Archives par mot-clé : cinéma

AVEC EDOUARD LUNTZ – Nadar & Julien Frey

Avec Edouard Luntz Julien Frey Nadar
Un exemple d’archéologie du cinéma autour d’Edouard Luntz le maudit.

Une brève rencontre, une évocation lors de ses études de cinéma, un vinyl sur une brocante : ces quelques petits caillous mènent Julien Frey sur les traces d’un cinéaste oublié, Edouard Luntz, qui tourna une huitaine de films dans les années 60-70. Sauf que les oeuvres de Luntz sont difficiles à retrouver, et Julien Frey court les conservatoires du cinéma, contacte les acteurs et techniciens de l’époque, rencontre le fils d’Edouard Luntz. Un film en particulier est introuvable, Le Grabuge (si bien nommé), un film financé par la Fox et le producteur Darryl Zanuck, qui passa à peine en salle et finit sa carrière devant le tribunal. Le tout-puissant Zanuck considérait comme son droit de remonter les films qu’il produisait ; cette procédure judiciaire permettra désormais au réalisateur d’avoir un droit de regard sur le final cut. Mais au passage, le montage original du Grabuge s’est perdu.

Julien Frey nous entraîne avec lui à la recherche d’une oeuvre perdue, qui acquiert une aura mythique, transgressive. À l’époque du tout numérique, où tout semble accessible tout de suite grâce à un simple écran et une connexion internet, cette quête de bobines en celluloïd prend une autre dimension. C’est une belle réflexion sur la fragilité des oeuvres et la peur de l’oubli : le livre est un merveilleux hommage à un créateur qui garde tout son mystère, une manière de le sauver de l’effacement et d’inviter à voir ses films.

Futuropolis – 23€

LA VÉRITÉ ATTENDRA L’AURORE – AKLI TADJER

Mohamed est un ébéniste de talent mais c’est surtout un homme mélancolique et seul. Dans l’atelier parisien du passage du Grand-Cerf qui est aussi son antre, cela fait plus de vingt ans qu’il occupe ses jours sans les vivre véritablement. Car sa vie a volé en éclats un jour d’été 1993 lorque, en vacances en Kabylie avec son frère Lyes, les deux jeunes hommes furent enlevés par un commando des GIA. Seul Mohamed parvint à s’enfuir, et il n’arrive pas à se consoler de la perte du frère adoré, si brillant, promis à un si bel avenir. Par sentiment de culpabilité peut-être, parce qu’il lui est de mettre les mots sur la douleur qui l’assaille, il quitte Nelly, son amoureuse, sans lui donner d’explications. Ce sont les retrouvailles tout à fait fortuites avec Nelly, bien des années après, qui vont replonger Mohamed dans une histoire qu’il pensait définitivement écrite.

Livre plein de nostalgie et de poésie, vibrant hommage aux cinémas de quartier,  La vérité attendra l’aurore est aussi un roman à l’intrigue très habilement ficelée qui happe le lecteur dès les premières lignes et le tient en haleine jusqu’à la toute fin. C’est également un très beau roman familial où sont explorés les thèmes de la double culture, de la difficulté parfois à trouver sa place. Le portrait du père, plein de pudeur et d’émotion, est tout simplement superbe. Une très belle lecture, hautement recommandée.

Editions Jean-Claude Lattès – 18 euros

YELLOW CAB – BENOIT COHEN

Dans le but de  se documenter pour un projet de film, le réalisateur français Benoît Cohen, New-Yorkais d’adoption passe et obtient sa licence de taxi.

Gros étonnement de la part du personnel de l’école de taxis, car cela fait quelques décennies que l’école n’avait pas accueilli un candidat français. Il faut préciser que taximan est considéré comme l’un des pires jobs que puisse offrir la Grosse Pomme ! Une première étape obligée dans le rêve américain pour de nombreux émigrants de fraîche date, pauvres et qui parfois parlent à peine l’anglais.

Cela donne un récit entre work in progress (on voit le projet de film évoluer, se préciser de page en page et c’est franchement intéressant) et journal de bord qui déborde de vie et fourmille d’anecdotes. Je ne sais pas si le projet de film de Benoît Cohen se concrétisera prochainement, mais il nous offre dans l’attente un récit en tous points passionnant dont je vous conseille très vivement la lecture.

Flammarion – 18 euros

LA CRÉATURE DU LAGON MAUDIT / STÉPHANE TAMAILLON ET LAURENT AUDOUIN

creatureBrooks est la fille du célèbre réalisateur Harry Hausen. Passionnée de cinéma, elle le suit sur ses tournages dès qu’elle en a l’occasion. Cet été, toute l’équipe débarque en pleine jungle amazonienne pour un film d’horreur avec un monstre aquatique. Cependant, le village ne convient pas à Harry, il est trop « mignon » et pas assez « angoi-saisissant ». Ils vont alors s’enfoncer plus profondément dans la jungle jusqu’à un lagon qui, d’après la légende locale, serait maudit… Brooks est bien décidée à résoudre ce mystère.

Retrouvez Laurent Audouin, l’illustrateur de Mirette et Sacré-Cœur, accompagné de Stéphane Tamaillon pour de toutes nouvelles aventures autour du cinéma. Le personnage de Harry vous fera rire avec ses combinaisons de mots farfelus et Brooks vous emmènera jusqu’au bout du mystère. Ce petit roman au format album, vous plonge dans une enquête aussi inquiétante que trépidante.

Dès 8 ans.

Sarbacane – 12.00€

UNE VIE COMME UNE AUTRE – Darcy O’Brien

... où comment grandir à Hollywood, entre deux parents acteurs.
… où comment grandir à Hollywood, entre deux parents acteurs.

Ce qui est normal pour Darcy O’Brien, c’est de grandir à Hollywood dans les années 40 et 50, à l’ombre de deux stars déclinantes et fantasques. Son père a joué dans les premiers westerns et fut une vedette de l’entre-deux-guerres, avant l’arrivée de John Wayne. Il épousa Marguerite Churchill (qui connut la gloire dans les années 30 et joua aux côtés de Spencer Tracy, Boris Karloff, Ralph Bellamy) et Darcy est né en 1939. Tout commence plutôt bien pour lui, avec une demeure fastueuse, surnommée Casa Fiesta, peuplée de figures étonnantes qui font le commun des mortels à Hollywood… Mais après cette enfance dorée, Darcy va grandir entre deux parents séparés, dont l’aura cinématographique pâlit, surtout après 1945.

Le récit de Darcy O’Brien décrit avec insouciance sa jeunesse effrénée entre une mère exubérante et un père dans les nuages, puis ses rencontres avec d’autres personnages (la famille d’un producteur qui joue trop à Las Vegas, une belle jeune fille libérée qui attise son désir, le sculpteur russe qui épousera sa mère en seconde noces) tout autant farfelus. C’est brillant, avec ce mélange de dérision et de tristesse qui dépeint si justement une existence de guingois.

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Lazare Bitoun.

Editions du Sous-sol – 19€