Nos coups de cœur - ROMANS
Voici une liste non exhaustive et totalement subjective de ce qui nous a plu, remué, intéressé ce mois-ci, au fil et au gré de nos lectures. Pour voir ce qui nous a secoué les mois d’avant, c’est pas compliqué, il vous suffit d’aller farfouiller dans les archives…
Sélectionné Par Yves -- 04 février 2012
Quand il prend le métro, Bertrand Guillot s’intéresse plus à ses semblables qu’à la contemplation de ses pieds ou à la lecture de ses SMS. Cela nous vaut ce recueil d’une soixantaine de très courts récits qui sont autant de polaroids touchants, insolites, désopilants ou parfois effrayants. Jamais donneur de leçons, Bertrand Guillot ne se départit d'une bienveillance amusée vis-à-vis de ses congénères, même les plus pénibles d'entre-eux, et Dieu sait que le Métropolitain en charrie quelques-uns !
À croquer entre deux rames, dans le bus ou ailleurs, ou à offrir au cousin de province pour (presque) lui faire regretter de ne pas prendre le métro tous les jours
Editions Rue Fromentin - 12 euros
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Sélectionné Par Juliette -- 03 février 2012
Ian Minot est écrivain à New York, sauf qu'il n'a ni agent, ni contact dans le monde de l'édition ; Ian est donc essentiellement serveur dans un café. Quand sa charmante et talentueuse copine roumaine est repérée à une soirée littéraire, et le laisse tomber, Ian n'a plus rien à perdre. En l'occurence, il va s'associer à un éditeur qui s'est retrouvé mis au rancart, car comme Ian, il honnit ce qui se publie et se vend le mieux (aux Etats-Unis), les pseudo-autobiographies à sensation. Ensemble, ils travaillent à un manuscrit qui a tout du roman d'aventures et raconte le vol d'un précieux manuscrit dans une bibliothèque newyorkaise. Sauf que Ian le présentera comme une autobiographie. Mais au moment de sa publication, le menteur est rattrapé par ses affabulations.
Les Voleurs de Manhattan est un roman distrayant, où l'on se moque gaiment du petit monde de l'édition, qu'il s'agisse du jeune auteur aigri, de l'agent littéraire qui donne toujours le même conseil (raccourcir le texte...), de l'éditeur qui ne lit que la première et la dernière page, des soirées de revues littéraires ultra snobs. On s'amuse beaucoup donc, et l'on suit l'intrigue à tiroirs (des histoires vraies qui cachent des histoires inventées qui révèlent des histoires réelles...) racontée comme un efficace roman d'action, et d'amour, avec pour personnage principal un jeune auteur grincheux particulièrement divertissant.
Traduit de l'américain par Laura Derajinski.
Gallmeister - 22,90 €
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Sélectionné Par Juliette -- 20 janvier 2012
Paul Edwin Cole s'est pris un vilain coup sur la tête, dans une situation embarrassante : comédien en tournée dans une petite ville, il est surpris en pleine action avec une femme mariée par l'époux légitime. Quelques jours de coma plus tard, il se réveille, mais souffre d'amnésie. A peine sorti de l'hôpital, le sheriff local l'invite à quitter la ville vite fait. Nous sommes dans les années 60, et Paul, avec quelques dollars en poche, échoue dans une autre petite ville, où il espère rassembler assez d'argent pour gagner New York, car les quelques indices qu'il recueille sur son histoire indiquent cette direction. Sauf que la mémoire de Paul qui a perdu le souvenir de son passé lointain ne retient plus son passé proche : il est piégé dans un présent nébuleux, et angoissant.
Cet inédit de Donald Westlake est surprenant à plus d'un titre : loin d'être dans la veine humouritique de la géniale série Dortmunder, il est plus proche de ses romans noirs, comme Le Couperet. Roman noir, ou plutôt mélancolique : Paul s'est perdu, se perd chaque jour. Sa mémoire-passoire est une blessure terrible, qui le transforme en automate, incapable de renouer avec son passé ou de se lier dans le présent. Lorsqu'il parviendra à retrouver des gens qu'il a connus par le passé, le malaise du personnage s'accentuera devant son impuissance à reprendre son existence d'autrefois ; mais libéré du passé il ne peut s'inscrire dans le présent, ou devenir quelqu'un d'autre. Un roman existentiel désenchanté et déroutant.
