MUETTE – Eric Pessan

muetteMuette est bien décidée : elle partira de chez elle. Cette fugue n’est pas un hasard, elle a longuement réfléchi. Elle ne partira pas loin, juste à quelques kilomètres, elle s’abritera dans une grange abandonnée. Elle a pris le strict minimum. Elle sera enfin tranquille, sans sa mère qui lui ressasse à longueur de journée qu’elle irait mieux si elle n’était pas là… Enfin c’est ce qu’elle espérait. Sa mère est là, en permanence à la hanter, à l’obséder. Elle entend sa voix dans sa tête, ses remarques négatives, ses critiques, des petites phrases blessantes répétées chaque jour depuis sa naissance.
Elle profite de sa solitude pour réfléchir, à sa vie, sa relation avec les autres, à la société de consommation qu’elle réfute de plus en plus, à la force de la nature, à sa fascination des animaux. Combien de temps tiendra-t-elle seule ? Est-elle prête à affronter le regard des autres ? Est-elle si nulle et inintéressante que ça ? Pourquoi est-elle née ?

Eric Pessan raconte de manière très juste et précise, la vie d’une fugueuse, qui ne supporte plus sa vie auprès de parents aigris, radins et égoïstes. Certes, elle n’était pas désirée à sa naissance, mais en est-elle responsable ? L’auteur réussit à merveille à se mettre dans la peau de cette adolescente perdue, traumatisée, seule et en même temps si mûre. La présence permanente de la mère à travers des phrases en italique qui ponctuent les réflexions de Muette crée une tension angoissante et rend la fugue dangereuse, alors qu’en fait elle devrait être libératrice…

Editions Albin Michel – 16,50 €

Une lecture qui m’a fait penser à deux romans : Une partie de chasse d’Agnès Desarthe et à No et moi de Delphine de Vigan