NOS COUPS DE COEUR
LA COULEUR DES SENTIMENTS - Kathryn Stockett
Sélectionné Par Yves -- 31 août 2010
Cela aurait dû s'appeler Les Bonnes, mais c'était déjà pris ! Ce sera donc un titre un peu cucul la praline, La couleur des sentiments. Mais c'est vraiment ma seule réserve concernant cet EXCELLENT roman, qui devrait plaire aussi bien aux lecteurs/trices amateurs de grandes sagas historiques et/ou familiales qu'aux amateurs de romans psychologiques plus "pointus". Bref, c'est un roman grand public d'excellente qualité avec une intrigue qui tient la route, des personnages attachants qui existent dès la première ligne. Si ce roman a la chance d'avoir un minimum de presse, je prends le pari que ce sera l'une des surprises de cette rentrée littéraire.
L'histoire en quelques mots : nous sommes dans le Deep south, en 1962, en pleine période de lutte pour les droits civiques. Sauf que dans la petite ville de Jackson, Mississippi, les lois raciales sont appliquées dans toute leur rigueur, et personne ne songe à les remettre en cause. Sauf peut-être, Skeeter, jeune fille de bonne famille, qui est du genre à ruer dans les brancards. Elle est suffisamment rebelle, en tout cas, pour lier amitié avec deux bonnes noires qu'elle va convaincre d'écrire leur histoire. Abileen est la plus âgée de ces deux servantes, elle a appris à tenir sa langue et n'a pas forcément envie de se mettre en danger pour faire plaisir à une jeune écervelée. Minny est plus jeune, plus rebelle aussi. D'ailleurs elle s'est fait renvoyer à plusieurs reprises. Mais Minny a appris à se méfier des blancs, et Skeeter aura du mal à gagner sa confiance...
Dit comme ça, cela paraît plein de bons sentiments, lesquels on le sait, ne garantissent pas l'excellence littéraire. Dans ce cas, cela marche à 100%. C'est typiquement le genre de livre qu'on se précipite pour retrouver le soir, et comme il fait plus de 500 pages, vous allez vous régaler.
Traduit de l'anglais (Etats-Unis d'Amérique) par Pierre Girard
Editions Jacqueline Chambon - 23,80 euros
LE PREMIER MOT - Vassilis Alexakis
Sélectionné Par Yves -- 28 août 2010
A la mort de son frère Miltiadis, professeur grec de littérature comparée établi à Paris et féru de linguistique, sa soeur entame, en hommage à son frère, une enquête à la recherche du premier mot prononcé par l'Homme, LE mot que Miltiadis aurait voulu connaître avant de mourir. Elle rencontrera de nombreux scientifiques, médecins, poètes et érudits, certains ayant connu et/ou cotoyé Miltiadis.
On n'est évidemment pas dans un thriller historico-scientifique à la Bernard Werber, mais dans le récit sensible et intimiste d'un amoureux des langues, le langage est un sujet récurrent dans l'oeuvre d'Alexakis. La narratrice ne cesse de dialoguer avec son frère disparu, l'enquête étant avant tout le moyen trouvé par la narratrice pour perpétuer, au delà de la mort, les liens qui l'unissaient à Miltiadis. Un très beau roman, au thème original, qui plaira aux amoureux des mots
Stock - 22 euros
L'ETE DE LA VIE - J.M Coetzee
Sélectionné Par Yves -- 26 août 2010
Après Scènes de la vie d'un jeune garçon et Vers l'âge d'homme, voici le 3ème volet de l'autobiographie de Coetzee. L'été de la vie couvre le début des années 70, période à laquelle l'auteur, trentenaire, écrivait déjà mais n'avait pas encore rencontré le succès.
Le procédé choisi par Coetzee est singulier, puisqu'il s'agit d'un portrait posthume, dressé par un jeune universitaire britannique à travers les interviews successives de cinq personnes ayant cotoyé "l'homme Coetzee" dans les années 70. Bien plus que son oeuvre ou son travail d'écrivain, qui sont à peine évoqués, c'est la personne Coetzee qui est au coeur de ces entretiens, accordés parfois de guerre lasse par des protagonistes pour qui Coetzee était au fond quelqu'un de très banal.
