TOUT PILLER, TOUT BRULER - Wells Tower & UNE VRAIE LUNE DE MIEL - Kevin Canty
Sélectionné Par Yves -- 18 juin 2010

Eh ben oui, encore des nouvelles américaines ! Ce n'est tout de même pas de ma faute si l'Amérique regorge d'excellents écrivains, et si nous avons la chance d'avoir des éditeurs de talent qui nous les font connaître. Une fois encore, ces deux recueils sont à mettre crédit de la collection "Terres d'Amérique". Tout piller, tout brûler est un premier livre. Le point commun des nouvelles qui le composent est de nous faire partager quelques jours, quelques instants de la vie d'hommes qui, pour le dire vite et mal, traversent des crise : crises conjugales, crises du milieu de vie, crises d'identité. Les trois premières nouvelles (le livre en compte 9) sont de très très haute volée. Seul bémol, le choix de la dernière nouvelle (qui donne son titre au recueil) me semble assez malheureux, car il rompt l'unité de l'ensemble et est à mon sens un niveau en dessous. Que cela ne vous arrête pas, car je le répète, le reste est excellent.
Nous devons Une vraie lune de miel à Kevin Canty, qui a déjà sorti plusieurs romans chez l'Olivier il y quelques années de cela. Comme son titre le laisse deviner, le recueil traite de l'amour, de la naissance et de la perte du désir et des incompréhensions inhérentes à ces situations qui jettent les hommes, les femmes dans les bras les uns des autres. C'est beau, incisif et parfois (mais pas toujours) un tantinet désespéré. De très beaux morceaux de vie, saisis dans un style dépouillé et impeccable.
Tout piller, tout brûler, traduit de l'anglais (EUA) par Michel Lederer - Albin Michel - 20 euros Une vraie lune de miel, traduit de l'anglais (EUA) par Hélène Fournier - Albin Michel - 19,50 euros

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Monsieur Toussaint Louverture vous convie, à vos risques et périls, messieurs, à rencontrer Zuleika Dobson, la femme fatale (version anglaise, années 1910), qui fit des ravages dans toutes les contrées où elle posa son irresistible peton. Elle en vient à visiter le plus beau et le plus snobs des harems masculins, à savoir Oxford.
Cette "histoire d'amour à Oxford" (sous-titre déjà ironique...) est une délicieuse fantaisie, à déguster le petit doigt en l'air. Satire du monde universitaire, pastorale tragi-comique, Max Beerbohm joue la carte du pastiche littéraire et incarne l'humour anglais dans toute sa splendeur.
La littérature policière regorge de héros anars ou de gauche, en revanche, on manque un peu d'enquêteurs d'extrême droite ou carrément fascistes, si on excepte la figure assez rebattue du flic retors et bien raciste. L'originalité du roman d'Ignacio del Valle tient donc d'abord dans le choix de l'enquêteur... et du lieu de l'enquête. Empereurs des ténèbres nous emmène sur le front russe, durant l'hiver 1943, au sein même de la division Azul. Un crime a été commis, un jeune soldat tué et manifestement les prisonniers russes sont hors de cause. Le coupable ne peut être qu'un des volontaires espagnols de la division Azul. L'enquête est confiée à l'ex-lieutenant Arturo Andrade, soldat dégradé pour de sombres raisons.
Ne faites pas la fine bouche et goûtez cet exquis recueil de nouvelles(*) écrit par un Irlandaise qui mérite qu'on la suive : elle nous entraine dans une série d'histoires plus ou moins brèves, dans un style précis, presque froid, qui en dit beaucoup, sans effet de manche. Cette concision propre au genre ne l'empêche pas de dresser des portraits précis, de dérouler une histoire dans la durée, ou d'approfondir les rapports de force entre les personnages. En quelques pages elle décrit tout un univers, va à l'essentiel, et ménage une chute souvent surprenante. Salutaire comme une gifle, et en plus on en redemande.
Venus des quatre coins du monde, des immigrants en quête d'eldorado british échouent en pleine campagne anglaise avec pour seul gagne-pain la cueillette de fraises. Leur patron est un fermier maussade secondé par un homme de main aux méthodes douteuses, quant aux logements de fonction, ils en laissent plus d'un rêveur...