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L’été circulaire – Marion Brunet

Il y a le Midi, le soleil et  les cigales mais on ne trouvera aucune image d’Epinal et bien peu de douceur dans le beau et sombre roman de Marion Brunet.

Roman social, roman noir, l’été circulaire c’est l’histoire de deux frangines, Céline et Jo, qui traînent leur adolescence dans le lotissement d’une petite ville du Midi. Deux frangines qui aimeraient bien que leur vie commence enfin, qui voudraient y croire mais craignent de passer à côté à l’instar de leurs parents qui à 40 ans ont déjà lâché l’affaire. Des parents qui sans doute les aiment, mais les aiment mal.

Quand est révélée  la grossesse de Céline , dès les premières pages du roman, la violence de père, Manuel,  se déchaîne. La « trahison » de Céline, sa fille magnifique, son unique objet de fierté, le renvoie à un sentiment d’échec insupportable. D’autant que malgré les coups, Céline refuse de divulguer le nom du père de l’enfant.

Par l’histoire, celle de deux gamines trop vite grandies,  L été circulaire fait penser  à D’acier de l’italienne Sylvia Avallone et est tout aussi réussi. Par son écriture précise et efficace, sa description sans artifices psychologiques et sans condescendance  du désarroi des petits blancs du sud, le roman m’apparaît un peu comme le cousin européen de cette famille  de grands écrivains américains qui ont su décrire le quotidien des laissés pour compte : Woodrell, Offutt, D. R Pollock ou Frank Bill. Le roman de Marion Brunet ne souffre  pas de cette comparaison. C’est dire tout le bien que j’en pense.

Albin Michel – 18 euros

LE JOUR D’AVANT – SORJ CHALANDON

Deux ans après le bouleversant Profession du père, Sorj Chalandon revient avec un roman tout aussi réussi, une histoire de vengeance et de culpabilité qui nous projette au cœur du monde de la mine, dans le Nord  des années 1970. Michel, un gamin d’une dizaine d’années, attend avec  impatience le jour où il pourra descendre « au fond » travailler avec  son grand frère et héros, son modèle absolu, Joseph. Le sort va en décider autrement. Le lendemain de Noël 1974 un coup de grisou survient dans  la Fosse 3 de Liévin, celle de Joseph, et cause la mort de  42 mineurs.  Ce sera la dernière grande tragédie minière en France.

Passe une vie. Michel a aujourd’hui la cinquantaine. Il vient de perdre sa femme, qu’il a fidèlement accompagné au long des derniers mois (très belles pages). Ce retour à la solitude – un thème essentiel du roman- marque pour Michel  l’heure du passage à l’acte et de la vengeance. Toute sa vie, il s’est documenté sur la catastrophe, lui consacrant  le temps libre que lui laissait son métier de chauffeur routier, allant jusqu’à créer une sorte de musée personnel dédié à la mémoire du frère. Une passion morbide qui attristait sa compagne mais qui lui a permis d’acquérir la certitude que la catastrophe de Noël 74 aurait pu être évitée si les précautions indispensables et obligatoires avaient  été respectées. Quarante ans plus tard, les victimes sont oubliées et les coupables n’ont jamais eu à répondre de leurs actes. L’un d’entre eux en particulier, un « porion », contremaître de la mine, devra payer. C’est la mission que se donne Michel.

Finesse psychologique des personnages, construction du récit, sens de l’intrigue : on retrouve avec Le jour d’avant ce qu’on aime d’habitude dans les romans de Chalandon. Ce grand roman sur le sentiment de la culpabilité est l’un de mes coups de cœur de cette rentrée 2017, par ailleurs riche riche en romans de qualité.

Grasset – 20.90 euros