Et c'est vrai que les cinq "témoins" que l'universitaire rencontre ne l'épargnent guère ! A travers les interviews d' une très furtive maîtresse, de la cousine de l'auteur, de la mère d'une élève qu'il poursuivit (sans succès) de ses assiduités, d'un collègue universitaire et enfin d'une maîtresse française, se dessine le portrait d'un homme assez terne, professeur sans passion, fils absent, universitaire moyen et amant somme toute médiocre. On aurait tort de prendre au pied de la lettre l'ensemble de ses affirmations, car cette autobiographie fictive est avant tout un travail littéraire, et sans doute aussi le pied-de-nez d'un écrivain qui se tient depuis longtemps très en retrait de l'agitation médiatique parce qu'il considère que ses livres parlent d'eux-mêmes et se suffisent à eux seuls. Un très bon livre, en tout cas, et c'est l'essentiel.
Traduit de l'anglais (Afrique du Sud) par Catherine Lauga du Plessis
Le seuil - 22 euros
LE SIECLE DES NUAGES - Philippe Forest
Sélectionné Par Yves -- 26 août 2010
Philippe Forest mêle la grande histoire (celle de l'aviation, en l'occurence) et la chronique familiale (son père fut pilote d'avion) dans ce livre ambitieux, de plus de 500 pages, qui est déjà l'un des événements de cette rentrée littéraire 2010.
Jouant sur le registre de l'intime et du collectif, Forest tisse sa toile avec une rare maestria; l'écriture, lente et posée, qui chemine en ressacs et va-et-vients en lassera certains et les perdra en route, mais j'ai pour ma part trouvé cela absolument réussi. "Embarqué" dans le récit, je n'ai pas vu le temps passer. Bref, "Le siècle des nuages" est à mon sens un livre de première importance, un hommage au père particulièrement émouvant, pudique et sensiblence en même temps qu'un récit très documenté sur l'histoire de l'aviation et des hommes qui la firent.
Gallimard - 21,50 euros
SANTA RIVIERA - Morvandiau, Mancuso & Arnal
Sélectionné Par Yves -- 12 juillet 2010
Depuis le temps qu'on l'attendait : enfin la BD qui parle aux fans de Lady Di comme à ceux d'Olivier Besancenot, aux admirateurs de Charles Bronson mais aussi aux accros des telenovelas brésiliennes, une BD qui met en scène des informaticiens coincés, des bellâtres qui ont une **** à la place du cerveau, des révolutionnaires procrastinateurs. C'est donc le cadeau rêvé à faire au copain qui relève de l'une des catégories listées ci-dessus, ou à vous offrir si vous aimez la bonne poilade parodique qui flirte avec le non-sens. A lire de toute urgence, comme dit l'autre...
Les requins marteaux - 13 euros
LA CULASSE DE L'ENFER - Tom Franklin
Sélectionné Par Yves -- 07 juillet 2010
Je ne suis pas sûr du bien-fondé d'une telle étiquette, mais - à supposer qu'il faille en coller une sur tout - j'apposerais volontiers sur la couverture de "La culasse de l'enfer" celle de western social.
On est à la toute fin du 19ème siècle, dans l'Alabama, où on assiste à l'affrontement des notables de la ville (toute petite ville, toute petite bourgeoisie...) et des métayers qui survivent en périphérie. Classe laborieuse, classe dangereuse dont on se méfie, qu'on méprise et qu'on tient à distance. Quand on ne lynche pas certains de ses éléments, puisque sous ces latitudes et à cette époque farouche, on pend d'abord et on discute ensuite. Lassés d'être traités comme des moins que rien, certains des "bouseux" finissent par créer une milice. La milice en question tient surtout de l'organisation criminelle, qui fait régner la terreur dans tout le comté. 'La culasse de l'enfer'' est une oeuvre âpre et forte, puissamment évocatrice, un western tragique diablement prenant.
Traduit de l'anglais (E.U.A) par François Lasquin et Lise Dufaux
Albin Michel - 22 euros ou Livre de poche 7,50 euros
TOUT PILLER, TOUT BRULER - Wells Tower & UNE VRAIE LUNE DE MIEL - Kevin Canty
Sélectionné Par Yves -- 18 juin 2010

Eh ben oui, encore des nouvelles américaines ! Ce n'est tout de même pas de ma faute si l'Amérique regorge d'excellents écrivains, et si nous avons la chance d'avoir des éditeurs de talent qui nous les font connaître. Une fois encore, ces deux recueils sont à mettre crédit de la collection "Terres d'Amérique". Tout piller, tout brûler est un premier livre. Le point commun des nouvelles qui le composent est de nous faire partager quelques jours, quelques instants de la vie d'hommes qui, pour le dire vite et mal, traversent des crise : crises conjugales, crises du milieu de vie, crises d'identité. Les trois premières nouvelles (le livre en compte 9) sont de très très haute volée. Seul bémol, le choix de la dernière nouvelle (qui donne son titre au recueil) me semble assez malheureux, car il rompt l'unité de l'ensemble et est à mon sens un niveau en dessous. Que cela ne vous arrête pas, car je le répète, le reste est excellent.
