Archives pour l'étiquette western

EQUATEUR – Antonin Varenne

Du grand roman d’aventures, désespéré et somptueux.

Pete Ferguson quitte le ranch Fitzpatrick et prend la tangente après la mort du vieux Meeks, dont on le rend responsable. Il rejoint des chasseurs de bisons sur la piste des derniers troupeaux, puis continue encore sa route après avoir descendu l’un des leurs ; il croise ensuite des comancheros (des villageois frontaliers qui faisaient commerce avec les Indiens), qui doivent fuir au Mexique. Pete passe aussi la frontière mexicaine, accepte d’assassiner le chef des comancheros pour un notable, et descend, toujours plus au sud, en direction du Guatemala, puis de la Guyane, et du Brésil. Il cheminera avec à ses côtés Maria, Indienne Xinca révoltée.

Après Trois mille chevaux vapeur, Antonin Varenne reprend la route et la plume avec ce nouveau roman d’aventures, genre où il excelle. Ce récit a du souffle, avec des paysages et des atmosphères crépusculaires impressionnants : le personnage de Pete, runaway inquiétant et imprévisible, traverse le continent américain avec l’idée absurde que de l’autre côté de l’équateur, le monde s’inverse. Durant son périple, il écrit à ceux qu’il a laissés derrière lui, ou qui sont morts (son frère, son père, Alexandra, et Bowman, dont nous avions fait la connaissance dans Trois mille chevaux vapeur) : un voyage au bout de l’enfer ou de la culpabilité, s’il n’y avait cette rencontre avec Maria, personnage tragique qu’il sauve, et qui le sauve à son tour. Hormis cette couverture (mais pourquoi ?…), ce roman est admirable…

Albin Michel – 20,90 €

LES COWBOYS ATTAQUENT !

Ce mois-ci, vous lirez du western, et du bon !

Génial. Jouissif.

Gus tome 4 Happy Clem – Christophe Blain (Dargaud, 16,95€)

Le tant annoncé et tant attendu nouveau tome de Gus est arrivé : quelle joie de retrouver Gus, Bratt et Clement, mais aussi sa femme Ava, devenue écrivain à succès, et sa fille Jamie, digne héritière de son paternel. Les beaux bandits ont du mal à raccrocher leurs colts et à se ranger, alors ils continuent à braquer des banques autant pour l’argent que pour le frisson… mais ils vieillissent, alors les coups sont plus difficiles à réaliser. Et Clement croise la route d’un redoutable spécialiste en explosifs, et d’un colonel prêt à tout pour le coffrer.

Le dessin de Blain est toujours aussi magique, avec des visages empruntés aux stars du cinéma qui se fondent dans son décor et ses personnages, des scènes d’action drôlement bien rythmées, des personnages féminins aussi séduisants qu’inquiétants. Quel plaisir de lecture…

Le western comme opéra gore.

Scalp – Hugues Micol (Futuropolis, 28€)

Sous-titré « La funèbre chevauchée de John Glanton et de ses compagnons de carnage », Scalp annonce la couleur : vous allez plonger dans la face sombre de la conquête de l’Ouest. John Glanton est soldat lors de la guerre contre le Mexique, Texas Ranger, puis mercenaire auprès d’autorités qui veulent se débarrasser des Indiens, payé au nombre de scalps rapportés, ce qui incite son gang à toutes les exactions.

Cette odyssée violente est mise en scène dans de grandioses compositions, des scènes monstrueuses où la puissance du trait d’Hugues Micol éclate. Son pinceau et son encre noire décrivent une toute autre facette du mythe américain et de sa « destinée manifeste » : un somptueux décor peuplé de charniers.

Le retour du croque-mort outlaw : classique et très efficace.

Undertaker tome 3 L’ogre de Sutter camp – Xavier Dorrison & Ralph Meyer (Dargaud – 13,99€)

Après un premier diptyque très réussi, voici une nouvelle histoire du croque-mort Jonas Crow, et son équipage inattendu, la gouvernante anglaise Rose et la domestique chinoise Lin. Appelés pour l’enterrement d’une femme, Jonas est pris à parti par le veuf,  le colonel Warwick, une de ses vieilles connaissances militaires de la Guerre de Sécession, qui crée un beau désordre lors de la veillée funèbre en hurlant que « l’ogre de Sutter camp est vivant ». Jonas, le colonel Warwick, Rose et Lin vont partir sur les traces de ce sinistre personnage, un médecin itinérant qu’ils retrouvent en Oregon.

Cette série classique, dans la lignée de Blueberry, est un vrai plaisir : le passé de Jonas Crow se dévoile au fur et à mesure des albums, les rapports entre les personnages s’étoffent et les intrigues mettent en scène de bons gros méchants, qu’on aimerait châtier nous-mêmes…

L’album le plus drôle de l’Ouest.

