LA DROLE ET TRISTE HISTOIRE DU SOLDAT BANANA - Biyi Bandele
Sélectionné Par Yves -- 29 janvier 2009
A quatorze ans, Ali Banana s'engage dans les "chindits" (l'équivalent britannique des tirailleurs sénégalais) direction l'Inde, puis la jungle birmane où il va affronter les japonais au sein d'une unité entièrement composée de ses compatriotes nigérians. Fantasque, bavard, tête brûlée, Ali Banana va découvrir, la peur, l'amitié et la guerre dans toute son horreur. On se laisse tout de suite embarquer dans les aventures tragi-comiques de ces très jeunes hommes jetés dans un conflit qui n'est pas le leur. Les héros sont extrêmement attachants, et l'histoire met en lumière un épisode méconnu de la deuxième guerre mondiale.
traduit de l'anglais par Dominique Letellier
Grasset - 18,50 euros

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Patricia Dolan, quadragénaire, new-yorkaise et historienne de l'art, a mis sa vie entre parenthèses depuis la perte accidentelle de son enfant. Elle va renaître dans les bras de Mickey, un lointain cousin irlandais, qui débarque chez elle un beau matin. Mickey n'est pas un cousin ordinaire : c'est un activiste irlandais qui participe à la lutte armée contre les anglais; il est venu chercher l'aide de Patricia pour dérober, à la faveur d'une exposition, la "jeune fille au luth", un tableau de Vermeer prêté par Elisabeth II. Patricia va ainsi se trouver entraînée dans une aventure qui la conduira sur la terre de ses ancêtres. Jeune fille au luth est un roman grand public de très bonne tenue, qui se lit d'une traite et avec beaucoup de plaisir.
Oscar n'est vraiment pas gâté par la nature : obèse, myope et toujours puceau à un âge où les autres jeunes dominicains multiplient les conquêtes, c'est même le loser absolu. Gravement complexé, portant sa virginité comme un fardeau, Oscar se réfugie dans le monde de la fantasy et dans l'écriture d'un manuscrit qui compte déjà plusieurs milliers de pages. Rassurez-vous, il ne s'agit pas là d'une version écrite d'American Pie mais d'un projet plus ambitieux et j'imagine beaucoup plus intéressant (je confesse n'avoir pas vu American Pie). L'écriture déborde d'énergie à chaque page, et, si l'usage intensif de l'espagnol et du spanglish peut déconcerter, on se laisse facilement emporter par la verve des différents narrateurs. Le second personnage important du roman, c'est le "fuku", la malédiction qui se transmet aux membres de la famille d'Oscar de génération en génération, ce qui permet à l'auteur, Junot Diaz, de nous ballader entre deux époques (la fin des années 50 et aujourd'hui) et de nous décrire quelques pages de l'Histoire dominicaine. Nous ferons ainsi connaissance avec le sympathique Rafael Trujillo, dictateur de la République Dominicaine pendant trois décennies et pprotagoniste de ce roman. La brève et merveilleuse vie d'Oscar Wao a remporté le prix Pulitzer 2008 dans la catégorie Romans et devrait, espérons le, faire une jolie carrière en France.
C'est l'histoire d'une famille de notables brestois et de son misérable petit tas de secrets, mais c'est avant tout l'histoire du combat d'influence qui se joue entre la mère du narrateur - une notable castratrice, jalouse de ses prérogatives - et le "fils Kermeur" - fils de la femme de ménage de la grand-mère et bon à rien patenté. Entre ces deux pôles qui l'étouffent et structurent sa vie sociale, le narrateur tente d'exister. Le déménagement des parents - ils ont fui la Bretagne à la suite du scandale financier qui a éclaboussé le père et déclassé socialement la famille - lui laisse penser que ce sera enfin possible, mais c'est compter sans le "fils Kermeur" qui ressurgit mystérieusement. Un roman tout en nuances, plus complexe qu'il n'y paraît, servi par une écriture élégante et tout en nuances, un peu comme un ciel breton.
Jamal Khan est analyste à Londres. Ce cinquantenaire cultivé a en partie réussi sa vie, il a bonne réputation, publié quelques livres qui ont trouvé beaucoup de lecteurs, trouvé un ami fidèle en la personne d'Henry, un metteur en scène de théâtre reconnu, et il chérit son fils, Rafi. Mais derrière la façade respectable, l'analyste s'analyse et revient sur son passé familial (son père qui choisit de partir au Pakistan en laissant ses enfants à leur mère anglaise, sa soeur, incarnation de la tempête tropicale, aussi attirante que violente) et son passé amoureux (Ajita, le premier amour qui finit mal, Karen, l'antithèse qui n'a pas l'effet d'antidote, Josephine, la mère de son fils). Le récit se construit d'abord comme un aller-retour entre présent et passé, jusqu'au pivot central, un crime qui détruit et définit le narrateur.
Icamole, petit village mexicain, souffre d'une grande sécheresse. Ils n'ont pas d'eau, mais ils ont une belle bibliothèque... sans lecteur ! Lucio, bibliothécaire grâce à une décison gouvernementale, prend son métier très à coeur. Il lit chaque livre très consciencieusement, le garde ou le censure... Quand son fils trouve le corps d'une jeune fille dans son puits, il trouve, naturellement, la réponse dans un passage de La mort de Babette...
Avec de fausses références littéraires, David Toscana réussit à supprimer la frontière entre "réalité" et fiction. Une belle réflexion sur les livres, la lecture, sur le pouvoir de la littérature sur la réalité...
