Archives pour l'étiquette policier

HOTEL DU GRAND CERF – Franz Bartelt

Vertigo Kulbertus est une sorte  d’Ignatius Reilly a qui on aurait eu l’idée saugrenue de refiler une carte de la Police Nationale. Comme le héros de La conjuration des imbéciles, il s’avance précédé d’un estomac  considérable, qu’expliquent un appétit et une pépie  hors du commun. A l’instar de son cousin américain, Vertigo Kulbertus a une assez haute opinion de sa « petite » personne, opinion pas forcément injustifiée car l’efficacité des méthodes qu’il déploie est à la hauteur de leur originalité. Si vous cherchez un roman noir classique, passez votre chemin. En revanche, si vous êtes ouvert à l’originalité, ce petit bijou d’humour noir est une petite pépite qui mérité toute votre attention, d’autant que l’intrigue est solide et ménage le suspense. Auteur prolifique (plus de 40 romans au compteur), Franz Bartelt peut compter sur un public fidèle. A la lecture de Hôtel du Grand Cerf, on comprend bien pourquoi.

Le seuil – 20 euros

 

LE FLEUVE DES BRUMES – VALERIO VARESI

VARESIAgullo est une toute nouvelle maison d’édition qui  à travers la fiction  a pour ambition d’emmener le lecteur curieux à la découverte d’autres pays, de leur histoire et de leur  culture. Le fleuve des brumes de Valerio Varesi, l’un des 3 premiers romans proposés par Agullo, est un roman noir italien.

L’Italie dans laquelle Valerio Varesi inscrit son histoire ne répond à aucune des images auxquelles on associe le pays spontanément. Nous sommes dans la plaine du Pô, au nord du pays, dans une vallée brumeuse. Cette nuit là, comme depuis des jours, la pluie tombe interminablement. Le fleuve va sortir de son lit. Depuis la maison des mariniers qui jouxte le Pô, les bateliers commentent la situation, font des pronostics quand survient un événement des plus étranges. Défiant le danger, une péniche largue les amarres. C’est d’autant plus étonnant que le propriétaire, Tonna, est un vieux de la vieille pour qui le fleuve n’a pas de secrets. Il ne peut ignorer que le Pô n’est plus navigable. Tonna est-il à la barre ? Qu’est-il arrivé ? A la lecture du très beau premier chapitre, on pense immédiatement à certains romans de Simenon. Pour l’ambiance, mais aussi pour cette  capacité de l’auteur à camper les personnages en quelques détails, en un dialogue.

La crue puis la décrue vont tenir une place centrale dans cette histoire. Et au fur et à mesure que l’eau va se retirer, apparaîtront des pans d’histoire locale vieille d’un demi-siècle, dans cette région où les luttes furent intenses entre chemises noires et militants communistes et où les ressentiments restent très vivaces.

Le commissaire Soneri va tenter de démêler l’écheveau complexe né de ces haines rancies. Il le fait à son rythme, indifférent aux pressions locales et ne se fiant qu’à son intuition. Un commissaire sans arme, avec un intérêt certain pour la gastronomie qui n’hésite pas à échanger avec les témoins  autour d’une spécialité régionale (j’ai ainsi appris qu’il existait une spécialité à base d’âne, dans cette région de l’Italie). Cela ne vous rappelle personne ? Sauf que Soneri a une vie sentimentale un peu plus active que notre commissaire national, et s’il n’y a pas (plus, en fait) de Madame Soneri , il existe une certaine Angela dotée de pas mal d’imagination.

Pour un premier essai, c’est donc un coup de maître. On espère maintenant découvrir les autres aventures du commissaire Soneri. Il semble qu’il en existe une dizaine !

Traduit de l’italien par Sarah Amrani

Editions Agullo – 21.50 euros

SUBURRA – G. de cataldo – C. bonini

suburraAprès les excellents Romanzo Criminale et La saison des massacres (suivis de trois ou quatre opus que je n’ai pas lus)  le magistrat Giancarlo de Cataldo –ici accompagné du journaliste d’investigation Carlo Bonini- poursuit son exploration des plus noirs versants de la société italienne contemporaine.

La lecture du roman – 470 pages avalées en un lundi pluvieux, autant dire que la lecture vous happe- laisse une drôle d’impression et  l’envie d’en savoir davantage. Qu’est-ce qui est vrai, qu’est ce qui relève de la fiction ? Dans cette interview, De Cataldo nous donne quelques clés.

Après un rapide prélude qui nous raconte un casse des années 90, l’histoire débute dans la chambre d’un palace romain, où l’ambiance est clairement au bunga bunga. Car nous voici à la toute fin de l’ère berluscolienne, un moment où comme dit l’autre,  « il faut que tout change pour que rien ne change ».  Dans la Rome pervertie décrite par les auteurs, la collusion entre mafia, milieux politiques, affairistes et cléricaux semble totale. Tous cherchent à s’entendre afin de réaliser le gigantesque projet immobilier (bétonnage d’ une côte des environs de la capitale) qui va les rendre richissimes.

Face à cette puissance politique, criminelle et financière, Le lieutenant-colonel Marco Malatesta apparaît bien seul . Aidé d’un procureur intègre et d’Alice, une militante altermondialiste pour laquelle il ressent une certaine inclinaison, il entreprend de  lutter contre l’hydre mafieuse et en particulier contre la tête pensante du projet, le Samouraï , personnage charismatique passé du néo fascisme au banditisme pur et simple, dont il fut autrefois le disciple. Un polar politique aussi addictif qu’il est effrayant.

Traduit de l’italien par Serge Quadruppani

Editions Métailié –  23 euros