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HOTEL DU GRAND CERF – Franz Bartelt

Vertigo Kulbertus est une sorte  d’Ignatius Reilly a qui on aurait eu l’idée saugrenue de refiler une carte de la Police Nationale. Comme le héros de La conjuration des imbéciles, il s’avance précédé d’un estomac  considérable, qu’expliquent un appétit et une pépie  hors du commun. A l’instar de son cousin américain, Vertigo Kulbertus a une assez haute opinion de sa « petite » personne, opinion pas forcément injustifiée car l’efficacité des méthodes qu’il déploie est à la hauteur de leur originalité. Si vous cherchez un roman noir classique, passez votre chemin. En revanche, si vous êtes ouvert à l’originalité, ce petit bijou d’humour noir est une petite pépite qui mérité toute votre attention, d’autant que l’intrigue est solide et ménage le suspense. Auteur prolifique (plus de 40 romans au compteur), Franz Bartelt peut compter sur un public fidèle. A la lecture de Hôtel du Grand Cerf, on comprend bien pourquoi.

Le seuil – 20 euros

 

jeudi 30/03 – POETIQUE DU ROCK [oralité voix et tumultes]

Rencontre avec Gérard Le Vot jeudi 30 mars à 19 H 30 à la librairie Les Buveurs d’Encre 

à l’occasion de la parution du livre Poétique du rock [oralité, voix & tumultes] aux éditions Minerve.

Culture essentiellement orale, musique de la gestuelle et du corps : plus que d’autres formes musicales, le rock résiste à une analyse qui serait fondée seulement sur l’écriture musicale. Dans  POETIQUE DU ROCK [Oralité, voix et tumultes] Gérard Le Vot écarte l’anecdote et la légende pour définir une esthétique propre au rock des premières décennies. A partir de l’audition des performances live et des disques référents, Gérard Le Vot interroge la forme du rock : les bruits, les mouvements, ces « tumultes » qui sont l’essence du rock et annoncent les musiques du futur.

Venez nombreux(ses) pour échanger autour du rock avec Gérard Le Vot. Un pot amical et une séance de dédicace clôtureront cette rencontre.

 

. Photographie © musicologie.org

Gérard Le Vot est l’auteur de disques et de travaux sur les troubadours, la musique médiévale et l’esthétique des musiques populaires. Chanteur et poète, il joue de la harpe électrique et poste des vidéos musicales sur YouTube. Gérard Le Vot est lauréat du Prix Charles Cros (1981) et du  Prix Paul Zumthor (1987).

 

Librairie les buveurs d’encre : 59 rue de Meaux – 79019 Paris. M° Jaurès

LA PERMANENCE DES REVES – Christophe Carpentier

carpentierIl n’est pas si fréquent d’être mis en présence d’un roman aussi original, aussi dérangeant, aussi réussi que La permanence des rêves. Aussi difficile à proposer, est-on tenté d’ajouter, tant le sujet du livre est de nature à faire fuir le lecteur potentiel. En voici un bref résumé :

Humphrey Winock, chercheur américain et fondateur d’une association de lutte contre les sectes, est convié à faire une série d’interventions à l’université de Princeton, avec comme objectif de déconstruire le mythe qui se développe autour de Thomas Prudhomme, un gourou d’un type particulier contre lequel la panoplie d’outils juridiques habituellement utilisés s’avère inefficace.

L’entourage de Prudhomme récuse d’ailleurs ce qualificatif et revendique pour lui le statut d’œuvre d’art. Une œuvre d’art extrême puisque Thomas Prudhomme s’est volontairement fait amputer des quatre membres, qu’il s’est fait crever les yeux, couper la langue et  ôter la cloison nasale. Privé de tous ses sens, il s’expose depuis deux ans dans un hôtel particulier parisien et sur l’internet.

Cette « performance »  déclenche à travers le monde une série d’automutilations commises par  des individus fragiles qui souhaitent mettre en pratique le concept de « vérité cellulaire » théorisé par certains à partir de l’acte de Prudhomme. La fascination pour Prudhomme se trouve encore renforcée par le total mystère qui enveloppe l’individu et son acte fou. Car de lui, le public ne sait rien. Thomas Prudhomme est « apparu » du jour au lendemain dans l’hôtel de l’avenue Frochot et sur la toile. Son exposition ne s’accompagne d’aucun manifeste, laissant la voie libre à tous les délires et aux supputations les plus folles. Lesquelles ne manquent pas, certains en font un nouveau messie.

C’est cette fascination qu’Humphrey Winock se donne pour mission de combattre. Et pour démythifier Prudhomme, il enquête sur son passé, cherche à identifier les racines du mal et, surtout, à ramener l’acte de Prudhomme à ce qu’il est à ses yeux : le geste insensé, pathétique et pitoyable d’un pauvre fou. Ramener Prudhomme au statut de victime de sa propre folie afin qu’il n’inspire que la pitié.

L’enquête menée par Winock est le fil narratif du livre et l’objet de ses interventions successives auprès des étudiants de Princeton. Cette parenthèse universitaire dans la vie de Winock, qui n’est pas enseignant de métier, correspond à une phase de remise en question personnelle.  Remise en question de son rapport à Thomas Prudhomme, qui devient plus ambigu au fur et à mesure que progresse la narration,  remise en question de sa vie actuelle, un total naufrage  depuis le drame personnel qui l’a frappé, drame à l’origine de son engagement.

Sur notre rapport au corps, sur l’art contemporain, mais avant toute sur les valeurs de notre modernité, notre besoin de transcendance, La permanence des rêves est un roman qui pose plus de questions qu’il n’apporte de réponses. C’est ce qui fait sa richesse et son intérêt. Un très bon, peut-être même un grand livre.

 

Editions P.O.L – 21 euros