LES VOIX DU PAMANO - jaume Cabré
Sélectionné Par Yves -- 20 mai 2009
Oriol Fontelles est un jeune instituteur, dans un petit village de Catalogne. Un jour de 1944, par lâcheté, il laisse le maire du village et les phalangistes assassiner un jeune garçon. Sa femme ne peut lui pardonner. Sur le point d'accoucher, elle quitte pourtant le domicile et sort de la vie d'Oriol. Voici pour "l'acte fondateur", autour duquel s'articule ce roman d'une qualité et d'une force exceptionnelles.
Comment écrire sur ce livre qui résiste à toutes les tentatives de résumé ? Les voix du Pamano peut se lire à la fois comme une saga historique et politique au suspense haletant, qui court sur plusieurs décennies, et/ou comme une oeuvre littéraire expérimentale. Jaume Cabré a ainsi choisi de "tordre" les frontières du temps et dans la même scène - parfois dans le même dialogue- il mêle des pans du récit que séparent 60 années. Jamais cela n'apparaît comme un procédé gratuit destiné à épater la galerie, mais comme un procédé qui s'impose avec naturel et renforce la cohérence interne du roman.
Les voix du Pamano est un pari pour le moins ambitieux, et s'avère une totale réussite. On est ici en droit de parler d'un authentique chef-d'oeuvre.
Traduit du catalan par Bernard Lesfargues
Bourgois - 30 euros

4 commentaires
Une maison brûle sur la plage, un homme la contemple. Une femme intriguée s'arrête. Devant cet incendie, l'homme parle et évoque l'histoire de cette maison. Ce monologue intime et triste va réveiller les fantômes de la narratrice qui va se confier à son tour. Michèle Lesbre raconte l'histoire de deux êtres solitaires qui tentent chacun à leur manière de survivre à la perte d'un être cher. A travers une écriture lente et posée, une ambiance très calme, elle nous livre un beau texte sur le deuil, la solitude et la liberté. Une lecture qui donne envie de découvrir l'oeuvre de Modiano, puisque l'héroïne, veilleuse de nuit, s'amuse à relire tous les romans de cet auteur pour trouver des similitudes entre sa vie et des passages de romans.
Marier son fils, un cap dans la vie d'une mère... Marianne doit se rendre à l'évidence, elle ne pourra pas y échapper : la cérémonie est dans quelques heures. Le lecteur devient alors témoin de cette journée interminable, pour Marianne et aussi pour des milliers de gens impatients de suivre la finale de la coupe du monde de football. Le mariage de son fils, la peur de revoir son ex-mari, le malaise de son voisin et ami, une proposition d'achat de sa maison : une accumulation d'événements qui vont conduire Marianne à une remise en question totale et l'obliger à combattre tous ses démons.
Comme toujours, Brigitte Smadja réussit à nous émouvoir et à nous fasciner en nous racontant des vies ordinaires.
Eddie, dingue de musique, et Ray Bob, dingue tout court, sont deux paumés qui se sont croisés par hasard et ont décidé de "faire la route" ensemble, dans une bagnole volée. Dans l'Est du Texas, patrie des cow-boys, des marais et des ragondins, ils vont semer les cadavres derrière eux. Leur route va bientôt croiser celle de Della, jeune femme en fugue, elle aussi assez perturbée. Sa présence ne va pas tarder à semer la zizanie entre les deux comparses, pour le plus grand bonheur du lecteur. Un roman prenant, souvent drôle et très bien écrit qui donne envie de prendre séance tenante un billet d'avion pour Houston (c'est vous dire !)
Avec Un don, Toni Morrison nous plonge dans l'Amérique du 17ème siècle, soit deux siècles environ avant 'Beloved, où elle mettait en scène une mère qui avait tué sa fille pour qu'elle échappe à l'esclavage et vivait hantée par son geste. Cette fois-ci, c'est autour d'une jeune fille afro-américaine abandonnée par sa mère que se développe le roman de Toni Morrison. Un don est un récit dense et volontiers métaphorique, servi par une écriture lyrique et habitée. C'est un texte parfois difficile, pas l'un de ceux que l'on dévore, car Toni Morrison ne nous livre pas immédiatement toutes les clés qui permettent la compréhension. Mais au fil des pages le puzzle s'assemble et ne laisse alors aucun doute : nous sommes en face d'un très grand roman.
David Sedaris est un drôle de personnage ! A la fois exubérant, têtu et capricieux, cet homme, qui partage sa vie entre New York et la France, nous livre quelques chroniques cocasses de son quotidien.
Nous sommes aux Etats-Unis, au tout début des années 50, quand nous faisons la connaissance du docteur Will Friedrich, un jeune chercheur ambitieux et plein de promesses, qui voit dans la mise au point d'une pilule "miracle" offrant le bonheur à tous l'opportunité d'accéder à la reconnaissance et à la richesse. Malheureusement, le traitement s'accompagne d'effets secondaires désagréables et assez définitifs qui empêchent la mise sur le marché du produit. Travail,herbe et/ou picole, le docteur Friedrich, sa famille et ses proches doivent avoir recours aux vieilles addictions habituelles pour s'accommoder d'un quotidien pas toujours très drôle dans l'Amérique hypernormée/hypernormale des classes moyennes "quinenveulent".
Laissez-moi vous présenter Royston Blake, "dur à cuire et videur" : un poète, donc, dont les 115 kilos de finesse s'abreuvent de bière, de whisky, de fumée de clope et se dépensent en coups de boule et coups d'un soir. Sauf que ce physionomiste est dans une mauvaise passe depuis quelques temps et on lui manque de plus en plus de respect.