Archives pour l'étiquette humour

ALEXANDRIN – Alain Kokor & Pascal Rabaté

Chic, voici Alexandrin, le nouvel album de  Rabaté (avec Alain Kokor au dessin),  une histoire touchante et drôle, tendre et poétique. Poète, Alexandrin de Vanneville l’est assurément. Vagabond des villes et des campagnes, il survit en toquant aux portes pour dire et vendre à qui veut les entendre ses créations poétiques, en alexandrins forcément.  Une existence précaire mais qui correspond à l’irrépressible besoin de liberté du poète solitaire. Un beau jour, le chemin d’Alexandrin croise celui de Kevin, gamin en fugue. Une amitié va naître, nourrie de rencontres, d’aventures et de mésaventures, de déambulations poétiques.

Le trait tout en douceur d’Alain Kokor, les teintes  pastel s’accordent admirablement au climat mélancolique de l’histoire imaginée par Rabaté. Un album à découvrir absolument et l’une des premières belles réussites de cette rentrée BD.

Futuropolis – 22 euros

LA FONTE DES GLACES – JOEL BAQUé

Dénicher un manchot empereur dans une brocante de rue peut faire basculer votre  vie et faire de vous une icône mondiale de la cause écologique. C’est le fabuleux destin de Louis, paisible charcutier  à la retraite que rien ne destinait à semblable aventure. Tombé sous le charme de son nouveau copain, Louis va de fil en aiguille se retrouver à arpenter les pôles, l’Antarctique d’abord qui comme chacun sait est le milieu naturel du sympathique oiseau et le Nord ensuite pour des raisons qui regardent le héros et que nous laissons au lecteur la joie de découvrir.

Roman écologiste sans doute,  qui brocarde avec pas mal d’acidité la mode du greenwashing, mais surtout énorme éclat de rire, La fonte des glaces est un petit bijou d’humour absurde réjouissant de la première à la dernière page.

P.O.L – 17 euros

HOTEL DU GRAND CERF – Franz Bartelt

Vertigo Kulbertus est une sorte  d’Ignatius Reilly a qui on aurait eu l’idée saugrenue de refiler une carte de la Police Nationale. Comme le héros de La conjuration des imbéciles, il s’avance précédé d’un estomac  considérable, qu’expliquent un appétit et une pépie  hors du commun. A l’instar de son cousin américain, Vertigo Kulbertus a une assez haute opinion de sa « petite » personne, opinion pas forcément injustifiée car l’efficacité des méthodes qu’il déploie est à la hauteur de leur originalité. Si vous cherchez un roman noir classique, passez votre chemin. En revanche, si vous êtes ouvert à l’originalité, ce petit bijou d’humour noir est une petite pépite qui mérité toute votre attention, d’autant que l’intrigue est solide et ménage le suspense. Auteur prolifique (plus de 40 romans au compteur), Franz Bartelt peut compter sur un public fidèle. A la lecture de Hôtel du Grand Cerf, on comprend bien pourquoi.

Le seuil – 20 euros

 

LA DARONNE – HANNELORE CAYRE

Avec La daronne, Hannelore Cayre vient de remporter le prix du festival Quai du polar et c’est amplement mérité ! J’ai adoré ce polar à la fois intelligent, original et drôle. Autant que j’avais aimé l’hilarant Ground XO paru il y a quelques années chez le même éditeur (disponible en format poche).

L’héroïne du roman, Patience Portefeux alias la daronne est traductrice de l’arabe et collaboratrice régulière de la police pour qui elle assure la traduction des écoutes téléphoniques. Un job qui lui donne l’occasion de recueillir des informations sensibles liées à des trafics aussi rémunérateurs que délictueux. C’est forcément tentant d’en profiter quand l’occasion se présente et qu’on tire le diable par la queue, entre deux grandes filles qu’on aimerait pouvoir aider et la maison de retraite d’une vieille mère sénile à régler chaque mois. D’autant que qui pourrait soupçonner cette femme si discrète et pour tout dire un peu terne ?