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Gérard de Chergé.
Rivages - 22 €
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Sélectionné Par Yves -- 19 janvier 2012
On devait déjà à Tom Franklin un "western social" époustouflant : La culasse de l'enfer. Il revient aujourd'hui avec un roman noir plus classique mais tout aussi réussi. Le retour de Silas Jones, c'est l'histoire croisée de deux hommes sur une vingtaine d'années. Nous sommes dans le Mississippi des années 70. Silas et Larry sont tous deux adolescents et c'est semble-t-il leur seul point commun. Silas est noir, Larry est blanc. Silas vit seul avec sa mère, dans des conditions matérielles très difficiles. Larry a ses deux parents, mais les relations avec son père sont difficiles. Ce dernier a du mal à se reconnaître dans le garçon timoré et empoté, qui est souvent pris comme bouc émissaire à l'école. Malgré leurs différences, une relation s'instaure entre les deux garçons, qui ressemble à de l'amitié. Jusqu'au jour où une adolescente disparaît. Tout accuse Larry, mais on ne peut trouver aucune preuve contre lui. Il restera donc en liberté, mais ostracisé. Plus personne ne lui adresse la parole; seuls les ados en virée font parfois le détour jusqu'à chez lui pour balancer des immondices ou l'insulter.
Les années passent. Silas, après des études assez vite avortées est revenu dans sa ville natale, où il occupe le poste d'adjoint du shériff. Lui aussi a coupé tous les ponts avec Larry. Jusqu'au jour où un meurtre va à nouveau braquer les projecteurs sur celui-ci et conduire Silas à enquêter et reprendre contact.
Le retour de Silas Jones nous plonge dans une société violente, étouffante car extrêmement codifiée. Un superbe roman à lire en priorité dans cette rentrée de janvier.
Traduit de l'anglais (E.U.A) par Michel Lederer
Albin Michel - collection Terres d'Amérique - 22,90 euros
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Sélectionné Par CharlotteYves -- 14 janvier 2012
Kate ferme son bar de nuit et rentre chez elle. Arrivée dans la cour de son immeuble, elle se fait sauvagement agresser.
La jeune femme voit, malgré l'heure tardive, ses voisins derrière leurs fenêtres.
Mais pourquoi personne n'appelle la police?
Ryan David Jahn s'empare d'un fait divers des années 60 aux Etats-Unis. C'est la première fois que la notion "d'effets de témoins" est utilisée : plus il y a de témoins moins il y a de chance qu'ils interviennent.
L'auteur imagine alors la vie de ces voisins qui vivent égoïstement ces minutes si longues pour Kat.
Un roman noir où Ryan David Jahn nous plonge dans une atmosphère sombre, malsaine voir même dérangeante avec des intrigues qui s'entremêlent.
Traduit de l'américain par Simon Baril
Actes Sud - 21 €
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Sélectionné Par Yves -- 11 janvier 2012
Si jamais quelqu'un mérita le qualificatif de femme fatale, c'est bien Ruth Snyder ! Nous sommes sur la côte Est des Etats-Unis, dans la banlieue de New-York, en 1927. Ruth est une très belle jeune femme, mère d'une petite fille de 8, 9 ans. Mal mariée à un homme violent et plus âgé qui la méprise, elle trompe son ennui et son époux avec des amants de passage. Jusqu'au jour où, par l'intermédiaire d'une connaissance commune, elle fait la connaissance de Judd Gray. Homme sensible et élégant, (il est représentant en lingerie fine !) Judd ne tarde pas à succomber au charme de Ruth. L'aima-t-elle vraiment ou Judd fût-il, dès le premier jour, un simple instrument au service de son dessein : se débarrasser du mari encombrant en le liquidant ? A force de caresses et de menaces, Ruth convainc son amant d'agir. Mal et précipitamment, car Judd s'y prend comme un manche et les deux amants se font arrêter presque immédiatement. En ces temps de justice expéditive, quelques mois plus tard, le procès du siècle peut commencer...
