NOS COUPS DE COEUR
Nos coups de cœur - ROMANS
Voici une liste non exhaustive et totalement subjective de ce qui nous a plu, remué, intéressé ce mois-ci, au fil et au gré de nos lectures. Pour voir ce qui nous a secoué les mois d’avant, c’est pas compliqué, il vous suffit d’aller farfouiller dans les archives…
Sélectionné Par Juliette -- 06 septembre 2010
Joe est serial killer, un psychopathe qui tue des femmes, mais pas que : il a deux poissons rouges, un boulot (agent d'entretien au commissariat, où il se fait passer pour le gentil simplet), une mère. Raconté en partie à la première personne, le quotidien de ce tueur prend une tournure étrange quand il se met à enquêter sur un meurtre qu'on lui attribue à tort.
Le ton est donné dès le départ, mais les péripéties ne manqueront pas de vous surprendre : ce thriller est drôle et méchant, comme son protagoniste, qui se fait passer pour le ravi de la crèche et se croit supérieurement intelligent. Cet antihéros est responsable de nombreuses horreurs, mais il en reçoit une rétribution bien méritée, à commencer par les dîners avec sa mère (ah mais quelle excellente idée de personnage!). Les passages qui décrivent leurs rencontres et leurs rapports sont franchement à se tordre : cet auteur néo-zélandais nous réinvente le genre du roman de serial killer, où l'humour le dispute au suspense. Idéal pour faire passer la morosité de la rentrée...
Traduit de l'anglais (Nouvelle Zélande) par Benjamin Legrand
Sonatine - 22€
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Sélectionné Par Stephanie -- 02 septembre 2010
Le nouveau roman d'Agnès Desarthe débute par l'extrait d'un fait divers dans un quotidien régional. Première phrase choc, une annonce violente et dramatique. Jérôme apprend que le premier amour de sa fille, encore lycéenne, vient de mourir dans un accident de la route. Il va devoir l'aider à survivre après ce décès brutal, mais il en est incapable. Il préfère aller seul dans la forêt, respirer l'odeur des arbres, gratter la terre et ramper sur les sentiers.
Il souffre de voir sa fille si jeune et si malheureuse et de ne pas être à la hauteur. Il est paniqué aussi quand une américaine originale et charmante lui fait la cour. Lui, un enfant sauvage, trouvé dans la forêt par un couple. Si au moins il connaissait ses origines, il se sentirait plus fort... Il est si angoissé à l'idée de comprendre son abandon qu'il va confier cette tâche à Alexandre, un policier à la retraite, qui enquête en parallèle sur la disparition étrange d'une jeune adolescente. Jérôme va devoir se remettre en question et accepter enfin la vérité.
Agnès Desarthe nous surprend une fois de plus avec ce roman très intime sur les origines et sur la relation père-fille. Mêlant l'univers du conte, une histoire romantique en fond et des énigmes en fil conducteur, elle réussit comme toujours à transformer et à dévier son intrigue initiale. Une belle histoire riche en émotions et en suspense.
Editions de l'Olivier - 18 €
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Sélectionné Par Stephanie -- 02 septembre 2010
Du sable, un toboggan, banal pour un square. Et pourtant, 40 ans auparavant le décor était tout autre. Une prison pour femmes.
En vidant l'appartement de sa mère récemment décédée, Angèle trouve un paquet de lettres, un article de presse et le nom d'un homme. Pour elle, Héléna était une mère égoiste, froide, insensible. La lecture du courrier va lui révéler un tout autre visage de sa mère : une femme joyeuse, amoureuse, passionnée. Que s'est-il passé ce jour où elle a décidé d'accompagner l'homme qu'elle aimait pour braquer une bijouterie ? Pourquoi est-elle allée le rejoindre alors qu'il ne voulait pas ? Comment a-t-elle pu rejeter sa fille ?
A travers les lettres de Mila sa grand-mère, les yeux du journaliste qui a assisté au procès et ceux de l'homme aimé, le passé d'Angèle s'éclaire.
Cette histoire d'amour et de sacrifices est écrite avec une grande sensibilité. Judith Perrignon réussit à nous raconter une histoire d'une profonde tristesse, sans jamais tomber dans la facilité, dans le mélo, elle trouve les mots justes et retranscrit à merveille les sentiments de tous les proches d'Héléna. Un premier roman très beau, touchant et plein d'espoir.