Nous devons Une vraie lune de miel à Kevin Canty, qui a déjà sorti plusieurs romans chez l'Olivier il y quelques années de cela. Comme son titre le laisse deviner, le recueil traite de l'amour, de la naissance et de la perte du désir et des incompréhensions inhérentes à ces situations qui jettent les hommes, les femmes dans les bras les uns des autres. C'est beau, incisif et parfois (mais pas toujours) un tantinet désespéré. De très beaux morceaux de vie, saisis dans un style dépouillé et impeccable.
Tout piller, tout brûler, traduit de l'anglais (EUA) par Michel Lederer - Albin Michel - 20 euros Une vraie lune de miel, traduit de l'anglais (EUA) par Hélène Fournier - Albin Michel - 19,50 euros
EMPEREURS DES TENEBRES - Ignacio del Valle
Sélectionné Par Yves -- 11 juin 2010
La littérature policière regorge de héros anars ou de gauche, en revanche, on manque un peu d'enquêteurs d'extrême droite ou carrément fascistes, si on excepte la figure assez rebattue du flic retors et bien raciste. L'originalité du roman d'Ignacio del Valle tient donc d'abord dans le choix de l'enquêteur... et du lieu de l'enquête. Empereurs des ténèbres nous emmène sur le front russe, durant l'hiver 1943, au sein même de la division Azul. Un crime a été commis, un jeune soldat tué et manifestement les prisonniers russes sont hors de cause. Le coupable ne peut être qu'un des volontaires espagnols de la division Azul. L'enquête est confiée à l'ex-lieutenant Arturo Andrade, soldat dégradé pour de sombres raisons.
Empereurs des ténèbres est un roman crépusculaire, à plus d'un titre. Le froid extrême, la faim, l'exaltation et la folie sont palpables à chaque page. Plus que les détails de l'intrigue, c'est son côté irréel qu'on retient : la guerre est en train de basculer, la défaite du Reich presque consommée, l'armée rouge campe à quelques centaines de mètres des lignes, et pourtant Andrade et se hiérarchie s'acharnent à découvrir un (des ?) coupable(s) qui pas plus que les autres n'échappera(ont ?) aux massacres.
Empereurs des ténèbres n'est pas un de ces romans policiers qui nous happent dès la première page et se dévorent en quelques heures, c'est un livre âpre, un voyage aux tréfonds de l'âme humaine.
Traduit de l'espagnol par Elena Zayas
Phebus - 24 euros
TELERAMA 60 ANS, NOS ANNEES CULTURE - ouvrage collectif
Sélectionné Par Yves -- 26 mai 2010

A l'heure où on commence à peine à préparer les vacances d'été, c'est certes un peu tôt pour vous présenter les "beaux livres de fin d'année", mais je ne résiste pas au plaisir de vous dire deux mots du très beau dyptique "Télérama" qui vient de paraître aux éditions des Arènes. C'est vraiment de la belle ouvrage, un livre qu'on a plaisir à découvrir peu à peu, un livre dans lequel on picore... mais qu'on finira par lire et relire plusieurs fois. Des grands-parents aux trentenaires, cette petite madeleine audiovisielle parlera à chacun, quel que soit son âge... La structure de l'ouvrage, chronologique mais aussi thématique, permet d'éviter habilement le côté "rétrospective rigide" qui plombe parfois ce type d'ouvrages. Bref, une réussite et le cadeau idéal à faire à tout lecteur de Télérama.
37,50 euros chaque tome - Editions Les Arènes
YEGG - Jack Black
Sélectionné Par Yves -- 26 mai 2010
Yegg est le récit autobiographique d'un vagabond et perceur de coffre américain rangé des voitures, ou plutôt rangé des calèches, puisque ce bouquin nous transporte dans l'Amérique du dernier quart du 19ème siècle. C'est un récit proprement fascinant qui passionnera les fans de western, de polar et de natural writing. On suit Jack Black de l'adolescence à sa dernière sortie de prison, de coup en convention (sorte de proto-apéro géant réunissant pour quelques jours une assemblée de "hobos", ces vagabonds parcourant le continent en voyageant incognito de train en train).