Inspiré d'un fait divers réel qui tint l'Amérique en haleine, le roman de Ron Hansen est impossible à lâcher : Une irrésistible et coupable passion se lit, littéralement, d'une traite ! Puissamment évocateur, il nous plonge dans l'Amérique de la prohibition, une société corsetée dans lequel les désirs s'exacerbent. C'est superbe, bien écrit et construit très efficacement. Voici donc un best seller en puissance, un très très bon et peut-être même un GRAND roman !
Traduit de l'anglais (E.U.A) par Vincent Hugon
Buchet Chastel - 21 euros
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Sélectionné Par CharlotteYves -- 11 janvier 2012
Tout commence par un accident de voiture. Craig conduisait, il s'en sort mais Nicole sa petite amie décède.
Perry, un étudiant, veut prouver l'innocence de Craig. Il demande de l'aide à Mira, un professeur en folklore mortuaire. Grâce à ses connaissances, elle va l'aider dans ses recherches et s'appuyer sur ces évènements pour écrire son nouveau livre.
Mais Nicole est-elle vraiment morte? Est-ce son fantôme qui hante le campus.
Un roman choral énigmatique à l'écriture poétique et touchante, où l'auteur n'hésite pas à dénoncer les pratiques des sororités ainsi que la cruauté des adolescents.
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Eric Chédaille
Christian Bourgois - 22 euros
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Sélectionné Par Juliette -- 09 janvier 2012
Sean Blake réchappe de peu à un accident de voiture : cette expérience violente va l'amener à se confronter à son passé. Enfant adopté dans les années 60, il va entamer un douloureux travail de recherche pour découvrir l'identité de sa mère biologique, et se plonger dans l'histoire de l'Irlande. Dermot Bolger évoque avec empathie et délicatesse le destin de ces jeunes filles irlandaises chassées de leur famille et sommées d'abandonner leur enfant, et qui ont gardé l'empreinte de cette perte toute leur vie : le personnage de Lizzie, la mère biologique de Sean, qui attend que son fils la retrouve, malgré la nouvelle existence anglaise et maritale qu'elle a pu construire, est une figure bouleversante. Un poignant roman sur la famille et l'identité.
Et ne passez pas la préface de l'auteur, qui explique l'histoire de ce texte et de ses deux versions : Dermot Bolger évoque son travail d'écrivain, son insatisfaction lors de la publication de la première version dans les années 90, et comment il a repris le texte 20 ans après. Ses notes nous éclairent sur l'exigence de son écriture et sa recherche de justesse.
Traduit de l'anglais (Irlande) par Marie-Hélène Dumas.
Joëlle Losfeld - 21 €
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Sélectionné Par Juliette -- 09 janvier 2012
Miki fuit son existence lassante de publicitaire et son triste mariage. Il attend au bar d'un hôtel, et lorsqu'une jolie serveuse cherche Monsieur Sapiro, il songe à endosser cette nouvelle identité. Mais ce monsieur Sapiro est un faussaire d'art appelé à réaliser un faux de Johannes Gumpp pour un galériste marron, dont la charmante épouse ne laisse pas le faux faussaire indifférent.
En lisant le roman de Benny Barbash, vous entrez dans un labyrinthe de miroirs : on suit une histoire puis on se retrouve au début, voire à l'envers ou même dans un reflet déformé. Et il est sans cesse question de doubles, de doublures, de copies, de répétitions... Il joue avec les fantasmes et les souvenirs de Miki, laissant le personnage de fiction s'inventer des fictions. Le jeu d'écriture est d'autant plus savoureux qu'il est drôle. Miki est certes un personnage amer, mais quel sens de la formule et quelle ironie! Un roman ludique et brillant.
Traduit de l'hébreu par Dominique Rotermund.
Zulma - 22 €
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Sélectionné Par Yves -- 11 décembre 2011
Mi-Tatie Danielle, mi-Shéhérazade, une vieille femme de 90 ans enferme dans les toilettes de son appartement le gamin qui était venu la voler. En échange de la promesse de sa libération, elle lui fait subir l'histoire de sa vie, libérant ainsi les frustrations accumulées au cours d'années de solitude. Avec ce roman, Federico Jeanmaire, auteur argentin reconnu mais qui n'avait jamais été traduit en français, nous offre un huis-clos étouffant et retors, d'où ne sont absents ni le suspense, ni l'humour noir. A découvrir sans tarder...