Voilà le point de départ de ce super polar riche en personnages hauts en couleurs. L’écriture est très enlevée, Hannelore Cayre développe une véritable empathie pour ses personnages. Plus je progressais dans ma lecture, plus le roman me faisait penser à ceux de Iain Levison. Si vous avez aimé Trois hommes, deux chiens et une langouste, Un petit boulot, ou Une canaille et demie, sûr que vous allez adorer La daronne d’Hannelore Cayre.

Editions Métailié – 17 euros

traversée en eau claire dans une piscine peinte en noir – cookie mueller

« On aurait tant aimé la connaître« . C’est ce que dit la quatrième de couverture du bouquin et c’est aussi la conclusion qu’on tire, une fois refermé ce récit autobiographique qu’on aura dévoré d’une traite.

Actrice du réalisateur John Waters, photographiée à maintes reprises par Nan Goldin, voisine de palier de Janis Joplin, Cookie Mueller fut une figure du New-York underground des années 70 et 80, bien oubliée aujourd’hui.   Une personne très attachante -cela transparaît à chaque page- et une très bonne raconteuse d’histoires. Jeune femme pleine d’énergie, de finesse, de drôlerie et pas mal trash aussi, Cookie Mueller fait dans ce bouquin le récit d’une quinzaine d’expériences personnelles trop dingues pour avoir été totalement inventées ou s’être réellement déroulées telles quelles ! Rencontres improbables, voyages catastrophes, tournages déjantés… Elle garde la tête haute dans l’adversité, et toujours une sorte de détachement amusé même quand la situation part en vrille, c’est à dire souvent.

Traversée en eau claire…  c’est le témoignage irrésistiblement drôle d’une jeune femme hors normes, qui a vécu intensément et a parfois payé cette liberté au prix fort.

Traduit de l’anglais (E.U.A) par Romaric Vinnet-Kammerer

Finitude – 17 euros

LA CHAIR – ROSA MONTERO

Célibataire et sans enfant, la soixantaine active (elle est commissaire d’exposition pour un grand musée madrilène) Soledad déborde de vie… et le volet sentimental de son existence est loin d’être refermé ! Elle vient pourtant de se faire larguer par un amant vingt ans plus jeune qu’elle, ce qu’elle supporte très très mal. Pour lui faire regretter sa décision et le rendre jaloux, Soledad contacte un gigolo sur un site de rencontres afin de s’afficher à son bras lors d’une première de l’opéra où elle espère incidemment croiser son ex. Mais cette décision va être le point de départ d’une histoire qu’elle est loin d’imaginer…

Sur une intrigue qui peut paraître au départ  assez mince, Rosa Montero nous offre un roman extrêmement touchant et souvent très drôle où elle nous parle du besoin d’amour, des exigences parfois violentes du sexe, du refus de vieillir et de la nécessité de profiter de chaque instant de la vie. Portrait d’une « jeune femme de soixante ans » La Chair est aussi un « faux polar » habilement construit qui ménage pas mal de surprises et un changement de perspective plutôt inattendu.

Traduit de l’espagnol par Myriam Chirousse

Editions Métailié – 18 euros

une vie de gérard en occident – françois beaune

C’est l’histoire d’un mec et de ce qui, au fur et à mesure que la soirée avance, ressemble de plus en plus à un lapin…  Le mec, c’est Gérard Airaudeau, ouvrier vendéen, la cinquantaine bien entamée.  A la demande de Marianne, la députée du coin qui souhaite rencontrer de « vraies gens », il a organisé une petite sauterie avec des personnes du coin. Mais ceux-ci tardent à arriver. Alors Gérard, qui est du genre bavard,  trompe le temps en prenant à témoin un interlocuteur hors-champ,  Aman, le réfugié érythréen qu’il héberge depuis peu.