Ecrit/traduit dans un style très agréable, Yegg est riche de personnages hauts en couleurs : bandits de grand chemin, tenancières de bordel, tricheurs professionnels, gardiens de prison un brin sadiques... Les 400 pages se lisent quasiment d'un trait. YEGG se clôt sur un texte de quelques pages, écrit quelques années plus tard pour un journal, et intitulé de manière amusante Ce que je reproche aux honnêtes gens. Jack Black se livre à une analyse critique de la justice et du système pénitencier étasunien. On se rendra compte à cette lecture que les problèmatiques évoquées dans ces pages restent pour l'essentiel d'une grande actualité.
Traduit de l'anglais (E.U.A) par Jeanne Toulouse
Les Fondeurs de Briques - 22 euros
LA MORT AU CREPUSCULE - William Gay
Sélectionné Par Yves -- 17 mai 2010
C'est la bonne nouvelle de ce long week-end de lecture de l'Ascension, où je me suis par ailleurs fourvoyé dans des choses sans grand intérêt ou franchement surévaluées, comme c'est le cas du Hors-la-loi de Belletto, lu jusqu'au bout, mais franchement quelle foutaise ! Mais passons, le principe de ce site étant de pointer les livres qu'on a aimés plutôt que de vous éviter les autres, intéressons-nous plutôt à ce très bon roman d'un certain William Gay, dont l'éditeur nous dit qu'il a déjà publié deux romans et deux recueils de nouvelles dont on ne trouve trace nulle part; il doit s'agir d'une première traduction.
On est aux Etats-Unis, aux débuts des années 50, dans un état rural, sans plus de précision, il semblerait que ce soit le Wisconsin. L'histoire est assez facile à résumer. Kenneth Tyler, un jeune homme de 17 ans, et sa soeur mettent la main sur des photos compromettantes, montrant le croque-mort local en train de s'amuser avec des cadavres. Les jeunes gens entreprennent de le faire chanter. Le croque-mort met sur leurs traces le méchant du coin, sanglant et assez barré, qui règle vite son compte à la nana et va pister le frérot dans les forêts du cru, le Harrikin, un carré de 30 kilomètres sur 30, autrefois habitées, hantées dit-on. Un endroit improbable, entre Brocéliande et un site industriel à l'abandon.
J'ai été sensible à la grande qualité de l'écriture, au clair obscur que dispense le récit. Un tour sur le net montre que le bouquin est comparé à La route de McCarthy ou à Sukkwan Island. La comparaison a du sens, mais comme dit l'autre, il faut raison garder. La mort au crépuscule montre de réelles qualités, mais manque un peu de souffle pour un thriller. Pour la "course poursuite hallucinante, véritable épreuve des nerfs" promise par l'éditeur sur la 4ème de couv', on reste un peu sur sa faim. L'intérêt est ailleurs, dans la description de la forêt la nuit, les rencontres faites par le jeune Tyler, les ambiances. C'est déjà pas mal du tout, et largement suffisant pour vous conseiller la lecture de ce roman, à l'atmosphère poisseuse et envoûtante.
Traduit de l'anglais (E.U.A) par Jean-Paul Gracias
Le Masque - 19,50 euros
PARC AVENUE - Jerry Wilson
Sélectionné Par Yves -- 06 mai 2010
Zanzibar est un tout nouvel éditeur, spécialisé dans la littérature américaine. Avec moins d'un an au compteur, Zanzibar propose déjà 7 ou 8 bouquins, une (très belle) revue trimestrielle et prévoit d'éditer une vingtaine de titres en 2010. Un projet ambitieux, donc, à qui on souhaite bon vent, car au vu de ce que nous avons eu entre les mains, il semble que l'éditeur ne manque ni de bonnes idées ni d'originalité.