traduit de l'espagnol (Argentine) par Isabelle Gugnon
Editions Joelle Losfeld - 21 euros
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Sélectionné Par Yves -- 05 décembre 2011
Buddy Holly, je connaissais, Ritchie Valens aussi mais le Big Bopper, j'avoue que je n'en avais jamais entendu parlé jusqu'à ce que j'ouvre ce bouquin de Jim Dodge. Pourtant, le Big Bopper, c'était le 3ème passager de l'avion de tourisme qui se scratcha au milieu d'un champ de patates (de maïs en fait) un jour de tempête de 1959. C'est pour lui rendre hommage et respecter ainsi les dernières volontés d'une femme richissime et légèrement allumée que George Gastin va traverser la moitié des Etats-Unis pour crasher sur la tombe de ce pionnier du rock une cadillac Eldorado flambant neuve.
Un trip mené sous amphétamines, qui donnera à George l'occasion de croiser une brochette de personnages aussi improbables que lui. Une lecture super réjouissante, qui nous plonge dans l'Amérique de la beat generation et nous fait réviser nos classiques des grands anciens du rock. C'est jubilatoire, speedé de bout en bout, parfois à la limite du n'importe quoi, mais ça déborde de vie. Pourquoi s'en priver ?
traduit de l'anglais (E.U.A) par Nathalie Bru
Editions Caqmbourakis - 22,50 euros.
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Sélectionné Par Juliette -- 14 novembre 2011
Hollywood, les paillettes, le cinéma, les stars,... et le LAPD, le Los Angeles Police Departement. Joseph Wambaugh en faisait partie, avant de se décider à écrire des polars, largement inspirés de son expérience. Cela donne de courts chapitres, nerveux et bien dialogués, une galerie de flics qui vont du surfeur à l'aspirant acteur, et une bonne intrigue où se mèlent une riche veuve joyeuse avec une collection de tableaux qui attirent les convoitises et des camés prêts à tout. C'est efficace, sans prétention, mais vous apprécierez sans doute les bons mots et le sens du rythme made in america.
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Elsa Maggion.
Calmann-Lévy - 20,50€
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Sélectionné Par Yves -- 14 novembre 2011
Ce petit bouquin de 150 pages à peine est une véritable mine de poésie et d'inventivité à ciel ouvert. Ouvrez Motorman au hasard, et vous y piocherez à coup sûr sur une image absurdement drôle, poétique, renversante.... Je le sais, car j'ai fait l'essai plusieurs fois, essai toujours concluant et c'est ainsi que ce petit livre, j'ai fini par le lire en entier, et je vous engage à en faire autant.
L'écriture expérimentale, c'est pas trop mon truc, d'habitude. Mais j'ai vraiment été bluffé par cet OVNI littéraire qui nous vient tout droit des années 70. Livre culte paraît-il, nous explique la longue et souvent drôle préface signée Ben Marcus (à lire absolument). L'histoire, parce qu'il y a une histoire, se passe dans un monde qui pourrait être le nôtre, sauf qu'y brillent deux soleils, qu'on y croise des engelés et que Big Brother a de constantes remontées d'acide. Côté ambiance, on est entre les Marx Brothers et David Lynch. Un livre comme cela, il n'en sort pas chaque année, ce serait dommage de rater celui-ci...
Traduit de l'anglais (E.U.A) par Nicole Richard
Editions Cambourakis - 18 euros
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Sélectionné Par Yves -- 14 novembre 2011
Callaghan a passé huit ans derrière les barreaux et n'a pas l'intention d'y retourner. Depuis sa remise en liberté, il mène une petite vie tranquille et un peu morose, ses seules sorties étant pour sortir boire un verre dans le pub appartenant à son ami et patron, Novak. C'est là qu'un soir, bien malgré lui, il se trouve mêlé à un réglement de comptes, et intervient pour éviter le meurtre d'un truand de troisième zone. Ce faisant, il interfère dans les plans d'un parrain local et va être obligé de jouer un rôle dans la guerre opposant les truands en place et la jeune garde qui veut prendre les manettes de la pègre à Dublin.