Editions Stock - 18 €
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Sélectionné Par Yves -- 31 août 2010
Cela aurait dû s'appeler Les Bonnes, mais c'était déjà pris ! Ce sera donc un titre un peu cucul la praline, La couleur des sentiments. Mais c'est vraiment ma seule réserve concernant cet EXCELLENT roman, qui devrait plaire aussi bien aux lecteurs/trices amateurs de grandes sagas historiques et/ou familiales qu'aux amateurs de romans psychologiques plus "pointus". Bref, c'est un roman grand public d'excellente qualité avec une intrigue qui tient la route, des personnages attachants qui existent dès la première ligne. Si ce roman a la chance d'avoir un minimum de presse, je prends le pari que ce sera l'une des surprises de cette rentrée littéraire.
L'histoire en quelques mots : nous sommes dans le Deep south, en 1962, en pleine période de lutte pour les droits civiques. Sauf que dans la petite ville de Jackson, Mississippi, les lois raciales sont appliquées dans toute leur rigueur, et personne ne songe à les remettre en cause. Sauf peut-être, Skeeter, jeune fille de bonne famille, qui est du genre à ruer dans les brancards. Elle est suffisamment rebelle, en tout cas, pour lier amitié avec deux bonnes noires qu'elle va convaincre d'écrire leur histoire. Abileen est la plus âgée de ces deux servantes, elle a appris à tenir sa langue et n'a pas forcément envie de se mettre en danger pour faire plaisir à une jeune écervelée. Minny est plus jeune, plus rebelle aussi. D'ailleurs elle s'est fait renvoyer à plusieurs reprises. Mais Minny a appris à se méfier des blancs, et Skeeter aura du mal à gagner sa confiance...
Dit comme ça, cela paraît plein de bons sentiments, lesquels on le sait, ne garantissent pas l'excellence littéraire. Dans ce cas, cela marche à 100%. C'est typiquement le genre de livre qu'on se précipite pour retrouver le soir, et comme il fait plus de 500 pages, vous allez vous régaler.
Traduit de l'anglais (Etats-Unis d'Amérique) par Pierre Girard
Editions Jacqueline Chambon - 23,80 euros
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Sélectionné Par Noémi -- 28 août 2010
Vous vous êtes sans doute déjà demandé à quoi pouvait bien penser (en supposant qu'ils le fassent ! ) nos compagnons à quatre pattes ou même la plus insignifiante des fourmis? Andrew O'Hagan nous livre dans son roman une réponse tout a fait originale et délicieusement ironique en nous offrant le luxe de pouvoir comprendre Mafia Honey, le bichon maltais de Marylin Monroe qui lui aurait tenu compagnie les deux dernières années de sa vie.
Bien loin des préoccupations qu'on leur prête habituellement, Maf et ses semblables se passionnent pour la littérature, la psychologie ou encore la politique, citant tour à tour Dostoïevski, Freud ou encore Trotsky. Leur seul grand regret est de ne pas pouvoir mettre leur museau dans les conversations des humains, où tout au plus ils peuvent grogner ou donner un coup de dent quand ils estiment que le propos est particulièrement stupide.
Maf jette un regard tendre sur les moments passés avec sa mythique maîtresse qui l'emmène même dans ses nombreuses séances de psychanalyse, et croise tour à tour Sinatra, Natalie Wood ou encore Kennedy, ainsi que leurs illustres compagnons à quatre pattes qui ont toujours leur mot à dire, souvent bien plus intéressants que leurs humains.
Ce roman à la fois léger dans le ton et plein d'audace et d'humour dans son propos porte un regard inhabituel sur les Etats-Unis dans un moment crucial et riche de leur histoire et brosse un portrait tout en douceur d'une femme fragile trop exposée.
Traduit de l'anglais par Cécile Deniard.
Editions Bourgois - 21 €
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Sélectionné Par Yves -- 28 août 2010
A la mort de son frère Miltiadis, professeur grec de littérature comparée établi à Paris et féru de linguistique, sa soeur entame, en hommage à son frère, une enquête à la recherche du premier mot prononcé par l'Homme, LE mot que Miltiadis aurait voulu connaître avant de mourir. Elle rencontrera de nombreux scientifiques, médecins, poètes et érudits, certains ayant connu et/ou cotoyé Miltiadis.