La preuve, ce recueil de nouvelles traduit en français alors qu'il n'est jamais sorti aux Etats-Unis. Il met en scène des personnages récurrents, autour de la figure de Dick Swiveller, park ranger chargé de l'entretien des parcs dans l'état de l'Idaho (c'est également la profession de l'auteur). Routards, sans abri, pensionnaires du parc depuis des années pour certains, personnages borderline ou ayant trouvé une certaine stabilité dans leur marginalité, ils forment une petite société que le narrateur ne juge ni ne méprise, parfaitement conscient que ce qui le sépare d'eux (un toit, un boulot) est finalement peu de chose, compte tenu de leurs multiples points communs : un itinéraire cabossé, une relation problématique avec l'alcool...
Jerry Wilson fait vivre ses personnages et les situations avec beaucoup de talent et d'empathie. Cela donne un recueil de nouvelles tout à fait remarquable, et qui mérite votre lecture.
traduit de l'anglais (E.U.A) par Luc Baranger et Matthias Hagchemo
Editions Zanzibar - 14 euros
L'HERBE SOUS LES PIEDS - Rémi Viallet
Sélectionné Par Yves -- 04 mai 2010
Quespire est une jeune maison d'édition qui s'est fait connaître par son "Guide des rades les moins chers de Paris" publication qui ne pouvait que nous la rendre sympathique et qui justifie l'intérêt porté à sa production littéraire, puisque c'est la direction que souhaite désormais suivre Quespire.
Parmi les nouveautés de la maison, j'ai lu et vraiment aimé "L'herbe sous les pieds", premier roman de Rémi Viallet. Le propos est plutôt original puisque le héros meurt (assassiné par un forcené) dès la quatrième ligne du roman. Ce qui ne l'empêche pas de rester dans les parages pour commenter les faits et gestes de ceux qui restent, à commencer par ceux de sa famille et de sa petite amie. C'est à la fois drôle et enlevé, et léger sans être vain. Un très bon roman qui peut séduire un public très large mais dont le souvenir ne s'envole pas dès le livre refermé. J'ai pour ma part été séduit par la qualité de l'écriture et le côté pince-sans-rire.
Je ne suis pas le seul puisque puisque notre maire, Bertrand Delanoé, en fait également l'article sur son blog, comme vous le constatez ici. Dernier point, le livre est vendu en première édition à peu près au prix d'un poche. C'est un très gros effort pour l'éditeur, et une raison de plus, pour vous, de vous procurer ce roman.
Quespire - 10 euros.
EXTRAITS DES ARCHIVES DU DISTRICT - Kenneth Bernard
Sélectionné Par Yves -- 03 mai 2010
Extraits des archives du district, c'est un peu 1984 au pays du Père Ubu. Bonne idée d'avoir confié l'illustration de couverture à Marc-Antoine Mathieu, dont l'univers est si proche. Ici, Julius Corentin Acquefaques s'appelle "la taupe", et mène une existente tristouille et banale dans une improbable cité bureaucratique, où la vie sociale se limite à fréquenter un club d'enterrement et où on se voit doté d'un "binôme" avec lequel on est plus ou moins tenu de partager toutes ses activités. Un chouette endroit, vraiment. Extraits des archives du district se lit d'une traite, on rit beaucoup mais on rit jaune. Bref, c'est franchement bien, à la fois marrant et inquiétant : possiblement un texte culte.
traduit de l'anglais (E.U.A) par Sholby
éditions Attila - 17 euros
HHhH - Laurent Binet
Sélectionné Par Yves -- 27 avril 2010
HHhH est un premier roman qui témoigne chez son auteur, Laurent Binet, d'une extraordinaire maîtrise et de solides convictions, qu'on est d'ailleurs pas obligé(e) de partager. Solide maîtrise de "l'art du roman", puisqu'au delà de la narration du fait historique proprement dit (la préparation puis l'exécution de l'attentat contre Heydrich par deux résistants, l'un tchèque et l'autre slovaque), Binet nous plonge dans la rédaction même de l'ouvrage. On a un peu l'impression d'être derrière son épaule en train de le regarder écrire, ce qui pourrait être assez barbant et en fait non, ne l'est pas du tout. Ainsi, moi qui ne suis pas très friand du genre "récit historique" et pas plus que ça passionné par la 2ème guerre mondiale, je n'ai pas décroché des 450 pages, fasciné de voir le roman se construire et intrigué de voir comment Binet se sortirait/ne se sortirait pas des contraintes qu'il s'est lui même imposées.