Jolly Jumper ne répond plus – Guillaume Bouzard (Dargaud, 13,99 €)

Guillaume Bouzard est un auteur précieux, dont le travail me fait immanquablement hurler de rire… avec son sens de l’absurde et du décalage, il s’attaque au cowboy qui tire plus vite que son ombre (mais pourquoi tirer sur son ombre ?), Lucky Luke. Sauf que Jolly Jumper ne lui parle plus ce qui déstabilise grandement le lonesome cowboy. Mais pourquoi son cheval ne lui cause plus ? Vous retrouverez aussi les Dalton en grève de la faim, une discussion sur l’addiction aux brindilles, et l’épineuse question du renouvellement de la garde-robe de Lucky Luke. C’est hilarant : pour glousser sans modération !

 

 

Une mort qui en vaut la peine – Donald Ray Pollock

MORT PEINEEn deux livres seulement (un recueil de nouvelles, Knocktemstiff, puis un roman Le diable, tout le temps) Donald Ray Pollock s’est imposé comme l’une des voix majeures de la littérature étasunienne. Si ses lecteurs ont déjà pu apprécier la force évocatrice de l’écriture de Pollock, ses personnages cabossés impossibles à oublier (et ici, ils ne seront pas déçus), la dimension comique de ses récits a pu échapper à certains. Dans Une mort qui en vaut la peine, on retrouve tout ce qui a fait le succès mérité de Pollock avec en plus une bonne dose d’humour noir. Le Figaro littéraire qualifie le bouquin mieux que je ne saurais le faire en évoquant « un croisement entre Faulkner et les frères Coen ».

Cette fresque sociale et familiale nous emmène dans le sud des Etats-Unis, au début du 20ème siècle où nous suivons principalement une fratrie de métayers qui embrassent une carrière de criminels pour sortir d’une existence de misère. Un thème qui n’est pas sans rappeler La culasse de l’enfer un autre grand western social sorti dans cette même excellente collection et dont on recommande aussi chaudement la lecture.  Le dernier Pollock est d’une qualité équivalente ce qui me fait dire que c’est le roman américain à lire en priorité dans cette rentrée.

Traduit de l’anglais (E.U.A) par Bruno Boudard

Albin Michel – Coll. Terres d’Amérique – 22.90 euros

L’ODEUR DES GARCONS AFFAMES – Loo Hui Phang & Fréderik Peeters

Un western qui se joue du genre...
Un western qui se joue du genre…

Une petite virée dans l’Ouest américain ? Au lendemain de la Guerre de Sécession, Oscar, photographe, fuit New York et accompagne Wringley, représentant d’une mystérieuse compagnie pour fixer sur plaques les paysages et les indigènes de l’Ouest, voués à disparaître selon l’inquiétant Wringley. Le troisième comparse est Milton, un jeune homme de 17 ans qui s’occupe du campement et des chevaux. A mesure que le voyage se déroule, les secrets de chacun se dévoilent.

Cette variation sur le western, genre qui est l’objet en ce moment d’un joli renouveau (en bande dessinée, mais aussi en littérature, étrangère et française d’ailleurs, et au cinéma), propose les éléments traditionnels, les décors spectaculaires, l’équipée virile, les indiens mystérieux, les chevaux omniprésents, et rajoute des dimensions plus inattendues : une dimension surnaturelle et une dimension homosexuelle. De quoi déboussoler le lecteur, tout comme ces ouvertures de chapitres avec des images sens dessus-dessous, à l’image de ce que voit Oscar dans son appareil photographique. On retrouve avec beaucoup de plaisir le dessin de Peeters, l’auteur des indispensables Pilules Bleues, avec ses personnages aux silhouettes et aux visages saisissants. Le travail de la couleur, tout en brun et bleu, est soigné. Pas d’attaque de banque ou de train donc, mais un huis-clos dans les grands espaces où l’on parle de désir, de sexe et de fantômes : un western plein d’inventivité!

Et la version live, pour le site de boulevarddelabd!

Casterman – 18,95€

SYKES – DUBOIS & ARMAND

SYKESAvis aux amateurs de westerns : en voici un de la meilleure facture qui convoque et traite de manière magistrale  les thèmes les plus classiques du genre.

Sykes est marshall, c’est-à-dire agent fédéral, quelque chose comme l’ancêtre des agents du F.B.I. Dans l’Amérique de cette fin de 19ème siècle, les marshalls sont envoyés par monts et par vaux pour faire respecter la loi, suppléer les shérifs défaillants, mettre hors d’état de nuire des hors-la-loi particulièrement coriaces…

Tireur à l’adresse surnaturelle, Sykes est une véritable légende vivante. Cela fascine Jim, un gamin d’une douzaine d’années dont Sykes fait la connaissance à l’occasion d’une halte dans une ferme. Jim y vit seul avec sa mère, une situation dangereuse car la redoutable bande des Clayton, des bandits légèrement psychopathes, rôde dans la région. Sykes n’est malheureusement pas là le  jour où les Clayton passent à l’attaque. Le gang tue la mère de Jim, qui réussit à s’enfuir jusqu’à la ville où il retrouve le marshall. Sykes part à la poursuite des assassins accompagné du marshall O’Malley et de Renard-Gris, un ancien éclaireur indien.