On n'est évidemment pas dans un thriller historico-scientifique à la Bernard Werber, mais dans le récit sensible et intimiste d'un amoureux des langues, le langage est un sujet récurrent dans l'oeuvre d'Alexakis. La narratrice ne cesse de dialoguer avec son frère disparu, l'enquête étant avant tout le moyen trouvé par la narratrice pour perpétuer, au delà de la mort, les liens qui l'unissaient à Miltiadis. Un très beau roman, au thème original, qui plaira aux amoureux des mots
Stock - 22 euros
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Sélectionné Par Yves -- 26 août 2010
Après Scènes de la vie d'un jeune garçon et Vers l'âge d'homme, voici le 3ème volet de l'autobiographie de Coetzee. L'été de la vie couvre le début des années 70, période à laquelle l'auteur, trentenaire, écrivait déjà mais n'avait pas encore rencontré le succès.
Le procédé choisi par Coetzee est singulier, puisqu'il s'agit d'un portrait posthume, dressé par un jeune universitaire britannique à travers les interviews successives de cinq personnes ayant cotoyé "l'homme Coetzee" dans les années 70. Bien plus que son oeuvre ou son travail d'écrivain, qui sont à peine évoqués, c'est la personne Coetzee qui est au coeur de ces entretiens, accordés parfois de guerre lasse par des protagonistes pour qui Coetzee était au fond quelqu'un de très banal.
Et c'est vrai que les cinq "témoins" que l'universitaire rencontre ne l'épargnent guère ! A travers les interviews d' une très furtive maîtresse, de la cousine de l'auteur, de la mère d'une élève qu'il poursuivit (sans succès) de ses assiduités, d'un collègue universitaire et enfin d'une maîtresse française, se dessine le portrait d'un homme assez terne, professeur sans passion, fils absent, universitaire moyen et amant somme toute médiocre. On aurait tort de prendre au pied de la lettre l'ensemble de ses affirmations, car cette autobiographie fictive est avant tout un travail littéraire, et sans doute aussi le pied-de-nez d'un écrivain qui se tient depuis longtemps très en retrait de l'agitation médiatique parce qu'il considère que ses livres parlent d'eux-mêmes et se suffisent à eux seuls. Un très bon livre, en tout cas, et c'est l'essentiel.
Traduit de l'anglais (Afrique du Sud) par Catherine Lauga du Plessis
Le seuil - 22 euros
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Sélectionné Par Yves -- 26 août 2010
Philippe Forest mêle la grande histoire (celle de l'aviation, en l'occurence) et la chronique familiale (son père fut pilote d'avion) dans ce livre ambitieux, de plus de 500 pages, qui est déjà l'un des événements de cette rentrée littéraire 2010.
Jouant sur le registre de l'intime et du collectif, Forest tisse sa toile avec une rare maestria; l'écriture, lente et posée, qui chemine en ressacs et va-et-vients en lassera certains et les perdra en route, mais j'ai pour ma part trouvé cela absolument réussi. "Embarqué" dans le récit, je n'ai pas vu le temps passer. Bref, "Le siècle des nuages" est à mon sens un livre de première importance, un hommage au père particulièrement émouvant, pudique et sensiblence en même temps qu'un récit très documenté sur l'histoire de l'aviation et des hommes qui la firent.
Gallimard - 21,50 euros
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Sélectionné Par Noémi -- 25 août 2010
Le docteur Faraday, médecin de campagne, se rapproche de la noble famille Ayres qui l'impressionne depuis l'enfance, et devient le témoin privilégié de leur lente déchéance. En effet, outre leur fortune qui s'amenuise au fil des mois et la décrépitude du manoir autrefois flamboyant, d'étranges événements viennent troubler la quiétude du domaine et le quotidien de ses habitants. Bruits de pas dans des pièces condamnées, apparitions de marques mystérieuses sur les murs, rien ne leur est épargné.
Faraday, très cartésien, n'est jamais à court d'explications rationnelles pour expliquer chacun des incidents mystérieux, ce qui n'empêche pas la vieille maîtresse des lieux et ses deux enfants de sombrer peu à peu dans la psychose, et le lecteur lui-même finit par ne plus trop savoir à qui se fier...
Ce roman fleuve peut se vanter d'être un mélange très réussi de Shining et Les hauts des Hurlevents !
Il reste cependant dans la grande tradition littéraire anglaise, où le raffinement du passé côtoie le surnaturel pour un résultat mystérieux et envoûtant.
Editions Denoël - 26,50 €
Traduit de l'anglais par Alain Defossé
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Sélectionné Par Noémi -- 25 août 2010
Deux hommes se rencontrent par hasard dans un café. Ils ne se connaissent pas et n'ont en commun que leur langue maternelle, mais ils vont pourtant choisir de faire la route ensemble. Au fil des kilomètres les langues se délient et Martijn, le conducteur, confie à son passager l'histoire du tragique destin de sa fille Léa.