Convictions tranchées ensuite, puisque Binet refuse tout recours à l'artifice romanesque, aux "facéties fictionnelles" pour reprendre l'amusante formule de l'auteur. Pas question donc, de "broder", d'enjoliver pour rendre les faits plus vivants, de se mettre "dans la tête du personnage", de lui prêter des mots et des pensées que peut-être il n'a pas eus. Binet se veut enquêteur appliqué et refuse d'endosser le traditionnel rôle du démiurge littéraire : il se cantonnera à la narration des faits avérés. Les héros dont il retrace le parcours sont des personnes, pas des personnages, pas du "matériau romanesque". La démarche de Binet, c'est un peu l'inverse de celle de Haenel, qui dans son "Karski" s'est emparé du personnage historique pour en faire la source d'une narration fictionnelle.
Derrière le choix de Binet, intéressant parce que riche de contraintes - on verra que s'interdire le recours aux facéties fictionnelles, ce n'est pas si simple que cela - il y a l'idée sous-jacente et qui me gêne un peu, selon laquelle la fiction serait un procédé narratif de seconde zone, impropre, indigne peut-être, à témoigner de situations historiques, de "combats" si on ose le terme. Quid d'Hugo, de Steinbeck ? C'est peut-être caricaturer son propos, mal le comprendre, mais je n'ai pu me défaire de cette impression tout au long de la lecture, passionnante au demeurant.
Le mieux, c'est sans doute de vous plonger à votre tour dans la lectuire de HHhH pour vous faire votre propre idée. Une chose est certaine, vous ne regretterez pas votre achat.
Grasset - 20.90 euros
MARKETING, DISENT-ILS... dix-huit analyses navrées de la publicité contemporaine - Josée Oeil-de-Boeuf
Sélectionné Par Yves -- 16 avril 2010
Ces textes, parus dans la revue Tigre entre 2007 et 2009 (les couv' reprennent d'ailleurs les rayures de la zoulie maquette) taillent un costard à la réclame sous toutes ses formes à travers l'analyse drôle et pertinente de 18 "créations" (c'est le terme consacré, c'est vous dire la grande humilité du milieu pubeux). On n'est pas ici dans l'analyse sémiologique, la critique politique et sociétale (encore que...). Mais pointer le ridicule d'un discours, n'est-ce pas encore la meilleure façon de le dénoncer, hum ? Si vous goûtez l'ironie distanciée et amusée, faites l'emplette de ce petit volume. Mention spéciale à la 17ème chronique, consacrée à une magnifique campagne "La joie est BMW" intitulée très judicieusement et très sobrement "La connerie".
Le tigre nous offre deux autres petits recueils pour accompagner ce petit précis d'analyse publicitaire. Il s'agit de "Petites vies des grands hommes" et "Les directeurs, les ouvriers et les belles sténo-dactylographes, portraits au travail". Le premier raconte la vie de grands hommes uniquement à travers des anecdotes mineures et avérées. Résultat drôle et iconoclaste garanti. C'est franchement rigolo, l'accumulation de détails sans intérêt donne aux portraits un côté absurde tout à fait réjouissant. Quant au 3ème livret, le propos est plus sérieux (c'est l'intérêt d'une revue, de pouvoir aborder différents sujets en variant les angles. Pour faire court, le principe est d'amener des individus à parler d'eux à travers leur métier, en gommant au maximum tout effet de mise en scène. Si j'en juge ce que j'ai lu, cela donne un objet littéraire plutôt intéressant.
Le Tigre - 10 euros chacun
LE CRIEUR DE NUIT - Nelly Alard
Sélectionné Par Yves -- 12 avril 2010
Le crieur de nuit, c'est une histoire de famille, un huis-clos familial qui se déroule dans le laps de temps séparant la mort d'un homme de ses funérailles. Cet homme, c'est le père de Sophie, la narratrice. Un homme dur, qui fut un véritable tyran domestique et un père bien peu - et très mal - aimant. Par la faute d'une maladie de Parkinson déclenchée de manière précoce et qui fit de leur père un être très diminué durant les dernières decennies de sa vie, Sophie, son frère et sa soeur ont été privés de toute possibilité de lui demander des comptes, de faire la paix peut-être. Dans l'esprit de ses enfants, l'homme est resté figé dans cette posture d'"ogre" terrible et tout puissant.
Le crieur de nuit est un récit tout en nuances, qui nous parle avec des mots très justes du manque d'amour, et des cicatrices qui ne se referment pas. La gravité du propos n'exclut pas l'humour, au contraire. Les pages consacrées au chassé-croisé des morts difficile dans le caveau familial sont franchement hilarantes.
