Archives pour l'étiquette Autobiographie

traversée en eau claire dans une piscine peinte en noir – cookie mueller

« On aurait tant aimé la connaître« . C’est ce que dit la quatrième de couverture du bouquin et c’est aussi la conclusion qu’on tire, une fois refermé ce récit autobiographique qu’on aura dévoré d’une traite.

Actrice du réalisateur John Waters, photographiée à maintes reprises par Nan Goldin, voisine de palier de Janis Joplin, Cookie Mueller fut une figure du New-York underground des années 70 et 80, bien oubliée aujourd’hui.   Une personne très attachante -cela transparaît à chaque page- et une très bonne raconteuse d’histoires. Jeune femme pleine d’énergie, de finesse, de drôlerie et pas mal trash aussi, Cookie Mueller fait dans ce bouquin le récit d’une quinzaine d’expériences personnelles trop dingues pour avoir été totalement inventées ou s’être réellement déroulées telles quelles ! Rencontres improbables, voyages catastrophes, tournages déjantés… Elle garde la tête haute dans l’adversité, et toujours une sorte de détachement amusé même quand la situation part en vrille, c’est à dire souvent.

Traversée en eau claire…  c’est le témoignage irrésistiblement drôle d’une jeune femme hors normes, qui a vécu intensément et a parfois payé cette liberté au prix fort.

Traduit de l’anglais (E.U.A) par Romaric Vinnet-Kammerer

Finitude – 17 euros

VAGABONDS DE LA VIE – JIM TULLY

tullyNous avons reçu en mai dernier Ted Conover à l’occasion de la parution en français du récit qu’il consacra dans les années 1980 aux « derniers hobos ». (voir les détails ici). Avec « Vagabonds de la vie », l’autobiographie de Jim Tully, nous faisons un bond de huit décennies dans le passé, et nous voici en 1901. Jim a une quinzaine d’années et il vient de quitter l’orphelinat pour l’usine où une vie pas tellement folichonne l’attend. Le gamin en a tout à fait conscience et il a  la ferme intention de quitter ce « maudit patelin ». La rencontre avec un jeune vagabond du rail va lui donner l’impulsion nécessaire… et le voilà parti « brûler le dur ». Une vie dure et intense pour un gamin d’à peine 15 ans qui doit très vite apprendre l’art de la débrouille.

L’ aventure  durera six ans et Jim la racontera une vingtaine d’années plus tard, dans ce récit considéré à juste titre comme un classique du genre. Galères, rencontres et anecdotes de la vie du rail sont rapportées en une trentaine de courts chapitres qui se dévorent littéralement. Et ce qui est assez bluffant, c’est que la narration n’a pas pris une ride ! A lire de toute urgence…

traduit de l’anglais (E.U.A) par Thierry Beauchamp

Les éditions du Sonneur – 18 euros

MEMOIRE DE FILLE – Annie Ernaux

L'écriture comme un couteau, encore.
L’écriture comme un couteau, encore.

Pendant l’été 1958, Annie Ernaux a 18 ans, et quitte pour quelques semaines son petit univers, scolaire et familial, où elle est sagement préservée, et étouffée. Elle va travailler dans une colonie de vacances dans l’Orne, fréquenter des hommes, et s’essayer au monde des adultes. Cette période aura des répercutions profondes dans les années qui suivent. Elle fait l’expérience de l’humiliation, de l’attente amoureuse et de la violence sexuelle.  Annie Ernaux regarde, raconte et dialogue avec l’adolescente qu’elle a été, et met en lumière ce pan sombre de son parcours.

Avec cette écriture limpide, précise qui la caractérise, cette grande auteure évoque sa propre expérience, et son époque, mais touche à l’essentiel. Son histoire est celle de nombreuses filles, du XXe, du XXIe ou du XIXe siècle. La perte de l’innocence et la découverte du jeu social pervers sont dépeintes et scrutées en profondeur, avec des détails et des images qui donnent vie, mouvements, musiques, couleurs à ce décor et à ce personnage. Tout est simple, évident, et pourtant cette écriture a une ampleur inédite : elle se développe, gonfle, prend de la hauteur. Et en racontant l’intime, Annie Ernaux trouve l’universel.

Gallimard – 15€

Petites niaiseuses – S.Martin / Emilie voit quelqu’un – Théa Rojzman & Anne Rouquette

Tours & détours dans les souvenirs de Sandrine.
Tours & détours dans les souvenirs de Sandrine.

Si l’autofiction est un devenu un poncif en matière de bande dessinée, on pourra se réjouir de voir arriver d’aussi singulières productions que Petites Niaiseuses ; Sandrine Martin parle d’enfance, d’adolescence, de passage à l’âge adulte avec regard légèrement dévié. Elle aborde son passé de biais, par des détails ou de menus souvenirs qui donnent à cet autoportrait un goût d’imprévu.

L'explosive psychanalyse d'Emilie.
L’explosive psychanalyse d’Emilie.

Autre bonne surprise dans un genre saturé de banalités (l’humour au féminin), Emilie voit quelqu’un. Emilie est trentenaire, avec le sentiment d’être prise au piège, des mecs immatures, un boulot d’institutrice pour lequel elle se sent obligée de se déguiser en Mary Poppins, une soeur à la perfection horripilante. Et la voilà allongée sur le divan d’une psy, comme des légions de filles de son âge et de son genre. Sauf que la soupe n’est pas fade et qu’on s’amuse beaucoup avec Emilie, dont la scène de pétage de plombs en famille est une catharsis des plus réussies.

Petites Niaseuses de Sandrine Martin – Misma – 16€

Emilie voit quelqu’un tome 1 Après la psy, le beau temps ? de Théa Rojzman & Anne Rouquette – Fluide Glacial – 16€