Léa est âgée d'à peine 10 ans lorsque sa mère meurt, et sa tristesse conjugée à celle de son père grandit de jour en jour. Mais lorsqu'elle entend pour la première fois une artiste jouer du violon dans une gare quelques années plus tard, son père voit enfin ses yeux étinceler à nouveau : la passion de Léa est née. Une ascension fulgurante attend la jeune fille, perfectionniste et exigeante envers elle-même mais aussi envers ceux qui l'entourent. Le succès ne laisse plus à Léa le temps de vivre et l'éloigne chaque jour un peu plus de son père, impuissant devant cette passion toxique qui dévore peu à peu son enfant.
Lorsqu'un chagrin d'amour la détourne de son instrument fétiche et la plonge dans le désespoir, Martijn est prêt à tout pour voir renaître un sourire sur le visage de sa fille, même si pour cela il lui faut transgresser la loi...
Un roman inoubliable et très émouvant sur le deuil et l'amour d'un père pour sa fille.
Editions Maren Sell - 19 €
Traduit de l'allemand par Carole Nasser
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Sélectionné Par Stephanie -- 25 août 2010
Mal remise du décès de son frère Paul, un jeune auteur décédé à l'âge de 25 ans, Marie Sellies apprend qu'une des pièces de ce dernier va être jouée à Avignon dans le cadre du festival. "Nuits rouges" est mise en scène par Odon Schnadel, éditeur et directeur du "Chien fou". Cette année à Avignon. les intermittents du spectacle sont en grève, la moitié des pièces sont annulées, la ville est en ébullition. Odon est tendu, il espère que sa pièce pourra être jouée, et que la salle sera pleine. Il a peur, aussi, de ses retrouvailles avec Mathilde, une comédienne très médiatisée qui revient dans sa région d'origine après des années d'absence. Et puis, il y a la rencontre de Marie et le choc que cette rencontre cause à Odon, un homme d'habitude plutôt calme et solitaire.
Des souvenirs qui reviennent, un passé lourd de secrets qui ressurgit... Claudie Gallay nous offre ici une vraie tragédie. On retrouve avec joie son style, dans un registre très différent des Déferlantes ou de Seule Venise, puisqu'elle nous emmène dans les coulisses de ce festival très réputé. Ce roman se lit pratiquement d'une traite, impossible de le poser : une intrigue captivante, une histoire passionnellle, des personnages très attachants. Une histoire dramatique et magnifique.
Actes Sud - 21,50 €
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Sélectionné Par Noémi -- 20 août 2010
Arrivée à la cinquantaine, le bilan familial de Dominique n'est pas très heureux : un père qui a pris la fuite lorsqu'elle avait à peine 2 ans, une mère hantée par son souvenir et qui a fini par mourir de chagrin, une soeur dont elle n'a que très peu de nouvelles après de nombreuses disputes et une vie de solitude après un mariage malheureux qui n'aura pas donné d'enfants.
Lorsque sa soeur réapparaît brusquement dans sa vie, c'est pour lui ordonner de venir enfin récupérer toutes ses vieilles affaires entreposées chez elle depuis des années. Au fond de la remorque où elles ont été entassées, Dominique va trouver dans une enveloppe 3 clichés d'une jeune femme, Léontine L., qu'elle va reconnaître comme étant l'arrière grand-mère qu'elle n'a pas connue. Sur la dernière photo, Léontine affiche un étrange clin d'oeil.
Poussée par la curiosité et par la singularité du cliché, Dominique va se mettre en quête d'éléments qui pourraient l'aider à mieux connaître cette aïeule inconnue. Lorsqu'elle découvre que l'auteur de la photo n'est autre qu'Albert Londe, photographe associé au Docteur Charcot dans ses études sur l'hystérie, Dominique décide de se plonger dans les archives de l'hôpital de la Salpêtrière afin d'en apprendre davantage sur le destin de Léontine. Elle est alors loin d'imaginer que ses recherches vont la mener au coeur des lourds secrets de sa famille...
Un roman passionnant sur les souvenirs oubliés et les zones d'ombre d'une histoire familiale mystérieuse.