Si la trame est classique, ce polar mérite cependant de retenir toute votre attention. On est à Dublin aujourd'hui, où après des années de croissance économique effrénée, le tigre celtique a pris du plomb dans l'aile (si on me permet l'image). Sur l'île, l'ultra libéralisme a fait pas mal de victimes et en premier lieu, le pays lui-même, à travers une perte totale de ses valeurs et de sa manière de vivre.
Ce que nous montre L'impasse, c'est que l'affrontement entre les anciens et les modernes ne se limite pas au champs de l'économie légale, mais investit également les marges. Mackendrick, truand "à l'ancienne" est ainsi dépassé par les méthodes de Franck Tucker, l'étoile montante de la pègre locale. Sans haine et sans état d'âme, mais en recourant à la violence extrême chaque fois qu'il le faut, Tucker sonne le glas d'un banditisme "à l'ancienne", qui avait des valeurs, aussi personnelles et contestables soient-elles. Un récit allégorique, si l'on veut, et avant toute chose un roman noir de toute première qualité.
Traduit de l'anglais (Irlande) par Cécile Provost.
Gallimard série noire - 21 euros
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Sélectionné Par Yves -- 22 octobre 2011
Charles Willeford (1919-1988) est un romancier dans la plus pure tradition américaine : boxeur, militaire, entraîneur de canassons, éditeurs de magazines, il a exercé mille et un métiers. Chez nous, il est surtout connu comme auteurs de polars (édités chez Rivages). Cette fois, ce n'est pas un policier que Rivages nous propose, mais le récit autobiographique que Charles Willeford fait de ses jeunes années.
Né dans une famille plutôt fortunée, Charles vit chez sa grand-mère à Los Angeles, depuis le décès de ses parents. Une enfance heureuse, entouré de l'amour de la grand-mère, et de la figure un peu inquiétante d'un grand-oncle haut en couleurs. Malheureusement, la grande crise des années 30 vient chambouler cette vie heureuse. La grand-mère perd son travail de chapelière, les ressources de la famille s'amenuisent très vite. Charles, qui a conscience de ces changements, ne veut pas être un poids. Un beau matin, au lieu de se rendre à l'école, il prend la route. Ou plutôt le train, car comme des dizaines de milliers d'américains, il rejoint le flux des sans domicile-fixes qui sillonnent les Etats-Unis en empruntant clandestinement les trains de marchandises. Charles a alors treize ans, et cette errance va durer plusieurs années.
Je cherchais une rue est un témoignage de première main extrêmement intéressant sur l'Amérique des années de la crise. C'est aussi le récit touchant d'un adolescent qui, dans des conditions de vie parfois très difficiles, garde un optimiste et une joie de vivre communicatives.
Traduit de l'anglais ((E.U.A) par Ludivine Bouton-Kelly
Rivages noir - 8 euros
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Sélectionné Par Yves -- 27 septembre 2011
Olivier Bordaçarre, retenez ce nom parce que ce gars a un vrai talent de raconteur d'histoires, et ce qui s'appelle une plume. Il sait vous trousser une histoire, des personnages, et surtout des ambiances... L'histoire, c'est celle de meurtres en série qui adviennent au beau milieu de la Beauce. Mais l'intérêt du bouquin n'est pas là - amateurs de thrillers et de whodunnits s'abstenir - car de ce point de vue c'est à peine le minimum syndical. La force du roman, c'est de nous décrire de l"intérieur le quotidien de Nogent-le-Chartreux, le lieu des crimes, le véritable héros du roman. Nogent-le-Chartreux est un lieu fictif. Sauf que je connais Nogent-le-Chartreux, j'y ai même vécu, comme l'auteur sans doute, comme vous peut-être. Bardée de certitudes et tremblante de trouille, Nogent-le-Chartreux est assez méprisable. Ses habitants, aussi, pour certains. Mais même Dupont-Lajoie peut avoir des états d'âme, et en profiter pour sortir de la caricature. Certes, faire évoluer de bons gros cons procure de bons éclats de rire, et cela, l'auteur sait y faire. Mais plus je progressais dans la lecture du roman, et plus cela je pensais aux romans d'A.D.G ou aux fims de Mocky. Beaucoup de talent, mais aussi pas mal de facilités. C'est dommage, car l'enquêteur du roman, intéressant et assez atypique, aurait pu prendre (encore) davantage de place. J'espère d'ailleurs qu'on le retrouvera un jour. Pour terminer en quelques mots, j'ai bien aimé ce roman qui a l'immense mérite de sortir des sentiers balisés du roman noir (un enquêteur qui ne boit pas d'alcool ET n'est pas un ancien alcoolique, et gendarme par dessus le marché, ce qui n'est pas ce qu'il y a de plus glamour), et une chose est sûre : je lirai le prochain roman d'Olivier Bordaçarre.