Voilà le point de départ de cette aventure dont le scénario concocté par Pierre Dubois est remarquable. Il donne une vraie densité à chacun des personnage sans négliger l’intrigue, qui offre son lot de rebondissements.  Au dessin, Dimitri Armand restitue merveilleusement les ambiances des villes de l’ouest, des saloons, les grandes étendues désertes. On s’y croirait. A découvrir sans tarder !

Editions Le Lombard – 16.45 euros

Et voici la version radio!

IL RESTE LA POUSSIERE – SANDRINE COLLETTE

POUSSIEREJ’avais lu et beaucoup aimé à sa sortie en 2013 le premier roman de Sandrine Collette, Des noeuds d’acier, sorte de Délivrance à la sauce morvandelle et  comme j’avais également entendu dire pas mal de bien des deux romans qui suivirent, je me plongeai avec impatience dans la lecture  du quatrième opus de la dame (un livre par an, belle productivité) dès réception du service de presse.

J’étais parti pour lire un thriller (la collection qui accueille le titre s’intitule Sueurs Froides) , mais sans vouloir à tout prix faire rentrer chaque livre dans sa petite case et être un obsédé du classement, force est de reconnaître que si Il reste la poussière est un excellent roman, c’est davantage un western qu’un thriller. Il ne reprend pas les codes du genre : intrigue, double-jeu, retournements de situation et soigne particulièrement les descriptions et les ambiances. On est plus proche de Ron Rash (pour les descriptions) ou de David Vann (pour l’atmosphère familiale pesante et vénéneuse) que de Stephen King.

Il reste la poussière nous emmène au bout du monde, en Patagonie, à la fin du 19ème siècle. Le monde est en train de changer et les grosses exploitations se développent au détriment des petits éleveurs. La famille de Rafael vit dans une exploitation coupée du monde, sous la coupe d’une mère autoritaire et mutique. Les deux aînés de la fratrie terrorisent Rafael, le petit dernier,  qui trouve son seul réconfort auprès de son cheval et de ses chiens. Le cadet, quant à lui, compte les coups et n’ouvre presque plus la bouche depuis qu’il a assisté à un drame familial qui l’a profondément traumatisé.

Tiraillé entre la peur, l’attachement au clan et l’envie de s’en émanciper, Rafael va-t-il profiter de l’occasion qui s’offre à lui pour fuir une vie misérable où règne la violence ? C’est l’un des enjeux de ce très beau roman qui montre toute l’étendue du talent de l’auteur.

Denoël – 19.90 euros

AVALER DU SABLE – ANTONIO XERXENESKY

AVALERDes familles rivales, une tenancière de saloon délurée, un shérif taiseux sorti de nulle part, une jeune fille séduite par le fils de la famille adverse… on tient là tous les ingrédients d’un western classique. L’originalité d’Avaler du sable tient à la façon qu’a l’auteur de les assembler. Car Avaler du sable c’est un western et c’est en même temps l’histoire de Miguel, l’homme en train d’écrire le western que nous lisons par dessus son épaule, western qui retrace l’histoire (fantasmée ? jusqu’à quel point ?) de ses ancêtres dans la petite ville poussiéreuse de Mavrak, au beau milieu de nulle part.

Cette mise en abyme, plutôt réussie, donne du relief au thème qui traverse le roman : l’incompréhension entre père et fils et l’inévitable déception qui s’ensuit. Surtout,  elle confère au roman un faux rythme qui nous indique que justement, on n’est  pas en train de lire un western classique.  Bien vu aussi le contraste entre l’atmosphère crépusculaire du récit installée dès l’incipit (« Et les morts reviendront à la vie ! » s’exclama le chaman dans la nuit) et le côté foutraque assumé qui tire le roman vers la série B et empêche qu’à aucun moment on ne prenne cette histoire tout à fait au sérieux.  Si on doit se risquer à faire un parallèle, le nom de Tarantino vient assez naturellement à l’esprit. Plus précisément, le roman de Xerxenesky me fait penser à Une nuit en enfer une réjouissante série B  de Robert Rodriguez, scénarisée par Quentin Tarantino, justement.

Un premier roman avec de belles promesses, à découvrir, qu’on soit ou non amateur de westerns.

Traduit du portugais (Brésil) par Mélanie Fusaro

Editions Asphalte – 15 euros.