Editions Phébus - 16 €
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Sélectionné Par Juliette -- 07 juillet 2010

En ces temps ensoleillés, quoi de plus appréciable qu'un bon polar ombrageux ? En voici deux, qui en plus vous feront voyager en Amérique latine, dans les années 50. La Rumba d'Ongaro vous emmenera sur les traces d'un auteur de romans policiers qui enquête sur la disparition d'une femme fatale, dans la plus pure tradition du hard boiled et du film noir. L'hommage est appuyé (le protagoniste s'appelle John B. Huston...), mais c'est un vrai plaisir de retrouver ce genre qui mêle élégance et violence. La musique est entêtante, le héros charismatique, et l'intrigue tordue comme il faut.
Une douce flamme de Philip Kerr est le troisième volet, après la Trilogie berlinoise et La mort, entre autres, des aventures de Bernie Gunther, un détective désabusé, mais qui n'a pas perdu le sens de l'humour, malgré les horreurs de l'histoire. Il reprend une enquête de 1932, commencée à Berlin, et qui présente des similitudes avec un cas à Buenos Aires en 1950. La vie de Gunther est la parfaite illustration d'une malédiction confucéenne : "Puissiez-vous vous vivre une époque intéressante". C'est l'occasion pour Philip Kerr de décrire l'atmosphère berlinoise des dernières heures de la république de Weimar, et en contre-point le régime péroniste d'après-guerre, qui accueillit les criminels de guerre nazis. L'intrigue est complexe et vous traine dans les recoins officieux de l'Histoire, une piqûre de rappel qui ne fera de mal à personne.
Rumba d'Alberto Ongaro, traduit de l'italien par Jacqueline Malherbe-Galy et Jean-Luc Nardone. Anarcharsis - 21 €
Une douce flamme de Philip Kerr, traduit de l'anglais par Philippe Bonnet. Editions du Masque - 22 €
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Sélectionné Par Yves -- 07 juillet 2010
Je ne suis pas sûr du bien-fondé d'une telle étiquette, mais - à supposer qu'il faille en coller une sur tout - j'apposerais volontiers sur la couverture de "La culasse de l'enfer" celle de western social.
On est à la toute fin du 19ème siècle, dans l'Alabama, où on assiste à l'affrontement des notables de la ville (toute petite ville, toute petite bourgeoisie...) et des métayers qui survivent en périphérie. Classe laborieuse, classe dangereuse dont on se méfie, qu'on méprise et qu'on tient à distance. Quand on ne lynche pas certains de ses éléments, puisque sous ces latitudes et à cette époque farouche, on pend d'abord et on discute ensuite. Lassés d'être traités comme des moins que rien, certains des "bouseux" finissent par créer une milice. La milice en question tient surtout de l'organisation criminelle, qui fait régner la terreur dans tout le comté. 'La culasse de l'enfer'' est une oeuvre âpre et forte, puissamment évocatrice, un western tragique diablement prenant.
Traduit de l'anglais (E.U.A) par François Lasquin et Lise Dufaux
Albin Michel - 22 euros ou Livre de poche 7,50 euros
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Sélectionné Par Yves -- 18 juin 2010

Eh ben oui, encore des nouvelles américaines ! Ce n'est tout de même pas de ma faute si l'Amérique regorge d'excellents écrivains, et si nous avons la chance d'avoir des éditeurs de talent qui nous les font connaître. Une fois encore, ces deux recueils sont à mettre crédit de la collection "Terres d'Amérique". Tout piller, tout brûler est un premier livre. Le point commun des nouvelles qui le composent est de nous faire partager quelques jours, quelques instants de la vie d'hommes qui, pour le dire vite et mal, traversent des crise : crises conjugales, crises du milieu de vie, crises d'identité. Les trois premières nouvelles (le livre en compte 9) sont de très très haute volée. Seul bémol, le choix de la dernière nouvelle (qui donne son titre au recueil) me semble assez malheureux, car il rompt l'unité de l'ensemble et est à mon sens un niveau en dessous. Que cela ne vous arrête pas, car je le répète, le reste est excellent.
Nous devons Une vraie lune de miel à Kevin Canty, qui a déjà sorti plusieurs romans chez l'Olivier il y quelques années de cela. Comme son titre le laisse deviner, le recueil traite de l'amour, de la naissance et de la perte du désir et des incompréhensions inhérentes à ces situations qui jettent les hommes, les femmes dans les bras les uns des autres. C'est beau, incisif et parfois (mais pas toujours) un tantinet désespéré. De très beaux morceaux de vie, saisis dans un style dépouillé et impeccable.
