S comme… SYMPA

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Norbert est un mec sympa, qui lit un livre sympa, dans un décor et une position tout aussi sympas.


Malgré un entraînement de kamikaze, une formation de haute volée, une expérience de mercenaire et/ou un aplomb naturel, il nous arrive toujours de glisser sur une peau de banane et de se faire voir pour la énième fois par un truc vieux comme le monde : impossible d’effacer de mon visage ce grand sentiment d’interlocation (je sais ça n’existe pas ce mot-là, c’est dire le niveau), entre l’incompréhension et la surprise, genre la face de poisson sur l’étal du marché, lorsque l’on vient me demander un « livre sympa ». Je devrais être parée, depuis le temps, puisque c’est l’une des demandes les plus récurrentes. Je ne peux m’empêcher de penser qu’une frusque, un dessus de lit, une couleur, un bar, ou même une personne qu’on croise de loin en loin peut être sympa ; mais un livre ? est-ce que littérature est sympa ?

Mon problème avec « sympa », c’est que cela ne veut rien dire ; un demi-mot, un mot tronqué, qui est à contre-sens de son étymologie (participation à la souffrance d’autrui : la fête donc). C’est un mot mou, qui recouvre tout et n’importe quoi, à considérer comme un compliment ou une insulte.

Une fois passé le moment d’égarement, on passe à l’action, en ravalant ces considérations de linguistique. En parlant de livres sympas les gens cherchent quelque chose de léger et de drôle, et malheureusement il n’y en a pas des quantités faramineuses. La vérité est bien cruelle, le rire (dans un roman) est rare. D’ailleurs je profite de vous et vous mets à contribution sans vergogne ; si vous avez des titres sous le bras, vous êtes priés de les laisser dans les commentaires. En plus d’être rare, il est relatif. Il arrive que l’expression du poisson interloqué se transmette au client quand le libraire se lance dans une apologie d’une série noire particulièrement loufoque avec un gros lézard préhistorique qui rend fou tout une station balnéaire en diffusant des phéromones, et à la poursuite duquel se lance une gentille folle qui se prend pour Xena la guerrière et un sherif qui carbure aux pétards*. Personnellement cela me fait hurler de rire, mais j’admets que cela ne soit pas contagieux.

D’autre part le « sympa » genre divertissement genre « un livre qui ne prend pas la tête », c’est encore plus compliqué. Exit les sujets qui fâchent, la mort, les dénouements malheureux, les histoires d’amour qui finissent dans un bain de sang. Cela réduit franchement le corpus… allez savoir pourquoi la littérature contemporaine, comme la moderne ou l’antique, recèle d’une multitude d’histoires tristes. Poignantes, et pas forcément marrantes.

Et puis si un livre ne me prend pas la tête, je ne vois pas ce qu’il va me prendre. Par définition, il ne marquera pas son lecteur, alors à quoi s’en souvenir ? et si certains éditeurs se sont fait une profession de pondre des livres calibrés à ce dessein, on doutera que ces livres jetables (au pied de la lettre : pilonné ou épuisé, tel sera son court destin) rentre un jour dans la Pléiade. Pourquoi perdre son temps et son argent avec des quantités négligeables ?
Rhôôôôô mais qu’est-ce qu’ils sont rabat-joie ces libraires. Tout de suite ils veulent vous vendre une chronique sur un enfant né au goulag qui se retrouve dans un cirque à cause d’une difformité spectaculaire et qui finit lynché, accusé à tort, victime des préjugés, alors qu’il avait une âme de poète**. On veut un petit bouquin pour lire dans le métro et voilà le travail ; c’est comme me présenter une robe de soirée avec froufrous et paillettes quand je cherche juste un t-shirt pour faire du jogging.
Oui je sais. Je ne suis pas sympa. Merci pour le compliment.

* Cherchez.

** Cherchez pas.

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