Fayard - 18 euros
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Sélectionné Par Juliette -- 14 septembre 2011
Dire son nom est un remarquable livre autour du deuil de l'auteur, qui a perdu sa femme. Il évoque certes sa souffrance, mais veut rendre à Aura, cette femme solaire et vivante, un hommage à sa mesure. Alors il évoque sa vie, sa famille, ses habitudes, ses projets : le texte recèle d'anecdotes et d'images savoureuses. Comme un Orphée qui cherche à redonner vie à son Eurydice, Francisco Goldman réinvente son épouse, pour combler l'absence et lutter contre l'oubli. Cette entreprise littéraire est un somptueux hommage à Aura et au pouvoir de l'écriture.
Traduit de l'anglais (américain) par Guillemette de Saint-Aubin
Bourgois - 19 €
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Sélectionné Par Juliette -- 08 septembre 2011
Roy est en sursis ; homme de main vieillissant d'un mafieux polonais, sa copine lui préfère son patron. On lui donne une mission qui a bien l'air d'un guet-apens, et dont il se sort in extremis. Le voilà en cavale, fuyant la Nouvelle Orleans. Il emmène avec lui l'autre témoin, une jeune prostituée, Rocky. Ce voyage est une dernière chance de salut pour ces deux personnages. Leur parcours similaire, des enfances dans des campagnes déshéritées, des parents qui ont vidé les lieux trop tôt, les rapprochent. Dans ce motel au fin fond du Texas, ils vont essayer d'y croire.
Galveston est un subtil roman noir, un habile portrait de brute épaisse en train de changer, de s'essayer à l'échange et à l'analyse. La providence, et l'auteur, sont assez cruels pour lui offrir une chance de rédemption, et la piétiner ensuite. Un nouvel auteur dans la plus pure tradition du hard-boiled.
Traduit de l'anglais (américain) par Pierre Furlan.
Belfond - 19 €
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Sélectionné Par Yves -- 08 septembre 2011
Leo Pontecorvo est un très bel homme de 50 ans et un professeur de médecine de réputation mondiale, respecté de tous, apprécié voire aimé de ses collègues. Il est riche, bien sûr, et rejeton d'une famille de la bourgeoisie juive de Rome, il l'a toujours été. Sa vie privée aussi est une parfaite réussite, sa femme l'aime comme au premier jour, ses enfants l'idolâtrent, il a des amis intimes, les mêmes depuis trente ans.
Mais par la faute d'une gamine de 12 ans, la petite copine de son fils, le monde idéal et bien réglé de Leo Pontecorvo va s'écrouler comme un château de cartes. Un plus médiocre que lui se serait mieux défendu des accusations de la petite mythomane, aurait clamé son innocence, mais Leo Pontecorvo a été tellement gâté par la vie qu'il n'a jamais eu à forcer le destin, jamais eu à lutter contre les éléments contraires. Il va se réfugier au sous-sol, coupé du monde et même des siens, attendant que les choses passent. Et bien sûr, elles ne passent pas...
C'est le portrait d'un homme qui assiste passivement à sa propre déchéance que dessine Alessandro Piperno dans ce roman très noir mais absolument prenant. Difficile de ne pas y voir la critique d'une société obsédée par la réussite, mais prompte à brûler les idoles qu'elle adorait la veille. Que les accusations de la gamine soient réelles ou non (elles ne le sont pas) n'est définitivement pas la question, puisque Leo Pontecorvo fait un merveilleux coupable.