Tout piller, tout brûler, traduit de l'anglais (EUA) par Michel Lederer - Albin Michel - 20 euros
Une vraie lune de miel, traduit de l'anglais (EUA) par Hélène Fournier - Albin Michel - 19,50 euros
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Sélectionné Par Juliette -- 18 juin 2010
Monsieur Toussaint Louverture vous convie, à vos risques et périls, messieurs, à rencontrer Zuleika Dobson, la femme fatale (version anglaise, années 1910), qui fit des ravages dans toutes les contrées où elle posa son irresistible peton. Elle en vient à visiter le plus beau et le plus snobs des harems masculins, à savoir Oxford.
Cette "histoire d'amour à Oxford" (sous-titre déjà ironique...) est une délicieuse fantaisie, à déguster le petit doigt en l'air. Satire du monde universitaire, pastorale tragi-comique, Max Beerbohm joue la carte du pastiche littéraire et incarne l'humour anglais dans toute sa splendeur.
Voici un amuse-bouche, pour vous mettre en appétit, un extrait sur cette chère Zuleika et son métier de prestidigitatrice :
Je n'affirmerai pas qu'elle eût pour son art une passion véritable. Le vrai prestidigitateur trouve sa récompense dans le sentiment d'un travail accompli avec perfection, pour la beauté du geste. Le gain ni les applaudissements ne lui sont nécessaires. Abandonné, avec le matériel de son art, sur une île déserte, il serait parfaitement heureux. Il ne cesserait jamais de tirer des oeufs durs de sa bouche, débiterait son boniment aux vents indifférents, et les affres suprêmes de la faim ne lui feraient sacrifier ni lapin vivant ni poissons rouges. Zuleika, sur une île déserte, eût consacré la majeure partie de son temps à la recherche d'une empreinte de pied masculin.
Monsieur Toussaint Louverture - 16,75 €
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Sélectionné Par Yves -- 11 juin 2010
La littérature policière regorge de héros anars ou de gauche, en revanche, on manque un peu d'enquêteurs d'extrême droite ou carrément fascistes, si on excepte la figure assez rebattue du flic retors et bien raciste. L'originalité du roman d'Ignacio del Valle tient donc d'abord dans le choix de l'enquêteur... et du lieu de l'enquête. Empereurs des ténèbres nous emmène sur le front russe, durant l'hiver 1943, au sein même de la division Azul. Un crime a été commis, un jeune soldat tué et manifestement les prisonniers russes sont hors de cause. Le coupable ne peut être qu'un des volontaires espagnols de la division Azul. L'enquête est confiée à l'ex-lieutenant Arturo Andrade, soldat dégradé pour de sombres raisons.
Empereurs des ténèbres est un roman crépusculaire, à plus d'un titre. Le froid extrême, la faim, l'exaltation et la folie sont palpables à chaque page. Plus que les détails de l'intrigue, c'est son côté irréel qu'on retient : la guerre est en train de basculer, la défaite du Reich presque consommée, l'armée rouge campe à quelques centaines de mètres des lignes, et pourtant Andrade et se hiérarchie s'acharnent à découvrir un (des ?) coupable(s) qui pas plus que les autres n'échappera(ont ?) aux massacres.
Empereurs des ténèbres n'est pas un de ces romans policiers qui nous happent dès la première page et se dévorent en quelques heures, c'est un livre âpre, un voyage aux tréfonds de l'âme humaine.
Traduit de l'espagnol par Elena Zayas
Phebus - 24 euros
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Sélectionné Par Juliette -- 09 juin 2010
Ne faites pas la fine bouche et goûtez cet exquis recueil de nouvelles(*) écrit par un Irlandaise qui mérite qu'on la suive : elle nous entraine dans une série d'histoires plus ou moins brèves, dans un style précis, presque froid, qui en dit beaucoup, sans effet de manche. Cette concision propre au genre ne l'empêche pas de dresser des portraits précis, de dérouler une histoire dans la durée, ou d'approfondir les rapports de force entre les personnages. En quelques pages elle décrit tout un univers, va à l'essentiel, et ménage une chute souvent surprenante. Salutaire comme une gifle, et en plus on en redemande.
Traduit de l'anglais (Irlande) par Jacqueline Odin.
Sabine Wespieser - 21 €
(*)Le prochain qui me dit, "je n'aime pas les nouvelles", je lui rétorque que quand on aime le poisson, on mange de la bouillabaisse, quand on aime les légumes on mange de la salade composée, et quand on aime la littérature, on lit des nouvelles. Ca suffit les a priori.