Editions Gallimard - 13,50 euros
CHAMPIONZE - Eddy Vaccaro & Aurélien Ducoudray
Sélectionné Par Yves -- 07 avril 2010
L'histoire authentique de Louis Fall, gamin de Saint-Louis du Sénégal qui découvre la métropole à l'orée du 20ème siècle, en même temps que le racisme et les préjugés. Tout à tour enfant de la balle, soldat pendant la grande guerre, groom, on détecte bientôt chez lui des talents de pugiliste. De K.O en K.O, c'est une rapide ascension qui le mènera au titre de champion du Monde, après un combat mythique mené contre Georges Carpentier. Il fut d'ailleurs le premier africain à devenir champion du monde de boxe. Signalons au passage aux curieux et aux amateurs de boxe qu'ils peuvent visionner certains des combats de Battling Siki, dont celui contre Carpentier, en allant sur youtube.
Plus dure sera la chute, et, dans la plus digne tradition du roman noir et de la légende de la boxe, Battling Siki va enchaîner les déconvenues, multiplier les mauvaises rencontres, sombrer dans l'alcoolisme. Il finira assassiné dans une ruelle de Harlem, un soir de bamboche.
Futuropolis - 20 euros
EN ITALIE, IL N'Y A QUE DE VRAIS HOMMES - L. de Santis & S. Colaone
Sélectionné Par Yves -- 07 avril 2010
Etre homo dans l'Italie fasciste, ce n'était pas la meilleure façon d'être populaire vis-à-vis du pouvoir. Un italien homosexuel, c'était même tellement impossible qu'il n'existait pas de lois contre eux. Ceux qui se faisaient "prendre", on ne les jugeait pas, mais on les éloignait, on les regroupait dans des camps de travail, loin des grandes villes. C'est cette page de l'histoire italienne que nous conte ce très intéressant roman graphique. Construit selon le mode de l'enquête, il nous fait suivre les traces de deux journalistes et de leur rencontre avec Antonio. Aujourd'hui âgé de 75 ans, Antonio fut confiné en raison de ses préférences sexuelles. D'abord hésitant, il accepte de témoigner, et c'est toute une époque qui ressurgit. Un document très intéressant, en même temps qu'un récit très touchant.
Dargaud - 15.50 euros
FOLLES PASSIONS - Kazuo Kamimura
Sélectionné Par Yves -- 07 avril 2010
Nous sommes à Tokyo dans les années 1840/1850, et nous suivons les péripéties amoureuses de Sutehachi, peintre d'estampes élève du grand Okusai, un personnage important de ce roman graphique. Jeune et plein de fougue, Sutehachi croise de nombreuses jeunes femmes dont la superbe O-chichi, aussi belle que déjantée. Au détour des pages, on en apprendra des vertes et des pas mûres sur les peintres japonais (dont un certain Iroshigé), d'aussi joyeux drilles que leurs collègues impressionnistes. On glanera aussi de nombreuses informations sur le monde de l'estampe. Le sticker "pour public averti" qui marque la couverture tient un peu de l'argument publicitaire. Vous pouvez tout à fait refiler le manga à un ado après l'avoir lu. Rappelons que Kazuo Kamimura, aujourd'hui décédé fut par ailleurs le dessinateur de Lady Snowblood, manga dont Quentin Tarantino, l'ami des ados, s'est (très librement) inspiré pour créer Kill Bill.
Kana - 18 euros par volume. 2 volumes parus, 3ème et dernier volume à paraître.
LE GOUT AMER DE LA JUSTICE - Antonio Monda
Sélectionné Par Yves -- 03 avril 2010
Un beau roman, de facture très classique, qui se structure autour des thèmes de l'affrontement des Anciens et des Modernes, de l'impossibilité de rompre avec son milieu, de la difficulté de rester fidèle à ses valeurs face à la tentation.
La relation personnelle entre le jeune avocat et le vieux maître du barreau est très finement décrite, l'atmosphère m'a rappelé des textes de Bassani ou de Moravia, autant dire que cela m'a vraiment plu. Le goût amer de la justice est un premier roman, et je ne serais pas étonné qu'il fasse pas mal de bruit. Un roman, en tout cas, que je vous encourage vivement à découvrir.
