Archives pour l'étiquette littérature américaine

LES DOUZE BALLES DANS LA PEAU DE SAM HAWLEY – Hannah Tinti

Laissez le charme du mauvais garçon Sam Hawley agir…

Sam Hawley et sa fille Loo, 12 ans, vivent sur la route, jusqu’à ce que Sam décide de s’installer à Olympus, la ville où a grandi Lily, la mère disparue de Loo, et où réside encore sa grand-mère. L’intégration dans cette petite communauté est aussi difficile pour le père que pour la fille, avec leur histoire toute cabossée. Sam Hawley a d’ailleurs douze cicatrices causées par des armes à feu dont on découvre l’origine peu à peu, tandis que Loo et lui essaient de tisser tant bien que mal des liens avec les habitants d’Olympus.

Ce roman d’Hannah Tinti croise et emmêle de riches thématiques : la description d’une complexe relation père-fille, la peinture d’un amour fou entre Sam et Lily, le portrait de deux adolescentes borderline (Lily et Loo), et la carrière de Sam, délinquant vieillissant. L’ensemble est porté par des personnages très étoffés et des images fortes et troublantes (les motifs de la baleine, de la noyade, des montres vont et viennent ) qui donnent à cet excellent roman une vraie originalité et une belle intensité.

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Mona de Pracontal.

Gallimard – 23 €

UN MOINDRE MAL – Joe Flanagan

Un impeccable roman d’enquête : bienvenue à Cape Cod…

En 1957, Cape Cod est un coin tranquille ; de petites stations balnéaires qui s’assoupissent une fois l’été passé. Le lieutenant Warren dirige le service de police, mais trop rigide, trop intègre, il est peu apprécié de ses hommes. Et sa situation familiale fait d’autant plus tache : il élève seul un fils handicapé mental. Un officier de police d’Etat est envoyé dans la région : il s’appelle Stasiak et a un glorieux CV, après une affaire de clan mafieux arrêté à Boston. Une aubaine pour le procureur de Cape Cod, car une série de meurtres d’enfants est perpétrée et qu’une famille entière a disparu. Mais les deux flics, Warren et Stasiak, n’ont pas les mêmes méthodes.

On plonge avec plaisir dans ce tableau des années 50 d’une Amérique de bord de mer pas vraiment paisible. Des enfants violentés, des paris d’argent qui tournent mal, un climat de corruption délétère : le lieutenant Warren essaie tant bien que mal de ne pas se noyer, et on suit son enquête en apnée… Le rythme est vif, de courts chapitres qui alternent les points de vue (les différents flics, le procureur, le prêtre, un psychiatre) et les deux enquêtes piétinent pour mieux repartir. Du polar irréprochable.

Traduit de l’anglais (U.S.A.) par Janique Jouin de Laurens.

Gallmeister – 24,10€

LES ANIMAUX – CHRISTIAN KIEFER

Dans l’Idaho aux Etats-Unis, Bill Reed s’occupe d’un refuge pour animaux blessés, héritage de son oncle décédé. Alors que sa vie semble s’améliorer doucement , une association de gardes-chasse cherche à faire fermer son curieux zoo illégal et à faire euthanasier les animaux les plus dangereux. Majer, le vieil ours aveugle auquel Bill s’est beaucoup attaché est sur la liste.
Dans un même temps, Rick, un vieil ami d’enfance sort de prison et fait ressurgir le passé tumultueux de Bill.

Ce roman sombre à l’ambiance glaciale nous plonge dans une Amérique profonde et rude. Il pose également la question de la possibilité de reconstruire sa vie sur un mensonge, en occultant son passé.
Une histoire bien construite et surprenante qui alterne entre flashbacks et intrigue principale pour plus de suspense .

Traduit de l’américain par Marina Boraso.

Albin Michel-25€

LOW DOWN – A. J. Albany

Jazz, héroïne et Oedipe...
Jazz, héroïne et Oedipe…

Amy Jo Albany est la fille de Joe Albany, un pianiste de jazz qui a accompagné Charlie Parker, Lester Young, et dont la carrière oscillait entre moments de grâce et engagements miteux.  Avec de brefs chapitres, elle raconte par touches, le quotidien de cet homme, entre came et musique, la faune du Los Angeles interlope, les femmes que croise ce duo, mère, grand-mère, amantes, travestis. Entre admiration et désespoir, Amy-Jo Albany compose une subtile mélopée sur le thème de l’amour filial et sur le milieu de la musique des années 50 & 60. A ce très beau sous-titre « Jazz, came et autres contes de la princesse be-bop », Low Down est un récit empreint de tendresse amère et de piété désenchantée.

Traduit de l’anglais par Clélia Laventure.