Traduit de l'anglais (Irlande)
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Sélectionné Par Noémi -- 01 juin 2010
Venus des quatre coins du monde, des immigrants en quête d'eldorado british échouent en pleine campagne anglaise avec pour seul gagne-pain la cueillette de fraises. Leur patron est un fermier maussade secondé par un homme de main aux méthodes douteuses, quant aux logements de fonction, ils en laissent plus d'un rêveur...
Et lorsqu'on croit que la situation ne peut pas être pire, c'est là que les ennuis commencent! Quand la jolie urkrainienne Irina se fait enlever par Vulk (le sympathique homme de main), c'est le camp tout entier qui se lance à sa recherche (et en profite pour fuir), mené par le jeune Andriy qui préfère ne pas s'avouer qu'il a des sentiments pour la jeune femme.
S'ensuit alors toute une épopée à caravane entre Londres et Douvres où les personnages se séparent, se croisent et parfois se retrouvent au gré d'histoires toutes plus rocambolesques les unes que les autres !
Car malgré la condition difficile de nos héros, les situations burlesques ne manquent pas dans ce roman qui allie avec succès critique sociale et humour.
Traduit de l'Anglais par Sabine Porte
Editions Les Deux Terres - 22€
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Sélectionné Par Yves -- 26 mai 2010
Yegg est le récit autobiographique d'un vagabond et perceur de coffre américain rangé des voitures, ou plutôt rangé des calèches, puisque ce bouquin nous transporte dans l'Amérique du dernier quart du 19ème siècle. C'est un récit proprement fascinant qui passionnera les fans de western, de polar et de natural writing. On suit Jack Black de l'adolescence à sa dernière sortie de prison, de coup en convention (sorte de proto-apéro géant réunissant pour quelques jours une assemblée de "hobos", ces vagabonds parcourant le continent en voyageant incognito de train en train).
Ecrit/traduit dans un style très agréable, Yegg est riche de personnages hauts en couleurs : bandits de grand chemin, tenancières de bordel, tricheurs professionnels, gardiens de prison un brin sadiques... Les 400 pages se lisent quasiment d'un trait. YEGG se clôt sur un texte de quelques pages, écrit quelques années plus tard pour un journal, et intitulé de manière amusante Ce que je reproche aux honnêtes gens. Jack Black se livre à une analyse critique de la justice et du système pénitencier étasunien. On se rendra compte à cette lecture que les problèmatiques évoquées dans ces pages restent pour l'essentiel d'une grande actualité.
Traduit de l'anglais (E.U.A) par Jeanne Toulouse
Les Fondeurs de Briques - 22 euros
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Sélectionné Par Yves -- 17 mai 2010
C'est la bonne nouvelle de ce long week-end de lecture de l'Ascension, où je me suis par ailleurs fourvoyé dans des choses sans grand intérêt ou franchement surévaluées, comme c'est le cas du Hors-la-loi de Belletto, lu jusqu'au bout, mais franchement quelle foutaise ! Mais passons, le principe de ce site étant de pointer les livres qu'on a aimés plutôt que de vous éviter les autres, intéressons-nous plutôt à ce très bon roman d'un certain William Gay, dont l'éditeur nous dit qu'il a déjà publié deux romans et deux recueils de nouvelles dont on ne trouve trace nulle part; il doit s'agir d'une première traduction.
On est aux Etats-Unis, aux débuts des années 50, dans un état rural, sans plus de précision, il semblerait que ce soit le Wisconsin. L'histoire est assez facile à résumer. Kenneth Tyler, un jeune homme de 17 ans, et sa soeur mettent la main sur des photos compromettantes, montrant le croque-mort local en train de s'amuser avec des cadavres. Les jeunes gens entreprennent de le faire chanter. Le croque-mort met sur leurs traces le méchant du coin, sanglant et assez barré, qui règle vite son compte à la nana et va pister le frérot dans les forêts du cru, le Harrikin, un carré de 30 kilomètres sur 30, autrefois habitées, hantées dit-on. Un endroit improbable, entre Brocéliande et un site industriel à l'abandon.
J'ai été sensible à la grande qualité de l'écriture, au clair obscur que dispense le récit. Un tour sur le net montre que le bouquin est comparé à La route de McCarthy ou à Sukkwan Island. La comparaison a du sens, mais comme dit l'autre, il faut raison garder. La mort au crépuscule montre de réelles qualités, mais manque un peu de souffle pour un thriller. Pour la "course poursuite hallucinante, véritable épreuve des nerfs" promise par l'éditeur sur la 4ème de couv', on reste un peu sur sa faim. L'intérêt est ailleurs, dans la description de la forêt la nuit, les rencontres faites par le jeune Tyler, les ambiances. C'est déjà pas mal du tout, et largement suffisant pour vous conseiller la lecture de ce roman, à l'atmosphère poisseuse et envoûtante.
