YEGG - Jack Black
Sélectionné Par Yves -- 26 mai 2010
Yegg est le récit autobiographique d'un vagabond et perceur de coffre américain rangé des voitures, ou plutôt rangé des calèches, puisque ce bouquin nous transporte dans l'Amérique du dernier quart du 19ème siècle. C'est un récit proprement fascinant qui passionnera les fans de western, de polar et de natural writing. On suit Jack Black de l'adolescence à sa dernière sortie de prison, de coup en convention (sorte de proto-apéro géant réunissant pour quelques jours une assemblée de "hobos", ces vagabonds parcourant le continent en voyageant incognito de train en train).
Ecrit/traduit dans un style très agréable, Yegg est riche de personnages hauts en couleurs : bandits de grand chemin, tenancières de bordel, tricheurs professionnels, gardiens de prison un brin sadiques... Les 400 pages se lisent quasiment d'un trait. YEGG se clôt sur un texte de quelques pages, écrit quelques années plus tard pour un journal, et intitulé de manière amusante Ce que je reproche aux honnêtes gens. Jack Black se livre à une analyse critique de la justice et du système pénitencier étasunien. On se rendra compte à cette lecture que les problèmatiques évoquées dans ces pages restent pour l'essentiel d'une grande actualité.
Traduit de l'anglais (E.U.A) par Jeanne Toulouse
Les Fondeurs de Briques - 22 euros

aucun commentaire
C'est la bonne nouvelle de ce long week-end de lecture de l'Ascension, où je me suis par ailleurs fourvoyé dans des choses sans grand intérêt ou franchement surévaluées, comme c'est le cas du Hors-la-loi de Belletto, lu jusqu'au bout, mais franchement quelle foutaise ! Mais passons, le principe de ce site étant de pointer les livres qu'on a aimés plutôt que de vous éviter les autres, intéressons-nous plutôt à ce très bon roman d'un certain William Gay, dont l'éditeur nous dit qu'il a déjà publié deux romans et deux recueils de nouvelles dont on ne trouve trace nulle part; il doit s'agir d'une première traduction.
Bienvenue à Green River, fleuron de l'administration pénitentiaire texane depuis 1876 : une architecture grandiose, une population pleine d'énergie, un directeur prêt à tout... surtout que ces quelques 400 pages vous plongeront en pleine émeute : de quoi vous tenir en haleine pour le week-end, si vous appréciez les bons thrillers haletants et percutants. On suit et on prie pour la survie (ou la mort) d'une douzaine de personnages pris dans cet engrenage de violence : Ray, le docteur qui devait passer en conditionnelle le lendemain, Juliette, la psy qui aurait mieux fait de rentrer chez elle, Claude, le travesti qui sema la discorde, Hobbes, le directeur tout-puissant, Coley, l'infirmier au langage fleuri, Galindez, le maton héroïque, Cletus, le capitaine corrompu... Et je ne vous parle pas des très méchants, parce qu'ils sont particulièrement réussis, et qu'il faut bien vous ménager quelques surprises. L'univers de la prison est décrit dans toute son horreur, l'avilissement physique et moral, la violence institutionnalisée, mais Willocks ne perd pas espoir, et dévoile une belle humanité sous toute cette fange. De l'excellent polar carcéral donc, efficace et addictif.
Derrière un comptoir , un barman regarde le monde tourner. Dans ce théâtre banal et magnifique, il sert des verres à une faune hétéroclite : Merlin, le voyant, Curtis, l'employé d'un boîte à photocopie qui glisse dans l'indigence, et le vieil enfant star qui attend la fin avec impatience. Du beau monde donc, qui boit presque autant que le narrateur : le texte a le goût de cuite au whisky, dont on a quelques souvenirs brumeux, des fous rires ou des engeulades, où l'on passe de la familiarité à la haine. Mais au-delà de l'aspect fragmentaire et brouillon du récit de poivrot, ces "notes pour un roman" constituent un splendide portrait, celui d'un homme paumé, qui se débat pour ne pas couler complètement : un personnage qui ne manque pas de panache, comme le prouve les deux dernières parties du livre, assez surprenantes. Un premier roman dans la lignée de Bukowski, entre vomi et poésie.
Zanzibar est un tout nouvel éditeur, spécialisé dans la littérature américaine. Avec moins d'un an au compteur, Zanzibar propose déjà 7 ou 8 bouquins, une (très belle) revue trimestrielle et prévoit d'éditer une vingtaine de titres en 2010. Un projet ambitieux, donc, à qui on souhaite bon vent, car au vu de ce que nous avons eu entre les mains, il semble que l'éditeur ne manque ni de bonnes idées ni d'originalité.
Quespire est une jeune maison d'édition qui s'est fait connaître par son "Guide des rades les moins chers de Paris" publication qui ne pouvait que nous la rendre sympathique et qui justifie l'intérêt porté à sa production littéraire, puisque c'est la direction que souhaite désormais suivre Quespire.
Extraits des archives du district, c'est un peu 1984 au pays du Père Ubu. Bonne idée d'avoir confié l'illustration de couverture à Marc-Antoine Mathieu, dont l'univers est si proche. Ici, Julius Corentin Acquefaques s'appelle "la taupe", et mène une existente tristouille et banale dans une improbable cité bureaucratique, où la vie sociale se limite à fréquenter un club d'enterrement et où on se voit doté d'un "binôme" avec lequel on est plus ou moins tenu de partager toutes ses activités. Un chouette endroit, vraiment. Extraits des archives du district se lit d'une traite, on rit beaucoup mais on rit jaune. Bref, c'est franchement bien, à la fois marrant et inquiétant : possiblement un texte culte.