Premier roman traduit de l'anglais d'un auteur indien habitant Bombay, Le tigre blanc est une belle découverte, livrée par un jeune homme énervé et plein de talent. L'histoire est celle de Balram Halwai, propriétaire d'une compagnie de taxi à Bangalore, la Silicon Valley indienne, self-made man et entrepreneur capitaliste autoproclamé. Né dans la caste des confiseurs, Baram a quitté son village pour devenir le chauffeur attitré du fils de l'un des boss du village qui s'est installé à Delhi. Lui, né du côté des "ténèbres" va faire connaissance avec l'autre Inde, celle des riches, des politiciens véreux, de tous les puissants qui, quoi qu'ils fassent, se trouveront toujours du bon côté du manche. Le livre est une satire féroce d'une certaine société indienne désireuse de singer les pires côtés de l'occident, on y découvre une classe politique corrompue au point de faire passer les époux Balkany pour des parangons de vertu républicaine, des riches arc-boutés sur leurs privilèges, des pauvres habitués à subir et obéir. Balram Halwai, qui doit son ascension sociale à un meurtre et au reniement de sa famille apparaît comme le seul personnage doté d'un certain sens moral. Un roman au ton acide, souvent drôle, à conseiller sans hésitation.
Lors de voyages au Sud Liban, en Russie, en Thaïlande, au Mexique, Jean Rolin observe les chiens errants. Tantôt détective, il cherche les causes, les conséquences de leur apparition, décrit les comportements des ces chiens et des nos semblables face à eux, tantôt peintre, il dresse le tableau de morceaux de villes désolés où le chien féral ou ensauvagé est le motif récurrent. L'ensemble est passionnant : dans des villes où la guerre ou la déliquescence sociale fait des ravages, ces chiens apparaissent dans les périphéries au côté d'une humanité déchue. Ils inspirent autant la pitié que la peur et sont la métaphore d'un monde qui retourne à l'état sauvage.
Dans un monastère perché sur une montagne, le "président", l'oncle Hô, subit une retraite forcée repense à sa vie et son engagement. Une histoire douloureuse le hante : lorsqu'il tomba amoureux, déjà âgé, d'une belle jeune montagnarde dont il eut deux enfants, le Bureau politique s'y opposa. La jeune femme fut éliminée et les enfants furent cachés et élevés dans le secret par un fidèle, Vu, qui voit son propre mariage sombrer.
Elle est partie, elle les a quittés : où est-elle partie? Avec qui? Perdus, tristes, inquiets, déprimés, un homme et ses deux enfants fuient leur maison en banlieue parisienne et partent s'installer à Saint-Malo, ville natale du père. Là-bas, ils espèrent revivre, retrouver goût à la vie, mais l'absence est toujours là...
Un roman troublant, émouvant; une belle écriture; une histoire sur l'abandon, la séparation... Olivier Adam nous raconte des vies de pères bouleversées, brisées, des pères privés de leur famille. Magnifique !
Merci à Georges de m'avoir indiqué ce roman, qui lors de sa parution chez Belfond en janvier 2007 avait complètement échappé à mon attention. Il s'agit là du premier roman traduit en français de Jordi Soler, qui est apparemment "l'une des figures littéraires les plus importantes de sa génération" si on en croit la notice de présentation obligeamment rédigée par l'éditeur. Cette pétition de principe me laisse habituellement légèrement sceptique (c'est un peu l'équivalent éditorial du "mannequin le mieux payé du monde" pour les magazines de mode ou du "transfert de l'année" en football, fermons la parenthèse) mais force est de reconnaître, cette fois-ci, que le qualificatif n'est sans doute pas usurpé. Les Exilés de la Mémoire nous fait vivre, à travers l'enquête menée par le narrateur (son petit-fils) l'itinéraire d'Arcadi, membre de l'armée républicaine ayant fui l'Espagne une fois la défaite consommée pour s'installer au Mexique. C'est une très belle réflexion sur l'exil, la difficulté d'échapper à son passé et de recommencer une nouvelle vie. C'est aussi l'occasion de s'intéresser à un épisode peu connu et peu glorieux de l'histoire de France, l'accueil (si on peut appeler cela ainsi) des réfugiés espagnols dans le sinistre camp d'Argelès-sur-mer. Vient de paraître, toujours chez Belfond, La dernière heure du dernier jour, qui reprend certains des personnages du roman et se réroule dans la petite colonie catalane créée par Arcadi au coeur de la jungle mexicaine. Comme je l'imagine tous ceux qui ont aimé les exilés de la mémoire, j'ai bien l'intention de lire ce livre et je vous en parlerai un jour prochain.
Chic, le recueil de nouvelles de L.L Drummond paru en 2007 chez Rivages sort aujourd'hui en poche ! Voilà une nouvelle qui intéressera tous les amateurs de polars américains à tendance sociale, du type Pelecanos ou Levison. Drummond est une ex-agent en tenue de la police de Baton Rouge (Louisiane), ce qui est également le cas des héroïnes de chacune des 10 nouvelles qui composent le livre. On ignore la part autobiographique présente dans ce recueil, mais on imagine facilement que nombre de situations décrites se nourrissent de l'expérience acquise dans la rue. Cela dit, ce qu'on retient surtout, au-delà des enquêtes qui passent un peu au second plan, ce sont les portraits de ces femmes confrontées au machisme et à la violence de la rue. Cela fait un peu plus de deux ans que j'ai lu ce livre mais j'en garde un souvenir assez fort. Je ne suis pas certain qu'on tienne là un très grand écrivain de polars (il faudra attendre la parution d'un texte moins autobiographique) mais ce qui est certain, c'est que ce recueil de nouvelles tranche avec la production habituelle. A découvrir donc, sans hésitation.