Le Nouvel Attila – 19€

LA FACE CACHEE DE MARGO – John Green

fache cachee

Coup de coeur de Margot, super stagiaire…

Quentin et Margo sont voisins et vont dans le même lycée. Ils ne se parlent pas vraiment mais Quentin est fasciné par la jeune fille. Lorsqu’elle surgit une nuit dans sa chambre pour lui demander de l’aide, il n’hésite pas à la suivre dans une folle expédition destinée à se venger des trahisons de ses amis. Mais le lendemain, Margo disparaît. Quentin décide alors de la retrouver grâce aux indices qu’elle a laissés derrière elle.

On retrouve dans ce roman très rythmé la plume fluide de John Green et les thèmes récurrents de ses romans (Qui es-tu Alaska ?, Nos étoiles contraires). L’adolescence, la construction de l’identité et la confrontation aux épreuves de la vie y sont abordés avec justesse et humour.

Traduit de l’anglais par Catherine Gibert.

Gallimard Jeunesse – 15,90€

LE PARCOURS DU COMBATTANT – Michael Malone

parcours du combattantLe quotidien bien réglé de M. Raleigh Hayes, bon père de famille, assureur prudent, citoyen modèle, est bousculé par son père.  Il faut dire que Raleigh détonne dans cette famille de doux dingues, qui s’enfilent des litres de sodas et de saucisses en chantant, alors que le diabète les réduit au fur et à mesure… un vrai cauchemar pour le prévoyant Raleigh. Et quand son père l’oblige à toutes sortes d’actions rocambolesques et à le retrouver à La Nouvelle Orleans, au terme d’un périple bien salé, Raleigh fulmine, traîne les pieds, mais se prend au jeu. Il faut dire qu’il est accompagné de son voisin obèse,  de son frère arnaqueur, d’un jazzman et d’un mafieux.

Le Parcours du combattant est malgré son titre une lecture bien agréable, le bon gros pavé que vous pouvez emmener les yeux fermés en vacances, et qui vous fera pouffer sous le parasol. Les situations et les rencontres s’enchaînent, les personnages ne sont pas épargnés, et l’on passe un excellent moment en compagnie de cette famille toquée, qui cache quelques secrets. Un belle découverte des éditions Sonatine.

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Caroline Nicolas.

Sonatine – 23 €

UNE VIE COMME UNE AUTRE – Darcy O’Brien

... où comment grandir à Hollywood, entre deux parents acteurs.
… où comment grandir à Hollywood, entre deux parents acteurs.

Ce qui est normal pour Darcy O’Brien, c’est de grandir à Hollywood dans les années 40 et 50, à l’ombre de deux stars déclinantes et fantasques. Son père a joué dans les premiers westerns et fut une vedette de l’entre-deux-guerres, avant l’arrivée de John Wayne. Il épousa Marguerite Churchill (qui connut la gloire dans les années 30 et joua aux côtés de Spencer Tracy, Boris Karloff, Ralph Bellamy) et Darcy est né en 1939. Tout commence plutôt bien pour lui, avec une demeure fastueuse, surnommée Casa Fiesta, peuplée de figures étonnantes qui font le commun des mortels à Hollywood… Mais après cette enfance dorée, Darcy va grandir entre deux parents séparés, dont l’aura cinématographique pâlit, surtout après 1945.

Le récit de Darcy O’Brien décrit avec insouciance sa jeunesse effrénée entre une mère exubérante et un père dans les nuages, puis ses rencontres avec d’autres personnages (la famille d’un producteur qui joue trop à Las Vegas, une belle jeune fille libérée qui attise son désir, le sculpteur russe qui épousera sa mère en seconde noces) tout autant farfelus. C’est brillant, avec ce mélange de dérision et de tristesse qui dépeint si justement une existence de guingois.

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Lazare Bitoun.

Editions du Sous-sol – 19€

UN MEMBRE PERMANENT DE LA FAMILLE – Russel Banks

membre permanent familleRussel Banks fait partie des rares auteurs qui se révèlent aussi à l’aise dans le roman que sur le format plus court de la nouvelle même si, en définitive, je crois que je préfère encore Banks nouvelliste. Le recueil qui vient tout juste de paraître chez Actes Sud ne peut que me renforcer dans cette opinion car une fois encore Russell Banks révèle un talent sans pareil (Simenon peut-être, Carver ?) pour créer et faire exister un personnage en quelques phrases à peine. Les douze nouvelles qui composent le recueil saisissent ces moments impalpables où la vision de la vie des personnages, leurs relations à leurs proches et à leur environnement se redéfinit sous l’effet d’un « presque rien ». La très belle nouvelle « Perdu, trouvé » est un modèle du genre. En treize pages d’une force exceptionnelle, Banks évoque la force d’un amour qui aurait pu être, les regrets qu’il laisse dans la vie d’un homme de cinquante ans. Magnifique.

Traduit de l’anglais (E.U.A) par Pierre Furlan

Actes Sud – 22 euros