment de culpabilité peut-être, parce qu’il lui est de mettre les mots sur la douleur qui l’assaille, il quitte Nelly, son amoureuse, sans lui donner d’explications. Ce sont les retrouvailles tout à fait fortuites avec Nelly, bien des années après, qui vont replonger Mohamed dans une histoire qu’il pensait définitivement écrite.

Livre plein de nostalgie et de poésie, vibrant hommage aux cinémas de quartier,  La vérité attendra l’aurore est aussi un roman à l’intrigue très habilement ficelée qui happe le lecteur dès les premières lignes et le tient en haleine jusqu’à la toute fin. C’est également un très beau roman familial où sont explorés les thèmes de la double culture, de la difficulté parfois à trouver sa place. Le portrait du père, plein de pudeur et d’émotion, est tout simplement superbe. Une très belle lecture, hautement recommandée.

Editions Jean-Claude Lattès – 18 euros

L’URUGAYENNE – PEDRO MAIRAL

Cela va moyen moyen dans la vie de Lucas Pereyra, écrivain argentin d’une petite quarantaine d’années. Sa vie est un enfer domestique entre son gamin qui accapare tout son temps et sa femme qui s’éloigne peu à peu. Financièrement il tire le diable par la queue et professionnellement ce n’est pas tellement plus brillant puisqu’il n’arrive pas à écrire le roman qu’il doit à son éditeur. Seul rayon de soleil, le voyage express que Pereyra doit faire à Montevideo, la toute proche capitale de l’Uruguay pour récupérer en personne l’argent des droits des ventes uruguayennes de ses bouquins et échapper ainsi à un taux de change argentin trop défavorable. La femme de Pereyra compte beaucoup sur cet argent mais ce qu’elle ignore c’est que son mari compte bien mettre à profit cette escapade pour revoir la pétillante Guerra, jeune uruguayenne qu’il a vaguement baisouillé à l’occasion d’une convention littéraire que tous deux ont fréquenté l’année d’avant. Aussi riche de promesses qu’elle paraisse, l’équipée uruguayenne de Pereyra ne va pas s’avérer de tout repos…

Un récit désopilant sur la vie de couple et les petites compromissions… et d’une certaine manière un hymne à la liberté et une leçon d’optimisme!

Traduit de l’espagnol (Argentine) par Delphine Valentin

Editions Buchet Chastel – 14 euros