Archives pour l'étiquette canada

JEU BLANC – RICHARD WAGAMESE

Aujourd’hui, un gros coup de cœur pour le second roman traduit de Richard Wagamese. L’auteur candien, décédé en 2017 et auteur d’une douzaine de romans en anglais, nous livre ici « Jeu Blanc », qui vient de paraître aux Editions Zoé.

Dans ce nouveau texte, l’écrivain indien Ojibwé, nous raconte l’histoire de son peuple à travers la vie d’un jeune garçon, Saul Indian Horse et d’un sport, le Hockey. La trentaine bien passée, alcoolique et envoyé en centre de soins, on lui soumet l’idée de raconter son passé pour se reconstruire. Débute alors une longue descente vers son adolescence dans le Canada profond des années 70 – 80. Une adolescence sans parents, sans foi marquée par la violence, la pauvreté et l’alcool qui viendra éponger tout cela. Seul le Hockey vient alors éclairer ces pages de vie.

On retrouve toute la force de l’écriture qui avait fait connaitre Wagamese au public français avec son premier roman, « Les Etoiles s’éteignent à l’aube » (en poche chez 10/18). Mais outre sa faculté à décrire l’environnement et les traditions indiennes comme peu, l’auteur dresse une grande fresque de la société canadienne de ces années là. On y retrouve la volonté farouche des autorités de sédentariser, d’absorber la culture Ojibwé et à l’opposé, l’impossibilité pour ce peuple de s’intégrer à ce nouveau monde. Alors que les longues descriptions de Hockey pourraient en repousser plus d’un, Wagamese arrive à retranscrire la vitesse et le mouvement perpétuel de ce sport si canadien, mais aussi la joie libératrice qu’il peut procurer à ses joueurs.

Au final, il nous livre une histoire tragique d’un peuple amené à s’intégrer ou à disparaître, si violente soit l’intégration. Un texte dur et magnifique à la fois, sublimé par une écriture magistrale. Ils sont rares les romans si bouleversants qu’ils nécessitent de les poser quelques temps avant des les reprendre : « Jeu Blanc » en fait parti.

Les étoiles s’éteignent à l’aube – Richard Wagamese

les étoiles s'éteignent à l'aubeFranklin, jeune amérindien du Canada, a grandi élevé par un vieil homme blanc auquel Eldon, son père,  l’a confié quand il n’avait que quelques jours. Au fil des ans, Franklin ne revoit son père que par intermittence et c’est chaque fois une grande désillusion. Eldon est ravagé par l’alcool,il parvient à gâcher leurs rares retrouvailles. Son existence est un total gâchis, à tel point que Franklin finit par rompre toute relation.

Alors que Franklin a tout juste 16 ans, son père tente un ultime rapprochement. Son corps va lâcher, il sait que ses jours sont comptés et demande à son fils de le guider dans un ultime voyage, là-haut, dans la montagne où il souhaite qu’on l’enterre, comme un guerrier.  C’est ce voyage que rapporte le roman de Richard Wagamese. L’ultime occasion de dire ce qui a été tu, l’occasion d’obtenir un pardon -qui sait?- de trouver une explication et pourquoi pas, l’apaisement de part et d’autre.

Les étoiles s’éteignent à l’aube explore le thème de la transmission père-fils  en l’ abordant sous un angle original, puisque c’est Franklin qui « porte » son père dans ce huis-clos au grand air, au coeur de cette nature immense superbement rendue par la prose de Wagamese. Bravo aussi à la traductrice.

Traduit de l’anglais (Canada) par Christine Raguet

Editions Zoé – 20 euros