Traduit de l'italien par Fanchita Gonzalez Battle
Editions Liana Levi - 22 euros
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Sélectionné Par Stephanie -- 07 septembre 2011
Laurence Tardieu, à travers ce texte très personnel, essaie de comprendre son père et de se libérer de son emprise. Ce livre lui est dédié, elle lui parle, elle parle de lui, mais il refuse qu'elle l'écrive. Elle passe outre cette interdiction et raconte leur relation et surtout la non-communication familiale. L'auteur a toujours dû accepter un silence insupportable et décide enfin de le rompre. Comment son père si parfait et si juste à ses yeux a-il-pu commettre un délit et se taire ? Ce haut fonctionnaire a passé 6 mois en prison et a toujours fait comme si de rien était. Il n'a jamais expliqué son geste à ses proches, jamais raconté son quotidien en prison, ni ses impressions, ses doutes, jamais fait part de ses émotions... Laurence Tardieu a choisi de ne pas trop s'attarder sur l'affaire judiciaire, mais plutôt de s'ouvrir, de parler de ses souvenirs, ses impressions, son admiration pour cet homme secret et réservé.
La lecture de ce roman fait ressurgir la souffrance de l'auteur et surtout son amour pour son père, son désir de vivre, de parler, et permet de comprendre son besoin d'écrire ce livre. Un témoignage assez fort, écrit à coeur ouvert, dans un style direct, une écriture qui va à l'essentiel sur une relation père-fille complexe et sur un amour paternel caché.
Editions Stock - 16 €
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Sélectionné Par Stephanie -- 06 septembre 2011
Dernière ligne droite pour Nelly Senf : son passage à l'Ouest avec ses deux enfants est imminent. Après des mois d'interrogatoires et de dossiers à remplir, elle pensait que son autorisation de passage suffirait. Questionnée sur son passé de chimiste et sur la disparition assez louche de son compagnon, elle se retrouve enfermée plus de 8 heures à la frontière, humiliée et analysée dans les moindres détails, avant d'être enfin libérée. N'ayant pas les moyens (ses économies ayant servies à son passage) et ne connaissant personne pour l'héberger à l'Ouest, Nelly obtient un logement à Marienfeld, un camp de transit où se retrouvent tous les réfugiés. Cette jeune mère de famille se retrouve face à une réalité aux antipodes de ce qu'elle imaginait : une chambre minuscule à partager, des tickets de rationnement, l'interdiction de sortir librement... Pourra-t-elle accepter des métiers mal payés et inintéressants au bureau de l'emploi ? Que faire face aux mauvais traitements subis par ses enfants à l'école ? Comment refuser la trousse à la mode à sa fille quand elle ne peut même pas acheter des vêtements chauds pour l'hiver ? Déterminée et combattante, elle n'a pas le choix, elle accepte les dures conditions du camp.
Julia Franck raconte le quotidien difficile de nombreux réfugiés de manière très réaliste, et dépeint des personnages très attachants, qui restent humains face à la cruauté et la méchanceté qui les entourent. On suit ainsi la vie d'une famille de polonais, un ex-prisonnier de la RDA, un agent de la CIA... : chacun essayant à sa manière de trouver un sens à sa vie au camp. Voici un roman passionnant sur une période de l'histoire très intéressante, celle de Berlin dans les années 70. Une lecture vraiment marquante de cette rentrée littéraire.
Editions Flammarion - 21 €
(traduit de l'allemand par Elisabeth Landes)
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Sélectionné Par Stephanie -- 03 septembre 2011
Rosa vient d'apprendre le décès d'Egon, son père adoptif. Direction le Maroc, un pays cher à son coeur. Accueillie dans sa maison d'enfance par Sherifa son ancienne nounou et son fils Mehdi, elle est envahie par un vide absolu et surtout elle se sent honteuse de son héritage.
Elle explore la maison et le bureau d'Egon, assez mal à l'aise car elle sent encore sa présence et elle a peur de fouiller dans son intimité. Elle ne se trompe pas vraiment, puisqu'il est là et l'observe. D'ailleurs il va prendre la parole au fil du récit, en racontant des anecdotes ou en intervenant sur des zones d'ombre du passé de Rosa. Elle découvre des lettres qui vont la bouleverser : son beau-père menait une double vie. Rosa qui idéalisait sa relation passionnée avec sa mère, perd tous ses repères. Elle n'a plus de raison de sauver son couple à tout prix.
Comment pourra-t-elle aussi supporter l'idée de posséder cette propriété ? Elle veut payer sa dette. Cette terre n'est pas la sienne, elle souhaite céder l'orangeraie à Mehdi qui s'en est toujours occupé.