Gérard parle de sa vie, de ses boulots successifs, de ses collègues et de ses voisins, il passe du coq à l’âne, évoque son enfance comme les anecdotes de la semaine passée. De digression en digression, c’est mine de rien le portrait d’une France d’aujourd’hui qui s’esquisse. C’est souvent drôle et parfois émouvant et on arrive au bout du long soliloque de Gérard (260 pages tout de même) avec l’envie de s’en ouvrir une dernière pour la route, avec Gérard et Aman.

Editions Verticales – 19.50 euros

Marcher droit, tourner en rond – Emmanuel Venet

VENETNotre héros est atteint du syndrome d’Asperger, ce qui complique singulièrement ses relations sociales. Difficile pour lui de trouver un interlocuteur à la hauteur pour partager ses passions pour le scrabble et les catastrophes aériennes… Quant à Sophie Sylvestre, elle ne semble malheureusement pas apprécier à sa juste mesure la passion qu’éprouve pour elle notre protagoniste et dont il l’entretient dans une correspondance à sens unique. Le fait qu’il ne l’ait pas revue depuis le CE2 y est peut-être pour quelque chose…

Ce court roman plein de finesse et d’élégance est un petit bijou d’humour distancié qui se dévore d’une traite.

Editions Verdier – 13 euros

L’OGRE ET SA PRINCESSE AUX PETITS OIGNONS/SABRINA INGHILTERRA

ogre didierVentrerond est mi-ogre, mi-homme. Ne se sentant pas assez fort chez les ogres, ni assez cruel, il a choisi de vivre chez les hommes qui le trouvent un peu sauvage.
Il s’est tout de même trouvé un ami : l’épicier de son quartier qui se frotte les mains à chacune de ses visites. Il faut dire que l’ogre a un solide appétit ! Sa voisine d’en face se régale quant à elle des odeurs appétissantes qui s’échappent de ses fenêtres car l’ogre est un vrai cordon-bleu.
Mais Ventrerond commence à avoir des problèmes d’argent et va devoir, à contre-cœur, retourner chez les ogres afin d’y participer à un concours de cuisine qui lui permettra peut-être de renflouer ses caisses.
Le seul souci c’est qu’il n’a aucune envie de cuisiner une princesse dont raffolent pourtant les ogres !

Didier Jeunesse – 12 €

MON FRERE EST UN SUPER-HEROS / DAVID SOLOMONS

mon frère est un super hérosZack est devenu malgré lui un super-héros. Pour Luke, son petit frère et narrateur de l’histoire, c’est une injustice sans nom car c’est lui le lecteur de bandes dessinées, c’est lui l’expert en super-héros de la famille ; il porte même le prénom de Luke en hommage au personnage de Star Wars ! Et pourtant les supers pouvoirs lui passent sous le nez. Mais Luke ne va pas se laisser ronger par la jalousie, bien que ce soit sa première réaction, il va aider « Star Mec » – Zack, donc, une fois la cape revêtue – à mener à bien la mission qui lui a été confiée par Zorbon le Décideur. Une mission somme toute assez banale pour un super-héros : sauver deux mondes d’un énorme astéroïde qui menace de faire voler en éclats la galaxie. Et contre toute attente, Luke devra bel et bien participer à l’opération lorsque son super-héros de frère aura été neutralisé par un terrible Méchant.

On l’aura compris dès les premières pages, ce premier roman déborde d’humour. Mais il n’est pas que drôle ; la psychologie des personnages est également maîtrisée. Le personnage de Luke par exemple est tout à fait crédible, c’est d’ailleurs ce qui le rend si attachant. La relation des deux frères est elle aussi bien rendue : deux frères diamétralement opposés qui font front contre l’adversité (sans distinction, que ce soit Némésis, le pire ennemi de Star Mec ou bien les parents de Zack et de Luke).

Truffé de références aux comics, le roman ne tombe toutefois pas dans l’écueil de la parodie. Le scénario tient la route avec même quelques rebondissements dans l’affrontement final.

Gallimard Jeunesse – 15.90€