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EQUATEUR – Antonin Varenne

Du grand roman d’aventures, désespéré et somptueux.

Pete Ferguson quitte le ranch Fitzpatrick et prend la tangente après la mort du vieux Meeks, dont on le rend responsable. Il rejoint des chasseurs de bisons sur la piste des derniers troupeaux, puis continue encore sa route après avoir descendu l’un des leurs ; il croise ensuite des comancheros (des villageois frontaliers qui faisaient commerce avec les Indiens), qui doivent fuir au Mexique. Pete passe aussi la frontière mexicaine, accepte d’assassiner le chef des comancheros pour un notable, et descend, toujours plus au sud, en direction du Guatemala, puis de la Guyane, et du Brésil. Il cheminera avec à ses côtés Maria, Indienne Xinca révoltée.

Après Trois mille chevaux vapeur, Antonin Varenne reprend la route et la plume avec ce nouveau roman d’aventures, genre où il excelle. Ce récit a du souffle, avec des paysages et des atmosphères crépusculaires impressionnants : le personnage de Pete, runaway inquiétant et imprévisible, traverse le continent américain avec l’idée absurde que de l’autre côté de l’équateur, le monde s’inverse. Durant son périple, il écrit à ceux qu’il a laissés derrière lui, ou qui sont morts (son frère, son père, Alexandra, et Bowman, dont nous avions fait la connaissance dans Trois mille chevaux vapeur) : un voyage au bout de l’enfer ou de la culpabilité, s’il n’y avait cette rencontre avec Maria, personnage tragique qu’il sauve, et qui le sauve à son tour. Hormis cette couverture (mais pourquoi ?…), ce roman est admirable…

Albin Michel – 20,90 €

La trace – Forrest Gander

la traceEn 1913, le journaliste et écrivain Ambrose Bierce âgé de 70 ans part au Mexique rejoindre la révolution de Pancho Villa et on perd alors sa trace. Nul ne le reverra vivant et son corps même ne sera jamais retrouvé. Mais ce ne sont pas les scénarios qui font défaut et nombreux sont les témoins qui assurèrent avoir vu Bierce ici ou là, l’avoir enterré à tel ou tel endroit. Pour alimenter l’essai qu’il écrit sur Bierce, Dale, professeur d’université part quelques jours au Mexique sur les traces du journaliste. Il emmène avec lui sa femme, Hoa. Entre eux, un fantôme dont l’absence est écrasante, celui de leur fils avec qui le fil est rompu. Pourquoi ? Que s’est-il passé ? Nous n’en saurons pas plus, et là n’est pas l’essentiel.

La trace est un roman d’atmosphère à la trame narrative relâchée, où ce qui est essentiel n’est pas directement exprimé. Dans ce western moderne hypnotique, le rôle principal est dévolu aux immenses étendues désertiques auxquelles la prose de Forrest Gander rend superbement hommage. Ce pays magnifique, minéral et fascinant , Dale et Hoa n’en ont pas les clés. Plus ils s’enfoncent à l’intérieur du pays, plus l’issue de  leur quête devient hypothétique. Le danger qu’ils ne mesurent pas -contrairement à nous, qu’un chapitre inaugural a mis en garde – danger humain et naturel à la fois se rappelle à eux à la faveur de la panne mécanique dont ils sont victimes.

La trace pourra décontenancer les lecteurs qui aiment les romans qui disent clairement où ils vont.. A ceux qui n’hésitent pas à s’engager, comme Dale et Hoa, dans des chemins qui peut-être les mèneront ailleurs, ce roman constitue une lecture toute indiquée.

Traduit de l’anglais (E.U.A) par Dominique Goy-Blanquet

Editions Sabine Wespieser – 22 euros