Virginie Ollagnier signe un très beau texte à deux voix, empli d'émotion et de nostalgie, sur la quête d'identité. Elle dresse un portrait de femme perdue entre son enfance privilégiée sur une autre terre et sa vie actuelle "dorée" en France, sans passion ni surprise. Doit-elle s'installer au Maroc ? Tout vendre et revenir à Saint-Germain ? Sauver son couple ou divorcer ? Un roman captivant sur le simple quotidien d'une femme en pleine réflexion sur son avenir.
Editions Liana Lévi - 17 €
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Sélectionné Par Yves -- 02 septembre 2011
Jonas, la petite trentaine, enseigne la littérature dans un lycée new-yorkais plutôt huppé. Américain d'ascendance éthiopienne, il est marié à Angela, jeune et brillante avocate d'extraction modeste. Ce jeune couple afro-américain pourrait apparaître comme un exemple emblématique d'intégration dans l'Amérique d'aujourd'hui. Il est en fait au bord de l'implosion, chacun s'enfermant dans sa propre bulle, incapable d'échanger avec l'autre. Lors de cette crise, Jonas va prendre la route, sur les traces qu'empruntèrent ses parents trente ans plus tôt à l'occasion du seul véritable voyage qu'ils firent ensemble au coeur de l'Amérique.
Dans cet ambitieux roman, parfois dur mais souvent empreint de poésie, Dinaw Mengestu aborde la question du déracinement et de ses conséquences sur le plan affectif à travers les histoires croisées de deux couples, celui de Jonas et d'Angela, et celui des parents de Jonas. Ce sont les aléas de l'histoire et de la politique qui ont poussés le père puis la mère de Jonas à fuir leur pays d'origine pour s'établir en Amérique. Deux êtres qui n'avaient rien en commun et n'ont pas pu, pas su ou pas voulu bâtir une histoire commune pour la léguer à leur fils. Cette absence de racines, ce lien rompu avec le passé, expliquent sans doute en partie le problème que connaissent Jonas et Angela, elle même héritière d'une histoire familiale compliquée écrite en pointillés, qu'elle réinvente constamment. Un récit imaginaire auquel Jonas aussi aura recours, inventant à son père des passés possibles, et tentant, à travers cette vie rêvée du père, d'ancrer les bases qui lui permettront de tracer sa propre voie dans l'existence.
Deuxième roman de Dinaw Mengestu Ce qu'on peut lire dans l'air est plus sombre, plus âpre que Les belles choses que porte le ciel, qui fit connaître l'auteur en 2007. Mais la similitude entre les deux romans ne se limite pas au titre. Les deux romans creusent le même sillon, tout en se renouvelant complètement. C'est souvent la marque des grands auteurs, et Dinaw Mengestu appartient clairement à cette catégorie.
Traduit de l'anglais (Etats-Unis d'Amérique) par Michèle Albaret-Maatsch
Albin Michel - collection Terres d'Amérique - 22 euros
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Sélectionné Par Stephanie -- 31 août 2011
Marguerite dite Guitta tombe amoureuse d'Eugène dès le premier regard, un coup de foudre tenu secret jusqu'à leurs fiançailles. Nous sommes en 1906. Lui est à Zurich pour ses études, elle à Nice. Jeanne est séduite par un inconnu sur Internet. Ils se rencontrent et n'ont plus envie de se quitter. Mais il ne reste jamais longtemps, il doit partir en mission.
Pour supporter l'absence de l'autre, elles ont choisi l'écriture. La séparation paraît ainsi moins longue. Guitta et Eugène s'écrivent tous les deux jours. D'ailleurs pour que le temps paraisse moins long, elle classe et relit toute leur correspondance régulièrement. Et Jeanne écrit des lettres à son "James Bond", mais elle les conserve, car elle ne sait jamais où il se trouve. Un autre point commun les unit, chacune à son époque va subir les ravages de la guerre, celle de 14-18 pour la première, et des plus actuelles pour la seconde.
Deux histoires d'amour tragiques et passionnées à un siècle d'intervalle, des lettres enflammées et sensuelles, pleines de tendresse et de désespoir. Deux femmes malheureuses, seules et éperduement amoureuses, liées à leur bien-aimé à vie.
Editions Calmann-Lévy - 14.50 €
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