Traduit de l'italien par Nathallie Bauer Stock - 19 euros
KNOCKEMSTIFF - Donald Ray Pollock
Sélectionné Par Yves -- 28 mars 2010
18 nouvelles, assénées comme autant de coups de poing, par un "jeune" auteur de près de 60 ans, dont c'est le premier recueil. Recueil au drôle de titre, d'ailleurs, qu'on peut approximativement traduire par "Casse leur la gueule". Knockemstiff est un bled paumé de l'Ohio, peuplé de petits blancs et c'est aussi le théâtre où se déroulent les drames misérables, violents et sordides des nouvelles qui font ce recueil. Cela causera à ceux d'entre vous qui aiment Harry Crews, Palahniuk, Bukowski éventuellement. Peu de chances que l'auteur ait touché une bourse de l'Etat de l'Ohio pour boucler son recueil, tant les habitants apparaissent sous un jour peu favorable. Je crois qu'on appelle "Hillbillies" la variété locale de péquenauds. Niveau ambiance, c'est un peu Délivrance, en plus violent et plus fruste, pour vous donner une idée.
Tiens, c'est marrant, au moment même où je tape cette notice, Le masque et la plume (où il s'est dit beaucoup, beaucoup de conneries ce soir sur le bouquin d'Aubenas) fait l'article de ce recueil. Il ne faut pas cependant que cela vous décourage de l'acheter. C'est dur, c'est violent mais c'est vraiment bien.
Traduit de l'américain par Philippe Garnier
Buchet-Chastel - 20 euros
LULU FEMME NUE - Etienne Davodeau
Sélectionné Par Yves -- 19 mars 2010
Chic, voici enfin la suite (et la fin) des aventures de Lulu ! On retrouve avec un grand plaisir l'histoire tendre-amère de cette quadragénaire, mère de famille à la vie tristoune et banale, qui s'offre une parenthèse de quelques semaines, à l'occasion de laquelle elle va faire de nouvelles connaissances, vivre de nouvelles amours, bref, changer de point de vue.
La construction, habile, sous forme d'un flash back entrecoupés des commentaires émis par la fille et les amis - à la manière d'un choeur antique -ménage un suspense certain : on tremble pour Lulu. Davodeau aime ses semblables et ses personnages, il l'a plus d'une fois prouvé à travers ses albums précédents. Lulu, peut-être son album plus réussi, en donne cette fois encore une magnifique illustration. Un album indispensable, en d'autres termes.
Futuropolis - 2 tomes à 16 euros - coffret à 32 euros
L'ODEUR HUMAINE - Ernö Szép
Sélectionné Par Yves -- 27 février 2010
Deuxième guerre mondiale : la Hongrie est l'alliée de l'Allemagne. En 1944 pourtant, ses chefs, sentant le vent tourner, tentent de négocier un armistice séparé avec les Alliés. Les allemands placent alors à la tête du pays les dirigeants des croix-fléchées, les nazis locaux. Nous sommes en octobre 1944, et la solution finale s'applique dès lors à la Hongrie.
Voilà pour le contexte historique dans lequel s'inscrit le récit autobiographique d'Ernö Szép, l'un des derniers textes de l'écrivain et le premier à être traduit en Français. C'est une très bonne idée qu'a eu là Cambourakis, car ce texte extrêmement fort dégage une dignité impressionnante.
La première partie relate la vie quotidienne d’une « maison étoilée », le nom donné aux immeubles où les juifs de Budapest étaient confinés. Szép nous décrit son quotidien et celui de ses voisins, comme lui des hommes mûrs et socialement arrivés (les jeunes ont été mobilisés), qui tuent le temps en se rendant mutuellement visite, qui essaient de trouver des raisons d'espérer en écoutant en cachette les radios alliées, alors que les mesures de privation et d'humiliation se renforcent, que la progression des Alliés semble marquer le pas. Le ton est drôle souvent, tendre et désabusé parfois.
La suite du récit traite de la déportation des hommes de l’immeuble dans un camp de travail situé à l'extérieur de Budapest. Szép procède par brefs chapitres pour décrire très précisément la marche épuisante de la colonne, le travail abrutissant et les mauvais traitements infligés aux prisonniers.
Le récit s'achève au moment où Ernö Szép quitte le camp de travail pour regagner son domicile de Budapest. L'extermination des Juifs hongrois va débuter. Ernö Szép y échappera miraculeusement. Pas sa famille, ni ses proches amis. Tous périront dans les chambres à gaz.
traduit du hongrois par Marc Martin
Editions Cambourakis - 20 euros
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