Traduit de l'anglais (E.U.A) par Jean-Paul Gracias
Le Masque - 19,50 euros
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Sélectionné Par Juliette -- 17 mai 2010
Bienvenue à Green River, fleuron de l'administration pénitentiaire texane depuis 1876 : une architecture grandiose, une population pleine d'énergie, un directeur prêt à tout... surtout que ces quelques 400 pages vous plongeront en pleine émeute : de quoi vous tenir en haleine pour le week-end, si vous appréciez les bons thrillers haletants et percutants. On suit et on prie pour la survie (ou la mort) d'une douzaine de personnages pris dans cet engrenage de violence : Ray, le docteur qui devait passer en conditionnelle le lendemain, Juliette, la psy qui aurait mieux fait de rentrer chez elle, Claude, le travesti qui sema la discorde, Hobbes, le directeur tout-puissant, Coley, l'infirmier au langage fleuri, Galindez, le maton héroïque, Cletus, le capitaine corrompu... Et je ne vous parle pas des très méchants, parce qu'ils sont particulièrement réussis, et qu'il faut bien vous ménager quelques surprises. L'univers de la prison est décrit dans toute son horreur, l'avilissement physique et moral, la violence institutionnalisée, mais Willocks ne perd pas espoir, et dévoile une belle humanité sous toute cette fange. De l'excellent polar carcéral donc, efficace et addictif.
Traduit de l'anglais par Pierre Grandjouan.
Sonatine - 20€
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Sélectionné Par Juliette -- 07 mai 2010
Derrière un comptoir , un barman regarde le monde tourner. Dans ce théâtre banal et magnifique, il sert des verres à une faune hétéroclite : Merlin, le voyant, Curtis, l'employé d'un boîte à photocopie qui glisse dans l'indigence, et le vieil enfant star qui attend la fin avec impatience. Du beau monde donc, qui boit presque autant que le narrateur : le texte a le goût de cuite au whisky, dont on a quelques souvenirs brumeux, des fous rires ou des engeulades, où l'on passe de la familiarité à la haine. Mais au-delà de l'aspect fragmentaire et brouillon du récit de poivrot, ces "notes pour un roman" constituent un splendide portrait, celui d'un homme paumé, qui se débat pour ne pas couler complètement : un personnage qui ne manque pas de panache, comme le prouve les deux dernières parties du livre, assez surprenantes. Un premier roman dans la lignée de Bukowski, entre vomi et poésie.
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Philippe Aronson
Actes Sud - 19,50 €
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Sélectionné Par Yves -- 06 mai 2010
Zanzibar est un tout nouvel éditeur, spécialisé dans la littérature américaine. Avec moins d'un an au compteur, Zanzibar propose déjà 7 ou 8 bouquins, une (très belle) revue trimestrielle et prévoit d'éditer une vingtaine de titres en 2010. Un projet ambitieux, donc, à qui on souhaite bon vent, car au vu de ce que nous avons eu entre les mains, il semble que l'éditeur ne manque ni de bonnes idées ni d'originalité.
La preuve, ce recueil de nouvelles traduit en français alors qu'il n'est jamais sorti aux Etats-Unis. Il met en scène des personnages récurrents, autour de la figure de Dick Swiveller, park ranger chargé de l'entretien des parcs dans l'état de l'Idaho (c'est également la profession de l'auteur). Routards, sans abri, pensionnaires du parc depuis des années pour certains, personnages borderline ou ayant trouvé une certaine stabilité dans leur marginalité, ils forment une petite société que le narrateur ne juge ni ne méprise, parfaitement conscient que ce qui le sépare d'eux (un toit, un boulot) est finalement peu de chose, compte tenu de leurs multiples points communs : un itinéraire cabossé, une relation problématique avec l'alcool...
Jerry Wilson fait vivre ses personnages et les situations avec beaucoup de talent et d'empathie. Cela donne un recueil de nouvelles tout à fait remarquable, et qui mérite votre lecture.
traduit de l'anglais (E.U.A) par Luc Baranger et Matthias Hagchemo
Editions Zanzibar - 14 euros
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